CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1L’idée selon laquelle l’expérience féminine de l’émigration et de l’immigration diffère de façon substantielle de l’expérience masculine est une problématique forte de la littérature sur les migrations. Cependant, la nature et les explications de ces différences sont rarement explorées. De plus, malgré une accumulation de connaissances empiriques et d’avancées théoriques depuis trente ans, les dynamiques de genre sont encore ignorées dans les ouvrages généralistes sur les migrations [Donato et alii, 2006]. L’analyse de la perspective « de genre » a du mal à passer de la marge au centre de ce champ de recherches [Morokvasic, 1984 ; Kofman, 1999 ; Moujoud, 2007]. Des approches plus féministes de la migration ont exploré le contexte de l’émigration féminine, les projets des femmes, leurs expériences en termes d’emploi sur leur devenir et l’impact des politiques migratoires sur les flux [1]. Ces travaux représentent une contribution importante à l’effort d’intégrer, voire d’imposer, une telle perspective dans les théories sur les migrations et ainsi souligner que les rapports de genre forment une partie intégrante du processus migratoire. Mais plus rares sont les études sur la migration des hommes en tant que catégorie socio-sexuée ; car s’ils ont toujours été vus comme les acteurs principaux des migrations, leur position sociale en tant qu’« hommes » n’a guère été examinée. Connaître aussi, dans cette perspective, les caractéristiques des hommes qui migrent, le contexte politique et économique de leur migration, les modalités de leur installation dans la société de destination permet d’explorer le rôle des représentations de la masculinité dans l’évolution des flux migratoires et, par exemple, dans les projets et le devenir des individus qui migrent.

2Dans cet article seront étudiées les spécificités des migrations féminines et masculines, en cernant les dimensions des politiques migratoires qui distinguent les catégories de sexe par un traitement différencié et également les caractéristiques particulières du positionnement des individus sur le marché du travail en termes de rapports de genre. Le plus souvent oubliées, sinon écartées de l’histoire de l’immigration en France à cause du lien national entre les Antilles et la métropole, les migrations en provenance de la Guadeloupe et de la Martinique sont peu connues. Pourtant, l’analyse de la place spécifique qu’ont occupée les femmes et les hommes au cours de la période des « migrations de travail » à la fois dans les politiques migratoires de l’État français et sur le marché du travail révèle les interactions entre divers types de rapports sociaux (post-coloniaux, genre, classe…) [Anselin, 1979 ; Constant, 1987 ; Condon et Ogden, 1991]. L’appel à l’émigration visait les générations de jeunes adultes des milieux populaires, le plus souvent peu scolarisés et ayant des perspectives professionnelles limitées dans les économies insulaires. Les jeunes femmes et hommes qui ont répondu à cet appel étaient motivés et avaient de fortes attentes de promotion sociale, par la voie d’un emploi régulier.

3Pour comprendre les effets structurants des politiques migratoires, l’analyse s’appuiera sur quelques comparaisons entre ces migrations et les migrations vers le Royaume-Uni. Pour les premières, les migrations sont, formellement, des déplacements « internes » au sein d’un même ensemble national ; pour les secondes, les migrations, d’abord entrant dans le cadre des rapports coloniaux, ont été ensuite de nature « internationale » entre des pays indépendants, liés dans l’entité du Commonwealth. Dans cet autre contexte, à la fois différent et comparable au contexte français, les émigrants de la Jamaïque, de la Barbade ou d’autres îles caribéennes alors colonies britanniques, nourrissaient des espoirs similaires en partant pour la Grande-Bretagne au début des années 1950.

4L’analyse de l’insertion professionnelle des migrants antillais en France métropolitaine, à la lumière de l’expérience des migrants des îles voisines, installés en Grande-Bretagne, a un grand intérêt heuristique [2] : elle replace la migration des Martiniquais et des Guadeloupéens des années 1950-1970 dans l’histoire des migrations de travail vers l’Europe de l’Ouest au lendemain de la Seconde guerre mondiale, une période de reconstruction et d’expansion économique ; elle resitue les migrations des Antilles françaises dans l’expérience des migrations caribéennes où les inégalités produites par les processus de discrimination raciale [3] ont eu un fort impact sur les parcours des individus et des groupes ; et, grâce à la comparaison, elle permet d’élargir la réflexion sur les processus conduisant à une division sexuelle du travail rémunéré. À partir d’une méthodologie combinant différents types de données, nous évaluerons, à travers cette perspective comparative, ce qui est « spécifique » dans l’expérience migratoire féminine mais aussi masculine.

Migrations, emploi et le rôle de l’état

5Dès 1954, l’émigration de nombreux habitants des îles de la Martinique et de la Guadeloupe a été jugée indispensable par l’État français comme solution au surpeuplement de ces départements. Les problèmes de chômage et de sous-emploi, ainsi que les troubles sociaux liés à la fermeture des usines sucrières et les manifestations de mécontentement du statut du département de ces îles, étaient considérés comme tributaires de ce surpeuplement [Domenach et Picouet, 1992]. À la fin des années 1950, une véritable politique d’émigration a été élaborée, puis mise en œuvre à partir de 1963 grâce à la création du bumidom (Bureau pour le développement des migrations des départements d’outre-mer), agence d’État responsable de l’organisation du départ vers la métropole de travailleurs antillais ou réunionnais. Le but initial a été de faire partir entre 6 000 et 7 000 personnes des Antilles françaises chaque année et d’encourager l’émigration de personnes des deux sexes et de familles, afin d’éviter un déséquilibre démographique qui résulterait du seul départ d’hommes adultes [cgp, 1959, p. 407-408]. Ce rythme des départs a été encouragé jusqu’au milieu des années 1970, où l’installation de la crise économique a provoqué une réorientation de la politique vis-à-vis des migrations en provenance des Départements d’Outre-Mer (dom) [Constant, 1987]. En tout cas, l’objectif a été largement atteint puisque, entre 1963 et 1981, le bumidom a organisé le voyage, l’accueil et le placement de 85 863 personnes (tableau 1) et ces migrations organisées ont entraîné le départ d’un nombre croissant de migrants « spontanés ».

Tableau 1

Effectifs de migrants passés par le bumidom entre 1963 et 1981, par catégorie de placement ou d’insertion en métropole

Tableau 1
Hommes Femmes Ensemble Placement direct en formation 9202 2003 11205 Placement direct en emploi 14645 15791 30436 Placement après démobilisation 1928 23 11951 Regroupement familial 14303 17968 32271 Ensemble 50078 35785 85863 Source:BUMIDOM [1981] Annexes IV et VI-X.

