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Travailler

2002/1 (n° 7)

  • Pages : 200
  • ISBN : 9782911616945
  • DOI : 10.3917/trav.007.0037
  • Éditeur : Martin Média

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L’accord initial de Germinal, planté vers le 10 février 1884, est souverain : « Le roman est le soulèvement des salariés, le coup d’épaule donné à la société qui craque un instant : en un mot la lutte du travail et du capital. C’est là qu’est l’importance du livre, je le veux prédisant l’avenir, posant la question la plus importante du vingtième siècle. » À cette hauteur, Malot, Talmeyr, Jules Verne avec ses Indes noires, tous les devanciers, se sont évanouis du coup. La suite développe la logique de ce conflit d’envergure posé dès les premières lignes : deux groupes de personnages, d’une part « les houilleurs dans la mine », d’autre part « la direction, le patron », derrière lui « l’actionnaire oisif », et la « société anonyme […] », le « tabernacle reculé », « le dieu vivant et mangeant les ouvriers dans l’ombre », tel un Minotaure ; et la grève, « la révolte, peinture de la misère qui augmente, sauvagerie de la lutte », « la défaite par la faim », mais aussi « les menaces de l’avenir, dernière page du livre ». En quelques feuillets, voilà, dès février 1884, tout le mouvement du livre dessiné. Avec un dérapage mélodramatique, qui montre combien Zola, encore mal informé de la conduite des grèves, peine à évacuer les sauvageries simplistes et les fantasmes sanglants hérités d’un dictionnaire des idées reçues sur la révolution : « Lorsque la grève éclate, explosion d’autant plus violente que la misère, la souffrance a été plus grande ; et là aussi pousser au dernier degré possible de la violence. Les ouvriers lâchés vont jusqu’au crime : il faut que le lecteur bourgeois ait un frisson de terreur. Maison attaquée à coups de pierres, siège en règle ; personnes tuées, éventrées, sauvagerie abominable. »

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Germinal ne sera cependant pas un roman d’épouvante. Ou pas totalement. Et en tout cas l’idée de lâcher les ouvriers jusqu’au crime sera abandonnée. Il y aura trois sortes de meurtriers dans le roman, et ce ne seront pas des hommes du fond : des femmes rendues folles de fureur, un enfant infirme et qui s’est exclu de la communauté familiale et sociale, un vieillard dément – trois catégories marginales et qui tuent elles-mêmes trois figures également marginales à l’affrontement direct « du travail et du capital », un petit commerçant, Maigrat, une sentinelle de l’armée, et la fille du couple d’actionnaires, Cécile Grégoire. C’est dire que Zola aura fortement corrigé sa vision première. Et cela sous l’effet de son voyage à Anzin, en pleine grève.

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Depuis le début de février 1884, il a formé le projet d’aller passer quelques jours dans le pays des mines, suivant le conseil que lui avait donné Alfred Giard, le député socialiste de Valenciennes, rencontré dans l’été 1883. Or, Alfred Giard lui a parlé en détail de la situation des mineurs du bassin de Valenciennes. Et les événements vont soudain le tirer d’embarras : le 21 février, éclate une nouvelle grève des douze mille mineurs d’Anzin. Giard, qui ne semble pas être au courant, lui annonce qu’il doit se rendre le 23 à Valenciennes pour assister à une réunion de cultivateurs et de sucriers : il y restera deux ou trois jours et se fera un plaisir de guider lui-même Zola à travers le « pays noir ». L’occasion offerte en convergence par le déclenchement de la grève et le voyage du député est trop belle. Après les sources imprimées, l’heure est aux sources directes, au regard et à l’écoute de l’enquêteur. Le samedi 23 février, Zola prend le train pour Valenciennes en compagnie d’Alfred Giard, et peut-être d’Alexandrine Zola. Il descend à l’hôtel du Commerce, à l’emplacement de la grande poste actuelle, non loin du centre. Les carreaux des mines d’Anzin et de Denain sont à deux pas : Zola les arpentera huit jours durant [1][1] Bien avant la fin de la grève, qui durera jusqu’au..., sous la conduite, successivement, d’Alfred Giard puis de son frère Jules, un négociant valenciennois, et aussi de plusieurs ingénieurs de la compagnie. Il en reviendra, le dimanche 2 mars, avec une vision totalement renouvelée de la population ouvrière et de ses luttes. Mes notes sur Anzin, rapportées de son voyage, formeront le cœur du matériel documentaire de Germinal.

