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Topique

2011/2 (n° 115)


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Il y a une quinzaine années, nous avons été alertés par la personne qui s’occupait de la bibliothèque du service du Professeur Basquin, dans le Pavillon Georges Heuyer, à la Salpêtrière : il s’agissait de pouvoir racheter les manuscrits de Sophie Morgenstern, sinon, ils risquaient de disparaître. Alors nous nous sommes cotisés, le groupe de travail d’Annie Anzieu dont je faisais partie, et un certain nombre de personnes du service. Nous avons voulu garder trace d’une des premières psychanalystes d’enfants dans le service où elle avait exercé, garder trace de sa mémoire, sous forme de ses manuscrits.

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Le service a changé de mains, nous l’avons quitté, la bibliothèque a déménagé, les traces de Sophie Morgenstern sont-elles perdues, oubliées à nouveau ?

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Pourquoi cet oubli dans lequel son nom est tombé ? La place de la psychanalyse d’enfant considérée comme mineure ? Sa préférence pour la position d’Anna Freud qui a eu moins d’audience que Mélanie Klein dans l’évolution de la psychanalyse d’enfant en France ? Sa mort tragique par suicide à l’entrée des nazis à Paris en 1940 ? La place conséquente prise par son élève Françoise Dolto ?

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Qui était-elle ?

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« Le mutisme psychogène infantile n’a, jusqu’à présent, été décrit nulle part. Dans le présent travail, je vais tâcher de montrer par quel conflit psychologique un enfant de 9 ans et demi s’est trouvé emprisonné dans un mutisme qui a duré presque 2 ans et dont le caractère spécial m’a permis de faire une étude psychanalytique assez étendue. C’est grâce à M. Heuyer que j’ai eu la possibilité de suivre de près et de soigner ce cas si intéressant et, jusqu’à présent, du moins à ma connaissance, unique. » [1][1] - Morgenstern S., (1927), « Un cas de mutisme psychogène »,...

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Voilà comment débute « Un cas de mutisme psychogène ». Sophie Morgenstern l’avait écrit et publié en 1927 dans la Revue Française de Psychanalyse.

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Médecin psychiatre à la clinique du Burghölzli en 1915, assistante de Bleuler, Sophie Morgenstern avait décidé de venir en France vers 1924 puis d’entreprendre une analyse avec Eugénie Sokolnicka. Elle était devenue à partir de 1925, assistante bénévole à la clinique annexe de neuropsychiatrie infantile de l’Hôpital de La Salpêtrière dirigée par Georges Heuyer.

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Elle avait adhéré à la Société Psychanalytique de Paris et en était devenue membre titulaire, de même était-elle membre titulaire du Groupe de l’Évolution psychiatrique.

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Elle a publié plusieurs articles : « Un cas de mutisme psychogène » en 1927, « Quelques aperçus sur l’expression du sentiment de culpabilité dans les rêves des enfants » en 1933 et fait un enseignement sur les névroses infantiles à l’Institut de Psychanalyse de la Société Psychanalytique de Paris. La publication de ses articles dans ces revues, atteste de sa reconnaissance par ses pairs.

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Son livre Psychanalyse infantile, Symbolisme et valeur clinique des créations imaginatives chez l’enfant, publié en 1937 avait été préfacé par Georges Heuyer.

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« C’est dans ma première rencontre avec le malade que je vis les dessins faits par lui à la maison et au patronage. J’ai été frappée autant par les sujets de ces dessins que par l’expression anxieuse des personnes représentées. Mon attention fut attirée surtout par des dessins faits par Jacques les premiers jours de son séjour au Patronage. Le même sujet se répétait dans les deux dessins : un petit garçon regardait un homme avec méfiance et terreur.

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Ayant constaté que l’unique moyen d’expression de Jacques était le dessin, je l’ai employé pour le traitement. » [2][2] - Ibid., p 492.

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Une évidence à présent, et pour elle aussi semble-t-il. C’était là dit-elle, et je m’en suis servi ! Et pourtant, si le dessin est le mode d’expression le plus courant chez un enfant, encore fallait-il s’en saisir pour engager un traitement psychanalytique !

