CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Le principe de mixité qui, depuis la loi de 1975, prônait une égalité face aux savoirs et aux choix d’orientation, n’a pas atteint ses objectifs. L’enseignement technologique et professionnel en est une illustration significative. Aujourd’hui encore, filles et garçons ne suivent pas les mêmes filières scolaires, n’accèdent pas aux mêmes savoirs, n’exercent pas les mêmes métiers, ne valorisent pas leur diplôme de la même façon. Ces différences ne s’expliquent pas, toutefois, par des inégalités de succès. Les résistances ne trouvent-elles pas leur source du côté des représentations des métiers ?

2La représentation des métiers correspond en grande partie à l’image des personnes-types qui les exercent. Ainsi, filles et garçons « attribuent un genre masculin (ou féminin) aux professions quand celles-ci sont suivies ou exercées majoritairement par l’un ou l’autre sexe (…). La division sexuée du travail modèle de manière également sexuée les représentations professionnelles des adolescents qui, à leur tour, influencent leur choix d’orientation en tant que garçon ou fille » (Vouillot, 1999, p. 89). À cet égard, les filières de formation jouent un rôle social important pour les adolescent-e-s. Les classes, notamment non mixtes, sont « des milieux de vie dont la valeur socialisante revêt une tonalité particulière. En l’occurrence, on peut penser que s’y trouve produite et reproduite la notion de métiers féminins et masculins » (Duru-Bellat, 2004, p. 31). De nombreux travaux ont souligné des divergences sur les représentations des professions en fonction des études suivies (Guichard et alii, 1994a et 1994b). L’importance des modèles a aussi été démontrée dans les choix professionnels des jeunes filles : la présence d’une femme scientifique dans la famille (mère, tante ou sœur aînée par exemple) permet de lever l’incompatibilité présupposée entre femmes et sciences (Ferrand, Imbert, Marry, 1996).

3Certes, l’orientation scolaire et professionnelle est un processus complexe dans lequel différents facteurs interfèrent, dont les performances scolaires, le milieu familial et social, le contexte scolaire… Cependant, « dans le rapport à leur scolarité, les filles apparaissent souvent dans une position paradoxale. D’une part, elles réussissent en moyenne mieux que les garçons ; en particulier, elles redoublent moins et obtiennent plus souvent le baccalauréat. Mais d’autre part, au moment des grands choix d’orientation, elles s’engagent dans les filières les moins rentables professionnellement et perdent ainsi une partie du bénéfice de cette meilleure réussite scolaire » (Caille, Lemaire, Vrolant, 2002, p. 1). Plusieurs recherches ont montré que ces disparités d’orientation s’expliquent en partie par les « choix » des intéressées, qui relèvent d’un processus d’auto-sélection, d’un « habitus de sexe » (Bourdieu, Passeron, 1970), d’une anticipation « des bénéfices, des coûts et des risques » (Boudon, 1973), d’un « choix de compromis » (Duru-Bellat, 1995). Les « anticipations raisonnables » ou « stratégies raisonnées » des filles se trouvent également liées au « manque de modèle attractif : pourquoi les filles s’accrocheraient-elles dans les disciplines scientifiques alors que les professions auxquelles elles préparent sont extrêmement peu féminisées ? » (Duru-Bellat, 1993, p. 57). D’autres travaux identifient aussi la propension des lycéennes à sous-évaluer leurs performances ou leurs compétences, à se préoccuper de la possibilité d’articuler vie professionnelle et responsabilités familiales (Terlon, 1990 ; Duru-Bellat, Jarousse, Mingat, 1993 ; Jarousse et Labopin, 1999 ; Le Bastard-Landrier, 2002).

4Ces différents éléments invitent à mieux connaître les regards des jeunes sur les métiers afin de comprendre leurs orientations différenciées. À l’aube du xxie siècle, quelles sont les représentations des lycéennes et des lycéens ? Sont-elles distinctes selon les filières d’études et imprégnées par les stéréotypes dominants ? L’exercice d’une profession atypique, c’est-à-dire d’un métier traditionnellement exercé par l’autre sexe, suscite-t-il des résistances auprès des élèves ?

5Autant de questions auxquelles cet article apporte des éléments de réponse, à travers les écrits de 1 149 élèves. Si les travaux sur les projets des jeunes sont nombreux en France, peu se focalisent, à notre connaissance, sur leurs représentations des métiers et encore moins sur les choix atypiques, par le biais d’une approche qualitative complétée par une modélisation économétrique (cf. note technique en fin d’article). L’enquête a été réalisée en 2001 auprès d’élèves scolarisés dans deux lycées de Bourgogne, répartis dans des classes d’enseignement général et technologique, de la seconde à la terminale. Exactement 678 filles et 471 garçons ont répondu à ce questionnaire qui fait appel aux opinions et représentations des adolescent-e-s. La moyenne d’âge des lycéennes comme des lycéens est de dix-sept ans au moment de l’enquête.

6Cette analyse peut constituer un angle supplémentaire dans la manière d’étudier les parcours d’orientation selon le sexe. Dans un premier temps, sont dévoilés les projets des lycéens et lycéennes qui se prolongent par une illustration de leurs perceptions des professions. Par la suite, sont présentées les réactions des jeunes face à un choix professionnel atypique. Au fil de leurs écrits et de leurs expressions, apparaissent des zones de lumière et d’ombre qui soulignent quelques avancées quant à la mixité des métiers, mais également des oppositions, voire une prégnance des stéréotypes de sexe. « Le concept de "stéréotype de sexe" indique seulement que chaque garçon et chaque fille est contraint de construire son identité personnelle en prenant position par rapport à des attentes sociales traditionnellement propres à son sexe » (Baudelot, Establet, 1992, p. 72).