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Zola a choisi ce titre plusieurs jours avant son départ [2][2] Paul Alexis l’a révélé le 17 février dans une de ses.... C’est plus qu’une trouvaille : une illumination. Un mot sorti du fond de l’histoire, pour tout dire sur la faim, sur la révolte, sur la régénérescence, et sur l’annonce des temps à venir. L’annonce, la prophétie, se dit en grec évangile, avec ses tons angéliques et christiques : Zola retiendra plus tard ce terme. En 1884, il lance à travers les éthers du roman un terme aux couleurs plus flamboyantes, celles de la première révolution populaire de l’histoire de la France.

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Le mot évoque historiquement le printemps, la faim, l’émeute – et aussi la défaite du peuple. Et il porte étymologiquement l’idée de la graine et de la germination. Quoi de plus polysémique et de plus intense ? Ce que Zola expliquera, le 6 octobre 1889, à Van Santen Kolff : « Un titre exprimant la poussée d’hommes nouveaux […] un avril révolutionnaire, une envolée de la société caduque dans le printemps. » « Peu à peu, je m’y suis habitué, si bien que je n’ai jamais pu en trouver un autre. S’il reste obscur pour certains lecteurs, il est devenu pour moi comme un coup de soleil qui éclaire toute l’œuvre. » Il ne se trouvera personne, dans la postérité, pour démentir ce jugement, que valident les deux ultimes mesures de la dernière page : « Aux rayons enflammés de l’astre, par cette matinée de jeunesse, c’était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les révoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre ».

La mine

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Accouru à Anzin dans l’attente de la révolte et de la violence sociale, Zola reviendra avec la vision d’un pays tranquille. « À Valenciennes depuis samedi au milieu des grévistes, qui sont fort calmes d’ailleurs. Pays superbe pour le cadre de mon bouquin. » Il rapportera aussi les images vraies des paysages du Nord. De quoi modifier et lester sensiblement sa première Ébauche. Qu’il ait été bien avisé dans le choix de son nouveau thème, l’actualité vient de le confirmer à point nommé. Mais elle corrige aussi ses idées reçues. Les hommes qu’il rencontre ne réclament pas le sang de la vengeance, mais, posément, de meilleurs salaires. La grève d’Anzin se durcira progressivement et finira par inquiéter l’ensemble de l’opinion française. Mais quatre jours après le déclenchement du conflit, Zola ne constate aucun trouble public. Pendant une semaine, d’abord accompagnant le député Alfred Giard, qui le fait passer pour son secrétaire, puis acceptant, en compagnie de Jules Giard, le rôle d’écrivain en visite d’étude [3][3] Les journaux locaux, puis certains journaux nationaux,..., il parcourt les corons, assiste à des réunions syndicales, interroge des mineurs et des femmes de mineurs, entre dans les demeures et les cafés, se familiarise avec les manières de vivre et les revendications, observe la discipline des grévistes dans l’action. Plus tard, un de ses premiers biographes anglais, Sherard, rencontrera un vieux porion avec qui Zola s’était entretenu : jamais personne ne lui avait posé autant de questions. Il rencontre aussi un des dirigeants de la grève : Émile Basly, âgé d’une trentaine d’années, ancien mineur devenu cabaretier en face du coron Jean-Bart, avec pour enseigne Au xixe siècle, et qui vient d’être élu secrétaire général de la chambre syndicale des mineurs du Nord : un homme qui a traversé les deux hiérarchies du métier, la hiérarchie professionnelle et la hiérarchie des porte-parole [4][4] Émile Basly deviendra plus tard député socialiste..

