CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Depuis au moins une vingtaine d’années, la science a été l’objet d’un questionnement radical de la part des nombreux épistémologues, historiens et sociologues adoptant une perspective constructiviste et féministe [2]. Les énoncés de la médecine, en particulier, ont été analysés comme discours performatif reproduisant les inégalités et les stéréotypes sexistes présents dans l’imaginaire collectif. En suivant cette approche de recherche, cet article vise à démontrer comment un savoir scientifique "objectif", se référant à une réalité "concrète" comme le corps humain, peut changer dans le temps et, surtout, peut être le vecteur de messages plus amples et abstraits, partiaux vis-à-vis des relations de pouvoir entre les sexes. Le savoir en question, qui se trouve au croisement entre santé et beauté et au centre d’un marché milliardaire aujourd’hui, est celui qui fonde le concept de "cellulite". On montrera plus précisément comment les discours scientifiques et médiatiques supportant l’émergence de la cellulite à une époque donnée ont produit et reproduit une certaine construction du "féminin" et de quelle façon cette construction s’intégrait bien avec certaines représentations de la responsabilité de l’individu de sa condition physique, du corps féminin malsain, de la vie dans les grandes villes et, finalement, du travail féminin même.

2On a choisi d’examiner la période où la cellulite a fait sa véritable entrée dans l’imaginaire collectif, à savoir en France entre les années vingt et les années quarante ; on retracera brièvement les premiers ouvrages médicaux consacrés à ce thème et on analysera son apparition dans les discours de deux revues féminines, Votre Beauté et Marie-Claire. La première, issue en 1933 d’une revue de mode, a été choisie en raison de son champ d’intérêts et du support reçu de la part de l’industrie cosmétique naissante et des Instituts de Beauté (dans lesquels les masseurs ont été les véritables pionniers du dépistage de la cellulite) ; la deuxième, née en 1937, a été choisie en raison de son succès éditorial, son tirage atteignant le million au bout de trois ans d’existence.

3C’est justement dans la période analysée, d’ailleurs, que le souci de beauté a commencé à être "démocratisé" par la presse féminine et que la beauté a cessé d’être une grâce, en devenant "un but, qu’avec de nombreux ’trucs’ n’importe qui doit parvenir à atteindre" (Sullerot, 1963, p.52). Face à un marché de masse naissant où l’envie est institutionnalisée et la consommation apparaît comme le remède à tous les maux (Lasch, 1978), le rôle majeur de cette presse a été de transmettre aux femmes l’idée que la beauté doit être le signe visible d’un travail sur le corps et d’une autosurveillance permanente (Lipovetsky, 1997). Dans cette perspective, elle ne se limite pas à prescrire aux femmes des régimes alimentaires ou des règles de beauté, elle leur apprend des styles de vie, des disciplines intérieures, des organisations rationnelles de leur emploi du temps (Bartky, 1990).

4Plus précisément, dans un processus d’identification et d’auto-identification incessant à l’œuvre entre magazine et lectrices, la conception de la femme "en tant que corps" dans l’imaginaire collectif a été renforcée depuis la diffusion des revues féminines. Il n’est pas possible de traiter ici la vaste littérature féministe sur les médias et la presse féminine en particulier. On se limitera à souligner, au passage, que le rôle des magazines féminins ne peut pas être réduit à un simple miroir des intérêts et des opinions d’un certain groupe social à une époque donnée : ils contribuent à créer ces intérêts et, surtout, à l’autodéfinition même de ce groupe. En d’autres termes, en s’adressant "aux femmes" les magazines féminins repèrent un champ d’objets qui sont censés intéresser "une femme", ils donnent pour acquis des attentes, des expériences vécues, des nécessités partagées, mais, ce faisant, ils contribuent à la re-production d’un sujet "femme" ayant certaines caractéristiques et certaines attitudes de pensée [3]. Selon une phrase célèbre du critique d’art John Berger, "Les hommes regardent les femmes. Les femmes se regardent elles-mêmes en tant qu’objets de regards. Ceci détermine non seulement le rapport entre hommes et femmes, mais aussi le rapport des femmes avec elles-mêmes" (Berger, 1972, p.49 ; sur les paradoxes autour de la visibilité physique de la femme et son invisibilité sociale, cf. Tseëlon, 1995).

5Or, la presse féminine transmet aux femmes ce type de regard sur elles-mêmes. Certains auteurs arrivent à envisager, à la base du déploiement de ce "mythe de la beauté", une véritable stratégie médiatique expressément conçue afin de préserver le pouvoir des hommes face à la montée de l’indépendance économique des femmes et à leur entrée dans le marché du travail salarié [4]. En tout cas, ce qui nous intéresse ici est de voir comment les prises de position de cette presse autour de la cellulite et des moyens pour s’en débarrasser ont été le véhicule de messages plus profonds autour de la femme et de sa "nature" face à la "société" contemporaine.

Les médecins en quête de cellulite : 1873-1940

6Selon Michel Foucault, l’histoire de la médecine est l’histoire de regards et de techniques qui créent un corps objectivable et décodable de façon toujours nouvelle ; plus précisément, d’après cet auteur, c’est l’intervention du médecin qui transforme le symptôme en signe, c’est-à-dire en élément signifiant, relevant d’une entité conceptuelle unique, la "maladie" et dépassant la simple somme de ses manifestations (Foucault, 1963). Cette intervention est influencée, à la fois, par l’état des savoirs légitimes, par l’imaginaire collectif aux racines les plus anciennes, aussi bien que par la configuration des relations de pouvoir à une époque donnée. C’est bien pour cela que la maladie, au fond, a cette connotation paradoxale : elle "est à la fois la plus individuelle et la plus sociale des choses" (Augé et Herzlich, 1984, p.36).

7La médecine envisage un champ d’intervention qui concerne la "fabrication de ’Soi’ possible", c’est-à-dire l’imaginaire du corps humain comme entité infiniment perfectible : elle est liée à "nos rêves de liberté" (Osborne, 1994), en remplaçant la notion de "nature" comme "empêchement infranchissable" par l’idée de nature comme "objet à améliorer" (Rose, 1994). Mais, surtout, elle sécularise des régimes éthiques basés sur la distinction des êtres humains entre le bien et le mal, le normal et le déviant : "Le médecin ne fait pas qu’expliciter un état de la maladie en lui-même évident, il le crée en lui apposant la notion d’une norme altérée" (Herzlich, 1984, p.195). Mais, surtout, en définissant le corps humain malade, la médecine contribue à la définition du corps humain "normal".