Des projets conventionnels

7Les projets professionnels des élèves interrogés se révèlent traditionnels, lycéennes et lycéens empruntant le plus souvent des voies différentes. Plus des deux tiers des élèves interrogés déclarent avoir une idée du métier qu’elles et ils souhaitent exercer [1]. Leurs choix reflètent la division sexuée actuelle sur le marché du travail. En effet, filles et garçons ne s’intéressent pas aux mêmes professions, avec pour seule exception l’enseignement. Les préférences des lycéennes vont principalement vers institutrice ou professeure (17 %), devant les professions médicales et sociales (cf. tableau 1 en annexe). Quant aux lycéens, ils espèrent devenir ingénieur (11 %), informaticien ou professeur. Les projets « atypiques » demeurent peu fréquents. Seulement 5 % des garçons répondants mentionnent un métier moins traditionnel comme infirmier, vendeur, secrétaire. Les filles sont deux fois plus nombreuses (11 %) à nommer une profession technique telle ingénieure, technicienne, fonctionnaire de police…

8Les perspectives professionnelles varient peu en fonction de la classe actuelle d’études. L’enseignement est le métier le plus fréquemment indiqué par l’ensemble des jeunes filles, à l’exception de celles scolarisées dans les sections tertiaires, qui envisagent le plus souvent de devenir comptable. Ingénieur et médecin sont des professions mises en avant par les filles des filières scientifiques, devant infirmière, projet qu’elles ont en commun avec leurs camarades des classes tertiaires. Ces dernières mentionnent également le métier d’éducatrice, tout comme les lycéennes des sections littéraires et économiques, qui souhaitent aussi devenir psychologue. Du côté des garçons, le commerce et l’enseignement sont les domaines qui arrivent en premier chez les élèves des classes littéraires, économiques et tertiaires. Enfin, ingénieur est le métier le plus évoqué par les lycéens des sections scientifiques et industrielles, suivi de professeur.

9Les métiers énoncés par ces jeunes sont donc relativement habituels et proches d’autres enquêtes. Ainsi, pour 700 élèves interrogés en 1992, 73 % exprimaient un choix et énonçaient 150 métiers différents (Wach, 1992). Les professions citées étaient professeur et instituteur (21 %), ingénieur (9 %), infirmier (4 %), éducateur (3 %), avocat, comptable, gendarme, technicien (2 % chacun). Dans une autre enquête auprès d’élèves de seconde envisageant une première scientifique (Marro, Vouillot, 1991), les garçons avaient un projet scientifique technique alors que les filles voulaient exercer davantage une profession médicale. Parmi ceux qui avaient un projet non scientifique, l’enseignement dominait pour les lycéennes ; quant aux lycéens, après le professorat, les activités commerciales étaient choisies. Une étude plus récente (Nauze-Fichet, 2005) souligne également une hiérarchie des domaines évoqués par les jeunes, liée d’abord au sexe et à leur filière d’études, mais aussi à des systèmes de valeurs personnels comme le caractère passionnant du travail ou une bonne rémunération. Le domaine santé-social est mentionné en premier par les lycéennes, l’informatique et la mécanique sont citées par les lycéens.

10Pour mieux comprendre ces résultats, décidément classiques, il est intéressant de prendre en compte les représentations des jeunes vis-à-vis des professions.

11La plupart des élèves enquêtés estiment qu’il n’existe pas de métiers davantage appropriés aux femmes ou aux hommes [2] (cf. tableau 2 en annexe). Ainsi, 58 % des jeunes répondent négativement à la question « pensez-vous que certains métiers sont surtout pour les femmes ? ». Mais, première différenciation, les deux tiers des lycéennes contre la moitié des lycéens réfutent cette idée. Leurs positions sont moins tranchées en ce qui concerne les professions pour les hommes. En effet, 53 % des filles pour 45 % des garçons contestent que certains métiers sont surtout pour les hommes.

Des représentations sexuées des métiers

12Les jeunes, affirmant l’existence de professions pour les femmes, donnent les exemples de sage-femme, secrétaire, esthéticienne, femme de ménage, couturière. Maçon, routier, mécanicien, déménageur, pompier… illustrent les métiers des hommes. Les écrits des élèves soulignent la persistance des clichés qui concernent les qualités supposées « naturelles » et les rôles traditionnels des femmes et des hommes. Les types d’explication sont relativement convergents. En effet, les trois quarts des filles comme des garçons mettent en avant les aspects physiques pour les métiers « masculins ». Les deux tiers des lycéennes et la moitié des lycéens invoquent des propriétés innées pour les métiers « féminins » avec cependant une distinction : les premières insistent plutôt sur les contacts ou les rapports de femme à femme, les seconds se réfèrent davantage à la tradition car « cela se transmet de mère en fille », selon leurs expressions.

« Les métiers de femmes sont pour les femmes »

13« Maternité », « douceur » et « compréhension » sont les mots associés, par les jeunes, aux métiers « féminins ». Ces trois termes sont identifiés à des qualités qui, d’après eux, les rendent plus aptes à l’exercice des professions de la petite enfance. « Certains métiers sont plus faits pour les femmes car ils sont plus proches d’elles (puéricultrice) » ou comme le formule une autre élève, « ce sont elles qui portent le bébé ». Ce rôle maternel et maternant intervient également dans les relations avec les adultes : « les femmes sont plus calmes, plus patientes, elles s’occupent mieux des gens ». Leurs capacités relationnelles sont donc mises en avant, « elles ont plus de facilité de parler », contrairement aux hommes qui « ont toujours du mal à tout ce qui est relationnel ». En plus de leurs aptitudes maternelles et sociales, les femmes ont « le sens du rangement » et apparaissent comme étant de meilleures ménagères que leurs congénères masculins : « ces métiers font appel à des tâches que seules les femmes pourraient bien accomplir (surtout en ce qui concerne la puériculture et les ménages), les hommes auraient des difficultés du fait du manque de méthode ». Leurs activités au sein de la sphère privée sont donc transposées dans la vie professionnelle. On relève aussi l’idée que les femmes sont « minutieuses » et peuvent exercer des métiers qui « exigent de la finesse » et « requièrent une grande habileté des mains ». Leurs qualités les orientent vers certaines professions où, comme l’affirme un élève, elles peuvent s’épanouir : « couture : un métier de précision qui leur permet de s’exprimer » !

14De plus, ces métiers aux yeux des jeunes et notamment des filles « concernent les femmes » et touchent à leur intimité, le contact avec une professionnelle femme paraît plus facile : « sage-femme car une femme est plus proche d’une autre femme », « rapport plus proche des femmes. Plus de confiance. Gynécologie : plus de connaissances ! Plus d’expériences ! ».