Effectifs de migrants passés par le bumidom entre 1963 et 1981, par catégorie de placement ou d’insertion en métropole

6Vers le milieu des années 1950, avant l’institutionnalisation de la migration, de nombreux hommes antillais, peu qualifiés, avaient été recrutés par les administrations, notamment par la Police, les Douanes et les Postes et Télécommunications. Puis, à partir de 1960, la conscription a été introduite dans les Départements d’Outre-Mer. Environ la moitié du contingent né aux Antilles devait effectuer son service militaire en métropole, l’un des buts de l’État étant d’établir une nouvelle voie d’émigration [4]. Une formation professionnelle fut offerte aux conscrits démobilisés en métropole, ainsi que la possibilité de garder leur billet de retour aux Antilles pendant cinq ans. Des centaines de jeunes ont accepté cette proposition et se sont installés en France métropolitaine, en passant souvent par le bumidom pour une formation ou un emploi (tableau 1).

7Les migrations féminines ont été tout d’abord celles d’épouses, de compagnes ou de fiancées des hommes recrutés par les administrations ; mais, assez vite, des femmes seules sont parties pour la métropole, par la filière des domestiques ou par les recrutements dans les hôpitaux ou d’autres établissements de soins [Condon et Ogden, 1991]. L’action du bumidoma élargi les possibilités de recrutement de femmes sur le marché de l’emploi métropolitain. Hommes et femmes étaient orientés, soit vers des centres de formation, soit vers des emplois dans le secteur privé (les administrations se chargeant de leurs propres recrutements de migrants des dom par des concours d’entrée et par le placement en stage en métropole). Alain Anselin [1979] a estimé que les migrations par le bumidom ont compté pour plus du tiers des flux migratoires des dom entre le milieu des années 1960 et les années 1970, nombre auquel il faut rajouter les installations en métropole de militaires du contingent démobilisés. En effet, le service militaire a largement contribué à l’émigration organisée par l’État : 33 % des hommes placés en formation ou en emploi par le bumidom venaient de terminer leur service militaire en métropole (tableau 1). La migration organisée a également suscité des centaines de départs spontanés, frères, sœurs, cousins, neveux, amis des femmes et hommes migrants placés par l’agence d’État.

8Le système de placement direct en emploi ou en formation répondait précisément aux besoins de l’industrie (construction, métallurgie), ainsi que du secteur des emplois domestiques et du secteur hospitalier (cliniques privées, hôpitaux publics). En parallèle, quelques grandes entreprises comme Michelin et Renault organisaient des missions de recrutement ; les administrations poursuivaient l’organisation de concours dans les dom; peu à peu, les réseaux familiaux ou de connaissances ont alimenté les personnels des services publics. L’État, relayé par les antennes locales du bumidom et des préfets, a inscrit l’encouragement à la migration dans l’esprit de la « solidarité nationale ». La même promesse de promotion sociale fut faite aux hommes et aux femmes, tout en distinguant les filières professionnelles dans lesquelles s’inséreraient les deux groupes. Aux hommes candidats à l’émigration, le document diffusé par le bumidom annonçait : « La formation professionnelle pour adultes offre aux travailleurs une incontestable opportunité de promotion sociale » [bumidom, 1964, annexe iv]. La majorité des hommes envoyés dans des centres de l’afpa (Association pour la formation professionnelle des adultes) suivirent des formations de six mois dans la construction [5], les autres étant formés pour travailler dans les industries métallurgiques ou mécaniques. Dans les rapports annuels du bumidom des années 1960, on constate l’impopularité des formations pour les emplois de maçon ou de terrassier (seulement 41 % sont restés dans ces métiers après la formation, par rapport à 70 % des hommes formés pour la fabrication de véhicules ou d’autres branches mécano-métallurgiques) [Condon et Ogden, 1991]. Ces formations correspondaient peu à celles de plombier, électricien, carreleur ou plâtrier peintre que demandaient les candidats.

9Aux femmes, deux filières étaient proposées. L’une visait les femmes intéressées par le métier d’infirmière : « L’emploi d’agent hospitalier est la première étape pour une jeune femme possédant un certificat d’études primaires ou un diplôme plus élevé, par l’intermédiaire de la promotion sociale et, tout en gagnant sa vie de manière respectable, de progresser et atteindre la qualification d’infirmière d’État » [bumidom 1964, annexe VIa]. L’autre évoquait les possibilités offertes par le travail de domestique comme moyen de se familiariser avec les modes de vie métropolitains, d’améliorer leurs conditions de vie et, grâce aux cours du soir, d’atteindre la « carrière de leur choix » [bumidom 1964, annexe VIb]. Par cette action, le bumidom espérait canaliser la demande de domestiques, formaliser les conditions de travail par des contrats et inciter les femmes à s’installer durablement en métropole. Dans le but de s’assurer du bon déroulement du recrutement de ces femmes, à partir de 1966, avant de les placer chez les particuliers, l’agence les envoyait au centre féminin de formation et de préformation à Crouy-sur-Ourcq. Cette formation appelée « spécialisation ménagère » consistait en une « adaptation à la nourriture et au mode de vie métropolitains ». Les jeunes femmes apprenaient notamment à se servir d’appareils domestiques, à faire des recettes « métropolitaines », à connaître le système de transports parisiens [Condon et Ogden, 1991]. Tout comme le peu de considération des vœux exprimés par les jeunes hommes ayant accepté de partir en France métropolitaine pour une formation, cette attitude paternaliste envers les jeunes antillaises des milieux populaires est très révélatrice de la place que l’État entendait assigner à ces femmes sur le marché du travail métropolitain.

10Ces diverses filières de recrutement ont généré une répartition professionnelle bien spécifique des migrants antillais au milieu des années 1960 (tableau 2). À l’époque, l’importance de l’emploi industriel a rendu la distribution socioprofessionnelle des Antillais assez proche de celle de l’ensemble des hommes actifs en métropole ; mais, absents de l’agriculture, ils étaient plus souvent « employés » que les métropolitains (9 % dans le secteur « transports/ptt », 8 % dans le secteur de la santé) et leur concentration dans la catégorie « police, armée, douanes » (qui n’inclut pas les appelés du contingent) est particulièrement frappante. Pour les femmes, on remarque surtout leur surreprésentation dans la catégorie « personnels de service ». Parmi les femmes actives en 1968, 7 % étaient classées comme gens de maison dont la plupart (70 %) étaient arrivées en métropole depuis 1962. Les autres femmes dans cette catégorie travaillaient comme femmes de ménage chez des particuliers ou pour des entreprises, sinon elles étaient employées comme domestiques dans des cliniques ou hôpitaux privés. Enfin, on note la présence d’une population dans des postes plus qualifiés, hommes et femmes, représentants de la migration antérieure des classes moyennes ou d’élites.