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Il ne se sépare à aucun moment de son carnet de notes : il saisit ses observations, les mots qu’il entend, sur l’instant même, au crayon, comme un journaliste de reportage, ou bien il les rédige le soir venu, dans sa chambre d’hôtel. C’est des Notes sur Anzin que naîtra le rendu authentique des paysages, des décors d’intérieur et des portraits, tandis que les sources livresques serviront à parfaire, en trompe-l’œil, la vraisemblance technique. Il décrit à grands traits Anzin et ses approches, « les grandes routes droites, allant par le pays largement ondulé », les « maisons basses à un seul étage, mêlées à des constructions bourgeoises », les faubourgs avec « des cabarets en masses, quelques bals, des petites boutiques », les routes pavées du Nord, les corons, rectilignes avec leurs « deux rangs de maisons collées dos à dos », leurs jardins maigres, leurs puits communs, les tonneaux où l’on recueille les eaux de pluie, les ustensiles qui traînent. Le décor pauvre et triste des quartiers ouvriers, sous la pluie qui colle la boue noire. Et les noms et surnoms des corons : les Trente, les Quarante-six, les Soixante et Onze, les Cent Vingt, les Bas de soie, Paie tes dettes…

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Visitant une de ces petites maisons de coron, introduit par Alfred Giard ou son frère, il en inscrit dans sa mémoire toute la topographie : la pièce unique du bas, où tout le monde vit, avec son sol dallé, nettoyé le dimanche avec du sable blanc, le buffet en sapin verni, la table, quelques chaises, un coucou au mur, la cheminée avec sa grille à charbon où brûle le charbon de mauvaise qualité donné par la compagnie ; en haut, le couloir où les enfants couchent, la chambre conjugale, dans laquelle il faut bien aussi accueillir des enfants. Il observe aussi la famille qui lui a ouvert sa porte : la mère, quarante ans, très fanée, « la gorge abandonnée dans un corsage de laine, la jupe rapiécée », deux ou trois garçons, « la tête grosse et soufflée », qui mangent des tartines, une fille bien mise, mais « bossue terriblement », une autre fille très blonde. La famille type, avec le poids du temps, des privations, et des nombreux enfants. Beaucoup d’hommes sont petits, « avec de grosses moustaches rouges » : si l’apparence générale est calme, « même endormie », « l’œil est vif, le geste est énergique ». Zola découvre un autre monde : jamais il n’a eu – et peut-être jamais aucun écrivain n’a eu avant lui – un contact aussi proche avec les ouvriers d’industrie, fréquentés, même brièvement, sur leur lieu de travail, et dans leur vie collective autant qu’individuelle.

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Il se fait raconter la journée d’un mineur de fond : lever à quatre heures, départ « en emportant le déjeuner, des tartines ou de la viande et une gourde de café », descente au fond, chemin jusqu’à la taille, « souvent deux kilomètres à faire sous terre », travail, déjeuner accroupi sur le chantier, retour. Les femmes et les filles travaillent au triage du charbon, en surface : Catherine Maheu descendra dans les galeries, mais l’action du roman se passera en 1866, plusieurs années avant la loi épargnant aux femmes le travail au fond. La débauche est endémique, les filles « ne se marient qu’au deuxième ou troisième enfant ».

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La fréquentation des cabarets n’arrange rien. Zola est entré au cabaret de La cantinière. On y boit en silence des chopes de bière à deux sous, tirées à des robinets. Le café et la bière, ce sont les deux boissons du Nord, l’une à domicile, l’autre au cabaret. Le cabaretier est un gros homme à figure gaie, qui tient son établissement très simple et très propre. Dans un autre estaminet, il y a une salle de bal, avec une petite tribune pour les musiciens, « dont la tête doit toucher le plafond ». Apparemment, Zola n’a pas la chance de pouvoir assister à une fête locale, la « ducasse » : il en décrira les réjouissances d’après les récits du porion Laurent. En sa compagnie, Zola retourne au cabaret, et relève de nouveaux détails sur les chopes de bière : petites, moyennes, grandes, toutes à deux sous. Le dimanche, pendant sa tournée des cabarets, l’ouvrier a la sagesse de ne prendre chaque fois que la petite. Laurent se fait son professeur d’ethnographie minière : il lui livre tous les détails du vécu quotidien, hors journée de travail, dont le romancier est par nature friand. La journée des femmes, des filles et des garçons au coron ; la cuisine, les bavardages et les disputes des commères, les amours libres des filles, les polissonneries des enfants, la prostitution, la présence équivoque des « logeurs », ces jeunes ouvriers mineurs célibataires hébergés par une famille moyennant quelque redevance. Le dimanche du mineur et la ducasse, avec les divertissements favoris des hommes du Nord : les cartes, le piquet, les quilles, la crosse – sorte d’ancêtre populaire du golf –, les combats de coqs, les concours de pinsons. Pour la troisième fois, avec une curiosité inlassable des routines et des rituels du mode de vie, dans ses originalités de classe et de lieu, il écoute et consigne tous les faits et gestes du mineur et de sa famille, depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. C’est une enquête sans précédent, et qui se garde d’oublier les comportements coutumiers aux grands moments de la vie, de la naissance à la mort. « Les visites du médecin sont beaucoup trop rapides. » « Pas de religion, les prêtres ne vont guère dans les corons. » Le poids des dettes : les mineurs paient encore en 1881 celles de la grève de 1878. Peu de détails sur les révoltes, tout au plus celui-ci, d’où naîtra un des grands tableaux de l’œuvre, le rassemblement nocturne clandestin dans la forêt du Plan-des-Dames [5][5] Germinal, ive partie, chap. 7. : « Les mineurs, autrefois, après les petites réunions dans une salle de bal, allaient s’entendre dans la forêt de Raismes. »

