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Topique

2010/1 (n° 110)


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Bien que je travaille depuis 1992 sur la psychanalyse en Turquie, notre collaboration avec l’AIHP (Association internationale d’histoire de la psychanalyse), ces dernières années, m’a poussée à m’interroger un peu plus dans ce domaine de l’histoire. Mes travaux sur la naissance de la psychanalyse en Turquie, que j’ai commencés lors de mon doctorat à Paris 13 dans les années 1992-96, se sont poursuivis avec mes écrits en 2004 dans le numéro 89 de la revue Topique. Mon collègue Levent Kayaalp a également écrit dans Topique sur le même sujet mais avec une approche plus intégrale. Notre objectif était de mettre au jour les raisons pour lesquelles la psychanalyse avait mis un retard de 100 ans pour être connue en Turquie, de tracer l’histoire de la psychiatrie en Turquie et de trouver les réponses aux questions en rapport avec l’influence des faits sociopolitiques et de l’idéologie islamique sur ce retard. Tunaboylu-Ikiz, Arkonaç  [1][1]  TUNABOYLU-IKIZ T, ARKONAÇ S, « Les raisons diverses....

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Je voudrais à présent rendre compte des résultats obtenus lors de ces recherches. Avant la proclamation de la République turque en 1923, l’Empire ottoman abritait les traces de la culture des Seldjoukides. Lorsque nous examinons de près le rôle de cette grande richesse historique sur l’évolution de la médecine, nous nous trouvons face à une dualité qui dure depuis l’époque seldjoukide. Il y a d’un côté l’approche thérapeutique des médecins dont l’application se fonde sur l’histoire de la médecine qui a évolué grâce aux grands noms comme Galien, Hippocrate et Avicenne et de l’autre, il y a une tendance traditionnelle beaucoup plus importante dans la tradition populaire pour une application effectuée dans les sectes religieuses. À l’époque de l’Empire ottoman, cette dualité dans l’application thérapeutique a entraîné une rupture entre la médecine de la cour et celle du peuple et cette situation s’est aggravée avec la fermeture des écoles (medresse). Tunaboylu-Ikiz  [2][2]  TUNABOYLU-IKIZ, « L’humour et la naissance de la psychanalyse...

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Sous l’influence de l’islam, les médecins turcs considéraient différemment le malade mental par rapport à l’Occident. Le malade mental n’est pas un marginal, comme dit Foucault, « la maladie mentale n’est pas seulement ce négatif qu’il faut exclure de la conscience mais ce négatif social tapi dans certains comportements qui menace l’ordre social ». En parallèle à la classification effectuée par les médecins, nous ne pouvons négliger la place qu’occupe la médecine populaire. D’après le peuple, le fou est considéré comme une personne ayant la capacité de transmettre sans censure des informations appartenant au monde métaphysique. Par ailleurs, cette personne qui nous apporte des messages de l’au-delà est toujours qualifiée de « sacrée ». Dans son livre de Voyages, Evliya Çelebi (1682) nomme l’aliéné de « saint ». Nous observons ainsi combien la médecine populaire est raffinée. En particulier, la classification de la folie nous montre que tout le monde peut y être inclus car toutes les caractéristiques humaines apparaissent dans les catégories de cette classification. Cette certitude nous pousse à croire qu’il n’y a pas de distinction stricte entre le fou et le normal. Karl?ga  [3][3]  KARLIGA B, Reportage à la Faculté de Théologie, Istanbul,...

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Lorsque nous comparons les deux types de traitements, nous distinguons la différence entre la médecine et les sectes. Les médecins, considérant que la raison des maladies est organique, font confiance aux thérapies par des médicaments. En exemple, le nettoyage des intestins est recommandé car rejeter les substances toxiques permet d’extérioriser le « mal ». Pour les médecins, la théorie du tempérament joue un rôle important. Les maladies proviennent en général de l’insuffisance ou de l’abondance de ces forces. Alors que dans les sectes, les cheiks guérissaient par le biais de la croyance religieuse et de la persuasion. Ces deux types de traitement s’affrontaient à toute époque. Nous allons à présent faire une analyse plus détaillée grâce à l’exemple qui suit.

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Dans la médecine ottomane, la mélancolie occupe une place importante. La raison de cette maladie ne s’explique et ne trouve guérison que dans la théorie d’Avicenne. À la base de cette thérapie, il y a une purification de l’âme et du corps. Le concept de « la maladie d’amour » (Mali Hülya) est utilisé pour toutes les réactions psychologiques, que ce soit une réaction corporelle ou non. Pour bien définir la maladie, il faut analyser de manière détaillée les signes somatiques et la situation émotionnelle du malade. Les médecins ottomans s’efforçaient de faire disparaître les symptômes et prendre au sérieux la situation émotionnelle du malade au niveau étiologique. Ils visaient à montrer chaque fois un cas différent des autres. Le phénomène de la maladie d’amour, quant à lui, fait partie du groupe de maladies apparaissant sous plusieurs symptômes. Les malades d’amour, quand ils ne trouvent pas l’objet qui leur permettra d’atteindre leur objectif, préfèrent croire que des obstacles font obstruction. Le remède prescrit est, soit l’assouvissement sexuel, soit l’orientation à un but beaucoup plus sacré qui est la philosophie du mysticisme islamique. Ces approches, comme l’affirme S. Ünver rappellent « les thérapies psychanalytiques » (bien qu’il ne donne pas de précisions exactes). Ünver  [4][4]  ÜNVER S, Türk T?p Tarihi Gelisimi Üzerine, Istanbul,...