Tableau 2

Répartition socioprofessionnelle des migrants antillais comparée à celle de l’ensemble des actifs en métropole en 1968

Tableau 2
Natifs des Antilles en métropole Ensemble des actifs en métropole Hommes Femmes Hommes Femmes Agriculteurs - - 11,5 13,1 Ouvriers agricoles 4,0 0,9 Employeurs, commerçants 2,0 1,0 9,6 9,6 Cadres sup., prof. libérales 6,9 2,5 6,1 2,6 Professions intermédiaires 10,1 11,7 9,0 11,5 Employé-e-s 19,8 29,3 8,9 25,8 Ouvrier-e-s industriels 43,2 16,4 46,0 22,0 Personnels de service 5,0 37,6 1,8 13,0 Armée, police, douanes 12,2 - 2,5 - Autres 0,8 1,5 0,6 1,5 Source : Recensement de 1968 [Insee 1970a, p. 123-126 et 1970b, p. 38-39].

Répartition socioprofessionnelle des migrants antillais comparée à celle de l’ensemble des actifs en métropole en 1968

11Assez différente est l’histoire de l’émigration caribéenne vers la Grande-Bretagne. Elle a été très largement basée sur un mouvement spontané. Les premières arrivées dès 1948 comprenaient de nombreux hommes qui retournaient vers ce qui était encore pour eux « la métropole » après avoir servi dans les armées ou avoir travaillé dans les usines de guerre. Le mouvement s’est rapidement féminisé. Comme pour les Antillais, ce sont d’abord les épouses ou compagnes des hommes partis travailler dans l’industrie ou dans le secteur des services (transports publics, hôtellerie…) qui les ont rejoints dans les années 1950. Puis d’autres femmes ont quitté les îles anglophones dans le but d’exercer le métier d’infirmière. De nombreuses femmes ont pu satisfaire ce souhait, notamment celles qui avaient été recrutées dans le cadre d’un programme, tandis que d’autres ont trouvé d’abord un emploi comme agent hospitalier, sinon comme employée dans l’hôtellerie ou la restauration ou comme ouvrière dans le textile [Byron, 1994]. Seule la Barbade, à la demande du gouvernement de l’île, a été concernée par un programme de recrutement par des entreprises nationalisées, notamment dans les transports. Mis à part ces quelques initiatives de recrutement, la plupart des migrants sont partis de façon spontanée et sans encouragement de la part de l’État britannique, dont les gouvernements successifs ont, au contraire, été extrêmement frileux à l’égard de cette immigration [Carter et alii, 1987]. Malgré les réticences gouvernementales, le nombre de migrants venus des Caraïbes, hommes et femmes, s’est accru rapidement en réponse aux besoins des entreprises britanniques en matière de personnels aux postes peu qualifiés. Au recensement de 1961, on a dénombré 75 992 femmes et 95 804 hommes migrants cari-béens résidant en Grande-Bretagne [6].

12Ces deux flux avaient des origines très proches : une insuffisance de débouchés d’emploi sur place, des stratégies de survie se construisant autour de l’émigration, pouvant se prolonger en des stratégies de promotion sociale. Les entreprises britanniques et françaises pouvaient faire appel à une main-d’œuvre anglophone ou francophone (selon le cas), assimilée à bien des aspects de la culture de la « mère patrie », et aussi à une main-d’œuvre féminine, étant donné la forte présence des femmes dans le monde du travail caribéen – datant de l’époque de l’esclavage. À partir de cas de migrants représentatifs de cette génération de migrants des années 1960, peu scolarisés, de milieux sociaux proches et qui parviennent à obtenir une situation d’emploi stable en métropole, nous examinerons la manière dont la politique de migration organisée concernant les Antilles françaises a façonné les parcours professionnels des femmes et des hommes, mais aussi les stratégies individuelles.

En france, des filières « sexuées » pour les migrants antillais

Pour les hommes, la vie militaire : premier pas vers la migration

13L’instauration du service militaire obligatoire dans les dom a servi à initier des flux de départs conséquents vers la métropole française et à fournir une occupation à des catégories largement désœuvrées ; et à une époque de troubles sociaux où les mouvements anticoloniaux battaient leur plein. L’affectation aux contingents basés en métropole a été généralement bien reçue. Elle était présentée par le gouvernement central et les autorités locales comme l’opportunité de « recevoir une formation et d’entrer en contact avec la population métropolitaine » [7]. Les pouvoirs publics recommandaient que les appelés restent en métropole après leur démobilisation. Les attentes des jeunes gens étaient fortes [8] : c’était l’occasion de connaître « la France », de voyager, d’acquérir un savoir-faire ; à l’image des militaires de carrière ou ayant servi pendant les guerres, ils voulaient montrer qu’ils étaient capables de réussir quelque chose et avoir un « parcours » à raconter. Pour les hommes peu scolarisés, notamment, s’offrait la possibilité d’une ouverture vers un métier et de passer le permis de conduire. En même temps, cette incorporation militaire a entraîné un grand changement de cadre de vie. Ces hommes se sont retrouvés loin de leur famille et de leurs amis, dans des bases isolées de la ville, souvent localisées dans les régions où le climat est particulièrement rude. De plus, ils se retrouvaient dans un milieu exclusivement masculin, où des valeurs comme le courage, la fierté, la solidarité étaient mises en avant. Pour certains, la « rencontre avec la population métropolitaine » a été ressentie comme négative ; ils ont été victimes de propos racistes ou de discriminations et ces souffrances se sont rajoutées à l’éloignement et à la pénibilité du climat. D’autres au contraire ont trouvé un épanouissement dans la vie militaire et se sont engagés dans les armées, sinon dans un métier proche (police, gendarmerie…). Pour la plupart, le service militaire en métropole a été un passage vers une vie plus autonome, des horizons élargis. Claude et Francis [9] ont fait partie des contingents d’appelés au milieu des années soixante. Avant de partir à 18 ans, ils avaient l’un et l’autre passé leur temps entre chômage et emplois de courte durée : Claude avait travaillé quelque temps chez un commerçant, Francis, comme ouvrier dans le bâtiment, les deux comme ouvrier agricole de temps à autre. Ils décrivent ce départ vers la métropole comme inévitable ; toutefois, ils se placent aussi comme acteurs dans la décision de partir.