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L’imagination de Zola travaille en même temps que sa curiosité d’enquêteur. Sur ce qu’il a vu à la fosse Thiers, à Bruay, ses notes laissent déjà place à l’analogie, à la métaphore. Le canal, avec sa double ligne d’arbres, est une « avenue d’eau ». Les péniches, à bandes rouges et blanches, semblent « dormir sur l’eau claire ». Ailleurs l’esquisse se charge de traits expressionnistes, inquiétants : la fosse Thiers est « une construction massive, de corps rapprochés, accroupie, tapie comme une bête ». La silhouette attrapée, dessinée par le regard, suscite non point, comme dans une toile impressionniste, l’euphorie, mais le malaise. « Des tuyaux de vapeur dépassent faiblement les toits, il y a une respiration forte et lente, régulière, qu’on entend continuellement. Dans le bas, il y a aussi, à ras de terre, un échappement continu de vapeur. C’est une bastille d’un nouveau genre. » Et Zola aperçoit déjà sa future topographie romanesque : « La fosse près du canal, dans un fond, tandis que le coron est bâti en haut d’une pente, sur un plateau au niveau de la route. Autour la plaine immense, des blés, des betteraves, largement ondulée, coupée seulement par la ligne droite des grands arbres réguliers du canal. »

Une descente au fond

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Le 25 février, deux jours après son arrivée, le directeur de la Compagnie d’Anzin, M. de Forcade, lui a délivré l’autorisation de « visiter au fond et à la surface » les établissements de la compagnie. Concurremment à l’exploration des lieux et du peuple de la surface, la plongée dans les entrailles de la mine. Cela non plus n’a aucun précédent. À Denain, tout près d’Anzin, il est reçu par le directeur général, Guary. Sous la conduite de l’ingénieur polytechnicien Louis Mercier, « un jeune ingénieur de grand talent et de grand courage [6][6] Entretien d’Émile Zola avec Maurice Harel, Le Parti... », il va descendre au fond de la fosse Renard, à moins de six cent soixante-quinze mètres, et la visiter jusque dans ses galeries les plus étroites. Et son enquête va alors changer de sens. Jusque-là, c’était peut-être une excursion anthropologique. Maintenant cela devient une aventure.

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Zola ne s’est rien épargné. Il a voulu refaire pour son compte, minute par minute, le chemin du mineur. Il a revêtu la chemise, la culotte, ou cule, la veste, ou jupon[7][7] Dans le langage local, noté par Zola., il a coiffé le béguin bleu et le chapeau de cuir dur, ou barrette, il est allé chercher la lampe individuelle, et il est entré dans la « berline » de descente. C’est bien la première fois qu’un père tranquille de la littérature parisienne se voit déguisé en mineur de fond, peu à peu noirci de poussière de charbon, emporté vers l’enfer par une cage, à la merci de suspentes que le profane ne peut s’empêcher de trouver incertaines, s’il est encore capable de réflexion dans ce tohu-bohu… Deux minutes pour descendre à quatre cent soixante-seize mètres. Chaque seconde compte : « Au jour, quand on voit, sensation d’enfoncement, de fuite sous vous, par la disparition rapide des objets. Puis une fois dans le noir, plus rien. Monte-t-on, descend-on ? […] Il y a comme des immobilités quand la cage file droit sans toucher aux guides. Puis, de légères secousses, un dansement dans les guides, des heurts (inquiétude) […]. Enfin, on est au fond, la cage s’arrête. »