8La vérité sur le corps malade est donc historiquement déterminée. En ce sens, on pourra avancer deux points essentiels. Premièrement, que la cellulite qui hante les vitrines de nos pharmacies aujourd’hui est un souci collectif qui a une date de naissance et un pays d’origine : les années 1920 en France. Auparavant, son altérité par rapport au reste du corps n’était pas reconnue, n’était même pas "vue". Deuxièmement, que les différentes localisations où elle a été "reconnue" ont continuellement déplacé la frontière entre "normal" et "pathologique", modifiant ainsi le sens plus profond de l’idée de corps féminin en santé, à savoir, du corps "modèle" et "idéal" à la fois (Foucault, 1963, p.35). Avant d’être "inventée", la cellulite était de la chair féminine adulte (Wolf, 1990) ; par la suite, les différents endroits où elle sera localisée relèveront du "pathologique". Le seul point qui est continu des années trente à nos jours, quelles que fussent les localisations et les causes envisagées, est que la cellulite concerne le "féminin".

9Le terme "cellulite" est apparu pour la première fois dans un dictionnaire français en 1873, plus précisément dans la 12e édition du Dictionnaire de médecine dirigé par Littré et Robin. L’article présente la définition suivante : "Cellulite : nom donné par quelques auteurs à l’inflammation du tissu cellulaire ou lamineux". On peut y remarquer que, en toute prudence ("par quelques auteurs"), Littré inaugurait ce terme en faisant référence à un état inflammatoire assez général. En fait, à cette époque, le seul sens de "cellulite" était encore très proche de celui du mot latin, cellulitis, utilisé en anglais pour indiquer une réaction des tissus difficilement distinguable des abcès, particulièrement à propos de la région pelvienne. D’un point de vue étymologique, en effet, le terme "cellulite" désigne une "inflammation des cellules", le suffixe "-ite" indiquant un état inflammatoire aigu (comme, par exemple, dans "appendicite").

10Aujourd’hui, ce mot est employé en français avec deux significations totalement différentes. D’un côté, il indique encore une pathologie infectieuse grave, touchant l’hypoderme ; de l’autre côté, il indique aussi un caractère sexuel secondaire des femmes qui entraîne des dépôts adipeux dans les territoires cutanés des cuisses et des fesses guidés par les hormones féminines ; c’est dans ce dernier sens que le mot est utilisé dans le langage commun (Pierard et Pierard-Franchimont, 1999). La langue anglaise a gardé une frontière assez précise entre ces deux significations, en continuant à utiliser le terme latin "cellulitis" pour indiquer la première et le terme français de "cellulite" pour la deuxième [5]. En français, en revanche, on a continué à n’utiliser qu’un seul mot, tout en commençant, à un moment donné, à se référer, outre à une inflammation, à une infiltration adipeuse sous-cutanée ; ce qui a entraîné un certain nombre de confusions et de contradictions d’un auteur à l’autre à la même époque (Lodispoto, 1975).

11Au début du siècle, certains médecins parlaient de "cellulitis" pour désigner un état inflammatoire, ou même un abcès, touchant surtout la région pelvienne chez les femmes, pendant que les masseurs suédois commençaient à guérir par le massage des infiltrations graisseuses face à des nodules douloureux du tissu adipeux dans différentes régions du corps, en même temps que certains rhumatologues français parlaient de "cellulite" pour indiquer aussi des altérations du tissu cellulaire sous-cutané. En 1913, dans le Journal Médical Français, M. Wetterwald fit le point des travaux développés jusqu’alors, en concluant que cette affection concernait surtout les femmes "affligées de panniculite de la paroi abdominale".

12Entre 1914 et 1922, de nombreux ouvrages médicaux sortirent sur ces sujets, mais la confusion demeurait souveraine, car, comme le souligne Alberto Lodispoto (1975, p.92), en Angleterre et aux États-Unis on utilisait le mot "fibrosite", en Allemagne "panniculite" et en France "cellulite", pour indiquer à peu près la même chose. Il faut attendre 1923 pour qu’une équipe de médecins présente à la Société de Médecine de Paris le premier Rapport sur la cellulite, où, pour la première fois, cette "affection" est présentée comme une pathologie autonome.

13L’année suivante, un de ces médecins, le Dr Alquier, dans un ouvrage intitulé La cellulite, proposait une nouvelle conception de la pathogenèse de ces infiltrats, croisant les travaux médicaux français avec la pratique apprise des masseurs. Il introduisit son travail dans les termes suivants : "L’usage a consacré le terme de cellulite, pour désigner un infiltrat interstitiel, nettement individualisé par le palper, bien que nous ignorions encore sa nature et sa constitution exactes" (Alquier, 1924, p.533). La méthode de la palpation lui permettait de relever tous les sièges des infiltrations cellulitiques : comme le regard médical découvre et invente en même temps la maladie dans le domaine de la visibilité, la palpation du Dr Alquier découvrait et inventait la cellulite dans le domaine de la tangibilité. Ce médecin notait, en effet, des "grains et des nodosités sous la peau en la pinçant, sur les plans résistants, au niveau des muscles", "autour de tous les viscères palpables autour des artères et veines". Il supposait aussi que les nodosités pouvaient exister même dans les zones inaccessibles au palper, ce qui lui permit de concevoir le corps d’une façon nouvelle : "dans certaines formes endurcies, la cellulite envahit littéralement tout le corps".

14Les différentes modalités d’infiltrations de la cellulite étaient censées correspondre à des aspects différents d’un processus proche de l’intoxication "et même de la dégénérescence", que le médecin appelait "engorgement lymphatique" ; de surcroît, l’existence d’une douleur indéfinissable par le malade, au caractère agaçant, angoissant, plutôt que véritablement intense, bref, la douleur "dont, d’habitude, on a du mal à comprendre la cause", devait faire penser à une cellulite diffuse dans tout l’organisme (pp.533-545).

15Quelques années plus tard, le Dr Lagèze présenta à Lyon une thèse intitulée Sciatiques et infiltrats cellulalgiques destinée à marquer longtemps les études sur ce thème. Il s’agissait de la première analyse histologique menée en prélevant, sous anesthésie, du tissu sous-cutané sur des patients vivants. L’auteur concluait que la cellulite ne devait être autre qu’un amas de déchets relevant d’un trouble fonctionnel hépato-digestif. Il soutenait, en fait, que les albumines contenues, par exemple, dans les œufs ou le lait, n’étaient pas complètement transformées et passaient dans la circulation, arrivant dans le milieu conjonctif interstitiel. Là où elles s’arrêtaient se réalisaient des phénomènes anaphylactiques, censés être le début des infiltrats cellulalgiques, avec une prédilection pour "les muscles qui travaillent le plus" (Lagèze, 1929, p.31) [6].