15En outre, le fait que ces professions soient exercées « depuis toujours par des femmes » justifie qu’elles soient et demeurent réservées aux femmes : « je n’ai jamais eu l’occasion de voir un homme secrétaire », « on voit surtout des femmes dans ce domaine ». Et ceci est confirmé par leurs appellations : « on ne dit pas sage-homme que je sache » ou encore « dans femme de ménage, il y a femme, de vous à moi ». On retrouve alors dans les propos des adolescent-e-s, particulièrement de la part des garçons, l’idée d’une tradition et parfois d’une transmission : « tout le monde pense depuis longtemps que c’est des métiers de femmes », « je ne sais pas, cela doit venir de la tradition car par exemple au lycée toutes les secrétaires sont des femmes », « ce sont des choses que l’on apprend aux filles dès leur plus jeune âge ». Comme l’explique Anne-Marie Daune-Richard (1998, p. 51), « le sexe de celui qui occupe tel ou tel poste constitue un marqueur durable de la représentation de l’emploi. Cette représentation tend à rester prégnante même quand les conditions changent ».

« Des métiers uniquement pour les hommes »

16Les métiers « masculins » sont quant à eux caractérisés par ces trois qualificatifs : « force », « résistance » et « courage ». Ils nécessitent en effet « un certain physique que les femmes n’ont pas », « ils demandent une carrure assez forte », « il faut avoir une certaine endurance physique, ne pas avoir le vertige et être capable de travailler sous différentes conditions (temps/espaces confinés…) ». Ces métiers sont également « manuels » et « salissants ». Dans une étude sur la mixité dans l’enseignement technique industriel, Nicole Mosconi (1987) souligne que les thèmes de la force physique et des mains sales apparaissent de manière récurrente dans le discours des garçons : on retrouve notamment l’idée qu’un travail salissant n’est pas féminin. De plus, les professions telles pompier, policier, militaire… sont pour les hommes car « dangereuses » : elles demandent « du courage face au danger », d’être « solide mentalement et physiquement », ce qui va à l’encontre de la « sensibilité féminine ». Et comme l’écrit un élève, « ces métiers servent à protéger les femmes et les enfants et cela est un rôle masculin » !

17Les jeunes associent également technique et genre masculin, car les professions « masculines » demandent « beaucoup de connaissances en mécanique », « la connaissance en électronique », « le sens de la technique »… En retour, les métiers occupés par les femmes apparaissent « moins difficiles », peu valorisants et mal rémunérés : « il ne faut pas trop réfléchir et c’est moins difficile », « il consiste à servir quelqu’un et à être à disposition de n’importe quel ordre ». Ainsi, exercer une profession « de femmes » serait vécu comme une situation peu enviable, une déqualification : « les hommes auraient honte d’exercer ce genre de métiers ». Anne-Marie Daune-Richard (1998, p. 51) relève que le critère technique apparaît central dans la distribution des hommes et des femmes dans l’emploi : les hommes sont davantage dans les espaces considérés comme techniques (industrie) alors que la présence des femmes est largement concentrée dans le tertiaire, espace du relationnel : « Si la technicité, en tant qu’elle symbolise un pouvoir et un contrôle sur la nature, est associée au travail masculin et au travail qualifié, c’est-à-dire socialement valorisé, les services, consacrés au relationnel, sont exclus d’une représentation en termes de technicité et sont vus comme appartenant à un univers de travail où sont sollicitées des qualités inhérentes à la nature féminine. Ainsi, dans les services, mis à part les emplois liés à l’autorité et au pouvoir, ces deux représentations tendent à masquer les compétences mises en œuvre ».

18Les métiers tenus par des femmes sont en outre considérés comme un travail d’appoint, permettant de concilier vie active et vie familiale : « ils ne rapportent pas trop et ne sont pas trop prenants », et c’est « plus simple pour élever une famille ». A contrario, les professions pratiquées par les hommes imposent de nombreuses contraintes : « ce sont des métiers difficiles comme chauffeurs, il faut se séparer de la famille à chaque fois et avec pompier c’est pareil », ils laissent une « disponibilité pour la famille limitée », or « les femmes ont besoin de temps pour s’occuper de leur maison ».

19Enfin, l’exercice des responsabilités et du pouvoir apparaît réservé aux hommes : « les hommes sont plus intelligents que les femmes ». Aussi, pour être ministre, homme d’affaires… « Il faut être intelligent donc un homme, sinon où irait la France ? ». De plus, ces activités demandent « une grande responsabilité » et « certaines fois les responsabilités sont mieux gérées par les hommes ». Les écrits des adolescent-e-s retranscrivent, d’une certaine manière, les rapports sociaux de sexe : « c’est la vie, c’est une hiérarchie ».

20En fait, pour de nombreux jeunes, il existe toujours des métiers « féminins » et « masculins », ces derniers apparaissant de surcroît plus qualifiés et valorisants. Ainsi, la moitié des lycéens, pour le tiers des lycéennes, pensent que certains métiers sont surtout pour les femmes et 54 % des garçons, pour 45 % des filles, estiment que certaines professions sont davantage pour les hommes. Pourtant, des avancées sont perceptibles du côté des filles qui tentent de dépasser les barrières de l’ordre établi. Dans cette perspective, une synthèse de la littérature récente francophone et anglosaxonne montre également « du mouvement mais pas de changement profond » (Stevanovic, Mosconi, 2007, p. 77) quant aux représentations des adolescent-e-s concernant les métiers et le monde professionnel.

Filles, garçons, filières d’études : des perceptions différenciées

21L’analyse des réponses des jeunes met à jour des différences de représentation selon le sexe. Les garçons expriment davantage des réponses conformes aux stéréotypes, phénomène pouvant s’interpréter comme une défense de leur « territoire », une affirmation de leur identité masculine. La modélisation des réponses indique que les lycéens ont une probabilité plus importante de répondre qu’il existe des métiers appropriés aux hommes et aux femmes (cf. tableau 3 en annexe) [3].

22Les filières jouent un rôle essentiel dans la différenciation des perceptions des professions, correspondant à un « type dominant d’habitus ». En effet, les élèves passent une grande partie de leur temps dans leur classe, dans leur lycée, et se forgent des images, des différences d’attitudes. Les filles des sections scientifiques et industrielles, du fait de leur choix d’orientation, adhèrent moins aux stéréotypes de sexe, et contestent davantage l’existence de métiers réservés aux femmes et aux hommes. En revanche, celles scolarisées dans les classes tertiaires, aux effectifs largement féminins, se distinguent en affirmant que certaines professions sont surtout adaptées aux hommes. Pour les garçons, l’appartenance à une filière particulière semble ne pas avoir d’incidence, la variable sexe étant déterminante avant tout. Cependant, les lycéens des sections où les filles sont majoritaires (Littéraire, Économique et sociale, Sciences et technologies tertiaires) assurent de manière plus significative l’existence de métiers « d’hommes » et « de femmes ». En s’orientant dans ces classes à dominante féminine, et considérées comme moins prestigieuses, ils ont fait un choix plus ou moins inhabituel. On peut donc imaginer que cela provoque un conflit au niveau identitaire et leurs réponses peuvent être interprétées comme des mesures de défense ou de réassurance.