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Là, durant cinq heures, Zola découvre un espace à la Piranèse : la salle souterraine d’accrochage, où débarquent les ouvriers au terme de la descente, humide, avec sa maçonnerie de briques, ses lampes à feu libre, son sol dallé de fonte, son puisard par où s’évacue la pluie qui tombe des nappes d’eau intermédiaires, ses étages de chargement. Puis l’ingénieur conduit l’écrivain parisien, aussi ahuri que fasciné, le long des galeries. Devant Zola, et plus grand que lui, il lui apparaît « en silhouette noire, se détachant sur une lueur vague ». Un monde noir, écrasant, ponctué d’obstacles, et labyrinthique : « Il faut baisser la tête si l’on ne veut pas se cogner. » On bute dans les « croisements de rails ». « Des galeries s’ouvrent parfois à droite et à gauche », chacune avec son nom. Un train passe, tiré par un cheval blanc. Zola croit apercevoir des enfants : l’un assis sur la première berline, le conducteur ; derrière le train, un autre qui court les mains appuyées sur la dernière berline pour éviter les déraillements, et qui referme les portes d’aération. Or, la loi de 1874 interdit le travail des enfants de moins de douze ans dans les mines : ce sont des adolescents qu’il a vus – mais presque encore des enfants par la taille et par le visage. « Le train s’éloigne, le bruit se perd. » Plus loin, dans les galeries plus étroites, « des rouleurs, des herscheurs » poussent les wagonnets. Zola approche de la taille : « Plus on s’enfonce, plus la chaleur augmente. » Les transitions entre la chaleur de la taille et les courants d’air frais des galeries de circulation sont brusques, et dangereuses.

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Au terme de son voyage sous terre, il contemple enfin les « piqueurs », qui extraient le charbon de la veine et enlèvent les roches. Il pense inévitablement à des damnés, ou à des esclaves. La position est une des pires qui soient : « L’ouvrier se met sur le flanc et attaque la veine de biais. J’en ai vu un tout nu, avec la peau salie de poussière noire. Les yeux et les dents blanches, quand ils rient, des nègres. » Tête-à-tête singulier, qui supprime, pour quelques minutes, et illusoirement, une distance incommensurable : l’écrivain et les misérables. Mais pour une fois, l’écrivain deviendra le témoin des misérables.

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Il est monté sur le plan incliné de la veine, parmi le charbon abattu et « les formes s’agitant dans la nuit fumeuse ». Tout est noir à ses yeux peu habitués à ce monde, et les voix s’étouffent. Le grisou est présent, repérable à « la pesanteur sur les yeux ». Il suffirait d’une lampe mal isolée… « Il faut se traîner à quatre pattes dans une forte chaleur. » Ce ne sont plus les prisons du Piranèse, mais l’espace de Dante : le dernier cercle de l’enfer minéral. Zola revit au naturel son cauchemar familier, celui de l’homme enterré vivant, celui qui lui est venu pour la première fois en 1858, pendant sa crise de fièvre, celui de Serge Mouret et d’Olivier Bécaille. Le cauchemar de l’enfouissement. Mais l’angoisse réelle et sa proche dissipation exorcisent ici les terreurs du rêve.

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Car il revient bientôt, par le même chemin, vers la galerie de roulage. Au passage, il remarque les seize chevaux de l’écurie souterraine : « Bonne chaleur, bonne odeur de paille et de bêtes vivantes. » Soulagement, et pitié. Il ne regarde jamais une bête sans la prendre en sympathie : « On ne remonte les chevaux que malades, morts ou trop vieux. Mon cheval aveugle, très intelligent. Leur éblouissement, quand on les remonte. » Lui aussi remonte, enfin, « beaucoup plus vite », et pas fâché de se retrouver à l’air libre. Sur le carreau de la fosse, il fait le tour des machines, des chaudières et des générateurs. Il s’arrête un moment devant la machine de descente et de remontée des cages d’extraction, avec sa « bielle énorme », ses « bobines colossales » qui dévident les câbles « à toute vitesse », sa charpente de fer et de tôle, « une charpente de cathédrale », et « des fenêtres à plein cintre percées comme dans une nef ». La cathédrale de l’énergie moderne, à l’âge de la thermodynamique. À charge pour la locomotive de La Bête humaine de boucler l’itinéraire entamé dans les veines du Voreux.