16La cellulite commençait ainsi à représenter une intoxication, c’est-à-dire un processus "naturel" d’accumulation des déchets ; cette image permettait de penser à un corps qui peut s’opposer à lui-même, ayant besoin d’une intervention de l’extérieur (à savoir, du médecin) pour ne pas dépérir ou s’auto-empoisonner. Entre la fin des années vingt et le début des années trente, les publications se multiplièrent et la cellulite devint "une maladie à la mode" (Lodispoto, 1975, p.92) : n’importe quel médecin voulait donner son propre jugement, sa propre nosologie, sa propre conception de ce sujet. Au cours de cette période, on a commencé à la définir comme une pathologie spécifiquement féminine. Le Dr Wetterwald, par exemple, publia en 1932 un ouvrage intitulé Qu’est-ce que la cellulite ? où il réunissait des données à propos de la "cellulite pelvienne" et les nouvelles démarches sur les infiltrats douloureux. En particulier, selon ce médecin, plusieurs altérations chez les femmes comme les douleurs, les œdèmes, la pesanteur, les troubles psychiques, pouvaient se rapporter à la "cellulite gynécologique" dont les causes étaient "la sédentarité, les attitudes fatigantes longtemps gardées, le neuro-arthritisme, le traumatisme conjugal et, chez les vierges, les troubles du rythme de la circulation utero-ovarienne et des sécrétions hormonales" (Wetterwald, 1932, p.15). Dans cette conception (citée même dans les magazines féminins), il faut au passage remarquer deux questions importantes ; premièrement, que l’éventuelle condition de virginité était censée impliquer des "troubles", ce qui rappelle certaines images traditionnelles d’"incontinence pathogène" des femmes hantant la pensée occidentale depuis plusieurs siècles. Ces conceptions mettent en scène la femme sans homme comme un être déréglé dont le processus biologique ne s’opère pas de manière harmonieuse, ce qui construit la femme comme un être incomplet et déficient en soi (Remaury, 2000). Deuxièmement, on commençait à considérer "les attitudes fatigantes" des femmes (à savoir, le travail) aussi bien que la sédentarité (à savoir, la vie dans les grandes villes) comme la cause de certains problèmes : une accusation portée contre la modernité qu’on retrouvera par la suite dans la presse féminine.

17Pendant la période qui suivit, les publications scientifiques continuèrent à déplacer la cellulite tout le long du corps, en indiquant des endroits toujours différents comme sièges privilégiés de cette "affection", des chevilles aux régions abdominales, puis au cou. Toutefois, il est possible de voir une tendance assez généralisée à se concentrer sur les névralgies cervicales et à localiser dans la nuque le siège par excellence de la cellulite, tout en resserrant avec une certaine continuité le lien entre féminité et cellulite. Lors de la publication d’un ouvrage intitulé La cellulite de la nuque, en 1938, par exemple, le déplacement sur la nuque et la "féminisation" de la cellulite étaient officiellement affirmés. L’auteur, le Dr Fraitag, y présentait une "thèse hépato-intestinale" assez originale, en remarquant une coïncidence fréquente des troubles intestino-biliaires et de la cellulite. "Ne serait-ce pas là une des raisons qui font cette affection si répandue chez la femme ? On sait combien sont fréquents, chez elle, les troubles intestinaux et biliaires, ainsi que la constipation". Plus précisément, selon ce médecin, une résorption de toxines par la muqueuse intestinale des femmes produisait "une intoxication" qui, par la suite, entraînait une réaction inflammatoire du tissu conjonctif : bref, la cellulite de la nuque relevait du fait que les femmes sont plus vulnérables aux intoxications (Fraitag, 1938). Ainsi, la nature problématique de la cellulite ne se limitait pas à une question de symptômes pénibles mais circonstanciés : ce qu’elle représentait dépassait ce qu’elle était, devenant le signe d’une condition du corps plus générale. La maladie révèle ainsi sa propre "vérité" à propos du sujet, au-delà de ses manifestations.

18En résumant, tout au long de son histoire, la cellulite a été liée aux manifestations douloureuses les plus diverses, des céphalées (selon Alquier et d’autres, dues à la "cellulite de la nuque") aux pieds gonflés ("cellulite des chevilles") ; ces mêmes manifestations ont été considérées comme essentielles par certains médecins afin de distinguer la cellulite de la graisse ordinaire, ou bien aléatoires (ou même inexistantes) par d’autres médecins. Pendant les années vingt et trente, "l’empâtement", "l’engorgement lymphatique" et, ensuite, "l’intoxication" constituèrent des images qui permettaient à la fois la variété des localisations et la stabilité de la configuration de la cellulite. En d’autres termes, le regard médical a pu réunir l’enchaînement des symptômes sous le nom de "cellulite" justement parce qu’un imaginaire plus général, celui de l’intoxication de l’organisme féminin par exemple, lui permettait de réunir les différents phénomènes selon une logique cohérente et systématisée.

L’obésité et l’intoxication féminines comme symboles de la vie moderne

19On ne pourrait comprendre l’émergence de la cellulite sans avoir à l’esprit l’aura problématique autour de la graisse qui s’est développée pendant les années vingt et trente en France, lorsque l’obésité est devenue une véritable "passion publique". Pendant cette période, en effet, une "obsession normative" autour du surpoids commença à se diffuser dans différentes couches sociales, avec un élan que les États-Unis ne connaîtront que dans les années cinquante (Stearns, 1997). En général, c’est seulement dans une société où les conditions matérielles de vie permettent de concevoir le régime comme une option volontaire pour un individu, qu’un corps mince peut être le signe d’une domination de la faim dépendante de la volonté du sujet. Toutefois, cette montée, de ce que plusieurs auteurs appellent "lipophobie" en Europe et Amérique du Nord, ne doit pas faire penser à un passage direct "d’une société qui admire l’obésité à une société qui la hait ; en réalité, le seuil socialement défini de l’obésité s’est abaissé" (Fischler, 1990, p.303). En d’autres termes, le "trop gros" a toujours existé, mais, à partir d’un moment donné, il fallait peser beaucoup moins que dans la période précédente pour être jugé obèse et, surtout, ceci fut accompagné d’une montée de la construction sociale de la graisse en tant qu’"élément envahissant" auquel l’individu devait faire face. La graisse devint du coup "moche" et "mauvaise" en soi, tout en commençant à relever de la volonté des individus : si l’obèse renonçait à la minceur, on lui attribuait "faiblesse de caractère ou mauvais goût de classe", s’il cherchait à l’atteindre, son échec le classait "implacablement parmi ceux qui ne luttent pas, ou qui sont toujours vaincus" (Fischer, 1990, pp.298-300). Ainsi, le discours savant sur l’obésité se fit moral et le rejet de l’obésité devint le rejet des obèses en soi.