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Le caractère islamique de la médecine ottomane se fait sentir jusqu’au XIXe siècle. Par la suite commence l’ère de l’occidentalisation. Le 14 mars 1827, date à laquelle l’école de médecine a été créée, constitue l’étape la plus importante du mouvement réformiste ; dorénavant il est possible de parler d’une école de médecine au sens moderne. Après le retour de l’étranger des chercheurs en médecine, de nouvelles écoles ont été créées dans différents domaines. Ces réformes effectuées à la moitié du XIXe siècle, ont permis l’évolution de nombreux mouvements intellectuels. Les relations avec l’Occident ont entraîné une évolution considérable en ce qui concerne les conditions des hôpitaux et ont permis de mieux comprendre les maladies mentales. Louis Mongeri (1815-1882), un médecin d’origine italienne, est venu en Turquie pour réaliser ces transformations dans les hôpitaux turcs (1886). Nous savons qu’à cette période, Mongeri a travaillé en collaboration avec Verga et Panizza. Suite à l’insurrection de Lombardie, il avait dû quitter son pays. En premier lieu, il avait fait d’importants travaux pour combattre le choléra dans la région de la Crète. Sous le règne de l’Empire ottoman, il a été nommé médecin en chef dans un hôpital à Istanbul. Mongeri voulait plus précisément poursuivre ses expérimentations en psychiatrie qui est son domaine de spécialisation et a fait une requête pour rénover l’asile Solimanie, en ruine à l’époque. Il a donc travaillé dans cet asile dans les années de 1860 à 1873 en tant que médecin chef. À lui seul, il a fait face aux difficultés administratives et a déployé un grand effort pour améliorer les conditions des malades. Après 12 ans de fonction, il a fait construire deux bâtiments supplémentaires. À cause de l’épidémie de choléra, un grand nombre des malades sont morts et les survivants ont été transportés dans d’autres hôpitaux. Après la guerre de Crimée, il s’est engagé pour faire venir des médecins anglais, français et italiens. Ainsi en 1856, il a fondé la première Association de Médecine à Istanbul et jusqu’à sa mort, au sein de cette association, il a fait publier la « Revue de Médecine de l’Orient ». Tunaboylu-Ikiz (2)

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À cette époque, ce sont les modèles désuets qui étaient enseignés dans les écoles (medresses). Mais en 1839, avec l’arrivée du docteur Bernard, les réformes les plus opérantes ont été réalisées. Kazanc?gil  [5][5]  KAZANCIGIL A, « Süheyl Ünver ve Osmanl? T?bb?nda Ak?l... À l’époque de l’Empire ottoman, le jour le plus important dans le domaine de la médecine était le 14 mars 1827, date à laquelle les réformes ont été réalisées et aujourd’hui ce jour est fêté comme la journée de la médecine. Le sultan Mahmut II, lors de son discours expliquant les raisons et la nécessité de ces changements, faisait allusion aux contraintes imposées par les pays étrangers, à propos des problèmes des minorités et des sectaires. Les Ottomans avaient régressé dans le domaine des sciences à cause d’une mauvaise gérance du pouvoir et parce qu’ils s’étaient uniquement tournés vers le monde arabe. Dans le domaine de l’art et de la médecine, le monde arabe avait tellement ébloui les Ottomans, qu’ils s’étaient complètement détournés de l’Occident. K. Gürkan dénonce que les Ottomans ont d’abord écrit dans leur langue et ont établi par la suite des contacts avec l’Occident qui possédait les pleins pouvoirs au niveau des sciences. Gürkan  [6][6]  GÜRKAN K. I Türkiye’de Hekimligin Bat?ya Dönüsü, Istanbul,...

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À la suite des contacts établis avec l’Occident à partir du XVIIe siècle, bien qu’il y ait eu un grand progrès dans les domaines de la pharmacologie, l’anatomie et la physique, la véritable raison de l’instauration de la pensée scientifique d’une manière active au XIXe siècle s’explique par les nombreuses publications accessibles dans les langues étrangères. C’est grâce à l’instruction de grands savants tels que Pasteur, Claude Bernard et Sappey que la médecine turque a pu se moderniser. Sehsuvaroglu [7][7]  SEHSUVAROGLU B. N, Anadolu’da Dokuz As?rl?k Türk T?p...

