CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1 Depuis sa création en 1948, la République Démocratique et Populaire de Corée a été dirigée par une seule et même famille, du dirigeant fondateur Kim Il-sung à son fils, Kim Jong-il puis son petit-fils Kim Jong-un. Cette continuité se traduit par la poursuite d’un même dessein stratégique et militaire ayant pour objectif la réunification de la péninsule. Le développement d’un programme nucléaire et la posture de défi marquée face à la puissance américaine et à sa présence massive sur le territoire sud-coréen doivent être compris comme des sous-produits de cette stratégie de reconquête que d’aucun peuvent juger irréaliste. [1] La politique de provocations maîtrisées de la Corée du Nord, son chantage à la menace balistique ou nucléaire et sa culture diplomatique d’extorsion alternant séquences de menaces, montée aux extrêmes puis retour au dialogue sont désormais clairement identifiées par la communauté internationale. Elle témoigne de la volonté de garder l’initiative et la gestion d’un calendrier propre au régime et à son idiosyncrasie ou culmine quelques dates clefs, anniversaire du « Président éternel » Kim Il-sung le 15 avril, journée des forces armées le 25 avril, libération de l’occupation japonaise le 15 août, commémoration de la création de la Corée du Nord le 9 septembre, commémoration de la création du parti des Travailleurs de Corée le 10 octobre…

2 La stratégie du « bord du gouffre » nord-coréenne a peu varié sur ces soixante dernières années et les ajustements constatés ont été tout au plus tactiques sans que l’effet final recherché ait changé : que le régime recoure à des actions sous couverture, procède à un essai nucléaire ou opte pour des négociations il y a une continuité stratégique qui reste la réunification et la survie du régime, les deux questions étant étroitement imbriquées. Le marasme économique que connait le pays et le sous-développement dans lequel il s’enfonce alors que le poids des sanctions internationales l’isole de plus en plus ne l’ont pas fait dévier de cette ligne qui, paradoxalement a permis jusqu’ici son maintien dans un monde globalisé ou la plupart des États sont soumis à des changements qu’ils ne maîtrisent pas toujours.

3 Au plan politique, la Corée du Nord présente des traits singuliers qu’il apparaît ardu de caractériser si ce n’est en évoquant un néo-totalitarisme. Son système politique, initialement proche du marxisme léninisme s’est enrichi de facteurs propres tels la théorie de l’autosuffisance ou Juche prônée par le premier président du pays, héros de la résistance antijaponaise et fondateur de l’actuelle famille régnante, Kim Il-sung. Habituellement décrite comme le « Kimilsungisme », cette idéologie peut apparaître proche du maoïsme en ce qu’elle pose qu’il ne faut compter que sur ses propres forces. Mélange de confucianisme et de communisme, elle fonctionne sur le culte du Dirigeant et de sa famille développée à l’extrême, le souci d’une totale autarcie basée sur l’idéologie du Juche et une forte composante nationaliste. Par ailleurs les récents rapports sur l’état des droits de l’Homme en Corée du Nord [2] cachent difficilement la nature intrinsèquement répressive du régime et l’existence de camps de travail ou seraient enfermés entre 80 000 et 120 000 Nord-Coréens – dont des familles entières, accusées de déloyauté envers le régime. [3] Pour autant, la théorie du Juche n’a pas conduit le pays à l’autosuffisance alimentaire et en dehors de la capitale, Pyongyang, vitrine du régime, la population souffre de sous-nutrition sévère. La Corée du Nord constitue l’une des sociétés les plus militarisée au monde : son armée compte plus d’un million et demi d’hommes sur une population de l’ordre de 22 millions. À rebours de sa faiblesse économique, le style particulièrement agressif de la politique étrangère nord-coréenne, son ambition de défier l’une des superpuissances mondiales en tenant tête aux États-Unis, représente une menace stratégique régionale non négligeable pour ses proches voisins sud-coréen et japonais. La survie du régime, que d’aucuns décrivent au bord de l’effondrement depuis les années 1990 et les épisodes de graves pénuries alimentaires qu’il connait depuis, est l’explication la plus courante pour comprendre cette stratégie de prise de risque nord-coréenne. [4] Au-delà du développement d’un programme d’armes de destruction massive et de la menace de prolifération qu’il implique, la Corée du Nord n’hésite pas à faire usage de son potentiel conventionnel pour entretenir un climat de déstabilisation autour de la péninsule. Le torpillage de la frégate Cheonan en mars 2010 a occasionné la mort de plus de 41 marins sud-coréens. La capacité de « nuisance » du régime est sa garantie de survie. [5] La Corée du Nord a intégré que sa sécurité résidait dans sa capacité à créer et à entretenir des turbulences régionales. Elle le fait d’autant mieux que le climat régional est empreint d’une conflictualité latente. La relation bilatérale Chine/États-Unis est, comme la relation Chine/Japon au plus bas, en raison notamment des crispations sur les frontières maritimes et du projet de déploiement du système de défense antimissiles américain Thaad, terminal high altitude area defense, sur le sol sud-coréen.