20Les véritables cibles de cette culpabilisation pour l’obésité furent les femmes [7]. Médecine et mode établirent durant l’entre-deux-guerres des liens plus directs, grâce surtout aux revues féminines qui représentaient leur point de rencontre : les couturiers français, en promouvant les qualités libératrices de la minceur moderne, commencèrent à se référer à la santé, en particulier aux inconvénients de l’obésité ; de même, les médecins se mirent à écrire systématiquement dans les magazines de mode ou à publier des guides pour maigrir (Cominskey, 2000) [8]. Bref, les revues féminines furent un lieu majeur de production sociale du corps féminin, nouveau, "idéal" et "naturel" à la fois (ce qui entraîna, comme toute construction de la normalité, des aspects normatifs). Si la silhouette nouvelle était rare à repérer et difficile à acquérir par antonomase, elle était également "naturelle" et "authentiquement féminine" : elle délivrait la femme des contraintes de la mode d’autrefois en lui permettant d’être "enfin elle-même". Les articles qui présentaient des robes censées "donner au corps sa forme normale", ou portant un titre du type "cette année retour à la beauté naturelle" se multiplièrent. Ils arrivaient à offrir le conseil, d’ailleurs intrinsèquement contradictoire d’un point de vue logique, de faire travailler le corps, c’est-à-dire d’y intervenir, de le manipuler d’une certaine façon, d’y exercer des pressions, afin de "lui rendre sa forme normale" : le "naturel" était le résultat d’une intervention sur la nature elle-même.

21Dans ce contexte, Marie-Claire et surtout Votre Beauté s’engagèrent assez clairement dans la construction d’une "nouvelle silhouette idéale" pour la femme française de l’entre-deux-guerres. Les proportions idéales d’un corps féminin s’amincirent tout au long de la période envisagée. Le corps des femmes devait s’étirer, se raffermir, s’amincir selon les diktats de la "mode sculpturale" des grands couturiers et des médecins : la devise "rien n’est malléable comme le corps humain" exprimait d’ailleurs la philosophie de ces journaux. Ce n’est pas un hasard, si en cette période, la chirurgie esthétique, à la suite de sa diffusion d’après-guerre, commençait à gagner une certaine visibilité. Plus précisément, au fur et à mesure que la mode rendait le corps féminin plus visible, les vêtements raccourcissant toujours davantage et la mode du maillot de bain se répandant à la plage, les proportions idéales concernèrent un nombre croissant de régions du corps (Featherstone, 1991). Par conséquent, les endroits qui pouvaient rendre un corps "démodé" se multiplièrent. C’est à ce moment que les magazines présentèrent une philosophie selon laquelle une robe, il ne suffisait pas de l’acheter, il fallait la "mériter". Ce qui justifiait le fait que les corps des femmes fussent "plus beaux qu’ils n’ont jamais été" (Marie-Claire, 18 août 1938, p.33). L’enjeu n’est pas voilé : le fait de garder la ligne ou d’avoir une silhouette à la mode acquit, en même temps, la signification économique de la conquête d’un corps propre aux femmes des hautes classes, en permettant une certaine mobilité verticale et la valeur sociale d’un corps mieux positionné dans le marché conjugal (Amadieu, 2002).

22Dans cet imaginaire, la société était censée aggraver, au lieu de les limiter, les mauvaises conséquences de la "nature à maîtriser" propre aux femmes : d’après Votre Beauté comme d’après Marie-Claire, la vie "artificielle" et "sédentaire" des villes modernes entraînait un alourdissement et une intoxication ultérieurs du corps féminin. Le travail au bureau ou l’enfermement dans la ville devinrent les ennemis principaux de la minceur et de la beauté, car ils représentaient un empêchement pour celles qui voulaient gagner sur leur propre nature. C’est pour cette raison que les revues conseillaient sans arrêt à leurs lectrices de faire de la gymnastique, "surtout quand elles travaillent beaucoup" et "restent continuellement enfermées et assises" et d’avoir le "courage de faire du sport même en travaillant huit heures par jour", car le travail ne devait "jamais empêcher d’être belles" (Votre Beauté, avril 1932, p.16-17 ; avril 1936, p.77 ; décembre 1936, p.1-4).

23Plus généralement, la vie du passé était censée relever de la "normalité", tandis que la civilisation moderne était décrite par ces deux revues comme ce qui condamnait à l’inaction. L’obésité et l’intoxication en étaient la conséquence majeure : "Entendez bien que, pour nous, n’importe qui peut avoir des hanches fines et un tour de bassin normal, mais à la condition de vivre une vie normale, la vie que vivait l’animal humain il y a cent ans, mais pas la vie artificielle de civilisés que nous vivons" (Votre Beauté, avril 1937, p.60). Comme Claudine Herzlich l’a souligné, la maladie cristallise l’agression sociale : l’opposition entre sain et malade rend objective la distinction originaire entre individu et société, car le malade est symboliquement la victime exemplaire des forces et des contraintes qui pèsent sur lui (Herzlich, 1984) ; ce que cette auteure ne souligne pas c’est que le corps féminin a été traditionnellement décrit comme plus perméable aux événements extérieurs que celui de l’homme et, en même temps, tendant par sa propre nature à l’auto-empoisonnement ou à l’indocilité. Comme d’autres auteurs l’ont souligné, en effet, la femme a été décrite dans notre culture comme plus vulnérable à l’intoxication du fait de sa "constitution".

La cellulite dans Votre beauté et Marie-Claire : 1933 – 1946

24Or, cette stigmatisation de la civilisation moderne, soutenue par la stigmatisation du corps féminin intoxiqué ou obèse, fut le terrain privilégié pour le déploiement des discours sur la cellulite. Ce concept, emprunté aux discours médicaux par l’intermédiaire des instituts de beauté (en pleine expansion à Paris à cette époque) accéda assez vite au premier plan des magazines comme Votre beauté et, ensuite, Marie-Claire. D’abord, il vit le jour dans de nombreux articles consacrés à l’obésité et aux "bourrelets de graisse" ; puis il devint, surtout pendant les restrictions alimentaires dues à la guerre, le symptôme d’une intoxication spécifique au sexe féminin, visible spécialement chez les femmes les plus minces.