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Les travaux de Mongeri que les Ottomans appelaient « père Mongeri », représentent le premier pas dans l’amélioration des conditions des asiles. En parallèle, des changements ont été réalisés dans l’enseignement de la médecine. La première faculté de médecine a été créée le 14 mars 1826 par le sultan Mahmut II à Istanbul. Les professeurs Bernard, Spitzer, Rigler et Von Duhring sont venus de Vienne. Les premiers temps, seuls les étudiants militaires étaient admis dans ces cours. Ce n’est qu’en 1866 qu’une deuxième faculté a été ouverte pour les civils. Au début, la langue d’instruction était le français et c’est en 1870 que l’enseignement s’est fait en turc.

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Le développement économique, social et politique, comme pour tous les domaines, a influencé également le domaine de la médecine ; la première clinique était un centre neurologique et était dirigée par le Prof. Rasit Tahsin, ancien élève de Kraepelin. Les conditions des hôpitaux étaient désastreuses jusqu’à la nomination du Prof. Mazhar Osman, une des personnalités les plus importantes dans le domaine. En 1924, après la proclamation de la République, un terrain de 3000mà Bak?rköy a été proposé au Prof. Mazhar Osman. Dans cet Hôpital Psychiatrique des Maladies Mentales de Bak?rköy qui actuellement est le plus important en Turquie, le professeur Osman a envoyé ses assistants en Allemagne pour des stages. Grâce à la réforme universitaire de 1933, cette clinique de Bak?rköy s’est forgé une place importante dans le domaine de la psychiatrie. Aujourd’hui, cette clinique continue de donner ses services avec 3000 lits. Dans cet hôpital, la domination de l’école de Kraepelin s’est poursuivie jusque dans les années 1955 et 1960. À la même époque, le professeur Izzettin Sadan était assistant dans cette clinique à Bak?rköy entre les années 1925-27. Il contestait l’approche de la méthode de Kraepelin et voulait appliquer les idées de Freud, Brill, Jones et Jung, sans se préoccuper du fait qu’elles se contredisent entre-elles. Il était mal perçu par son entourage et se sentait seul dans ce combat. Tunaboylu-Ikiz (2)

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Pour estimer la situation de la psychanalyse en Turquie, il faut connaître les mémoires du professeur Izzettin Sadan qui sont d’une grande portée. Dans son article publié dans un recueil à l’occasion du 50e anniversaire de l’Hôpital Psychiatrique des Maladies Mentales de Bak?rköy (1977), il écrivait ce qu’il pensait de la psychanalyse et des réactions négatives que ses idées entraînaient. Sadan n’avait pas le droit de faire de diagnostic. Son médecin chef traitait Freud de « sale juif ». Sadan était vraiment seul. Après son stage à Paris il est rentré et en 1938, il a écrit une lettre à Freud. Il implorait son aide pour quelques concepts qu’il ne pouvait traduire. En s’excusant de sa maladie, Freud lui conseillait d’autres noms pouvant l’aider. Sadan [8][8]  SADAN I, « Hat?rat » , Bak?rköy’ün 50.y?ldönümü, Istanbul,... Izzettin Sadan était le premier psychiatre s’intéressant à la psychanalyse, il a écrit de nombreux articles et traduit des livres mais il a été licencié de l’hôpital. Il a poursuivi son métier dans son cabinet privé.

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À partir des années 1950-60, la psychiatrie en Turquie est sous l’influence des courants psycho-dynamiques américains. Les médecins ayant travaillé aux États-Unis et en Europe se sont familiarisés à ces méthodes. À ce titre, Gülsen Koptagel dénonce les raisons du peu du nombre de psychiatres et pourquoi la psychanalyse est très peu répandue en Turquie :

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  1. Les médecins qui se déplacent à l’étranger rencontrent différentes écoles ;

  2. La psychanalyse exige une étude qui s’étend sur plusieurs années et qui donc est très coûteuse. Les médecins boursiers n’ont pas les moyens et le temps de suivre des cures de psychanalyse ;

  3. Le problème le plus important était sans doute la langue. La psychanalyse exige un enseignement qui est spécialement basé sur la langue. Les médecins qui ne maîtrisent pas la langue du pays où ils se trouvent, se détournent involontairement de ces méthodes. Koptagel [9][9]  KOPTAGEL G, Psikanaliz’e Giris Önsözü, Yaprak Yay?nlar?,... Mais aujourd’hui ce point de vue n’est plus valable et les explications de ce genre font à présent partie de l’histoire.