4 Pour autant, il n’est pas aisé de percer les arrière-pensées du stratège nord-coréen. Qui dirige vraiment le pays et prend les décisions politico-militaires, y a-t-il un premier cercle autour de Kim Jong-un ? Ce dernier a-t-il réellement consolidé son pouvoir ? Comment évaluer sérieusement la menace nucléaire et balistique nord-coréenne ? Peut-on par ailleurs sérieusement considérer que la Corée du Nord puisse envisager de démanteler son programme nucléaire ?

Kim Jong-Un, Un stratège des extrêmes

5 La disparition brutale de Kim Jong-il en décembre 2011 et la désignation de son troisième et plus jeune fils pour lui succéder a fait naître l’espoir de réformes et d’un changement de style dans la conduite des affaires intérieures nord-coréennes. L’éducation à l’occidentale du jeune héritier le créditait d’un nouvel état d’esprit et à tout le moins d’un souhait d’ouverture et de changement qui permette au pays de se relever économiquement et de restaurer progressivement son image régionale et internationale. Cependant, l’inexpérience apparente de Kim Jong-un accréditait tout autant la perspective d’un aggiornamento que celle d’un écroulement prochain du régime.

6 Comme souvent avec la Corée du Nord, cinq ans plus tard, aucune de ces hypothèses ne s’est réalisée. Le potentiel réformateur n’a pas tardé à occuper tout l’espace public, cumulant tous les titres et les plus hautes fonctions politiques et militaires, plaçant des proches à des postes clefs et n’hésitant pas à recourir à un train de purge dont la victime la plus emblématique a été jusqu’à présent son oncle, Jang Song-Taek, destitué au terme d’un procès dans le plus pur style stalinien en 2013. [6]

7 Au plan extérieur, la traditionnelle politique de provocation nord-coréenne a repris rapidement ses droits : à peine signé, l’accord du 29 février 2012 conclu avec les États-Unis par lequel Pyongyang acceptait de geler son programme nucléaire et balistique en échange d’une aide alimentaire était bafoué par le lancement d’un satellite en décembre de la même année en violation flagrante de résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. L’essai nucléaire de février 2013, la réactivation du complexe nucléaire de Yongbyon tout comme la reprise d’une rhétorique particulièrement virulente vis-à-vis des États-Unis suffirent à convaincre du maintien d’une ligne nord-coréenne belliciste en accord avec la politique traditionnelle du pays. Les essais nucléaires de janvier et septembre 2016 n’ont pu que conforter cette perception. Il n’est pas non plus exclu que Kim Jong-un ne cherche à procéder à une refondation idéologique du pays alliant nucléarisation et développement, deux concepts clefs dans ses interventions publiques. La tenue d’un Congrès du Parti des Travailleurs en mai 2016, le premier en trente ans, devrait permettre de clarifier la future ligne du régime. On ne voit cependant pas comment ce dernier peut poursuivre en parallèle son programme d’armes de destruction massive et de réforme économique en raison du poids grandissant des sanctions internationales.

8 Comment définir plus précisément la stratégie nord-coréenne et à quels objectifs obéit-elle ? Le but le plus évident du régime est d’assurer sa survie en face de ce qu’il perçoit comme un environnement de sécurité hostile et une perception d’encerclement exacerbée depuis l’écroulement du monde communiste post soviétique dans les années 1990. Le régime est également guidé par une idéologie nationaliste et une vision de la vraie « coréanité » que lui seul incarnerait par rapport à un Sud, occidentalisé et totalement inféodé à la puissance américaine. La Corée du Nord n’est pas loin de croire que la population du Sud accueillerait volontiers une réunification de la péninsule, rendue pour l’heure impossible en raison de la présence américaine et de ses soldats au Sud. [7]

9 Pour le régime nord-coréen, la population sud-coréenne possède une sympathie innée pour ses « compatriotes » du Nord mais ils sont soumis à un intense endoctrinement américain qui dépeint Pyongyang comme l’ennemi. Pour autant, le Nord apparaît convaincu qu’il emportera in fine le soutien de l’opinion publique sud-coréenne convaincue de sa supériorité morale. [8] Ces convictions ont conduit le régime nord-coréen à vouloir se doter d’une défense robuste, quel qu’en soit le coût, sachant qu’elle n’a pas seulement un caractère militaire mais aussi idéologique afin de se prémunir contre toute contamination des idées libérales et capitalistes en provenance du Sud et des États-Unis. L’entretien de tensions permanentes autour de la péninsule demeure ainsi un moyen indispensable pour garder le contrôle de la population nord-coréenne et de tenir à distance les « ennemis ».

10 Ces buts de guerre expliquent le choix des moyens auxquels Pyongyang a recours pour faire aboutir sa stratégie de reconquête :

11

  • la poursuite d’un programme nucléaire et la reconnaissance de la Corée du Nord comme un « État doté » par la communauté internationale,
  • le retrait militaire américain de la péninsule, par le biais de la signature d’un traité de paix mettant fin au régime d’armistice en place depuis 1953, où via un « chantage nucléaire ».