25En ce qui concerne la revue Votre beauté, la cellulite fit sa première apparition importante en février 1933, dans un article du Dr Debec sur les exercices contre la graisse. Elle était définie comme "le problème" auquel la gymnastique n’apporte aucun remède, un amoncellement "d’eau, de résidus, de toxines, de graisse, qui forment un mélange contre lequel on est assez mal armé". Bref, la cellulite relevait de l’obésité, cependant elle se distinguait de la graisse, étant composée de déchets toxiques "comme ceux que l’on trouverait dans un abcès ou dans une tumeur par exemple" (Votre Beauté, février 1933, pp.16-19). On voit bien que les vestiges de la "cellulitis", c’est-à-dire le lien avec l’abcès et l’inflammation, n’avaient pas encore disparu de cette première définition. Toutefois, les caractéristiques qui marqueront la cellulite tout au long de son histoire étaient déjà présentes : elle est principalement "féminine" et elle requiert "des soins spécifiques".

26Suite à cet article de nombreuses lettres de femmes, se plaignant d’avoir des chevilles grosses ou de fortes hanches malgré un amaigrissement ou en absence de surpoids, commencèrent à paraître sur Votre Beauté et ceci donna au magazine l’occasion de mentionner encore la cellulite [9]. Progressivement, dans les rubriques concernées par l’amaigrissement local, la cellulite commença à se frayer un chemin autonome par rapport à l’embonpoint [10], en tant qu’"empâtement" se rapprochant plutôt à l’enflure des jambes et des chevilles ou à la dégénérescence des tissus, tandis que dans le courrier se multiplièrent les réponses telles que : "Ce que vous appelez de la graisse doit certainement être de la cellulite". En mai 1935, par exemple, en réponse à la lettre d’une lectrice demandant explicitement de connaître la nature de cette affection nouvelle ("Pouvez-vous m’expliquer ce que vous appelez peeling et cellulite ?"), le magazine distingua à tel point la cellulite de l’obésité qu’il ne mentionna même pas la graisse dans sa composition : "La cellulite, c’est de la chair dégénérée. C’est un mélange d’eau, de matières plus voisines de l’urine que du sang ou de l’eau. La cellulite est une sorte de matière fibromateuse, qui s’installe entre la chair et la peau. On peut difficilement la faire disparaître. Elle peut être provoquée, par exemple, en haut des cuisses, par le port d’une mauvaise ceinture, qui serre trop et qui arrête la circulation" (mai 1935, p.2).

27Plus ou moins à partir de cette période, on commença à soutenir que la cellulite relevait de la sédentarité et de l’engorgement, bien que sa localisation et sa composition ne fussent pas encore définies. Parfois, elle était décrite comme un problème relevant de la peau, comme dans certaines publicités sur les applications de paraffine radioactive, qui parlaient d’une "guérison sous contrôle médical de toutes les défectuosités de la peau, cicatrices, eczémas, brûlures, cellulite, etc.". Parfois, au contraire, elle relevait des déchets en profondeur dus à la suralimentation, aux piétinements ou bien aux gaines trop serrées, ou bien encore à un mauvais fonctionnement glandulaire. En tout cas, les éléments censés permettre son dépistage étaient principalement le manque de surpoids et la douleur (jamais autonome, mais toujours provoquée par la pression du pincement).

28Les localisations de la cellulite étaient donc très variables. Les techniques de traitement suggérées par Votre Beauté l’étaient par conséquent d’autant plus. Aucune publicité de produits ne faisait allusion explicitement à la cellulite, mais les annonces des cabinets médicaux et des instituts de beauté commencèrent bientôt à mentionner cette affection. Ce qui n’est pas étonnant : c’est leur pression, selon toute probabilité, qui a poussé une revue comme Votre Beauté à publier des articles sur ce sujet. En fait, ce qui était sûr, d’après les articles de ce journal, c’est qu’il fallait d’abord s’adresser aux spécialistes. Quant aux traitements à faire chez soi, ils variaient de la gymnastique, considérée parfois comme "un remède absolument certain", aux massages avec des produits pour l’amaigrissement local, comme le savon iodé, l’appareil masseur "Point Roller" ou le vibrateur "aeg" ou les "Caoutchoucs de Beauté". Parfois, en revanche, tous ces remèdes étaient considérés insuffisants ou même contre-indiqués, car l’effort de la gymnastique, en amenant "seulement un peu de sang de la couche intérieure de la peau à la couche extérieure" (Votre Beauté, juin 1936, p.49), faisait augmenter la production de toxines et l’auto-massage se révélait finalement inutile.

29Les techniques conseillées se multiplièrent au fur et à mesure que la cellulite acquérait de la visibilité dans la revue, sans que la symptomatologie et les thérapies ne gagnent en cohérence. C’était parfois le magazine qui admettait la défaite, soit au niveau étiologique, soit au niveau thérapeutique : "Hélas, s’il existait un remède contre la cellulite, soyez-en sûre, nous le saurions immédiatement. Il y a longtemps qu’on cherche à en débarrasser les malheureuses femmes qui en sont atteintes et on n’a rien trouvé. Le massage est une chose à essayer, la gymnastique est une chose à faire. Malheureusement, ni l’une ni l’autre ne débarrassent complètement de la cellulite ; c’est pourtant à la gymnastique que je donnerais la préférence. On ne sait pas exactement pourquoi tous ces déchets viennent se loger sous la peau ; si on le savait, peut-être réussirait-on à les faire partir" (Votre Beauté, novembre 1937, p.22).

30En ce qui concerne Marie-Claire, la cellulite fut mentionnée pour la première fois dans le dixième numéro de ce magazine, dans un service de culture physique intitulé "Surveillez votre tour de hanches". Elle y était définie comme une "infiltration graisseuse dans les tissus nobles : la sournoise cellulite est plus nuisible à la santé [que l’embonpoint], en même temps que plus difficile à réprimer une fois qu’on s’est laissé aller" (Marie-Claire, 7 mai 1937, p.16). En général, la place accordée à la cellulite dans Marie-Claire, un magazine qui était moins spécialisé en culture physique et soins de beauté que Votre Beauté, demeura mineure ; en revanche, dès son apparition dans le nouveau magazine, l’affection fut localisée surtout sur la nuque.