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« Dès la première séance je l’ai fait dessiner. Je donnais à ces dessins des interprétations que Jacques approuvait ou désapprouvait par des signes de tête. C’est ainsi que je réussis à l’aider à exprimer ses conflits inconscients. » [3][3] - Ibid., p 493.

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Elle n’est pas non plus découragée par le mutisme du petit garçon :

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« Voyant que Jacques se débarrassait, par ses dessins, d’une grande partie des angoisses qui l’avaient tourmenté, j’ai pensé qu’il pourrait aussi, par cette voie, rompre son mutisme. » [4][4] - Ibid., p 493.

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Ainsi, se sont dénoués les conflits et l’enfant a repris la parole. Il a terminé son traitement avec S. Morgenstern en reprenant un à un tous les dessins qu’il avait faits et les a commentés avec elle.

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Le principal axe de recherche de S. Morgenstern restera tout au long de sa pratique : le dessin dans les cures infantiles. Elle utilisera aussi le jeu et le modelage et sera une des pionnières de la psychanalyse infantile en France.

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Françoise Dolto-Marette fut son élève, c’est elle qui tenta de convaincre S. Morgenstern de quitter Paris lorsque les nazis entrèrent dans Paris, mais elle refusa et choisit de se suicider le 16 juin 1940.

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S. Morgenstern avait encouragé Françoise Dolto-Marette à se lancer dans l’analyse des enfants, la trouvant talentueuse. Celle-ci travailla à l’hôpital des Enfants malades, à Trousseau où elle ouvrit sa consultation aux analystes désireux de se former. En cela, elle modifia le cadre en introduisant des témoins. Ce qu’elle fit aussi à Etienne Marcel où nous pouvions être quelques-uns à assister à ses consultations au fil des années. Le travail de l’élève, n’avait rien de comparable avec celui de S. Morgenstern ! Une intuition fulgurante, une attention particulière à ce qui s’exprimait la rendait particulièrement percutante.

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Elle devint sur les ondes la grand-mère que vous connaissez.

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Elle travailla aussi avec B. This dans le cadre du GRENN à une autre approche de la naissance et du nouveau-né, et dans cet esprit la Maison Verte a vu le jour sur une petite place du 15e arrondissement de Paris.

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Je ne vais ni détailler ses écrits, ni parler de son travail dans les sociétés de psychanalyse dont elle fut membre, et les scissions auxquelles elle participa. Vous connaissez tout cela.

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Je voulais rappeler une filiation discrète, un fil autour de la psychanalyse d’enfant qui fut l’engagement de ces deux femmes si différentes.

Notes

[1]

- Morgenstern S., (1927), « Un cas de mutisme psychogène », Revue Française de Psychanalyse, T 1, Édition G. Doin et Cie, p. 492.

[2]

Ibid., p 492.

[3]

Ibid., p 493.

[4]

Ibid., p 493.

Résumé

Français

Deux femmes psychanalystes : Sophie Morgenstern et Françoise Dolto-Marette, l’une élève de l’autre, si différentes mais engagées dans le même désir de développer la psychanalyse d’enfant. Ces deux femmes, chacune à leur façon, l’une discrète, l’autre sur les ondes ont innové dans ce domaine inexploré à l’époque en France.

Mots-clés

  • Psychanalyse d’enfant
  • Dessin
  • Transmission

English

From the Forgotten Sophie Morgenstern to the Obstreperous Françoise Dolto. Take two female psychoanalysts, Sophie Morgenstern and Françoise Dolto-Marette, one the other’s student, but both animated by the same desire to develop the practice of child psychoanalysis. One was discreet, the other a regular radio broadcaster, but both ushered in pioneering innovations in a field hitherto unexplored in France in their day.

Key-words

  • Child Psychoanalysis
  • Drawing
  • Transmission

Pour citer cet article

Fessaguet Dominique, « De Sophie Morgenstern l'oubliée à Françoise Dolto la tapageuse », Topique, 2/2011 (n° 115), p. 79-82.

URL : http://www.cairn.info/revue-topique-2011-2-page-79.htm
DOI : 10.3917/top.115.0079


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