14Claude raconte : « Comme il n’y avait pas de travail à la Martinique… et à l’époque, il y avait des possibilités de travail offertes aux jeunes par l’intermédiaire de l’armée, c’est la voie que j’ai choisie après le brevet ». Pendant son service, il décide de s’engager dans l’armée de l’air en tant que personnel administratif. Il suit une formation mais échoue à l’examen et il revient vers le service normal. C’est une première grande déception car le style de vie et le statut social associé à une carrière administrative dans les armées l’attirait. Après son service, il monte à Paris rejoindre l’un de ses frères. Par les petites annonces, il trouve un poste de manutentionnaire dans une compagnie d’assurances. Puis, il entend parler des concours à la sncf et réussit le concours d’entrée. Bien intégré dans le milieu où il exerce comme auxiliaire de voyage, il devient ensuite contrôleur. Au début de sa vie de couple, il choisit d’entrer à la ratp comme mécanicien, un emploi plus sédentaire et plus conforme à ses responsabilités de famille. « J’avais réussi l’examen de machiniste mais j’ai préféré travailler aux ateliers et, le soir, c’est des horaires plus réguliers, puis la nuit il y a une prime et ça permet d’arrondir les salaires ».

15Le parcours de Francis, qui l’a amené au métier de facteur, est assez différent. D’un milieu social proche de celui de Claude et ayant quitté l’école lui aussi à 14 ans, Francis a quitté la Guadeloupe en 1967, pour effectuer son service militaire en métropole, dans le Massif Central, puis les Hautes-Alpes. Il a de bons souvenirs de son temps dans l’armée. Sur les conseils de son cousin à Paris, il avait passé le concours d’entrée aux ptt. À sa libération en mai 1968, il est reparti quelques mois en Guadeloupe, grâce au billet offert par l’armée, et s’est fiancé avec son amie d’enfance. Ensuite, l’administration des ptta financé son trajet et il a commencé à travailler dans un bureau de tri comme manutentionnaire. Un an après, il passe à l’acheminement du courrier. Ayant obtenu son permis de conduire pendant son service militaire, il fait des tournées en camionnette. Il reste facteur en région parisienne jusqu’à sa mutation « au pays » – tant attendue – en 1995. Il avait déposé sa fiche de vœux pour une mutation tous les ans depuis 1971. Cette longue attente a été sa seule déception ; car il s’était résigné à ne pas obtenir de promotion, aimait suffisamment son travail, était content de son lot, de sa vie de famille, de ses activités associatives et de bénéficier des congés bonifiés qui lui permettaient de retourner en Guadeloupe tous les trois ans.

16Au milieu des années 1990, Claude travaillait toujours dans le même atelier, près de son domicile. Finalement, l’emploi est très différent de celui qu’il avait espéré pendant son service militaire et son parcours n’a pas bénéficié de promotion sociale. Mais c’est une situation qu’il trouve confortable. Il apprécie l’ambiance de camaraderie (masculine) à l’atelier et cela, combiné à ses activités en dehors du travail, associatives et en famille, l’aide à combattre le sentiment de déception. Francis a été ravi de recevoir sa mutation et a repris le même travail, de facteur, mais « chez lui ». Il a recréé ses activités associatives, sportives en Guadeloupe et retrouvé des camarades d’enfance avec lesquels il a gardé le contact grâce aux vacances passées dans l’île. La période de service militaire représente un premier tournant dans chacune de leur trajectoire. Le service, devenu obligatoire, a été intériorisé comme une opportunité de mobilité sociale, un pas vers la vie adulte à travers la qualification et l’emploi stable. Ensuite, des réseaux masculins (frères, cousins…) les ont orientés vers un monde de travail plutôt masculin ; un monde qui semble avoir offert à ces deux hommes un certain épanouissement social et professionnel car, dans leurs discours, on entend quelques désillusions mais aussi des satisfactions.

Pour les femmes : le passage au travail d’aide-soignante, par le travail de domestique

17Avant de quitter leur île de naissance, la plupart des femmes qui ont migré vers la France ou la Grande-Bretagne, entre les années 1950 et 1970, avaient déjà une expérience dans le monde du travail. Comme les hommes, elles étaient nombreuses à avoir quitté l’école vers 12 ou 13 ans [10] et avaient par la suite travaillé dans le secteur domestique ou effectué des tâches agricoles, souvent une extension à leur travail non rémunéré au foyer [Dagenais et Poirier, 1985 ; Momsen, 1993 ; Senior, 1990]. En général, l’emploi était précaire et le cumul de plusieurs activités était courant. Le placement comme domestique [11] était très habituel dans la génération de femmes martiniquaises ou guadeloupéennes qui ont quitté tôt l’école. Les témoignages de plusieurs femmes enquêtées à Paris expliquent comment elles étaient placées, restant souvent plusieurs années dépendantes de leurs parents, contribuant à l’économie familiale, tout en acquérant des connaissances dans la profession, y compris la cuisine, la confection et le raccommodage de vêtements.

18La première étape du parcours de ces générations en métropole était assez souvent celle du travail comme domestique. Les femmes qui avaient déjà connu ce métier aux Antilles étaient prêtes à faire ce travail, en attendant de découvrir d’autres possibilités. La demande pour ce type d’employée était toujours forte, notamment à Paris et dans les grandes villes [12]. De nombreuses femmes ont été engagées directement par l’employeur avant de partir, sinon elles ont trouvé un poste une fois arrivées en métropole, mais, comme nous l’avons vu plus haut, le bumidom a joué aussi un rôle dans le placement des femmes comme domestiques. Après ce qui a été pour la plupart une situation d’attente, les femmes se sont orientées vers des emplois hospitaliers, les ptt ou les transports, sinon vers des emplois dans l’industrie ou le commerce. La répartition des femmes par secteur d’emploi en 1968 révèle la forte concentration dans un petit nombre de secteurs et notamment dans le secteur public : 47 % d’entre elles étaient des personnels des services de santé ou sociaux ou travaillaient dans les transports ou les ptt. Les parcours de Renée et d’Elise illustrent comment de nombreuses femmes sont passées par le secteur domestique avant de travailler dans les hôpitaux.