31En effet, pendant les années 1937-1939, la cellulite se déplaça de la partie inférieure du corps à la nuque, ce qui nous démontre très bien que notre regard sur le corps change avec le temps. La nuque est un endroit qui, actuellement, n’est guère associé à ce problème : aucune publicité de produit anticellulitique ne nous montre le cou d’une femme aujourd’hui. Pour étonnant que cela puisse paraître, en effet, il faut comprendre que, à l’époque analysée, les parties du corps féminin les plus visibles étaient justement les chevilles et la tête. La coiffure à la mode à l’époque commençait à réclamer les cheveux courts qui dégagent le cou et les épaules, en exposant la nuque au regard. La visibilité de cette partie du corps acquit une attention toujours plus grande, témoignée entre autres par différents articles sur "la guerre des nuques" et par sa présence dans la publicité de certains shampooings. La nuque devint bientôt la cible de nombreux produits pour l’amincissement local, les massages du cou commencèrent à devenir des soins de beauté ordinaires prescrits autant par Votre Beauté que par Marie-Claire ; comme par magie, les plaintes des lectrices à propos d’une boule graisseuse apparaissant à la base de la nuque commencèrent également à paraître dans les revues. Bref, comme pour les hanches et les chevilles, la nuque était initialement concernée par le problème de la graisse. Puis, à un moment donné, c’est la "cellulite" qui l’envahit, d’après Votre beauté comme d’après Marie-Claire. Il ne faut pas oublier que c’est justement en 1938, d’ailleurs, que le Dr Fraitag publia La cellulite de la nuque. À partir de ce moment, on commença à localiser la cellulite quasi exclusivement sur cet endroit du corps. Prenons, par exemple, une image publiée en avril 1938 dans Votre beauté (p.22). Le commentaire mentionnait tous les points de disgrâce possible en observant la Venus de Botticelli. On y soulignait le problème de l’enflure des chevilles ou des seins qui tombent ou des hanches qui grossissent. Mais le seul endroit où on envisageait la possibilité de la cellulite, c’était justement la nuque.

32Pendant les restrictions alimentaires de la Deuxième Guerre, au fur et à mesure que la graisse et l’obésité disparaissaient en tant que problème esthétique et alimentaire (comme le souligne aussi Stearns, 1997), la cellulite acquit une place majeure dans Votre beauté et Marie Claire. L’argumentation qui hantait les articles était justement que "la maigreur" n’était pas "la minceur" et qu’un simple amaigrissement n’amenait pas la beauté. L’intérêt ici est que, comme on l’a vu plus haut, la minceur a une valeur socialement reconnue en tant que démonstration de la volonté de l’individu et non pas en tant que limitation (plus ou moins imposée) de la nourriture. En revanche, le lien entre cellulite et imaginaire de l’intoxication de la vie dans les grandes villes ou de dégénérescence naturelle féminine se développa encore davantage, en abordant les sujets les plus variés. Le stress et la fatigue ? Cela était dû à un déséquilibre glandulaire qui devait impliquer une intoxication générale de l’organisme sous forme de cellulite. Les longues queues et les piétinements pour les tickets ? Cela causait des enflures cellulitiques aux chevilles [11]. L’amaigrissement général dû aux restrictions alimentaires ? Cela faisait voir encore davantage les gonflements et les rondeurs de la cellulite. La peau très douloureuse au pincement ? Cela était dû à une intoxication de l’organisme, amenant à la cellulite. Bref, il ne faut pas s’étonner si la publicité de l’Institut de beauté Jeanne Piaubert, en se référant à la défaite de 1940, arriva à affirmer "À la suite des événements que nous venons de vivre, la cellulite est devenue très fréquente" (Votre Beauté, décembre 1940, p.35).

33Durant la guerre, plusieurs articles entièrement consacrés à ce qui était appelé "la hantise actuelle" parurent dans les deux revues analysées. En parlant des traitements électriques dans les instituts de beauté, on commença à montrer des photos d’amas cellulitiques sur le haut du dos, la nuque, les cuisses, les chevilles.

34De même, la méthode du dépistage par pincement de la peau commença graduellement à être suggérée non pas pour sentir la douleur, mais juste pour voir s’il y avait "de petits cratères" [12] ; plus généralement, comme pour toutes les autres intoxications, la présence de l’affection relevait de l’impression propre au sujet et le remède envisagé "et hélas presque impossible" était censé être "une modification complète d’existence et une désintoxication générale. Si l’organisme, replacé dans son vrai milieu, se remettait à vivre sainement et pleinement, tous les déchets se trouveraient entraînés par un flux vital d’une qualité exceptionnelle" (Votre Beauté, juin 1938, p.18-19).

35En résumant, pendant la guerre, la cellulite a connu une visibilité remarquable dans les deux magazines analysés. Après, l’importance de cette affection ne sera guère diminuée en France : dans l’article "Un mal qui répand la terreur", paru dans Votre Beauté en mai 1946, elle sera même définie d’ailleurs comme "le mal du siècle" (p.30). En revanche, il faudra attendre la fin des années soixante pour que cette "terreur" envahisse les États-Unis, grâce surtout au salon d’une médecine d’origine française, le Dr Ronsard [13].

36* *

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38Aujourd’hui, la cellulite n’est pas définie comme véritable pathologie par les médecins (au moins, pour ceux qui ne sont pas impliqués dans des thérapies pour la soigner) : elle ne serait qu’une hypertrophie du tissu adipeux, et-ou, selon la définition de certains médecins qui, à la fin des années soixante-dix, l’appelèrent "une maladie inventée", de la graisse relevant de la conformation des adipocytes chez toute femme et de l’épaisseur de la couche superficielle de la peau qui diminue dans le temps (Nürnberger et Müller, 1978). En tout cas, le but de cet article n’était absolument pas celui de démontrer ce qu’est exactement la cellulite ou bien si elle existe ou n’existe pas "dans la réalité" : il s’agissait, au contraire, de comprendre les conditions de son émergence, de son histoire et de sa transformation en souci quotidien, afin de relativiser le regard médical et médiatique sur le corps.

39On a vu comment de nombreux médecins ont commencé à regrouper ensemble, à un moment donné, les symptômes plus divers et à les lier sous le nom de "cellulite". Comme le disait le Dr Alquier, "nous avons confondu ensemble tous ces faits en apparence disparates, parce que, du cas le plus léger à la forme la plus grave, ils constituent une chaîne ininterrompue et qu’on peut en observer toutes les évolutions" (Alquier, 1924, p.240). D’un point de vue historique, il est possible de déceler un renforcement communicatif entre discours savants et diffusion épidémique de certaines symptomatologies, comme l’hystérie ou l’anorexie (Vandereycken et Van Deth, 1994) [14]. Cela paraît être le cas de la cellulite : dès qu’on publia les premiers articles sur ce sujet dans les revues féminines, on a vu que maintes femmes commencèrent à écrire aux revues des confidences telles que "j’ai de fortes hanches", "mes cuisses sont envahies par la graisse", "à la nuque, j’ai une boule de graisse très lourde que je n’arrive pas à faire disparaître".