12 Ces éléments sont vus comme pouvant permettre, à terme, la réunification avec le Sud selon les termes et les conditions nord-coréennes. Or, ni la nucléarisation de la Corée du Nord, ni la réunification d’une « péninsule nucléarisée » ne constituent des réalités politico-militaires acceptables pour la communauté internationale.

13 Dans le premier cas, un « scénario à l’iranienne » qui consisterait à encadrer et contrôler les activités nucléaires nord-coréennes apparaît difficile à mettre en place. Le nucléaire est la seule source de légitimité pour le Nord. Le régime est en quasi-faillite, ne possède aucune surface diplomatique crédible, n’est pas une puissance idéologique, culturelle ou religieuse reconnue, et ne possède pas l’indéniable potentiel économique et commercial de Téhéran. Toutefois, comme par le passé, Pyongyang pourrait accepter un gel tactique de ses activités balistiques et nucléaires. Pour autant, le problème de prolifération lié à de possibles transferts de technologies sensibles et d’exportations d’armes offensives vers des tiers, dont des groupes terroristes, reste entier et constitue une grave menace pour la communauté internationale.

14 Dans le second cas, on comprend que la perspective d’une Corée réunifiée comportant plus de 70 millions d’habitants combinant l’énorme potentiel économique, technologique et industriel du Sud et les capacités nucléaires du Nord n’est guère acceptable, ni même réaliste pour l’ensemble des puissances d’Asie du Nord-Est à commencer par la Corée du Sud elle-même. Si un juste retour de l’histoire fait de la réunification de la péninsule une perspective souhaitable elle ne pourra se faire que dans des conditions politiques et militaires agréées par Séoul, les États concernés et dans une perspective plus large avec le concours des Nations unies. Étant donné le contexte régional actuel, la communauté internationale a tout intérêt à maintenir l’actuel statu quo en Asie du Nord-Est en essayant de contenir tant bien que mal les « nuisances » nord-coréennes. [9]

La continuité de l’héritage nucléaire

15 Le but premier de la Corée du Nord est d’obtenir de la communauté internationale la reconnaissance de son statut nucléaire. Il est donc illusoire d’imaginer que le régime soit prêt à accepter de démanteler son programme tant il est convaincu que pour survivre aujourd’hui dans une scène internationale en totale recomposition, tout régime doit posséder l’arme nucléaire. [10] Le Nord y voit non seulement une condition de sa sécurité, notamment face à la superpuissance américaine mais un élément constitutif de son prestige et de sa puissance internationale, si ce n’est de son identité nationale. La poursuite opiniâtre de ce programme nucléaire ne peut s’expliquer uniquement par le besoin de se défendre bien que le Nord n’hésite pas à fustiger régulièrement les politiques « hostiles » tant des États-Unis que de Séoul ou du Japon, ancienne puissance coloniale abhorrée. Le développement clandestin de ce programme depuis les années 1950 jusqu’au premier essai en octobre 2006 témoigne d’une constance qui fait douter que la Corée du Nord soit prête à envisager d’y renoncer et de le démanteler.

16 Idéologiquement, Pyongyang n’entre pas dans la catégorie des États qui ont pu envisager de renoncer à l’arme nucléaire comme l’Afrique du Sud, la Libye, ou l’Ukraine à la faveur d’un changement de régime ou pour être intégré dans le concert des Nations. Au contraire, le nucléaire constitue un marqueur identitaire pour le régime qui a su patiemment construire ses capacités au prix d’énormes sacrifices économiques. Un certain nombre d’éléments politiques extérieurs ont influé sur la prise de décision nord-coréenne. Dans l’ouvrage magistral en deux tomes qu’il a consacré à la guerre de Corée, l’historien américain Bruce Cumings évoque l’effet des bombardements incendiaires massifs et la menace américaine de recourir aux armes nucléaires et chimiques comme des facteurs décisifs dans le choix nord-coréen de développer un programme d’arme de destruction massive. [11] Il s’y ajoute vraisemblablement la perte de confiance dans le soutien de l’URSS après la crise des missiles de Cuba en 1962 et le retrait soviétique des missiles au détriment des engagements de sécurité donnés à Fidel Castro. Par ailleurs, les réalignements régionaux vont donner à Pyongyang le sentiment d’un isolement grandissant alors qu’en 1965 la Corée du Sud et le Japon établissent des relations diplomatiques et que le Nord redoute la constitution d’un front Washington-Séoul-Tokyo. Mais plus encore c’est l’effondrement de l’Union soviétique dans les années 1990 qui, tout en privant la Corée du Nord d’un soutien idéologique et économique important, va achever de la convaincre de poursuivre son programme d’acquisition dans le but désormais clair de préserver le régime et de maintenir son autonomie stratégique.