23De plus, les résultats présentés confirment que d’autres facteurs influent et interagissent sur les opinions des jeunes, tel le contexte familial et social. Ainsi, un enfant de père chef d’entreprise ou cadre et un enfant de mère au foyer ou ouvrière ont une probabilité plus forte de répondre qu’il existe des métiers pour les femmes. Les élèves dont le père est chef d’entreprise et ceux dont la mère est au foyer considèrent que certaines professions sont surtout pour les hommes, alors que les adolescent-e-s dont la mère est technicienne affirment le contraire. Enfin, les plus jeunes répondent davantage conformément aux stéréotypes.

24« Métiers de femmes, qualités féminines », « métiers d’hommes, compétences masculines »… les clichés perdurent. Cependant, si les garçons présentent des réponses et des argumentations empreintes des stéréotypes de sexe, un changement est visible du côté des filles, dont l’appréciation des professions tend majoritairement vers la mixité. Ces principaux constats se retrouvent-ils dans les perceptions des adolescent-e-s vis-à-vis des personnes qui optent pour un choix professionnel atypique ?

Choix atypiques : entre adhésion et nuances

25La plupart des élèves ont un regard positif sur les personnes exerçant un métier atypique pour une femme ou un homme. Néanmoins, la majorité ne s’imagine pas occuper de tels emplois. Filles et garçons s’opposent à nouveau dans leurs réponses. Les premières mettent en avant l’attrait du métier et la revendication de l’égalité des sexes, bien que dans les faits, peu se risquent à de telles orientations. En revanche, les garçons répugnent à exercer une profession « de femmes », qui les dévaloriserait et remettrait en cause leur identité sexuelle.

26Si près de 45 % des élèves estiment qu’il existe des métiers qui conviennent davantage à l’un ou l’autre sexe, ils expriment cependant très largement (87 %) leur compréhension à l’égard des personnes qui font des choix professionnels inhabituels (cf. tableau 4 en annexe) [4]. Toutefois, les adolescentes approuvent toujours davantage les orientations atypiques. En effet, 97 % des lycéennes, pour 84 % des lycéens, trouvent normal qu’une fille choisisse un métier généralement exercé par un homme. Elles et ils sont un peu moins nombreux à trouver normal qu’un garçon se dirige vers une profession habituellement occupée par une femme : 89 % des lycéennes, pour 76 % des lycéens.

27La liberté de choix est l’argument le plus souvent énoncé par les jeunes, filles ou garçons : « on est libre de choisir ce qu’on veut », « chacun a ses préférences ». Une adolescente explique que « si le métier lui plaît, il est normal et logique qu’elle veuille l’exercer et ce, même si les femmes y sont rares ». L’égalité des sexes et la parité sont également évoquées, « on n’est plus au Moyen-Âge, les femmes devraient être considérées à l’égal des hommes ». Certains exposent même l’idée qu’une fille optant pour un métier exercé par des hommes contribue à instaurer l’égalité et à « changer les mentalités » : « si elle y arrive, elle ouvrira les portes aux autres », affirme ainsi un garçon et « cela permet aux hommes de se rendre compte que les femmes peuvent exercer les mêmes métiers qu’eux ». La mixité des métiers est aussi mentionnée : « il n’y a pas de métiers spécialement faits pour les hommes », « aucun métier n’est pour homme ou pour femme ». En outre, les femmes possèdent « les mêmes capacités intellectuelles et physiques » que les hommes : « les filles sont aussi intelligentes et habiles manuellement que les hommes ».

28Les réserves portent essentiellement sur les compétences nécessaires liées à ces professions. Une élève met en avant « l’égalité des sexes » mais ajoute « cela dépend quand même du métier ». D’autres explicitent : « le métier des femmes est vraiment particulier, les hommes n’ont pas les qualités nécessaires pour exercer un métier féminin », « je ne pense pas qu’une femme sera apte à remplir les tâches du métier, de plus il faut qu’elle ait certaines connaissances pratiques ».

29Mais une nouvelle fois, des différences sensibles apparaissent entre filles et garçons, démontrant la moindre tolérance de ces derniers à l’égard de la transgression (cf. tableau 5 en annexe). Les lycéens expriment davantage leur incompréhension face à des choix atypiques, de manière plus significative pour une fille qui opte pour un métier « d’hommes » et empiète sur leur terrain. Pour les garçons, la défense du « masculin » est importante, notamment en sections scientifiques (les coefficients dans les modélisations sont toujours supérieurs), soulignant de fait les rapports sociaux de sexe. Les lycéennes des sections scientifiques, littéraires et économiques se distinguent par une probabilité plus élevée de trouver normal qu’un garçon choisisse une profession « féminine », au contraire des filles des sections tertiaires dont les réponses ne se démarquent pas des élèves de seconde. Ainsi la tolérance à la transgression des rôles varie-t-elle selon le sexe de la personne interrogée et suivant les contextes de choix d’orientation scolaire et professionnelle (Marro, 1998).