19Renée est arrivée en métropole, en 1962, à l’âge de 24 ans. Elevée dans un orphelinat à partir de l’âge de dix ans, elle avait travaillé comme domestique avant de quitter la Martinique : « Il y a une dame qui m’a fait entrer pour travailler comme "au pair". Ça se faisait bien de ce temps-là. Quelqu’un vous paie le voyage puis on leur rembourse tous les mois. J’étais placée chez cette dame-là, je gardais sa fille et je suis restée jusqu’à ce que j’en aie marre. J’ai fait quand même huit mois. » Elle se sentait isolée chez cet employeur en banlieue parisienne, avec seulement le dimanche aprèsmidi pour sortir : « Je retrouvais des copines à Montparnasse. Puis je voyais que les autres étaient bien, plus à l’aise parce qu’elles travaillaient dans Paris. Un beau jour, j’ai remboursé à la dame le restant vite fait. Elle n’était pas contente. Alors je suis allée habiter chez une copine puis j’ai trouvé du travail dans le 16e arrondissement, c’était meilleur déjà. Il y avait toujours plein d’annonces dans France-Soir ». Par la suite, elle a travaillé dans une clinique, puis dans une usine d’électromécanique et elle a loué un petit appartement dans l’Est parisien. Elle a entendu parler de la possibilité de travailler comme agent hospitalier à l’Assistance Publique et, voulant alors trouver un emploi stable, elle a été recrutée dans un hôpital au sud-est de Paris. Au milieu des années 1990, elle était toujours agent hospitalier dans le même hôpital, dans un service de gériatrie. Elle s’y sent utile, le travail est très dur mais lui plaît. « Je suis avec les malades toute la journée, je les quitte pas. Ils aiment beaucoup qu’on soit toujours avec eux, ça leur remonte le moral un peu. Ils sont toujours à attendre quelqu’un pour les coucher, les relever, leur donner à manger, faire leur toilette. Et avec le sourire, ça change tout ». Dans la description de son parcours, elle met en avant sa détermination à gagner sa vie convenablement ; elle évoque avec fierté l’espace de négociation trouvé grâce à ses « copines » et aussi son dévouement au travail auprès des malades.

20Partie de la Martinique à la même époque, Elise est arrivée à Nice, à l’âge de 23 ans, pour travailler comme « au pair ». Employée dans un bureau, elle avait envie de partir « faire (sa) vie en France ». Elle avait vu l’annonce dans le journal. « J’ai écrit à la dame, et elle a envoyé l’argent pour mon passage. En arrivant, quand j’ai vu la belle maison et moi, logée à la cave, ça m’a choquée. J’avais presque pas de temps libre et ma patronne voulait que je la rembourse très vite. Il me restait presque rien. Dès que j’ai pu, j’ai payé ma dette, je lui ai donné ma démission et je suis montée à Paris retrouver ma sœur. J’ai fini par trouver un poste d’agent hospitalier dans une clinique au nord de Paris ». Elle se rappelle bien le jour où elle a été engagée : « Nous étions deux, moi et une Française. À moi, on a donné un seau et un balai, la Française, on l’a envoyée dans les bureaux. Et pourtant, j’avais mon cap de secrétariat ». Elle est restée dans le service en espérant pouvoir faire un travail administratif, une fois sa position stabilisée. Cela ne s’est pas produit, au bout de sept ans, elle a passé un concours d’entrée à l’Assistance Publique et a été recrutée comme « fille de salle » dans un hôpital parisien en 1973. Trois ans après sa titularisation, elle a passé et réussi le concours d’aide-soignante. Elle aurait aimé devenir infirmière, « mais on vous met toujours les bâtons dans les roues, à nous Antillaises. Et pourtant, on travaille dur » [13]. Vingt ans plus tard, elle occupait le même poste dans le même hôpital. Malgré une certaine amertume, elle se sentait bien insérée dans le service où elle avait plusieurs « copines antillaises ».

21Dans les générations étudiées ici, dans les îles caribéennes françaises ou britanniques, la carrière d’infirmière figurait comme l’une des plus attrayantes, non seulement pour ses qualités de « féminité » et de respectabilité mais aussi par la nécessité de suivre une formation exigeante qui menait à un vrai diplôme. Le discours véhiculé par les représentants de l’État français à travers la politique migratoire laissait croire que ce diplôme, et la reconnaissance sociale qui l’accompagne, étaient accessibles aux candidates à la migration ; mais les plus nombreuses sont celles qui, recrutées comme agent hospitalier, n’ont jamais progressé plus loin qu’aide-soignante [14]. Sachant qu’elles avaient un travail pénible et fatigant et, le plus souvent, de jeunes enfants à élever, il faut souligner que préparer le concours d’aide-soignante pour ces femmes représentait déjà un grand défi.

22Au cours du temps, la forte présence des Antillaises dans les équipes soignantes a donné lieu à des représentations qui tendent à naturaliser les capacités des femmes antillaises pour ce travail : douceur, patience, dévouement [Pierre-Evrard, 1983]. Ceci rappelle la représentation du travail d’employée de maison au Canada dans les années soixante, comme le travail de « femmes de couleur » [Stiell et England, 1999]. Les femmes rencontrées en région parisienne mettent en valeur leur rôle dans les services, leur proximité aux malades en tant qu’aides-soignantes : l’une des enquêtées l’exprime ainsi : « on est plus disponible que les infirmières ». Toutefois, les parcours montrent que, si certaines femmes avaient le désir d’être infirmière, notamment celles appartenant aux classes moyennes, elles ont trouvé, pour la majorité, leur emploi à l’hôpital « par hasard ». En fait, politiques de recrutement et aspirations individuelles, combinées à l’action des réseaux, ont déterminé une concentration dans certains types d’emploi auxquels il s’est avéré bien difficile « d’échapper ». Une sœur ou une cousine travaillant comme domestique renseignait la migrante fraîchement arrivée en métropole sur le recrutement dans ce secteur ; sinon un cousin travaillant à la Poste ou une belle-sœur travaillant à l’Assistance Publique la renseignait sur les démarches à faire. C’est ainsi que des filières de recrutement dans les services publics se sont perpétuées.