17 Kim Il-sung s’engage dans un programme nucléaire dans les années 1960 avec le soutien soviétique pour la construction d’un réacteur de recherche de 8 mégawatts près de la ville de Yongbyon. Les ingénieurs nord-coréens ne tardent pas à accumuler technologie et moyens, notamment les techniques de retraitement du combustible, du plutonium et à construire des facilités pour la fabrication et la conversion de l’uranium. Un second réacteur de 5 mégawatts sort de terre prés de Pyongyang dans les années 1970 et 1980. [12]

18 La mise au jour des activités clandestines de Pyongyang éclate en 1993 quand la Corée du Nord menace de se retirer du traité de Non-Prolifération. Un accord, le Cadre Agréé, est cependant trouvé avec les États-Unis, l’année suivante. Pyongyang s’engage à geler son programme d’enrichissement du plutonium en échange de la construction de deux réacteurs à eau légère par un consortium régional, la Korean Peninsula Energy Development Organization, KEDO. L’idée est de répondre aux besoins énergétiques de Pyongyang. Les États-Unis s’engagent à fournir du pétrole pendant la durée de la construction des réacteurs. Le projet au coût estimé de 4 milliards de dollars sera abandonné en 2006.

19 En 1998, après d’infructueuses discussions entre la Corée du Nord et les États-Unis pour obtenir le gel du programme balistique, le lancement d’un engin au-dessus du Japon génère de nouvelles tensions. Soucieuse de maintenir le dialogue avec Pyongyang, l’administration Clinton poursuit l’octroi d’un soutien alimentaire massif en sa faveur. Des polémiques éclatent concernant le détournement de l’aide internationale par l’armée nord-coréenne tandis que des photos satellites révèlent l’existence d’un site souterrain nord-coréen soupçonné d’abriter des activités nucléaires à Kumchang-ri.

20 Octobre 2002 constitue un tournant avec l’admission par la Corée du Nord de l’existence d’un programme nucléaire d’enrichissement d’uranium, la décision de reprendre ses activités d’enrichissement et de rouvrir ses installations nucléaires fermées après l’Accord Agréé. En fait, loin de stopper les programmes d’armes de destruction massive engagés par son père, Kim Jong-il n’a eu de cesse de faire fructifier « l’héritage ». De la même façon, lui-même transmettra ce legs à son fils Kim Jong-un en décembre 2012. [13]

21 Avec Kim Jong-il, l’héritage nucléaire et balistique s’intègre dans une politique qui vise à donner à l’armée une place privilégiée au sein de l’appareil d’État. La doctrine de « l’Armée en Premier » ou Songun, théorisée dans la Constitution de 1998, fait de celle-ci un des piliers du régime et militarise la société nord-coréenne au détriment du rôle du parti des Travailleurs de Corée. [14] Le budget militaire va ainsi grossir progressivement jusqu’à représenter un tiers du budget national. Dans ce contexte, les armes nucléaires renforcent l’adhésion de la haute hiérarchie militaire au régime. Élément de cohésion interne, elles deviennent un sujet de fierté nationale sur lesquelles la propagande va mettre un accent particulier afin de justifier les privations auxquelles fait face la population nord-coréenne.

22 Au plan international, les armes nucléaires donnent à la Corée du Nord un espace politico-militaire sans commune mesure avec le profil économique et diplomatique réel du pays, dans les faits, pauvre, endetté, fortement dépendant de l’aide extérieure et marginalisé. Kim Jong-il s’en est habilement servi comme un levier pour obtenir une aide multiforme (alimentaire, énergétique ou financière). [15] Le premier essai nucléaire nord-coréen en octobre 2006 va en effet inciter l’administration Bush à revoir totalement sa politique coercitive vis-à-vis de Pyongyang pourtant labellisé membre de l’axe du mal depuis le discours du Président sur l’État de l’Union de janvier 2002. L’aide Alimentaire reprend dès 2008 tandis que Pyongyang est retiré de la liste des États soutenant le terrorisme en février 2007.

23 L’arrivée de l’Administration Obama voit Kim Jong-il tenté de poursuivre sa diplomatie prédatrice et d’obtenir le même niveau de concession avec la réalisation d’un second essai en mai 2009 suivant de près le lancement d’un satellite qui cache un tir de missile balistique. Le renforcement des sanctions financières et l’adoption d’une nouvelle résolution des Nations unies n’entament en rien les velléités nucléaires nord-coréennes. La mort de Kim Jong-il en décembre 2011 introduit un élément d’incertitude vite dissipée lorsque son fils décide à son tour de procéder à un essai nucléaire, soit le troisième, en février 2012. Le message est clair quant à la fonction qu’occupe le nucléaire au sein du régime. Kim Jong-un n’a d’ailleurs pas tardé à inscrire le fait nucléaire dans la Constitution [16] et à théoriser les éléments d’une doctrine de dissuasion fonctionnant sur le principe du faible au fort. [17] Les deux essais successivement réalisés à huit mois d’intervalle, en janvier puis en septembre 2016, renforce la primauté du nucléaire au sein du nouveau régime. Depuis, ce dernier multiplie les déclarations martiales donnant l’impression d’une dangereuse fuite en avant.