40Mais le renforcement communicatif ne s’épuise pas dans le rapport médecin-malade ou revue-lectrice : de façon plus générale, il relève d’un rapport dialectique entre symptôme et imaginaire collectif dans une société donnée. La cellulite fait partie d’une longue histoire de fantasmes de "féminités débordantes" qui se sont diversifiés au fur et à mesure que l’imaginaire collectif autour du corps changeait. Pendant les années trente en France, cet imaginaire se maria parfaitement avec l’éloge propre à l’extrême droite d’un état naturel originel et de la vie paysanne, avec la méprise de la vie cosmopolite et avec la peur des grands conflits urbains rappelant "l’illusion démocratique" (Muel-Dreyfus, 1996). En fait la rhétorique déployée tout au long de la période analysée sur cette affection nouvelle s’appuyait assez clairement sur les fantasmes alarmistes autour de la graisse et de l’intoxication de l’époque. La cellulite était présentée comme l’aboutissement d’un processus naturel, certes, mais aussi dû à la "civilisation", c’est-à-dire à la vie dans les grandes villes, à la sédentarité et même au travail féminin. Dès le début, elle était censée être une marque à la fois de laideur corporelle et morale, dans la mesure où elle représentait la négligence et l’incurie de celles qui "se sont laissées aller", en abandonnant leur corps à son évolution naturelle.

41Ce n’est pas par hasard que cette culpabilisation de la négligence des femmes vis-à-vis de leur apparence physique émergea en France juste pendant la période d’entre-deux-guerres : même si elles n’avaient pas obtenu le droit de vote, les femmes françaises obtinrent pendant ces années cruciales une nouvelle visibilité dans l’espace public, à travers une entrée massive dans le marché du travail salarié, l’accès aux loisirs publics, la diffusion de l’industrie cosmétique. Dans ce contexte, la minceur pouvait être choisie afin d’incarner des qualités valorisées comme la rigueur, la maîtrise de soi, l’auto-contrôle : il n’est pas exclu qu’à cette époque (comme aujourd’hui d’ailleurs) la minceur soit vécue par les femmes comme une expérience libératrice en soi (par rapport à l’abandon du corset, par exemple) ou comme image du détachement des contraintes sociales (du fantasme de la maternité, par exemple) [15]. Mais on pourrait aussi avancer l’idée que le corps mince et "travaillé" devint une partie du bagage désirable des femmes françaises modernes justement à cause de la discipline qu’il requiert, une "discipline compensatoire apte à maintenir une image du corps qui devait les faire apparaître aussi fragiles" (Stearns, 1997, p.169). Susan Bordo a d’ailleurs remarqué que c’est dans les périodes de bouleversement des rapports de genre et des hiérarchies sociales que l’imaginaire du corps féminin change le plus radicalement, ainsi que la mode féminine et ceci justement afin de maintenir le système de genre [16].

42En fait, la presse féminine s’insérait dans cette croisade contre la cellulite (une lutte, pour citer Votre beauté, contre le "je m’en fichisme, la négligence et l’indolence" de certaines femmes) sans s’opposer à la rhétorique sur la fragilité naturelle de la femme, ce qui aurait pu bouleverser les rapports de force entre les deux sexes. Au contraire, elle l’intégrait parfaitement : la lutte contre la négligence au moyen des soins de beauté devait être toujours dirigée vers la "souplesse", celle-ci étant une qualité féminine censée mettre en évidence "la force" propre à l’homme, par opposition.

Notes

  • [1]
    Ce travail est l’aboutissement d’une recherche de DEA à l’EHESS (Paris) dirigé par Georges Vigarello. Je remercie Laura Lee Downs, Tania Angeloff, Delphine Gardey, Elisa Langin, Clelia Cirvilleri, Meriem Rodary et Patrizia Veclani pour leurs suggestions précieuses.
  • [2]
    La littérature sur ce point est désormais vaste, représentée notamment par les travaux de E. Fox Keller ou S. Harding. Pour un recueil récent en français, se reporter, par exemple à Delphine Gardey et Ilana Löwy (sous la dir.), 2000.
  • [3]
    On pourrait avancer que les images publicitaires contribuent à la construction des genres selon la même logique : voir par exemple Erving Goffman (1977).
  • [4]
    Cette interprétation, propre par exemple à Naomi Wolf (1990), d’ailleurs très intéressante, présente toutefois une vision traditionnelle des rapports de pouvoir entre oppresseurs et opprimées où, une fois de plus, aux femmes est réservée la place de victimes passives, qui ne contribuent pas aux relations dans lesquelles elles sont impliquées, en les subissant seulement. Il ne suffit pas de rappeler que les dominées ne peuvent qu’utiliser le langage des dominants pour s’exprimer et se définir elles-mêmes (Bourdieu, 1998). Il faut surtout souligner que la réception de la presse féminine de la part de femmes varie selon la classe sociale, la culture, le pays d’origine.
  • [5]
    Toutefois, le terme "cellulitis" a graduellement perdu de son importance au profit du terme "cellulite" dans les dictionnaires anglais de différentes époques.
  • [6]
    Le Dr Alquier avait soutenu, au contraire, que c’était là où les muscles travaillent le moins, qu’on aurait repéré la cellulite le plus souvent.
  • [7]
    L’idéal de la minceur féminine, en tant que synonyme de fragilité et de souplesse, est depuis toujours un support du pouvoir masculin. Selon certains auteurs, dans notre culture traditionnellement fascinée par l’image de la femme subjuguée par elle-même, "victime de sa féminité" et incapable de maîtriser ses désirs, cette "obsession purgative" (Remaury, 2000) n’est qu’un effet de la domination masculine, puisqu’elle finit par soutenir l’idée que le devoir propre à la femme est de se maîtriser elle-même, en laissant à l’homme le devoir (et le privilège) de maîtriser les autres. Voir aussi Susan Bordo (1993) et Morag MacSween (1993).
  • [8]
    Je remercie Laura Lee Downs de m’avoir transmis ce travail non publié.
  • [9]
    Il faut remarquer, d’ailleurs, que la mode des jupes moulantes jusqu’à mi-mollet environ, à l’époque, mettait en valeur justement les chevilles et les hanches. Parfois, comme en février 1935, la cellulite était distinguée de l’obésité justement parce qu’elle concernait la jambe seulement "des chevilles aux genoux", tandis que l’obésité concernait les cuisses (référence ?, pp. 12-13). En tout cas, la différence par rapport à la localisation actuelle de la cellulite (fesses et cuisses) est frappante.
  • [10]
    C’est pourquoi le régime amaigrissant (contrairement au régime désintoxiquant) n’était presque jamais un traitement conseillé contre la cellulite.
  • [11]
    Par contre, on commençait à peine à distinguer la cellulite, en tant qu’"empâtement permanent", de l’œdème, une "enflure qui peut disparaître le matin". Voir par exemple Marie-Claire, 19 avril 1941, p.19.
  • [12]
    Votre Beauté, avril 1940 ; il faut remarquer, au passage, que l’expression "peau d’orange", d’ailleurs déjà mentionnée par le Dr Alquier, se référait dans les deux revues plutôt aux pores dilatés du visage qu’à la cellulite.
  • [13]
    Comme le témoigne un article intitulé "Cellulite. The new word for fat you couldn’t lose before” paru dans la revue américaine Vogue le 15 Avril 1968.
  • [14]
    On peut aussi bien retracer les liens entre structures institutionnelles, pratiques médicales et changements des conceptions du corps (Foucault, 1963), comme le fait par exemple Nelly Oudshoorn en ce qui concerne la recherche sur les hormones sexuelles (Oudshoorn, 1994).
  • [15]
    De même, à cette époque l’industrie cosmétique a représenté pour certaines femmes des couches sociales désavantagées, les femmes noires aux États-Unis par exemple, un outil de légitimation identitaire dans la sphère publique qui était vécu, en tant que tel, comme libérateur (Peiss, 1996).
  • [16]
    Encore aujourd’hui, selon cette auteure, la femme de carrière déclare avec son corps et ses vêtements, à la fois, sa fidélité au monde professionnel de l’homme blanc et sa volonté de ne pas bouleverser symboliquement cette sphère, prête à rappeler, avec un maquillage et des petits objets à la mode très féminins, l’exigence que sa présence soit avant tout décorative.
Français