Migrations caribéennes et antillaises : dynamiques de genre au cours du temps

23C’est un ensemble d’influences, allant du manque de main-d’œuvre peu qualifiée et du mouvement de la main-d’œuvre métropolitaine vers des types d’emploi non manuels au fort développement des services publics et entreprises industrielles au cours des années 1950-1960, qui a contribué aux profils d’emploi des migrants antillais ou caribéens. Ensuite, les modèles culturels des migrants, leur bagage scolaire et leurs projets de migration les ont conduits vers certains secteurs. Enfin, l’action des réseaux socio-familiaux est venue accentuer la concentration professionnelle et, en parallèle, la concentration résidentielle, notamment dans les capitales des deux pays. Très spécifiquement, dans le cas français, comme nous l’avons vu, la gestion volontariste des populations des Antilles ayant comme axe principal une politique d’émigration définitive et l’action de placement des migrants dans des secteurs à forte demande de travailleurs peu qualifiés, a joué un rôle essentiel dans l’orientation des migrants antillais vers certains emplois où les besoins de main-d’œuvre étaient importants et que les Français de métropole désertaient.

24Une similitude frappante entre les deux contextes est le rôle distinct des femmes caribéennes actives. Les migrantes des Antilles françaises ont eu en commun avec les femmes caribéennes en Grande-Bretagne de forts taux d’activité et une concentration de leur emploi dans les services publics, notamment hospitaliers. Le recrutement organisé, de femmes de la Jamaïque ou d’autres îles, pour travailler dans les hôpitaux britanniques dans les années 1950-1960, explique en partie cette concentration. En parallèle, le secteur a attiré de nombreuses femmes qui avaient migré en dehors de ce canal formel. Sinon, comme en France, les industries comme l’électromécanique, le textile ou l’alimentaire ont été pourvoyeuses d’emploi « féminin » à cette époque. Les emplois stables ainsi obtenus ont donné à ces femmes une forme d’autonomie rarement connue par la génération de leurs mères – même si celles-ci avaient un travail rémunéré –, ni par les femmes dans d’autres contextes de migration.

25Si les positions des femmes et des hommes sur le marché de l’emploi paraissent distinctes, et les parcours masculins et féminins souvent différents, les similitudes sont nombreuses. D’abord, les hommes et les femmes de cette génération travaillaient avant la migration, le plus souvent de façon irrégulière, cumulant parfois plusieurs activités au cours de l’année. Ensuite, l’emploi rémunéré faisait partie du projet migratoire des femmes autant que de celui des hommes ; il était commun aux femmes migrant en couple ou pour rejoindre leur partenaire et aux femmes migrant seules. La migration représentait un passage vers l’autonomie pour les hommes comme pour les femmes. Pour les plus jeunes, elle offrait un accès à la mobilité géographique, à un plus large choix de modes de vie, en même temps qu’à l’espoir d’une promotion sociale à travers l’emploi rémunéré et stable. Par ailleurs, pour celles et ceux qui cherchaient à se libérer d’une situation familiale ou de vie de couple pénible ou insupportable, la migration offrait la possibilité de refaire sa vie. Enfin, ces migrants ont certes été orientés vers des secteurs professionnels bien différents, correspondant à une représentation de « compétences sexuées », les unes vers de l’emploi « féminin », les autres vers de l’emploi « masculin », mais, en fin de compte leurs rôles socio-économiques, dans des tâches ardues et demandant peu de qualifications, étaient très proches et répondaient à une même logique d’exploitation de la main-d’œuvre.

26Les types d’emploi occupés par les hommes et les femmes ont influencé les opportunités de mobilité socioprofessionnelle. En Grande-Bretagne, l’accès de nombreuses femmes caribéennes à des postes d’infirmières, voire infirmières en chef ou responsables de service administratif, explique en grande partie leur plus forte mobilité sociale en tant que groupe, par rapport aux hommes : au début des années 1990, elles étaient presque deux fois plus nombreuses dans la catégorie « professions intermédiaires » [Byron et Condon, 2008, p. 89]. Les hommes, plus concentrés dans l’industrie ou dans les services de transports ou de communications, ont été plus vulnérables au risque de perdre leur emploi lors de la restructuration industrielle et la vague de fermeture d’usines à partir des années 1970 [Byron, 1994 ; Lewis, 1993]. Si certains ont pu se reconvertir dans un autre secteur ou métier, d’autres sont restés sans emploi ou n’ont trouvé que des emplois irréguliers. En termes de pouvoir dans le couple, ces transformations de statut d’emploi n’étaient pas sans conséquence. Dans de nombreux couples, où la femme avait obtenu une bonne situation dans le secteur de la santé, des services sociaux ou des collectivités locales, sinon une situation relativement stable dans le secteur des services privés, le salaire de la femme est devenu le principal revenu dans le ménage, permettant de rembourser un emprunt-logement ou d’aider financièrement les enfants pendant leurs études. En France métropolitaine, les hommes antillais de cette génération, majoritairement salariés des services publics ou des entreprises de l’État, ont été largement protégés du chômage. Ils se trouvent souvent en couple avec une femme antillaise également salariée de l’un de ces secteurs. Comme celles-ci ont pu faire bénéficier le ménage des avantages liés à leur situation d’emploi (accès au logement social, congés bonifiés aux Antilles, notamment), en plus d’un niveau de salaire proche de celui du conjoint, cela a contribué à rendre plus égalitaires les rapports au sein du couple.

27L’effet miroir de l’expérience des Caribéens en Grande-Bretagne, dans l’étude de la situation professionnelle des Antillais en France métropolitaine, est très pertinent. D’une part, on observe une proximité de la position socio-économique des deux populations dans la division sexuée de l’emploi des hommes et des femmes et dans la répartition par secteur économique. D’autre part, la comparaison suggère des évolutions contrastées (sexuées) dans les devenirs professionnels. Les filières professionnelles dans lesquelles se sont retrouvées les femmes caribéennes ou antillaises semblent offrir plus d’opportunités de promotion que les filières suivies par les hommes. En Grande-Bretagne, les femmes travaillant dans les secteurs sociaux ou de la santé par exemple, ont bénéficié, en tant que groupe, d’une certaine mobilité socioprofessionnelle ascendante. On observe une tendance similaire en France avec un mouvement vers les professions intermédiaires (de 14,3 % à 18,7 % des femmes actives âgées de 50 ans ou plus entre 1990 et 1999) et aussi vers la catégorie « cadres supérieurs, professions libérales » (de 3,7 % à 5,2 % entre les deux recensements). Si les femmes de cette génération étaient moins souvent infirmières que leurs homologues caribéennes outre-Manche, elles ont parfois progressé dans le milieu hospitalier vers des postes administratifs ou dans le travail social. Chez les hommes, on n’observe pas la même tendance [Byron et Condon, 2008, p. 94]. Ces différences entre les expériences vécues par les hommes et les femmes en annoncent d’autres dans les générations suivantes.