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La psychologie moderne arrive en Turquie en 1915. Cette date représente une époque importante pour l’enseignement du pays. Les réformes universitaires ont été réalisées malgré la deuxième guerre mondiale ; dans les domaines de la botanique, la chimie, la physique, l’histoire et la psychologie, 20 professeurs allemands ont été invités en Turquie. Le professeur Anshutz est venu de l’université de Hambourg et a fondé au sein de l’université d’Istanbul le département de psychologie. Togrol  [10][10]  TOGROL B, « Türk Psikoloji Tarihi, Tecrübi Psikoloji... Il avait emmené avec lui tout le matériel nécessaire pour fonder le département de la psychologie expérimentale. Cependant, à la fin de l’année 1918, après la défaite de la guerre des Ottomans et des Allemands, les professeurs allemands ont dû retourner dans leur pays. Le professeur Anshutz a été remplacé par Mustafa Sekip Tunç, un médecin qui a suivi deux années d’étude à Genève auprès de Claparède. Tunç qui est considéré comme le premier psychologue turc, a traduit les œuvres de Freud et de W. James, a fait connaître la psychologie aux étudiants et a fondé le département de Psychologie générale.

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La nouvelle République turque a réalisé la réforme universitaire en 1933. Le gouvernement a invité 103 professeurs allemands d’origine juive qui ont travaillé pendant 12 ans en Turquie. Il est dommage que le domaine de la psychologie en Turquie n’ait pas pu profiter de ces professeurs fuyant les nazis. En 1937, le professeur William Peters venant de l’université de Jena est arrivé à l’université d’Istanbul pour fonder l’Institut et le Laboratoire de Pédagogie. Il avait travaillé auparavant avec Bartlett à Cambridge et Werheimer à Frankfurt. Grâce aux bourses Fullbright, de nombreux professeurs sont venus enseigner à l’université d’Istanbul. Arkonaç  [11][11]  ARKONAÇ S, « Türkiye’de Psikoloji, Istanbul Üniversitesi.... L’approche classique de la psychologie et l’approche kraepelinienne constituaient des obstacles au développement de la psychologie. Le rôle des facteurs psycho-dynamiques dans la formation des troubles psychologiques n’était pas encore admis. Les étudiants diplômés ne pouvaient exercer leur métier que dans des lycées en tant qu’enseignant. Par ailleurs, dans les années 60, avec l’influence de l’Amérique et de l’Europe et l’apport de la psychanalyse, des concepts modernes sont élaborés en psychologie et sont acceptés dans ce milieu. Ainsi on réalise peu à peu l’importance de la psychologie dans le monde de la médecine. Cansever  [12][12]  CANSEVER G, International Resources in Clinical Psychology,...

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Alors que j’analysais les conditions de fondation de la psychanalyse et son historique, j’ai découvert la grande rupture du XIXe siècle. Les premiers temps, les Seldjoukides et les Ottomans ont essayé de conserver la structure originale des hôpitaux et de leur fonctionnement. La médecine turque et bien d’autres domaines ont largement subi l’influence arabe. À partir du XIXe siècle, le système ottoman commence à se détériorer, les écoles et les institutions se corrompent de plus en plus. Mais grâce aux contacts établis avec l’Occident, les réformes deviennent inévitables. (1820). Malheureusement, les Ottomans, au lieu de faire une synthèse de l’Occident et de l’Orient, se détournent complètement de l’Orient. Ces recherches m’ont permis de distinguer les changements et les ruptures existantes dans le monde de la médecine, et je me demande ce qu’est devenu aujourd’hui cette tradition qui existe depuis Avicenne. La deuxième rupture importante a eu lieu en 1923. L’Empire ottoman a été remplacé par une république et nous avons voulu créer un nouveau pays en laissant derrière nous une histoire de 600 ans. C’est à cause de cette rupture (surtout l’alphabet qui a changé) qu’il nous est impossible aujourd’hui d’enrichir les connaissances appartenant à la médecine traditionnelle ottomane.

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Alors qu’en 1980 tout a changé. Bien que le coup d’état militaire de 1980 ait entraîné des restrictions considérables dans le monde culturel et politique en Turquie, l’importance accordée à l’individu a été valorisée et ainsi l’individualisme et la liberté économique sont devenus des termes fréquemment utilisés. Par conséquent, les œuvres les plus populaires parmi les intellectuels turcs et les plus publiées étaient des ouvrages concernant la psychologie. Bien que cette évolution soit contraire à la nature d’un coup d’état militaire, elle a permis de mettre l’accent sur l’importance du monde psychologique de l’individu et de l’individualisme en général et de multiplier les œuvres dans ces domaines. Kayaalp  [13][13]  KAYAALP L, « L’histoire d’un rendez-vous manqué :... À cette époque, ces nombreuses publications, en particulier les best-sellers des écrivains comme Erich Fromm et Karen Horney qui nous révélaient que les bonheurs individuels ne pouvaient être dissociés des ententes sociales, nous montrent clairement le traumatisme créé par le coup d’état chez les individus.