Le grand dessein de la réunification de la péninsule

24 Avec le nucléaire, la réunification, au besoin par la force, reste l’autre « obsession » du régime nord-coréen. Pour celui-ci, l’existence d’un État coréen réalisant son antithèse politique et historique de l’autre côté de la frontière constitue une menace permanente et visible mettant en péril sa légitimité et son autorité. Aux yeux de Pyongyang, la réunification constitue une des plus importantes opérations à réaliser et la garantie de la durabilité du régime « kimilsungiste ». La plupart des documents fondamentaux nord-coréens portent d’ailleurs mention de la réunification. Le préambule de la charte du parti des Travailleurs de Corée déclare clairement que l’un de ses buts est de garantir « la complète victoire du socialisme dans la moitié nord de la République populaire démocratique de Corée et l’accomplissement des buts révolutionnaires de libération nationale et la démocratie populaire dans tout le pays ». D’une certaine façon, La guerre de Corée, de 1950 à 1953, constitue une claire tentative de réunification, par la force, mais elle a débouché sur un véritable statu quo, après avoir fait plus d’un million de morts, confirmant le caractère hypothétique d’un rassemblement du Nord et du Sud dans un contexte de guerre froide. Kim Il-sung était persuadé de pouvoir réunifier la péninsule en un mois lorsqu’il lança son offensive surprise en juin 1950. [18] Sans l’aide de la Chine de Mao Tse Toung, la Corée du Nord aurait d’ailleurs pu disparaître. Dans les années qui suivirent la fin de la guerre alors qu’il fallait reconstruire une péninsule dévastée, l’aide du camp socialiste – Chine, Union soviétique – fut décisive pour aider la Corée du Nord à se relever et, jusque dans les années soixante à être capable de distancer économiquement et industriellement le Sud. Depuis, le soutien Chinois ne s’est jamais démenti et reste capital pour le maintien du régime.

La réunification par la force

25 L’arrivée au pouvoir à Séoul en 1961 du général Park Chung-he allait changer la donne. Pyongyang confronté à un régime autoritaire farouchement anti-communiste adopta une politique agressive, proclamant rechercher la réunification par la révolution socialiste de façon à évincer les troupes américaines stationnées au Sud avec l’aide « pacifique » de citoyens sud-coréens convertis au socialisme. Le Nord lança alors de spectaculaires campagnes d’infiltrations et de subversion allant jusqu’à détacher des commandos pour assassiner le président sud-coréen en 1968. La même année, il captura un bâtiment d’écoutes américain, l’USS Pueblo dont l’équipage ne fut rendu qu’un an plus tard. L’année suivante, le Nord abattit un avion de reconnaissance américain tuant 31 hommes d’équipage. En 1974, une nouvelle tentative d’assassinat du président Park aboutit au décès de son épouse, mère de l’actuelle présidente madame Park.

26 En parallèle à cette campagne de subversion, le Nord construit ses propres forces militaires afin de créer les conditions le plus favorables à un rapport de force en sa faveur. Dans les années 1970, les forces armées nord-coréennes approchent le million d’hommes. Ces années-là ne sont guère favorable à un engagement des États-Unis confrontés aux vicissitudes de son intervention au Vietnam. L’annonce par le président Carter d’un retrait des forces américaines de Corée du Sud trouve un écho intéressé à Pyongyang. En 1975, l’exemple de la réunification du Vietnam à l’initiative du Nord socialiste, réveille les velléités de réunification par la révolution de la Corée du Nord. Kim Il-sung aurait même tenté de convaincre la Chine d’une aide militaire. Il est vrai que la situation économique et politique du Sud était en train de modifier les équilibres de la péninsule. Séoul était en train d’émerger comme un tigre asiatique alors que l’économie du Nord pâtissait de son gigantesque effort militaire. La reprise des actes de subversion nord-coréens en 1983 avec la tentative d’assassinat du président sud-coréen lors d’un voyage officiel en Birmanie et l’attentat à la bombe contre un vol de Korean Air en 1987 contribuent à ternir l’image internationale de la Corée du Nord alors que le Sud où les premières élections présidentielles démocratique ont lieu en 1987 raffermit la sienne.

27 Par ailleurs, le régime nord-coréen entame son lent déclin économique en raison du poids du secteur militaire sur les autres activités du pays. Les premiers épisodes de famines se déclarent. Le délitement du monde socialiste puis la chute de l’Union soviétique constituent autant de chocs pour les dirigeants de Pyongyang et contribuent à l’isoler du système international. La disparition de l’Allemagne de l’Est sera particulièrement ressentie. Avec l’effondrement du bloc de l’Est, l’aide et le système économique de quasi troc mis en place avec Moscou et l’ensemble des républiques populaires prend fin brutalement aggravant la fragilité économique nord-coréenne. Seule la Chine maintient son aide, toutefois elle reconnaît diplomatiquement la Corée du Sud en 1992 achevant de placer les deux pays dans une relation de compétition plus ou moins maîtrisée et forçant Pyongyang à rechercher une forme d’accommodement régional.