28Les aspects les plus frappants de la situation professionnelle de la génération des descendants dans les deux pays sont le moindre accès à l’emploi dans les services publics, la baisse de l’emploi industriel et le chômage [Byron et Condon, 2008, pp. 103-117]. En France, les réseaux sociofamiliaux ont maintenu un certain accès aux secteur public. Il semble surtout que ce soit le cas pour les jeunes descendants n’ayant pas acquis les compétences nécessaires pour suivre une formation universitaire. Souvent, les jeunes se retrouvent dans des services occupés précédemment par la génération des parents mais qui sont devenus des entreprises en sous-traitance pour les administrations (par exemple, services de blanchisserie aux hôpitaux). Ce que l’on observe plus généralement, c’est la polarisation grandissante entre la situation d’une minorité de jeunes, ayant fait des études supérieures (plus souvent des femmes [Byron et Condon, 2008, p. 120]) et celle des jeunes qui ont moins tiré profit du système scolaire, orientés principalement vers les filières professionnelles [César, 2004]. Malheureusement, les modèles culturels transmis par les parents et plus largement dans la société française ne valorisent pas les métiers manuels. Cela, combiné avec les processus de discrimination, s’opère contre une insertion professionnelle efficace pour beaucoup de jeunes hommes.

29Cette évolution s’approche étonnamment de la situation des jeunes caribéens britanniques. Depuis vingt ans, on constate un écart entre l’expérience scolaire des filles et celle des garçons. Interprété comme la combinaison de l’éducation différenciée « selon le sexe » et une plus forte motivation chez les jeunes femmes recherchant l’autonomie [Mirza, 1992], cet écart donne le bénéfice aux femmes pour trouver leur place dans un marché de travail qui se diversifie. Les hommes, confrontés à plus de discriminations sur les bancs de l’école, pendant leur formation et au moment d’entrer sur le marché de l’emploi, se retrouvent plus souvent au chômage et ceci avant de trouver leur premier travail [Berthoud, 1999]. Cet écart sexué se recoupe, depuis une dizaine d’années, avec une polarisation sociale très forte entre salariés, ou indépendants hautement qualifiés, et les jeunes qui ont vécu l’échec scolaire et ne parviennent pas à se stabiliser sur le marché de l’emploi.

30* * *

31Le rôle de l’État français a été primordial dans la sexuation des migrations antillaises et des métiers exercés en métropole, à travers une politique qui s’appuyait explicitement sur des représentations des rôles économiques féminins et masculins. En retour, les femmes et les hommes, qui avaient intériorisé ce partage des tâches, ont construit leurs projets migratoires dans des champs de possibles « féminins » ou « masculins ». Malgré certaines divergences entre les histoires et les contextes des migrations vers la France métropolitaine et vers la Grande-Bretagne, on observe de grandes similitudes dans le processus migratoire et la situation socioprofessionnelle des groupes ; par exemple, la concentration dans les deux pays de nombreuses femmes caribéennes dans les secteurs de la santé et des services sociaux, semble avoir mis les femmes dans une position plus favorable à la promotion socioprofessionnelle.

32Les représentations fortes des « femmes antillaises » ou « femmes caribéennes » dans chaque pays, représentations liées à la place sur le marché de l’emploi pendant les années 1960-1980, se rapprochent d’une manière surprenante. L’image de la femme travailleuse, disponible, courageuse, résistant aux épreuves de la vie (comme celle d’élever seule ses enfants) a atteint une permanence dans les esprits qui l’élève parfois au statut de « superwoman » [15]. Par contraste, l’image des migrants masculins de cette génération est plus « neutre » : ces individus apparaissant plus passifs car semblant trouver un épanouissement dans leur travail d’« homme » ou d’« homme migrant ». Cette image cacherait bien des complexités : on retrouve à la fois des situations marquées par des expériences négatives liées aux conditions de travail ou au vécu des discriminations et d’autres, au contraire, de mobilité professionnelle ascendante.

33Pour la génération des descendants, les dynamiques d’entrée sur le marché de l’emploi ont évolué. Profitant mieux du système scolaire – notamment dans le cas britannique jusqu’à présent – les femmes ont trouvé leur place dans le monde de travail avec plus de facilité que les hommes. De ce fait, quel que soit leur niveau de formation, elles semblent être en position plus autonome et avoir un plus grand nombre d’options devant elles. Les histoires très proches de l’immigration caribéenne en Grande-Bretagne et de l’installation des Antillais en France métropolitaine, puis l’impact sur l’emploi des femmes et des hommes caribéens outre-Manche, des bouleversements économiques plus précoces qu’en France, suggèrent que le devenir des jeunes générations en France pourrait bien suivre le même chemin de polarisations entre diplômés et non diplômés et entre femmes et hommes : une autre forme de ségrégation professionnelle sexuée.