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Il circule à travers les cours, jusqu’au terri. Il se faufile entre les rails, les tréteaux, les stocks de charbon et les réserves de bois, qui servent pour l’étayage des galeries : « Tas énormes de perches, en longueur, tas de perches coupées, des coins où des enfants pourraient jouer », comme entre les tas de bois des terrains vagues de son enfance. Il a quinze ans d’avance sur le cinéma, mais il se livre à un repérage, et il calcule déjà ses futures séquences. Il apprend les mots, en même temps que les postes professionnels, et les accessoires : les chargeurs, les porions, le receveur, les trieuses, les herscheurs, les galibots, la baraque, la lampisterie, le briquet. Devant un vieux puits désaffecté, qui ne sert plus que pour le pompage des eaux, et où l’on descend avec des échelles, il rêve une de ses scènes. Il dessine dans sa tête ses prises de vues et ses perspectives : le paysage vu du terri, la montée des échelles vue d’en bas, la route qui mène au coron… L’ingénieur lui explique la distribution du travail, la répartition des tailles, les mécanismes du roulage, le système du marchandage, les tarifs des amendes pour insuffisance d’étayage, la vérification minutieuse des lampes, les risques d’accidents. Les Notes sur Anzin ne disent pas tout : mais elles montrent assez que Zola est allé très loin, au cours de cette unique semaine, dans l’observation des êtres et des choses, et avec une acuité de vision, une rapidité de choix, une sûreté dans la fixation et la mémorisation des formes modelées par la nature ou le travail humain, qui sont exceptionnelles. Ce qui a manqué à ses prédécesseurs, c’est précisément cette communication personnelle, investigatrice et confiante, avec les hommes et les femmes de la mine, et l’expérience directe de leurs conditions de travail. Il ne se contentera pas de reproduire dans le roman la géographie et la topographie minières, mais il en transformera les données, déplaçant, amalgamant ou superposant les éléments du paysage pour créer un espace, s’il est possible, plus minier que nature, et propice au développement de la trame romanesque sans cesser pour autant de paraître authentique.

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Sur l’histoire des grèves qui ont périodiquement arrêté ou troublé le travail des mines d’Anzin, ni les mineurs, ni les ingénieurs, ni les administrateurs ne se sont beaucoup étendus. Mais Zola a pu rencontrer, dans l’entourage d’Alfred et de Jules Giard, d’autres informateurs, peut-être même des avocats qui avaient autrefois défendu des mineurs grévistes devant le tribunal correctionnel de Valenciennes. Il a pris quelques notes, d’origine inconnue, sur le conflit qui avait éclaté à Denain en 1880. Et il s’est fait raconter la grève d’octobre 1866 à Anzin et Denain. Un mouvement assez brutal : pressions violentes contre les « jaunes », manifestations sur les routes, tapages, bris de vitres, rixes, participation des femmes, tentative d’extinction des feux d’une fosse à Denain, envoi de troupes en provenance de Valenciennes, Douai, Cambrai et Arras, transport du préfet, du général et du procureur général sur les lieux, arrestation et inculpation de « meneurs ». L’avocat, Me Foucart, avait plaidé la faiblesse des salaires, l’enrichissement de la compagnie, ses manigances pour diminuer les tarifs réels sous divers prétextes. Le récit de Germinal présente des analogies frappantes avec l’histoire de cette grève de 1866, à laquelle celle de 1884 ne ressemblait plus tout à fait. Et, au moins, Zola tenait là un modèle exactement situé dans la période où s’enfermait son Histoire naturelle et sociale d’une famille. La grève de 1866 n’avait pas duré longtemps, à la différence de celle de 1884, qui allait s’éterniser, mais elle se prêtait davantage à une dramatisation des péripéties.