30Si filles et garçons s’avèrent en général compréhensifs envers les personnes exerçant une profession typique de l’autre sexe, près de 60 % d’entre eux ne s’imaginent pas dans cette situation [5] (cf. tableau 6 en annexe). Les positions des filles et des garçons sont cependant assez divergentes. La moitié des filles affirment qu’elles feraient un métier habituellement exercé par un homme et seulement 22 % des garçons occuperaient un emploi traditionnellement tenu par une femme. Les lycéennes envisagent donc davantage cette éventualité et nomment des professions où les femmes sont déjà présentes comme celles de pompier, militaire, routier, policier, pdg, pilote d’avion de chasse, gendarme… En revanche, les garçons, aussi enthousiastes que les filles à s’exprimer sur la liberté de choix et l’égalité, montrent ici un certain conservatisme. Ils s’imaginent en moins grand nombre exercer des professions qui provoqueraient un sentiment de dévalorisation et de confusion identitaire. Et, ils évoquent les métiers les plus classiques et visibles tels secrétaire, puéricultrice, sage-femme, assistante maternelle, hôtesse de l’air, infirmière, coiffeur, esthéticienne…

31Les filles explicitent avant tout leur fort intérêt ou un goût particulier pour les métiers « d’hommes », en donnant de nombreux exemples précis et personnels. Une lycéenne se verrait par exemple chef d’entreprise « car le chef a beaucoup de responsabilités et il commande ». Deux autres citent la profession d’ébéniste, « un métier qui est manuel et qui me plaît », « j’aime le contact avec le bois ». Une élève explique avoir envisagé de devenir maître chien : « c’est ce que je voulais faire au collège, mais à l’armée on m’a dit : "non c’est un métier d’homme" ».

32Mais les lycéennes revendiquent aussi l’égalité entre hommes et femmes dans le monde professionnel. Ainsi, exercer une profession « d’hommes » permettrait de « prouver que la femme est l’égale de l’homme ». Plusieurs occuperaient par exemple le métier de pompier pour « prouver que j’en suis capable et que ce n’est pas que pour eux », « pour prouver qu’il n’y a pas que les hommes de courageux ». Une adolescente deviendrait électricienne, « pour montrer qu’un métier peut être pour les deux sexes », une autre pdg « pour montrer qu’une femme est capable de diriger une entreprise ». Plusieurs affirment ainsi posséder les compétences nécessaires, « une femme n’est pas plus bête qu’un homme et elle peut avoir les mêmes capacités ». Certaines accentuent la nécessité de « féminiser » les professions dont les femmes sont évincées : « car les femmes sont trop exclues dans ces métiers [pompier et inspecteur de police] par les hommes alors qu’elles sont plus capables qu’eux ». Des lycéennes citent la fonction de présidente de la république « parce qu’il n’y a que des hommes alors il faut laisser la place aux femmes ».

33Du côté des garçons, ils indiquent vivement leur désintérêt vis-à-vis d’un métier « de femmes », perçu comme « dévalorisant » et « dégradant », qui de surcroît, remettrait en cause leur identité sexuelle : « c’est la honte ! ! ! », « j’ai ma fierté », « cela fait trop faible, pas capable d’exercer un métier d’homme », « je n’ai pas les mêmes goûts que les filles », « je ne suis pas une femme », « je ne suis pas un homosexuel », « je suis plus viril que la moyenne »… Comme le remarque Nicole Mosconi (1992), garçons et filles sont soucieux de rester conforme au modèle de leur sexe. De fait, « l’apprentissage d’un métier et l’appartenance à un sexe sont si étroitement et si naturellement associés qu’ils finissent par se confondre et ne plus faire qu’un. L’unité sexe-métier constitue alors pour les élèves un seul et unique principe d’affirmation de leur identité » (Baudelot, Establet, 1992, p. 164).

34Liberté de choix, égalité des sexes… sont autant d’expressions mettant en lumière une avancée dans les représentations des jeunes. Mais lorsqu’il s’agit de leurs propres orientations professionnelles, les choses se compliquent. Les filles expriment ainsi leur attrait pour des professions « d’hommes » qu’elles n’exerceront pas. Quant aux garçons, ils considèrent que ce serait « la honte » de faire un métier « de femmes » et, à travers leurs propos, excluent les filles des formations et métiers techniques : « elle ne sera pas à sa place », « c’est un intrus parmi les garçons ».

35* * *

36Au titre des constats positifs, la plupart des jeunes ont une appréciation des métiers qui tend vers la mixité. Cependant, si près de 90 % d’entre eux trouvent normal qu’une fille ou un garçon choisisse un métier atypique, en évoquant la « liberté de choix » et « la parité », ils sont entre 40 et 50 % à affirmer l’existence de métiers davantage appropriés aux femmes et aux hommes. L’analyse de leurs propos met à jour la persistance des stéréotypes de sexe concernant les qualités dites « naturelles » et les rôles traditionnels « féminins » et « masculins ». « Maternité, douceur et compréhension » sont les mots associés aux métiers des femmes, alors que « force, résistance et courage » caractérisent les professions des hommes. Les représentations des adolescent-e-s révèlent ainsi le maintien d’un statu quo, malgré leur reconnaissance – voire leur revendication du côté des filles – de l’égalité des sexes.

37Elles montrent aussi les différences de perceptions entre filles et garçons. Les lycéennes sont davantage sensibles à la mixité des métiers ou, d’une façon plus générale, à la place des femmes sur le marché du travail. Elles semblent également plus tolérantes que les lycéens envers les choix atypiques. Ces deux écrits d’élèves de terminale scientifique résument assez bien leurs visions spécifiques, l’une portant sur l’égalité, l’autre exprimant quelques réticences : « au xxie siècle, c’est normal qu’à diplôme égal, une fille puisse faire le même métier qu’un homme si elle le souhaite » (une fille), « les filles ont le droit de faire le métier qu’elles souhaitent mais il ne sera peut-être pas aussi bien fait » (un garçon). Une opposition se retrouve au sein des filières scientifiques et techniques où les filles et les garçons construisent une appréciation particulière du monde professionnel. Il existe pour ces derniers des métiers « d’hommes » et « de femmes », et le travail d’un homme vaut plus que le travail d’une femme. Ils tiennent parfois des propos très sexistes, comme une réponse de défense ou de réassurance, alors que les jeunes filles de ces mêmes sections, ayant elles-mêmes quelque peu bouleversé l’ordre établi, adhèrent moins aux rôles de sexe traditionnels.