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En 1989, le docteur Ulviye Etaner, après avoir terminé son analyse personnelle en Allemagne, est rentrée dans son pays et a commencé elle-même l’analyse d’un groupe de psychiatres en Turquie. Il est important ici que la demande psychanalyse soit faite et que les conditions soient préparées pour que cette demande puisse exister dans le domaine de la psychiatrie. Sous l’optique historique concernant l’évolution de la psychologie, suite au courant de la psychologie expérimentale née à partir de 1917, le domaine de la psychologie qui s’est forgé une place au sein de l’université a, durant quelques années, exclut la psychanalyse. À l’université, nous ne pouvons que relater ce qui advient de la psychanalyse et en discuter théoriquement. Le fait que les pratiques psychanalystes (cures) soient réalisées en dehors de l’université, était très souvent considéré au début comme un prétexte de refus. Les travaux psychanalytiques jugés comme non scientifiques ont d’abord paru dans les cours du département de psychologie de l’université d’Istanbul. À l’exception du cours psychanalytique que l’auteur de cet article assurait, il était impossible de trouver un programme systématique ou bien établi concernant ce domaine dans un quelconque département de psychologie. Mais si nous examinons de près les travaux effectués à ce titre ces 15 dernières années, nous nous apercevons que cette situation a considérablement changé.

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Le Groupe de Psychanalyse d’Istanbul, qui est le premier en Turquie, a été fondé en 1994. Après son développement, ce groupe a été le pionnier dans la fondation en 2001 de l’Association Psychanalytique d’Istanbul qui est également la première en Turquie. Cette association s’est formée grâce aux psychanalystes qui ont suivi une formation au sein de la Société Psychanalytique de Paris. Cette association Psychanalytique d’Istanbul formée par ce groupe de quatre psychanalystes a été reconnue en janvier 2007 comme « Groupe de travail » par l’Association Psychanalytique Internationale. De même, avec la fondation d’une seconde association, la psychanalyse a pu s’institutionnaliser. Cette institutionnalisation, au sens clinique, traduit l’accroissement de la demande individuelle d’analyse psychanalytique et l’agrandissement de l’intérêt porté aux réunions de présentation de la psychanalyse réalisées par ces associations. La multiplication des publications a permis aux psychologues et aux psychanalystes de se familiariser avec la psychanalyse afin de mieux comprendre le monde psychique. Comme nous pouvons le voir, après cette officialisation de 15 ans, le statut actuel est très prometteur. Et cela ne me surprend pas. Les services aussi bien de santé que d’autres domaines assurés grâce aux fondations de l’époque ottomane suffisent à nous montrer l’indispensabilité du rôle de l’officialisation au niveau de la transmission et à mieux comprendre l’évolution de la psychanalyse dans notre propre société.

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Bien que la psychanalyse se fonde sur l’histoire personnelle, le discours, les souvenirs et les désirs de l’individu, elle se construit à partir des phantasmes du groupe social auquel l’individu appartient. Enriquez  [14][14]  ENRIQUEZ E, De la Horde à l’État, Paris, Édition Folio... C’est pourquoi pour chaque pays, il est question d’une psychanalyse propre aux origines et à la structure culturelle de celui-ci. S. Freud, fondateur de la psychanalyse, ne néglige pas l’importance des mythes et des éléments religieux qui occupent une place notable dans le discours des malades. Dans son œuvre intituléeTotem et tabou, Freud explique la place qu’occupent les éléments sociaux et culturels dans le discours de l’individu. Freud  [15][15]  FREUD S, Totem et Tabou, (1913), Paris, Gallimard,... Dans ce sens, la psychanalyse turque elle aussi s’acquiert une structure originale propre aux composantes culturelles de la société turque.

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Après avoir donné un aperçu sur l’évolution de la médecine depuis les Seldjoukides et l’Empire ottoman jusqu’à nos jours et avoir tracé l’histoire de la psychiatrie en Turquie, nous allons nous étendre plus précisément sur les raisons des retards dans le domaine de la psychanalyse en Turquie, sujet sur lequel nous nous penchons depuis un an avec un groupe d’étude en collaboration avec AIHP. Pour cela, dans un premier temps, nous avons comparé historiquement la période de 1900 où Freud a fondé la psychanalyse avec ce qui se passe au sein de l’Empire ottoman.

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Dans les années 1900, règne Abdülmecid le dernier calife de l’Empire ottoman. Alors qu’en Europe différentes découvertes et nouveautés se concrétisent, une période de réformes s’annonce dans l’Empire ottoman. Cette période réformiste représente un tournant important dans l’histoire car grâce à cette charte réformiste, l’égalité a été assurée dans tout l’Empire ottoman. La Révolution française est la source d’inspiration pour cette idée de réforme et à cette période pour la première fois on parle de la notion de citoyenneté. Tout le monde a été déclaré citoyen ottoman et les différences religieuses ont été proscrites. Cette situation a déplu à beaucoup car il est impossible de satisfaire tout le monde, en premier lieu la classe bourgeoise qui a disparu, de même, alors que chaque groupe religieux tente de renforcer sa communauté, le concept d’égalité affaiblit le pouvoir des dirigeants de chacune de ces différentes fractions.