La Sunshine Policy ou la réunification par la douceur

28 La reconnaissance des deux Corée par les Nations Unies en septembre 1991 entérine de facto la séparation de la péninsule. Dans la foulée, les deux pays signent un accord de reconnaissance, de non-agression et de coopération le 13 décembre 1991. C’est à cette époque que la question de la réunification s’impose avec insistance au Sud avec l’exemple de l’Allemagne qui suscite l’illusion d’une possible réconciliation pacifique avec à la clef la constitution d’une fédération. De la même façon, l’exemple chinois de l’intégration de Hong Kong sur le modèle d’un pays deux systèmes relance également les hypothèses et les supputations à Séoul. Le contexte au Nord apparaît propice : la mort de Kim Il-sung en juillet 1994 menace la survie du régime. Le pays connaît de graves épisodes de famine et se trouve contraint de faire appel à l’aide internationale. Ceci incite le Sud à reprendre l’initiative de rapprochement avec le Nord via la Sunshine Policy lancée en 1998 par le président Kim Dae-jung et poursuivie par son successeur Roh Moo-hyun. Ces dix années ponctuées d’initiatives spectaculaires dont le premier sommet intercoréen de juin 2000 qui voit Kim Dae-jung accueilli à Pyongyang par son homologue nord-coréen Kim Jong Il n’apporte pas de réelles améliorations à la situation du Nord en dépit d’un apport estimé à 8 milliards d’assistance économique. [19] À partir de 2008, prenant acte d’un bilan peu encourageant et du déséquilibre manifeste dans la relation avec le Nord, le président Lee Myung-bak s’efforce d’introduire la notion de « réciprocité » dans la relation avec Pyongyang, politique reprise depuis par l’actuelle présidente madame Park Geun-hye. Pour l’heure deux écoles sud-coréennes s’opposent au sujet de la réunification. La première mise sur un isolement de plus en plus marqué du régime, un délitement économique et social dû au renforcement des sanctions et, enfin, un effondrement brutal le jour où la population prendra conscience de la réalité du régime. Madame Park semble désormais convaincue de cette perspective et écarte toute coopération avec Pyongyang dans l’espoir que son isolement précipite une crise interne pouvant aller jusqu’à l’effondrement. [20] L’autre école, minoritaire, estime à l’inverse que la réunification ne sera possible qu’au terme d’un dialogue apaisé, et d’une réactivation de la Sunshine Policy afin de restaurer la confiance réciproque et ménager la possibilité d’une réunification en douceur et étalée dans le temps. Pour les partisans de cette école, la réunification ne sera à terme possible qu’à ce prix, alors que le choix d’un isolement de Pyongyang ne ferait qu’alimenter dangereusement sa diplomatie belliciste.

La réunification par l’effondrement ou le chantage nucléaire

29 La réunification suivant l’effondrement de la Corée du Nord reste une hypothèse toujours d’actualité. [21] Il n’est pas aisé pour l’heure de savoir quelle vision pourra favoriser la réunification, mais il à craindre qu’en raison de la nature belliciste du régime et du sous-développement inexorable dans lequel s’enfonce le pays, l’effondrement de ce dernier sera, quand il se produira, extrêmement brutal. La réunification qui s’ensuivra, dans un contexte de crise humanitaire et politique inévitable, ne pourra être que l’œuvre de la communauté internationale. Étant donné son coût et les moyens à mettre en œuvre, la Corée du Sud n’en aura pas les moyens et une médiation internationale apparaît seule à même de maîtriser les velléités américaines et chinoises d’en diriger la réalisation de façon à préserver leur influence. [22]

30 Pour l’heure, le système nord-coréen fait montre d’une grande résilience. Incapables de procéder aux réformes nécessaires, ses dirigeants entretiennent le modèle d’une économie grise fondée sur des activités criminelles, dont la vente de missiles, les contrefaçons et divers trafics. Conséquence directe du niveau de répression policière et de la dureté de la vie quotidienne, le lien social s’est considérablement déconstruit tandis que la confiance de la population dans la famille au pouvoir et ses élites s’est amoindrie. Dans ce contexte, il est de moins en moins crédible que le régime puisse imaginer mener à bien une réunification avec le Sud bien que ce thème soit toujours largement exploité par la propagande et constitue une figure rhétorique récurrente dans les principaux discours de Kim Jong-un.