38Même si les filles démontrent un intérêt pour les métiers « d’hommes », leurs projets demeurent conventionnels. Ce phénomène peut s’expliquer en partie par leur vision de l’insertion des femmes dans les secteurs professionnels « masculins ». Ainsi, 80 % des lycéennes interrogées (pour 74 % des lycéens) estiment qu’une femme a des difficultés pour trouver un emploi traditionnellement occupé par un homme. Il y a davantage d’incertitude lorsqu’il s’agit d’un homme : la moitié des jeunes, filles et garçons, prévoient des difficultés pour trouver un travail généralement exercé par une femme. Les adolescent-e-s ont ainsi les mêmes impressions. De plus, la moitié des lycéennes comme des lycéens imaginent qu’une femme aura des difficultés dans son métier si ses collègues sont des hommes. Le comportement machiste est la raison la plus souvent mise en avant, car « les hommes sont machos malgré eux ». Les problèmes d’intégration ou d’adaptation sont évoqués, de même les obstacles liés au harcèlement sexuel sont cités, surtout par des garçons. A contrario, près de 70 % des lycéennes et des lycéens considèrent qu’un homme ne connaîtra aucune difficulté avec des collègues femmes, en soulignant l’esprit ouvert et tolérant de ces dernières. En fait, une femme devra « s’imposer », « se faire respecter », devenir « un garçon manqué », alors qu’un homme aura « la chance » d’être entouré de femmes ou, dans le pire des cas, devra « supporter un groupe de femmes ».

39Pour mieux comprendre la structuration de ces représentations, il faudrait s’intéresser à toute la socialisation antérieure, familiale et scolaire, mais également aux interactions et influences des pairs, de la fratrie, des médias… Ce qui se passe à l’école n’est pas sans rapport avec ce qui se passe dans l’ensemble de la société. L’école n’est pas vraiment mixte et le monde du travail ne l’est toujours pas. La progression continue de l’activité professionnelle des femmes, les pionnières ou les femmes modèles plus nombreuses à investir des bastions d’hommes n’ont guère fait évoluer les attitudes, les certitudes et les stéréotypes. Ces résistances culturelles et sociales enferment en quelque sorte les filles et les garçons dans des orientations différenciées, réalisées à l’adolescence, moment clé de leur développement personnel et de recherche identitaire. Faire prendre conscience aux jeunes de leurs propres représentations sur le genre, leur donner des informations mixtes, et sans a priori sexués, sur les formations et les métiers, leur raconter l’histoire des professions, organiser des rencontres avec des modèles sont quelques-unes des pistes qui peuvent perturber ces stéréotypes dominants. Tant que le choix d’une profession traditionnellement exercée par l’autre sexe reposera sur une image de transgression, il ne concernera qu’une minorité, parce que c’est la « honte » ou « c’est un intrus ». Le déshonneur est évoqué pour un garçon qui choisit une profession « de femmes ». Comme en écho, l’intrusion est rappelée pour une fille qui se dirige vers un métier « d’hommes », dans un monde peu familier, et parfois hostile aux yeux des jeunes.

Note technique

L’enquête sur laquelle s’appuie cet article a été réalisée en 2001 auprès d’élèves scolarisés dans deux lycées de Bourgogne (Bosse, Guégnard, 2001). La population interrogée est constituée de jeunes réparti-e-s dans des filières d’enseignement général et technologique. Les deux lycées proposent des diplômes allant du cap au bts, et des formations dans les domaines de la production (mécanique) et des services (gestion, commerce). Le questionnaire fait appel aux opinions des adolescent-e-s avec une alternance de questions ouvertes et fermées pour faciliter le temps de passation dans les classes. Les réflexions écrites des jeunes sont reproduites dans le texte « en italique ».
En définitive, 1 149 élèves ont répondu aux questionnaires dont 59 % de filles. Ces jeunes sont de milieux sociaux diversifiés proches des catégories socioprofessionnelles de Bourgogne et de France. Près du tiers des jeunes interrogé-e-s suivent leurs études dans une seconde de détermination (cf. tableau 7 en annexe), 28 % sont en sections scientifiques et technologiques (s, ssi, sti), 21 % en sections littéraire et économique, 15 % se trouvent en sciences et technologies tertiaires (stt). Les filles représentent près du tiers des effectifs de la population scolarisée en filière scientifique et technologique, et les garçons près du quart des sections littéraires et tertiaires.
Dans un domaine où les interactions sont nombreuses, la statistique descriptive par tableaux croisés peut faire apparaître des différences qui n’en sont pas, et ne permet pas de décrire les relations susceptibles d’exister entre plusieurs variables (sexe, âge, profession des parents…). Il faut donc séparer un effet « net » du genre. Une approche économétrique telle que la régression logistique permet d’évaluer l’apport spécifique de chaque variable dans l’explication des opinions des élèves, et rend compte des liaisons entre plusieurs variables et le phénomène observé. Plusieurs modélisations des réponses des jeunes ont été effectuées afin d’estimer l’impact des différentes variables et de raisonner « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire à catégorie sociale, âge… identiques. En fait, il serait plus correct de dire « une fois contrôlé l’effet du sexe, de la profession des parents, de l’âge des élèves… ». Une autre limite méthodologique vient de l’existence d’effet de sélection dans les cursus scolaires. En effet, les lycéens interrogés ont des caractéristiques particulières, comme par exemple les élèves des sections scientifiques plus jeunes, d’origine sociale plus élevée… Les quelques élèves, de bep et Bac Pro de la mécanique, n’ont pas été intégré-e-s dans les modélisations.

40Tous les chiffres sont issus d’une enquête portant sur 1 149 élèves scolarisés en 2001 dans deux lycées de Bourgogne.

Tableau 1

Projets de métiers les plus cités par les élèves

Tableau 1
Filles Garçons Professeure, institutrice 17 % Ingénieur 11 % Infirmière 8 % Informaticien 10 % Éducatrice 7 % Professeur 9 % Puéricultrice 5 % Métier du commerce 5 % Comptable 5 % Métier du sport 4 % Psychologue 4 % Technicien 3 % Médecin 3 % Lecture : 17 % des filles projettent de devenir professeure et 11 % desgarçons envisagent le métier d’ingénieur.

Projets de métiers les plus cités par les élèves

Tableau 2

Des métiers pour les femmes et pour les hommes (en %)

Tableau 2
Filles Garçons Ensemble Pensez-vous que certains métiers sont surtout pour les femmes ? Oui 34 50 40 Non 64 49 58 Non-réponse 2 1 2 Total 100 100 100 Pensez-vous que certains métiers sont surtout pour les hommes ? Oui 45 54 49 Non 53 45 50 Non-réponse 2 1 1 Total 100 100 100 Effectif 678 471 1149 Lecture : 34 % des filles et 50 % des garçons affirment que certains métiers sont surtout pour les femmes.