Résumé

Cet article retrace l’émergence dans les discours scientifiques du début du siècle d’un nouveau objet, la "cellulite" et son apparition dans deux revues françaises des années trente, Votre Beauté et Marie Claire. Il décrit comment la cellulite, avant d’être "inventée", n’était que de la chair féminine adulte qui fut "localisée" par différents médecins tout le long du corps dans les endroits les plus divers (chevilles, régions abdominales, jusqu’à la nuque) et en quels termes ces endroits commencèrent à relever du "pathologique", devenant une marque de laideur à la fois corporelle et morale (dans la mesure où la cellulite naissait de la négligence de celles qui "se sont laissées aller"). Son but est précisément de montrer comment la croisade contre la "cellulite" a produit et reproduit une certaine construction du "féminin" et de quelle façon cette croisade s’intégrait bien avec l’idée de l’individu responsable de sa condition physique. La beauté n’est pas une grâce mais le signe visible d’un travail volontaire sur le corps ; l’article montre la culpabilisation morale liée à l’obésité pendant la période de l’entre-deux-guerres et examine les discours de l’époque qui ont esquissé l’image d’un corps féminin malsain et de sa dégénérescence, de l’intoxication due à la vie dans les grandes villes et au travail féminin, en se traduisant par une accusation contre la modernité même.

Deutsch

Zusammenfassung

Dieser Artikel untersucht zu Anfang des 20ten Jahrhunderts die Entstehung der Zellulitis als ein wissenschaftliches Objekt und die Aufnahme des Themas durch zwei französische Frauenzeitschriften der 30iger Jahre, Votre Beauté und Marie Claire. Es wird beschrieben, wie die Zellulitis vor ihrer "Erfindung" nur einfach von den Medizinern an diversen Stellen des weiblichen, erwachsenen Körpers lokalisierte Haut darstellte (an den Hacken, im Bauchbereich bis zum Hals) und in welcher Terminologie diese Bereiche nach und nach als pathologisch beschrieben werden, d.h. als ein Zeichen physischer und psychischer Häßlichkeit (insoweit, als die Zellulitis als das Ergebnis des weiblichen "sich gehen lassens" interpretiert wird). Das Ziel der Untersuchung ist es insbesondere zu zeigen, wie die Zellulitis zur Bildung des Begriffes einer bestimmten "Weiblichkeit" beigetragen hat und auf welche Weise dieser Kreuzzug mit der Idee des für seine physische Kondition eigenverantwortlichen Individuums übereinstimmte. Schönheit ist nicht eine Gabe, sondern das sichtbare Zeichen einer bewussten Arbeit am eigenen Körper. Das Problem der moralischen Schuldzuweisung wird am Beispiel der Fettleibigkeit zischen den beiden Weltkriegen behandelt, sowie die zeitgenössischen Diskurse untersucht, die das Bild eines weiblichen, ungesunden und degenerierten Körpers als das Resultat der vom Stadtleben und weiblicher Erwerbsarbeit verursachten negativen Einflüsse und Vergiftungen verbreiten, und sich somit als eine Verurteilung der Modernität selbst entpuppen.

Español

Resumen

Este artículo describe el surgimientode un objeto nuevo en los discursos científicos de principios del siglo xx, la "celulitis" y su aparición en dos revistas francesas de los años 30, "Votre beauté" y "Marie Claire". Relata cómo la celulitis, antes de su invención, era mera carne femenina adulta que "fue localizada" por diferentes médicos, en la totalidad del cuerpo en los lugares más diversos (tobillos, zona abdominal, hasta la nuca), y en qué términos dichos lugares empezaron a ser muestra de "algo patológico" convirtiéndose en señales de fealdad tanto corporal como moral (en la medida en que la celulitis denotaba la dejadez de aquellas que "se han descuidado". Nuestro objetivo, precisamente, es demostrar cómo la cruzada contra la celulitis produce y reproduce determinada construcción de lo "femenino" y de qué manera dicha cruzada se compaginaba con la idea del individuo responsable de su condición física. La belleza no es una gracia sino la señal visible de una labor voluntaria sobre el cuerpo ; mostraremos la culpabilización moral relacionada con la obesidad durante el periodo 1920-1940 y examinaremos los discursos de aquella época que esbozaron la imagen de un cuerpo feminino imalsano y de su desgenerecencia, de la intoxicación debida a la vida en las grandes ciudades y al trabajo femenino, traduciéndose por una acusación en contra de la modernidad como tal.

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Rossella Ghigi
Rossella Ghigi est doctorante à l’Université de Trento (Italie) après avoir obtenu un DEA en Histoire et civilisation à l’ehess de Paris. Sa thèse, en sociologie, est un travail d’exploration du monde de la chirurgie esthétique en Italie. Ses thèmes de recherche principaux sont le genre, la sociologie du corps, et la beauté dans la société de consommation. Elle a travaillé sur le féminisme foucaldien, en publiant un article sur Judith Butler intitulé "Ceci n’est pas une femme. Il genere secondo Judith Butler" (Filosofia e questioni pubbliche, vol.VI, n? 2, 2001) et sur la construction du "féminin" sous le régime de Vichy (en vue de publication).
Adresse professionnelle : Rossella Ghigi, Dottorato di ricerca, Universitã degli Studi di Trento, Via Verdi, 26, 38100 Trento (Italia)
Adresse e-mail : rossella.ghigi@soc.unitn.it
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/12/2008
https://doi.org/10.3917/tgs.012.0055
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