31 La direction nord-coréenne a pu tabler un instant sur la lassitude américaine et de ses impératifs budgétaires plaidant en faveur d’une diminution des forces américaines présentes sur le territoire sud-coréen. Par ailleurs, le nationalisme sud-coréen volontiers anti-américain a pu se traduire par des manifestations d’ampleur, notamment en 2008 qui ont pu croire qu’une désaffection s’installait entre les deux alliés tandis que des voies s’élevaient à Séoul pour que le pays procède à son autonomisation stratégique. Un débat est toujours latent sur le commandement opérationnel des troupes américano-sud coréennes en cas de crise sur la péninsule. Une lecture nord-coréenne biaisée de ces éléments incite Pyongyang à poursuivre un agenda axé sur la réunification avec l’idée que le facteur nucléaire joue un rôle décisif. En effet, si jusqu’à présent, les États-Unis n’ont pas réduit leur présence militaire pour des raisons budgétaires ou prenant en compte la modernisation des forces armées sud-coréennes, Pyongyang escompte que la menace nucléaire poussera le commandement américain à retirer ses troupes de la péninsule en raison de leur trop grande exposition. Kim Jong-un, après avoir procédé à deux essais nucléaires en 2009 et en 2013, proclame désormais avoir la capacité de mettre une tête nucléaire sur un missile intercontinental de longue portée capable d’atteindre les États-Unis. [23] Il n’est sans doute pas loin de penser que ce chantage nucléaire puisse inciter Washington à retirer ses effectifs sous la pression d’une opinion publique inquiète lui permettant ainsi de réaliser son grand dessein

Conclusion

32 La réunification coréenne semble être un retour légitime de l’histoire, mais sa date et les conditions de sa réalisation restent particulièrement incertaines. Pour l’heure, l’avenir de la Corée du Nord apparaît également incertain alors que la résolution 2270 vient d’alourdir significativement les sanctions frappant le régime, accentuant à dessein son isolement. La Chine, elle-même, inquiète devant le renforcement des capacités militaires américano-sud-coréennes dont l’extension de la défense anti missile américaine en Asie du Nord-Est n’apporte plus guère qu’un soutien compté à Pyongyang. Pékin a notamment annoncé son interdiction des importations de charbon, de terres rares et de plusieurs autres matières premières en provenance de Corée du Nord. Or le charbon occupe une place importante dans le commerce nord-coréen avec 34 % des exportations globales du pays. Par ailleurs, l’interdiction d’escales de bâtiments ou d’aéronefs en provenance ou à destination de Corée du Nord devrait contribuer à réduire les trafics illicites (armes) auxquels le pays continue de se livrer via des sociétés-écran. Au final, au vu du durcissement des mesures frappant la Corée du Nord (dont l’interdiction d’importer du kérosène pour les avions et autres fusées) on peut se demander si les nouvelles sanctions visent effectivement à obliger la Corée du Nord à revenir à la table des négociations ou si elles ne ciblent pas un affaiblissement du régime précipitant son effondrement… [24]

33 Réaliste ou pas, le leadership nord-coréen ne peut renoncer à l’objectif de la réunification qui conditionne son existence et sa légitimité. Par ailleurs, ni le Nord, ni le Sud ne peuvent imaginer que la division de la péninsule soit une donnée politique définitive. La question est de savoir dans quelle condition, comment la réunification s’opèrera et qui en sera l’ordonnateur. Si Pyongyang admet implicitement que ce ne sera pas lui qui prendra l’initiative et la direction d’une péninsule réunifiée, il admet ainsi la faiblesse de son modèle et laisse le champ à Séoul. Aussi tant que Pyongyang perdurera dans sa structure totalitaire, il ne pourra que proclamer vouloir réaliser la réunification. Le seul outil à sa disposition est l’arme nucléaire.