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Le processus d’occidentalisation s’est opéré à la fin du XVIIIe siècle, après qu’on eut remarqué la grande différence entre l’armée européenne et l’armée ottomane. Kad?oglu [16][16]  KADIOGLU A, « The paradox of Turkish nationalism and... D’un côté, à cause des restrictions économiques, l’armée représente désormais une menace pour le sultan et de l’autre, après que les fusils légers ont été inventés, le sultan implore l’aide de ses conseillers européens pour former une nouvelle organisation militaire (Nizam-? Cedid). Cependant cela signifiait en même temps que le système militaire fondé sur la servitude qui régnait jusque là, allait être détruit. La force politique la plus importante sur laquelle l’Empire ottoman s’appuyait, « était formée d’un grand nombre de serviteurs mis à l’écart de la société ». À partir du XIVe siècle, les sultans ottomans récupéraient les garçons chrétiens les plus brillants et talentueux dans les lieux qu’ils conquéraient, et les ramenaient à la capitale afin de les éduquer. Selon cette méthode appelée le système de la devchirmé, ou le recrutement de janissaires (c’est-à-dire le ramassage de jeunes enfants dans les familles chrétiennes des Balkans), ces jeunes enfants adoptaient la religion islamique et selon leur talent étaient admis dans les grandes écoles de la cour. Parmi eux, les soldats étaient directement envoyés dans le corps des janissaires et les fonctionnaires exerçaient leur métier au sein du pouvoir central ou bien celui des provinces et pouvaient monter en grade en tant que fonctionnaire ou administrateur. D’un point de vue technique, ces enfants étaient les serviteurs du sultan, en d’autres termes ils lui devaient une fidélité absolue. Non seulement ils perdaient tout contact avec leur famille et leur passé, mais également, leurs enfants ne pouvaient hériter ni de leur fonction ni de leur fortune. N’ayant aucun profit personnel à redouter, ils ne pouvaient que défendre les intérêts du sultan. Leur seul objectif était la fidélité au sultan. Dans l’Empire ottoman, le pouvoir était aux mains de cette petite classe. Ce système étatique basé sur la fidélité d’une classe sans racine et indépendante du peuple, est menacé par les idées de liberté sociale et individuelle et par les idéaux occidentaux qui face à l’empire, souscrivent un État-nation fondé sur des notions de citoyenneté et de justice. La sainteté de l’autorité absolue que possède le sultan, afin de protéger et de diriger ce système universel créé par Dieu, s’est peu à peu profanée avec la perte constante de ces fidèles qui lui étaient dévoués sans condition et sans règles. Berkes [17][17]  BERKES N, Türkiye’de Çagdaslasma, Yap? Kredi Yay?nlar?,... Finalement, le désir de modernisation des Ottomans n’était pas de ressembler à l’Occident mais venait du fait que le système qui fonctionnait jusque-là s’était effondré et leur volonté était de regagner pour le bien du sultanat ce pouvoir affaibli. Cependant toutes les institutions sociales et politiques ottomanes n’ont pu échapper aux transformations.

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Il y a eu des développements dans beaucoup de domaines tels que l’enseignement, l’industrie et l’agriculture. C’était une période où le processus d’occidentalisation a été vécu intensément. En contrepartie, il y avait beaucoup de réactions contre la période des réformes ottomanes ; les termes comme « se franciser », « devenir infidèle » (gavurlasma) sont utilisés. Il est évident que ces mouvements d’occidentalisation constituaient une base pour l’instauration de la République. Le premier parlement a été créé à cette époque. Des produits industriels sont importés d’Angleterre ; l’exportation commence également ; le premier chemin de fer relie Izmir et ses communes afin de transporter les marchandises venant de l’Orient. Bien que le despotisme y règne, c’est une période de richesse. La faculté des beaux-arts a été créée, des écoles pour filles ont été ouvertes, un musée d’archéologie a été fondé. Bien sûr il y a eu également la première guerre mondiale et les Ottomans qui s’étaient alliés aux Allemands ont perdu la guerre et ont donc dû abandonner des terres. Ainsi le pays risquait d’être divisé et une période obscure a commencé. Cette période allant de la première guerre mondiale jusqu’à la proclamation de la République turque en 1923, est marquée par les années de combat pour la liberté.

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Les idées d’égalité qui allaient préparer la République ont commencé à bourgeonner en 1869 lorsque pour la première fois la loi de citoyenneté a été décrétée. La modernisation dont on s’inspire à la base, peut-elle influer sur le système de pensées ? L’exemple le plus représentatif pour cette interrogation est le XIXe siècle, car à partir de 1831 le premier journal paraît et par la suite d’autres journaux voient le jour. Mais avec la proclamation de la République, cette nouvelle mentalité d’État-nation aspire à créer un seul type d’homme. Pour devenir une société moderne, il faut avant tout purifier la langue. En réalité, la période des réformes ottomanes est une période polyphonique/plurale et libérale, ouverte à toutes les nouveautés occidentales. Alors qu’après la révolution de 1923, le monolithisme a duré de longues années, jusqu’à la mort d’Atatürk, le système politique était également à caractère monolithique (parti unique au parlement).