Des métiers pour les femmes et pour les hommes (en %)

Tableau 3

Probabilité de répondre que certains métiers sont pour les femmes/les hommes (Logit)

Tableau 3
Certains métiers sont surtout pour les femmes Certains métiers sont surtout pour les hommes Variables de référence Variables actives Coefficient Signif. Coefficient Signif. Fille de seconde Fille de S ou STI -0,7174 ** -0,8193 *** Fille de L ou ES 0,2514 ns 0,3046 ns Fille de STT 0,2883 ns 0,6096 ** Garçon de seconde 0,5578 *** 0,4046 * Garçon de S ou STI 0,7397 *** 0,3730 * Garçon de L, ES, STT 1,1236 *** 0,8240 *** Lycée B Lycée A -0,1858 ns -0,1686 ns Profession du père ouvrier Agriculteur -0,3097 ns 0,2181 ns Chef d’entreprise 0,7581 ** 0,5735 * Cadre 0,5443 ** 0,2206 ns Technicien 0,2215 ns 0,2579 ns Employé 0,0204 ns 0,0520 ns Autres 0,0174 ns 0,1809 ns Agricultrice 0,1105 ns -0,4176 ns Profession de la mère employée Chef d’entreprise 0,2287 ns -0,1385 ns Cadre -0,2304 ns -0,3247 ns Technicienne -1,0833 ns -0,6890 *** Ouvrière 0,2089 *** 0,00880 ns Au foyer 0,3797 ** 0,3634 ** Autres -0,9334 * -0,4354 ns Élève de 19 ans et plus Élève de 17 ou 18 ans 0,4699 ** 0,5137 ** Élève de 16 ans et moins 0,5218 ** 0,5736 ** Enfant unique Fratrie de deux ou trois enfants 0,1026 ns 0,1262 ns Fratrie de quatre enfants et plus 0,4902 ns 0,6173 ** Constante -1,6702 *** -1,4295 *** Somers’ D 0,35 0,29 ns non significatif * significatif au seuil de 10 % ** significatif au seuil de 5 % *** significatif au seuil de 1 %. Les coefficients significatifs sont repérés en caractères gras. Lecture : par rapport à la situation de référence, un garçon de seconde a une probabilité plus forte de répondre que certains métiers sont surtout pour les femmes (le coefficient est positif) ; une fille de S ou STI a une probabilité moins forte de répondre que certains métiers sont surtout pour les hommes, par rapport à une élève de seconde (le coefficient est négatif).

Probabilité de répondre que certains métiers sont pour les femmes/les hommes (Logit)

Tableau 4

Choix professionnels atypiques (en %)

Tableau 4
Filles Garçons Ensemble Trouvez-vous normal qu’une fille choisisse un métier généralement exercé par un homme ? Oui 97 84 91 Non 2 14 7 Non-réponse 1 2 2 Total 100 100 100 Trouvez-vous normal qu’un garçon choisisse un métier généralement exercé par une femme ? Oui 89 76 83 Non 10 22 15 Non-réponse 1 2 2 Total 100 100 100 Effectif 678 471 1149 Lecture : 97 % des filles et 84 % des garçons trouvent normal qu’une fille choisisse un métier généralement exercé par un homme.

Choix professionnels atypiques (en %)

Tableau 5

Probabilité de trouver normal qu’une fille/un garçon choisisse un métier atypique (Logit)

Tableau 5
Une fille choisit un métier exercé par un homme Un garçon choisit un métier exercé par une femme Variables de référence Variables actives Coefficient Signif. Coefficient Signif. Fille de seconde Fille de S ou STI 0,5623 ns 1,2865 ** Fille de L ou ES 1,0895 ns 0,8723 ** Fille de STT 0,2187 ns -0,4147 ns Garçon de seconde -1,6144 *** -0,8061 *** Garçon de S ou STI -1,8313 *** -0,8086 *** Garçon de L, ES ou STT -1,4051 *** -0,6932 ** Lycée B Lycée A -0,5229 ns -0,4476 ns Constante 3,7366 *** 2,2472 *** Somers’ D 0,52 0,34 Lecture : par rapport à une élève de seconde, un garçon de seconde a une probabilité moins forte de trouver normal qu’une fille choisisse un métier exercé par un homme ; une fille de S ou STI a une probabilité plus forte de trouver normal qu’un garçon choisisse un métier exercé par une femme.

Probabilité de trouver normal qu’une fille/un garçon choisisse un métier atypique (Logit)

Tableau 6

Exercer un métier inhabituel ? (en %)

Tableau 6
Filles Garçons Ensemble Feriez-vous un métier habituellement exercé par un homme/une femme ? Oui 49 22 38 Non 45 74 57 Non-réponse 6 4 5 Total 100 100 100 Effectif 678 471 1149 Lecture : 49 % des filles affirment qu’elles feraient un métier habituellement exercié par un homme et 22 % des garçons affirment qu’ils feraient un métier habituellement exercé par une femme.

Exercer un métier inhabituel ? (en %)

Tableau 7

Formations suivies par les jeunes

Tableau 7
Filles Garçons Ensemble % Seconde de détermination 236 160 396 34 Première et terminale S 100 86 186 16 Première et terminale SSI 8 51 59 5 Première et terminale STI 6 70 76 7 Première et terminale L 66 10 76 7 Première et terminale ES 118 42 160 14 Première et terminale STT 140 39 179 15 Seconde BEP 1 7 8 1 Terminale Bac Pro 1 6 7 1 Classe non renseignée 2 - 2 - Total 678 471 1 149 100 Lecture : 236 filles et 160 garçons répondants à l’enquête sont scolarisés en seconde de détermination, soit 34 % des jeunes interrogés. Première et terminale scientifiques générales (S), sciences de l’ingénieur (SSI), sciences et technologies industrielles (STI), littéraire (L), économique et sociale (ES), sciences et technologies tertiaires (STT).