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Certes, lorsque Zola quitte Anzin le 2 mars, il ne peut que garder l’image d’un pays paisible. Mais il ne pourrait plus être dupe des propos de la presse conservatrice, qui présente volontiers les mineurs comme des privilégiés de la classe ouvrière, vivant dans des conditions infiniment plus favorables que celles de l’ouvrier parisien : « Avec cent francs, s’extasie Le Figaro, le mineur vit mieux que l’ouvrier parisien […] Et pourtant, on excite les mineurs contre la compagnie et ils écoutent ceux qui leur font de beaux discours, au risque de tout perdre. » Il a constaté, de ses yeux, la misère des corons, l’inhumanité des travaux du fond, la présence rampante de la faim, de la maladie et de l’accident fatal.

« Prenez garde ! »

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Les premiers comptes rendus du roman se succéderont pendant tout mars et avril 1885, et Zola sera fort occupé par ses réponses, souvent détaillées. Certaines chicanes tombent à faux, et l’auteur a beau jeu de répondre brièvement à l’un que s’il avait écrit son roman dans le patois du Nord par un souci de totale authenticité, personne n’aurait jamais consenti à le lire ; à un autre que si les femmes ne descendent plus dans les mines, elles y descendaient encore sous le Second Empire ; à un troisième que l’effondrement du Voreux n’est que l’adaptation d’une catastrophe historique, celle du puits de Marles [8][8] Au puits de Marles, dans le Pas-de-Calais, près de.... Mais à Henry Duhamel, qui, dans Le Figaro du 4 avril, reprend avec d’autres le thème de la « diffamation », déjà entendu à propos de L’Assommoir, vante « la commodité, l’hygiène, la propreté et la morale des corons » et prétend défendre contre lui la population houillère, « si douce, si calme […], si attachée à son travail », il réplique par une lettre ouverte, méthodique et ferme, où il « maintient absolument la vérité générale des mineurs qu’il a mis en scène » : sur le travail des femmes, sur les grèves sanglantes, sur les salaires, sur la promiscuité, sur les liaisons précoces et les maternités avant mariage, sur les ménages à trois. « Qu’on ne me contredise pas avec des raisons sentimentales ; qu’on veuille bien consulter les statistiques, se renseigner sur les lieux, et l’on verra si j’ai menti. Hélas ! j’ai atténué. » Et après la défense, la contre-attaque : « Pourquoi veut-on que je calomnie les misérables ? Je n’ai eu qu’un désir, les montrer tels que notre société les fait, et soulever une telle pitié, un tel cri de justice, que la France cesse de se laisser dévorer par l’ambition d’une poignée de politiciens, pour s’occuper de la santé et de la richesse de ses enfants. »

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Un second grief n’est pas nouveau non plus. On rivalise de protestations vertueuses devant « l’étalage de sensualité et de bestialité », « la fanfaronnade de cochonnerie » (Le Figaro, 14 mars ; Le Journal des débats, 17 mars), « les crudités salées » (Les Annales politiques et littéraires, 8 mars), « les hors-d’œuvre grivois » (Le Télégraphe, 11 mars). Là-dessus non plus, Zola ne laisse rien passer : « Pourquoi, écrit-il à Anatole Claveau du Figaro, retrancher de la vie, par convenance, le grand instinct génésique, qui est la vie même ? Vous mettez l’homme dans le cerveau, je le mets dans tous les organes. Je puis me tromper, mais il n’est pas juste de voir une vilenie de charlatan où il y a une conviction de philosophe [9][9] Le Figaro, 27 avril.. »

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Cependant, les mêmes critiques chatouilleux sur le chapitre de la « morale » mêlent l’éloge à la remontrance, avec des épithètes identiques chez la plupart : vigueur des tons, force de la couleur, parfum de réalité terrible, « beau livre sombre, pessimiste, terrible » (Le Moniteur universel, 14 avril) ; œuvre de maître, « lyrisme puissant, grossier et sauvage » (L’Événement, 2 mars), visions gigantesques, « un nouveau monde farouche, sombre, débraillé, noirci de poudre, taché de sang » (ibid.), fracas des éboulements, terreur des ténèbres, révolte des maigres contre les gras, etc. Le concert des jugements critiques fait écho aux accents symphoniques du roman. Pour la première fois, la quasi-totalité de la critique s’incline. On a même parfois l’impression qu’une certaine complaisance à contempler les mérites artistiques du roman est pour quelques-uns le moyen d’escamoter l’analyse de son contenu social. Quelques mois plus tard, Zola se chargera lui-même d’en rappeler le sens : « Ce que j’ai voulu, c’est crier aux heureux de ce monde, à ceux qui sont les maîtres : Prenez garde [10][10] C’est ce cri, « Prenez garde ! », qui ouvrira le refrain..., regardez sous terre, voyez ces misérables qui travaillent et qui souffrent. Il est peut-être temps encore d’éviter les catastrophes finales. Mais hâtez-vous d’être justes, autrement, voilà le péril : la terre s’ouvrira, et les nations s’engloutiront dans un des plus effroyables bouleversements de l’histoire [11][11] À David Dautresme, vers le 11 décembre 1885. Cette.... » Présentement, cette « œuvre de maître » évoque aux critiques Shakespeare, Dante, Delacroix, Hugo, plutôt que Marx et son « spectre rouge ».