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En particulier, si l’on observe de près les revues humoristiques, les années entre 1908-1912 sont très riches, alors qu’après 1923, pas une seule caricature d’Atatürk n’a été publiée. La révolution est dirigée par la force de manière monocratique. Cela paraît logique car comme nous le savons, l’Empire ottoman a perdu ses terres, car pour des raisons de distance ou de moyens, les dirigeants n’avaient plus le contrôle sur leur territoire. Par conséquent les réformes d’Atatürk se sont répandues dans tout le pays et il fallait à tout prix garder le contrôle. La sauvegarde d’une nation unique exige un contrôle strict.

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Entre 1908 et 1912, les problèmes ethniques étaient discutés ardemment et les revues mentionnaient souvent les révoltes. Alors que par la suite l’idée générale était que ces discussions risquaient d’altérer le mouvement de « nation unique ». C’est pourquoi les réformes étaient adoptées incontestablement. Ainsi, le changement d’alphabet a été fait rapidement et de force. Les mouvements de modernisation et d’occidentalisation conçus comme une imitation superficielle telle que l’imitation des règles du savoir-vivre et de l’habillement, ont entraîné des problèmes. Précisément, le problème de langue auquel nous faisions allusion se situe à la même époque. Une adoption rapide de l’alphabet occidental, des changements portant sur l’apparence comme l’habillement et sur la langue qui est un moyen de communication, ce ne sont pas des faits ordinaires que l’on rencontre à toutes les révolutions.

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Les années entre 1923 et 1938 doivent être considérées comme les plus importantes. Jusqu’à la mort d’Atatürk en 1938, tout était dirigé par une seule personne, la devise essentielle était l’égalité. Dans le Kemalisme, l’état détient le pouvoir, la voix est amoindrie, le discours suivant est répété sans cesse : « Ce peuple sans classe sociale et sans privilège, nous allons l’élever jusqu’au niveau des civilisations contemporaines ». Durant 15 ans, les concepts portant sur la religion et le patriotisme ne sont plus discutés, la différence du niveau d’enseignement entre fille et garçon n’existe plus, les symboles de religion n’apparaissent pas pendant cette période. Grâce aux bureaux de traduction, tout ce qui se passait en Europe était aussitôt transmis. Mais après la mort d’Atatürk, les mouvements de patriotisme se sont ranimés et ainsi des changements sont apparus au sein du système politique.

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En réalité, dans nos réunions, nous nous interrogeons sur la nature de la rupture linguistique que nous avons vécue après l’Empire ottoman, et si celle-ci peut être comparée à « la mort du père ». La République turque qui tue son père (l’Ottoman) le renie totalement, elle refuse ses institutions, sa langue et son apparence. Nous voyons encore aujourd’hui les conséquences de cette rupture. En ce qui concerne les avis sur l’Ottoman, deux pensées prédominent : ceux qui considèrent la République turque comme une continuité de l’Empire ottoman, pensent que les difficultés vécues à l’époque sont aujourd’hui encore indissolubles et essaient de les expliquer dans sa continuité historique tels que les problèmes ethniques dont les raisons sont à chercher dans l’histoire. En contrepartie, il y a ceux qui considèrent que cette époque ottomane de 600 ans est résolument finie, qu’il y a désormais un autre pays et une autre idéologie étatique. Peut-on voir ce désir de rupture comme un refus de reconnaissance des problèmes, comme la mort du père, c’est-à-dire le désir de s’en débarrasser ?

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Alors que dans nos travaux nous nous attardons plus spécialement sur le concept d’occidentalisation, la modernisation, une autre piste à suivre, est adoptée quant à elle par l’armée ; les premiers étudiants envoyés en France à partir de 1889 pour suivre une éducation sont des militaires. Les premières facultés de médecine étaient celles de l’armée et les médecins envoyés en Occident après avoir développé leur connaissance sont rentrés pour travailler dans leur pays. La période où le plus de projets a été réalisé est celle où l’Empire ottoman était en décadence et perdait ses terres. Les militaires étaient les activateurs de l’occidentalisation, à la base de la République il y avait l’armée et ce sont les militaires qui ont formé les Jeunes-Turcs (Association de l’Union et du Développement) et ont fait des réformes. Un peu avant déjà, durant la première guerre mondiale, il y avait les militaires, toutes les nouveautés aussi bien en médecine qu’en éducation apparaissaient d’abord au sein des institutions militaires.