Formations suivies par les jeunes

Notes

  • [1]
    La question suivante était posée aux élèves : Avez-vous une idée du métier que vous souhaitez exercer ? Si oui, lequel ? 466 filles et 272 garçons ont cité un métier. Environ quatre-vingt professions ont été mentionnées par les lycéennes comme par les lycéens.
  • [2]
    Les questions étaient les suivantes : Pensez-vous que certains métiers sont surtout pour les femmes ? Si oui, pouvez-vous donner trois exemples ? En quoi ces métiers sontils féminins ? Pensez-vous que certains métiers sont surtout pour les hommes ? Si oui, pouvez-vous donner trois exemples ? En quoi ces métiers sontils masculins ? Au total, 161 filles et 153 garçons ont donné leur définition d’un métier féminin. 236 filles et 200 garçons ont défini un métier masculin.
  • [3]
    Différents modèles ont été testés, les regroupements des classes retenus sont ceux qui différenciaient le plus les perceptions des jeunes.
  • [4]
    Les questions étaient : Trouvez-vous normal qu’une fille choisisse un métier généralement exercé par un homme ? Pourquoi ? Trouvez-vous normal qu’un garçon choisisse un métier généralement exercé par une femme ? Pourquoi ? 587 filles et 360 garçons ont explicité leurs réponses. Ce terme de normalité peut surprendre, mais lors d’une étude réalisée dans un lycée professionnel du bâtiment, l’expression « c’est pas normal » était une réaction verbale fréquente des garçons face à la présence des filles dans leur établissement (Bosse, 2001).
  • [5]
    Les questions étaient : Vous êtes une fille, feriez-vous un métier habituellement exercé par un homme ? Si oui, lequel ? Pourquoi ? Vous êtes un garçon, feriez-vous un métier habituellement exercé par une femme ? Si oui, lequel ? Pourquoi ? Exactement 246 filles et 64 garçons ont donné un exemple de métier et explicité leur réponse.
Français

Résumé

En s’appuyant sur une enquête réalisée auprès de 1 149 élèves, l’article met en lumière leurs représentations des métiers où se mêlent des visions de monde différenciées selon les caractéristiques individuelles de ces jeunes. Une large majorité de lycéennes, et plus particulièrement des sections scientifiques et industrielles, ont une appréciation des métiers qui tend vers la mixité, alors qu’une résistance et une persistance des stéréotypes de sexe demeurent du côté des garçons. Les écrits des jeunes soulignent également la constance des représentations rattachées aux qualités naturelles et aux rôles traditionnels des femmes et des hommes. « Maternité, douceur et compréhension » sont les mots associés aux professions des femmes, alors que « force, résistance et courage » caractérisent les métiers des hommes.

Deutsch

Zusammenfassung

Anhand einer Studie, die mit 1 149 Schülern durchgeführt wurde, werden ihre Berufsvorstellungen untersucht, welche die je nach deren individuellen Unterschieden variierenden Weltvorstellungen widerspiegeln. Die Berufsvorstellungen der großen Mehrheit der Oberschüler, insbesondere der naturwissenschaftlichen und betriebswirtschaftlichen Zweige, tendieren in Richtung einer geschlechtsneutralen Betrachtung, wohingegen bei den Jungen Widerstände und die Beibehaltung von stereotypierten Berufsvorstellungen weiterhin bestehen. Die schriftlichen Aufzeichnungen der Jugendlichen lassen ebenfalls den Weiterbestand der Repräsentationen der natürlichen Qualitäten und der traditionellen Rollen die Frauen und Männern zugeschrieben werden, erscheinen. „Mütterlichkeit, Sanftheit und Verständnis" sind die Worte die mit Frauenberufen verbunden werden, wohingegen „Stärke, Widerstandskraft und Mut" Männerberufen zugeschrieben werden.

Español

Resumen

Apoyándose en una encuesta realizada con 1 149 alumnos, el artículo destaca sus representaciones de los oficios en las que se mezclan visiones del mundo diferenciadas según las características individuales de dichos jóvenes. Una mayoría importante de alumnas, especialmente de las secciones industriales y científicas, tienen una apreciación de los oficios con tendencias a reconocer su carácter mixto, mientras que entre los chicos siguen vigentes la resistencia y la persistencia de los estereotipos de sexo. Los escritos de los jóvenes también subrayan la constancia de las representaciones vinculadas con las cualidades naturales y los roles tradicionales de las mujeres y de los hombres. "Maternidad, dulzura y comprensión" son las palabras asociadas con las profesiones de las mujeres, mientras que "fuerza, resistencia y valentía" caracterizan los oficios de los hombres.

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Nathalie Bosse
Nathalie Bosse est chargée d’études à l’Iredu-cnrs, Université de Bourgogne. Son terrain de prédilection concerne l’étude du monde de l’éducation et du travail sous le prisme du genre, telles les orientations scolaires « atypiques » ou les carrières féminines dans l’hôtellerie. Elle a également participé à plusieurs recherche-action sur la conciliation des temps sociaux et professionnels. Elle a publié : « Le temps d’apprendre : témoignages pluriels, regards croisés », Relief n? 18, Céreq, novembre 2006 ; « À la recherche d’une conciliation des temps professionnels et personnels dans l’hôtellerie-restauration », Relief, n? 7, Céreq, septembre 2004 ; « L’intégration des filles dans un lycée professionnel du bâtiment » in École et mixités, Cahiers masculin/féminin, Presses Universitaires de Lyon, 2001, pp. 37-50.
Adresse postale : Institut de recherche sur l’éducation - Sociologie et Économie de l’éducation - Iredu-cnrs - Centre associé au Céreq - Pôle AAFE, esplanade Erasme 21 065 Dijon
Adresse e-mail
Christine Guégnard
Christine Guégnard est, depuis 1989, chargée d’études à l’Iredu-cnrs pour le Centre associé au Céreq de Dijon, Université de Bourgogne. Dans ce cadre, ses activités de recherche et d’études mettent en lumière la problématique de la relation formation-emploi, notamment l’insertion des jeunes, les tensions sur le marché du travail, et les politiques d’éducation ou d’emploi en termes d’égalité des chances tels l’accès à la formation professionnelle continue, la conciliation des temps sociaux, les trajectoires des salarié-es dans l’hôtellerie. Elle a notamment publié : « Les emplois à bas salaire et les salariés à l’épreuve de la flexibilité », Bref, n?237, Céreq, janvier 2007 ; « Le temps d’apprendre : témoignages pluriels, regards croisés », Relief n?18, Céreq, novembre 2006 ; "A regional approach to forecasting skill needs in hotel and catering" in "Trends and skill needs in tourism", Panorama, 115 Cedefop, pp. 96-104, 2005.
Adresse postale : Institut de recherche sur l’éducation - Sociologie et Économie de l’éducation - Iredu-cnrs - Centre associé au Céreq - Pôle AAFE - esplanade Erasme - 21 065 Dijon
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Mis en ligne sur Cairn.info le 02/12/2008
https://doi.org/10.3917/tgs.018.0027
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