Notes

  • [1]
    Environ 28 500 soldats américains sont déployés en Corée du Sud dans le cadre du Traité de sécurité mutuelle américano-sud-coréen signé en août 1953.
  • [2]
    Cf. à ce sujet le rapport de la Commission d’enquête des Nations unies sur la Corée du Nord dirigée par le juriste australien Michael Kilby, rendu public le 7 février 2014, version française A-HRC-25-63_fr .doc. Consulté le 3 avril 2016.
  • [3]
    Rapport Kilby, op. cit.
  • [4]
    Nicholas Eberstadt, The End of North Korea, Washington, AEI Press, 1999.
  • [5]
    B. de Tréglodé, Marianne Péron-Doise (dir.), « La Corée du Nord de Kim Jong-il : perturbateur chronique en Asie orientale », La Lettre de l’IRSEM, Paris, juin 2015.
  • [6]
    P. Dayez-Burgeon, La Dynastie rouge, Paris, Tempus, 2016.
  • [7]
    On notera ici que le nationalisme pan coréen se caractérise par une opposition aux grandes puissances. Ce sentiment est intimement lié à l’histoire de la Corée et à la longue mainmise japonaise sur la péninsule entamée dès 1876 suivie par la guerre de Corée puis par la guerre froide. Dans l’historiographie coréenne et dans la mémoire collective s’est imposée la représentation d’une « victimisation » de la Corée par les grandes puissances Japon, Chine, Russie, États-Unis et illustrée par le dicton populaire d’une Corée « crevette » au milieu des baleines.
  • [8]
    B.R. Myers, La Race des purs, comment les Nord-Coréens se voient, Paris, éd. française Saint-Simon, 2011.
  • [9]
    S. Jacky Park, The Korean pivot and the return of great power politics in Northeast Asia, Atlantic Council, Washington, 2015.
  • [10]
    J. Pollack, No exit: North Korea, Nuclear Weapons and International Security, Londres, IISS, 2011.
  • [11]
    B. Cumings, Origins of the Korean War, vol. 1 (1980), vol. 2 (1991), Princeton University.
  • [12]
    Sur le détail de la chronologie du développement du programme nucléaire et balistique nord-coréen se reporter au minutieux travail du think tank américain Arms control “Chronology of US-North Korean Nuclear and Missile Diplomacy”. https :// : armscontrol.org/print/2595. Consulté le 2 février 2016.
  • [13]
    Marianne Péron-Doise, La Prochaine guerre de Corée sera-t-elle nucléaire ? in P. Journoud (dir.), La Guerre de Corée et ses enjeux stratégiques de 1950 à nos jour, Paris, L’Harmattan, 2014.
  • [14]
    K. Oh, R. Hassig, North Korea : Through the Looking Glass, the Brooking Institute, 2000.
  • [15]
    Kim Sung Chull, North Korea under Kim Jong-il : from Consolidation to Systemic Dissonance, New York, 2006.
  • [16]
    Révisée à cet effet en avril 2012.
  • [17]
    J.S. Witt, S.Y. Ahn, North Korea nuclear Future: Technology and Strategy, US-Korea Institute, Washington, 2012.
  • [18]
    B. Cumings, op. cit.
  • [19]
    V. Gelezeau, K. de Ceuster, A. Delissen (dir.), De-Bordering Korea: Tangible and Intangible Legacies of the Sunshine Policy, 2013, Routledge, Londres.
  • [20]
    Parks vows to get tough against North Korea, Chosun ilbo 17 février 2016? http :// English.chosun.com/svc/news/printontent.html. Consulté le 25 mars 2016
  • [21]
    Nicholas Eberstatt, The End of North Korea, Washington, 1999.
  • [22]
    Le coût de la réunification entre un Nord en faillite et un Sud développé en termes de revenu par habitant est difficile à chiffrer. Une étude réalisée en 2012 par le ministère de l’Unification sud-coréen évalue à 167,5 milliards d’euros les dépenses pour la seule première année, soit le quart du PIB sud-coréen.
  • [23]
    J.H. Ahn, North Korea Publishes Pictures of « Miniaturized » Nuclear Device. NK news 9/03/16. https://wwwnknews.org/2016/03/n-Korea-publishes-pictures-of. Consulté le 1er avril 2016.
  • [24]
    Scott Snyder, The New UN Sanctions and Prospects for North Korea’s denuclearization, Council on Foreign Relations, Washington, 2 mars 2016 et Four Ways to unilateraly sanction North Korea, Council on Foreign Relations, Washington, 28 septembre 2016.
Français

Ces dernières années, la communauté internationale a fait plusieurs tentatives pour amadouer la Corée du Nord et la convaincre d’abandonner son programme nucléaire. Mais il est devenu que le nouvel héritier, Kim Jong-un est décidé à faire fructifier l’héritage nucléaire légué par son père et son grand-père et de créer un nouveau mode de leadership afin de maintenir la légitimité du régime. Cette refondation idéologique est fondée sur la croissance économique et la mise en avant de prouesses nucléaires. Toutefois en dépit de la résilience interne du pays Kim Jong-un est confronté à d’énormes défis : l’économie est sérieusement atteinte et le soutien populaire au rigide système s’appuyant sur l’Armée et le Parti mis en place par la famille Kim est sujet à question. Souligner l’identité nucléaire du pays et élaborer un « nationalisme nucléaire » semble être le seul moyen de renforcer la réputation du régime et d’établir la nouvelle marque idéologique propre à Kim Jong-un. C’est également le seul outil disponible qui pourrait permettre à Pyongyang de réaliser le but tant attendu de réunification de la péninsule coréenne.

Mots-clés

  • Kim Jong-un
  • héritage nucléaire
  • légitimité du régime
  • refondation idéologique
  • nationalisme nucléaire
  • réunification de la péninsule
  • Corée
English

These last years, the international community made several attempts to tame North Korea and convince it to abandon its nuclear programme. But it is becoming clear that the new heir, Kim Jong-un is commited to develop the nuclear legacy of his father and grand father to create a new model of leadership in order to maintain the regime legitimacy. This ideological reconstruction is based on economic growth and demonstrated nuclear weapons prowers. But despite North Korea’s internal resilience Kim Jong-un is facing huge challenges : the economy is seriously ill and the people’s support to the rigid party military system created by the Kim family is an open question. Underlining the nuclear identity of North Korea and set out a “nuclear nationalism” seems to be the only way to reinforce the regime reputation and establish Kim Jong-un new ideological brand in the making. It is also the only tool left that could allow Pyongyang to achieve the long expected goal of reunification of the Korean peninsula.

Marianne Péron-Doise
Mis en ligne sur Cairn.info le 21/12/2016
https://doi.org/10.3917/strat.113.0195
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