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Donner un aperçu du rôle des militaires dans le développement du pays peut nous éclairer en ce qui concerne la position géographique sur laquelle la psychanalyse turque a évolué à travers les faits historiques, politiques et économiques depuis les Ottomans jusqu’à aujourd’hui.

Notes

[1]

TUNABOYLU-IKIZ T, ARKONAÇ S, « Les raisons diverses d’un retard de 100 ans de la psychanalyse en Turquie », Topique, Décembre 2004, n° 89, l’Esprit du Temps.

[2]

TUNABOYLU-IKIZ, « L’humour et la naissance de la psychanalyse en Turquie », Thèse de doctorat, Paris 13, 1996.

[3]

KARLIGA B, Reportage à la Faculté de Théologie, Istanbul, Février 1995.

[4]

ÜNVER S, Türk T?p Tarihi Gelisimi Üzerine, Istanbul, Dünya t?p Birligi, 1957, p. 9-10.

[5]

KAZANCIGIL A, « Süheyl Ünver ve Osmanl? T?bb?nda Ak?l Hastal?klar? ya da Delilik », Bilim Tarihi, Istanbul, 1993, n°24.

[6]

GÜRKAN K. I Türkiye’de Hekimligin Bat?ya Dönüsü, Istanbul, Gürkan Yay?nlar?, 1967.

[7]

SEHSUVAROGLU B. N, Anadolu’da Dokuz As?rl?k Türk T?p Tarihi, Ismail Akgün Matbaas?, p 8, 1957.

[8]

SADAN I, « Hat?rat » , Bak?rköy’ün 50.y?ldönümü, Istanbul, 1977, p 132-136.

[9]

KOPTAGEL G, Psikanaliz’e Giris Önsözü, Yaprak Yay?nlar?, Istanbul, 1993.

[10]

TOGROL B, « Türk Psikoloji Tarihi, Tecrübi Psikoloji Çal?smalar? », Istanbul, 1972, no : 15, p.1-16.

[11]

ARKONAÇ S, « Türkiye’de Psikoloji, Istanbul Üniversitesi Psikoloji Bölümü, 80.y?l ». Psikoloji Bülteni, 1995, p.1-6.

[12]

CANSEVER G, International Resources in Clinical Psychology, USA, Mc Graw Hill, 1960.

[13]

KAYAALP L, « L’histoire d’un rendez-vous manqué : l’exemple de la Turquie », Topique Décembre 2004, n° 89, l’Esprit du Temps.

[14]

ENRIQUEZ E, De la Horde à l’État, Paris, Édition Folio Essais, 2003.

[15]

FREUD S, Totem et Tabou, (1913), Paris, Gallimard, 1993.

[16]

KADIOGLU A, « The paradox of Turkish nationalism and the construction of official identity » in Kedourie. S (eds) Turkey : Identity, Democracy, Politics, London : Routledge, 1996.

[17]

BERKES N, Türkiye’de Çagdaslasma, Yap? Kredi Yay?nlar?, Istanbul, 2008.

Résumé

Français

Dans cet article, par le biais des travaux qui nous permettent de comprendre l’évolution de la psychanalyse en Turquie, nous nous interrogerons sur la place qu’occupe la psychanalyse dans l’histoire de la médecine et dans la psychologie et la psychiatrie. En commençant par la tradition de la médecine seldjoukide et ottomane et par la suite la période républicaine, nous tracerons les chemins que parcourent la médecine et la psychologie. Ensuite, nous analyserons le processus d’occidentalisation qui est entamé dans la période de l’Empire ottoman et les perturbations sociopolitiques vécues dans la période républicaine. Cette étude sur l’histoire de l’apparition de la psychanalyse en Turquie et sur le rôle qu’elle a joué, nous donnera un aperçu sur la structure propre aux conditions de notre pays qui se situe au carrefour de l’Orient et l’Occident et où différentes cultures se croisent.

Mots-clés

  • Psychanalyse
  • Turquie
  • Histoire

English

Psychoanalysis in Turkey
This article is rooted in research analysing the evolution of psychoanalysis in Turkey and examines the role played by psychoanalysis in the history of medicine and in psychology and psychiatry. We will look at traditional Ottoman and Seljuq medicine and then medical practice in the Republican period to examine the courses followed by medicine and psychology. Finally we will examine the Westernisation process undertaken during the Ottoman Empire and the socio-political conflicts of the Republican period. This historical analysis of the advent of psychoanalysis in Turkey and the role it has played down the years will provide us with insight into the inherent structure of our own country, situated at the crossroads of East and West and diverging cultures.

Key-words

  • Psychoanalysis
  • Turkey
  • History

Pour citer cet article

Tunaboylu-Ikiz Tevfika, « La psychanalyse en Turquie », Topique, 1/2010 (n° 110), p. 129-141.

URL : http://www.cairn.info/revue-topique-2010-1-page-129.htm
DOI : 10.3917/top.110.0129


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