Notes

  • [1]
    Voir, par exemple, les Cahiers du cedref, 2000, 2003.
  • [2]
    Une comparaison systématique de ces migrations est présentée dans Margaret Byron et Stéphanie Condon [2008] ; Stéphanie Condon [1995, 2007] ; Stéphanie Condon et Margaret Byron [2008].
  • [3]
    Une vaste littérature outre-Manche évoque les rapports de domination raciale et sociale qui ont conduit à des discriminations dans l’emploi, le logement et à l’école.
  • [4]
    Enquête sur le fichier des migrants du bumidom (échantillon systématique de 250 dossiers) et analyse d’autres documents des archives de l’agence d’État [Condon et Ogden, 1991]. D’autres conscrits partaient vers la Guyane par le Service militaire adapté.
  • [5]
    L’orientation des hommes vers des formations dans le bâtiment, et surtout la maçonnerie, a concerné les trois-quarts des migrants envoyés dans les centres de l’afpa entre 1963 et 1981 [bumidom, 1981, Annexe iv].
  • [6]
    En 1962 une loi limitant l’immigration en provenance des Caraïbes et des Indes est instituée. Les effectifs d’immigration au cours des quelques années précédant la loi témoignent de la diffusion d’informations dans les colonies sur l’imminence de cette loi : environ 20 000 Antillais sont arrivés en 1958, 50 000 en 1960 et plus de 60 000 en 1961 [Peach, 1968].
  • [7]
    Journal Officiel de la République Française, débat sur la Loi des Finances : crédits utilitaires, AN n°81 (suite), 8 novembre 1960, p.3272.
  • [8]
    Ce qui est corroboré par l’étude d’Alex Mucchielli et Rémy Lemaître [1990].
  • [9]
    Les extraits présentés ici proviennent d’une campagne d’entretiens semi-directifs menée par l’auteure en Région Parisienne entre 1989 et 1996. Certains enquêtés ont été interviewés de nouveau autour de 2000-2001.
  • [10]
    Plus des deux-tiers des Antillais, résidant en métropole, en 1968 avaient quitté l’école avant 13 ans et moins de la moitié de ceux-ci avaient obtenu leur certificat d’études primaires [Insee, 1970a, p. 81-83].
  • [11]
    D’après l’exploitation des données de l’Enquête migrations de l’insee[1992] par l’auteure. Plus du cinquième des femmes antillaises enquêtées et actives au moment du départ travaillaient dans ce secteur.
  • [12]
    Tout comme au Canada, où les domestiques caribéennes étaient nombreuses [Stiell et England, 1999]; et par contraste avec l’Angleterre, où le travail pour les employées de maison, à cette époque, était réduit.
  • [13]
    Son témoignage rappelle les difficultés rencontrées dans cette génération au niveau des relations sur le lieu du travail, entre métropolitains et Antillais, entre anciens et nouveaux migrants ; l’absence de promotion, les horaires imposés [Beauvue-Fougeyrollas, 1979].
  • [14]
    En 1982, seulement 5,3 % des femmes antillaises actives en région parisienne se trouvaient dans la catégorie du recensement « professions intermédiaires de la santé ou des services sociaux », tandis que 22 % étaient soit aide-soignante, soit agent hospitalier [Condon et Ogden, 1991, p. 446].
  • [15]
    Voir l’article de Patricia Hill Collins [1998].
Français

Résumé

Le plus souvent oubliée, sinon écartée de l’histoire de l’immigration en France à cause du lien national entre les Antilles et la métropole, les migrations en provenance de Guadeloupe et de Martinique sont relativement peu connues. Pourtant, l’analyse de la place spécifique qu’ont occupée les femmes et les hommes antillais au cours des années 1950 à 1970 (période des migrations dites « de travail ») à la fois dans les politiques migratoires de l’état français et sur le marché du travail métropolitain révèle des interactions entre divers types de rapports sociaux. En combinant des analyses de données statistiques, d’archives et d’entretiens biographiques, cet article vise à décrire le jeu des interactions et leur impact sur le devenir socioprofessionnel des migrantes et migrants antillais. Des comparaisons avec les migrations caribéennes vers la Grande-Bretagne apportent un éclairage supplémentaire sur les rapports de genre et les rapports ethnicisés (ou de « race ») dans un contexte de migration post-colonial.

Deutsch

Zusammenfassung

Im Allgemeinen vergessen, oder von der offiziellen Geschichte der französischen Immigration aufgrund ihrer Verbindung zum Kontinent ausgeschlossen - die Migrationen von den Inseln Guadeloupe oder Martinique in die französische Metropole sind weithin unerforscht. Die Untersuchung der jeweiligen Stellung der aus den Antillen stammenden Frauen und Männern sowohl innerhalb der Einwanderungspolitik als auch iher Situation auf dem Arbeitsmarkt in der Metropole von den 50iger bis in die 70iger Jahre (Epoche der « Arbeitsmigrationen ») weist auf Zusammenhänge zwischen diversen sozialen Beziehungen hin. Anhand einer kombinierten Analyse von statistischen Daten, Archivmaterial und biografischen Interviews zeigt dieser Artikel das Zusammenspiel der verschiedenen sozialen Verhältnisse und ihr Einfluss auf den sozialen und beruflichen Werdegang der Migranten/Innen aus den Antillen. Die Vergleiche mit den Migrationen aus der Karibik nach Großbrittanien ermöglichen einen zusätzlichen Einblick in Geschlechts – und „Rassenverhältnisse“ im post–kolonialen Kontext.

Español

Resumen

A menudo olvidadas, o por lo menos apartadas de la historia de la inmigración en Francia por el vínculo nacional entre las Antillas y la metrópoli, las migraciones procedentes de Guadalupe y de Martínica, son poco conocidas. Sin embargo, el análisis del espacio específico ocupado por las mujeres y los hombres de las Antillas a lo largo de los aňos 1950 a 1970 (periodo de las migraciones llamadas « de trabajo ») a la vez en las políticas migratorias del estado francés y en el mercado laboral de la metrópoli revela interacciones entre diversos tipos de relaciones sociales. Combinando análisis de datos estadísticos, de archivos y de entrevistas biográficas, este artículo pretende describir el juego de las interacciones y su impacto sobre la trayectoria sociolaboral de las/los inmigrantes de las Antillas. Comparaciones con las migraciones del Caribe hacia Gran Bretaňa, nos dan otro enfoque sobre las relaciones de género y las relaciones etnicizadas (o de « raza ») en un contexto post-colonial.

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Stéphanie Condon
Stéphanie Condon, socio-démographe, est chercheuse à l’ined. Ses principaux thèmes de recherche sont : immigration en France dans une perspective de genre ; migrations antillaises et caribéennes ; pratiques linguistiques et migrations ; violences envers les femmes en Europe. Elle a récemment publié : Condon Stéphanie et Byron Margaret, 2008, « Migrations, résidence et représentations de la famille : Les familles caribéennes en France et au Royaume-Uni », Revue Européenne des Migrations Internationales, n? 1, vol.24, pp. 35-63 ; Byron Margaret et Condon Stéphanie, 2008, Migration in comparative perspective. Caribbean communities in Britain and France, London, New York, Routledge ; Condon Stéphanie et Hamel Christelle, 2007, « Étude du contrôle social et des violences exercés à l’encontre des descendantes d’immigrés maghrébins » in Maryse Jaspard et Natacha Chetcuti, Violences envers les femmes : ‘trois pas en avant, deux pas en arrière!’ Réflexions autour d’une enquête en France, Paris, L’Harmattan, coll. « La bibliothèque du féminisme », pp. 201-222 ; Condon Stephanie, Marylène Lieber et Florence Maillochon, 2005, “Insécurité dans les espaces publics : comprendre les peurs féminines”, Revue Française de Sociologie, 46 (2) pp. 265-294.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 03/12/2008
https://doi.org/10.3917/tgs.020.0067
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