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Comme à son habitude, Maupassant, en fidèle fils spirituel de Flaubert, adresse à Zola un avis aussi expressif que concis et dense : « Vous avez remué là-dedans une telle masse d’humanité attendrissante et bestiale, fouillé tant de misère et de bêtise pitoyable, fait grouiller une telle foule terrible et désolante au milieu d’un décor admirable, que jamais livre assurément n’a contenu tant de vie et de mouvement, une telle somme de peuple. » Huysmans réagit aux paysages du roman, en critique d’art : « le côté paysage souterrain et site terrestre », « des ciels bousculés qui vous saisissent avec une intensité de mélancolie terrible », « une vue de Montsou, la nuit, grandiose, et une descente dans les puits, au milieu du noir dont vous êtes seul parvenu à faire une couleur qui révèle une puissance de rendu vraiment unique, à l’heure actuelle ». Il ne propose aucune référence aux grands artistes du passé, ni non plus aux amitiés impressionnistes du jeune Zola : ce qu’il devine plutôt dans les plaines nues et les paysages de hauts-fourneaux de Germinal, c’est l’annonce lointaine d’un expressionnisme halluciné, celui des futures écoles belge, scandinave et allemande. Les commentateurs les plus lucides, comme Gustave Geffroy, dans un article tardif de La Justice, le 14 juillet, découvrent un autre aspect de cette nouvelle poétique romanesque, qui sera plus tard reprise en compte par Verhaeren, Jules Romains, le futurisme, Céline, les romanciers américains : l’alliance entre les motifs industriels, les formes géométriques abstraites et le vacarme métallurgique. Envolée des câbles, reflets des aciers et des cuivres, fracas des machines : une peinture et une symphonie du nouveau monde européen. Bruckner – dont la viiie symphonie, avec ses dissonances, et son adagio poignant, est exactement contemporaine de Germinal – bien plutôt que Wagner.

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Le dialogue entre Zola et ses critiques culmine avec l’article de Jules Lemaître, dans la Revue bleue du 14 mars, et la réponse du romancier. Lemaître prend le roman d’un peu plus haut que ses confrères : outre un développement nourri de la théorie des genres et relevant les aspects épiques du roman, il expose et prend au sérieux ce qui lui paraît être la philosophie de l’auteur. Épopée, Germinal l’est par la « marée » de ses « vastes et lamentables tableaux », répartis en journées, par ce qu’il y a de fatal, d’aveugle, d’impersonnel, d’irrésistible dans un drame de cette sorte, « la contagion des colères rassemblées, l’âme collective des foules », par « l’histoire ramassée de toute une époque », enfin par l’allure, dont « la lenteur puissante » et la répétition des mêmes leitmotivs rappellent « les antiques épopées ». Mais par-delà l’histoire, surgit « la vision » : celle, teintée de « pitié morose », d’« un troupeau de misérables » livrés à un bourreau, « la mine, la bête mangeuse d’hommes », et à un dieu, « cet être mystérieux à qui appartient la mine et qui s’engraisse de la faim des mineurs » ; lorsque le troupeau, « mû par des forces fatales », se soulève, il va, « avec des bouillonnements et des remous, se briser contre une force supérieure ». Le drame et la vision : « Les hommes apparaissent, semblables à des flots, sur une mer de ténèbres et d’inconscience. » « Une épopée de l’animalité humaine. »

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Cette interprétation, qui fait fi de la conscience politique acquise par les ouvriers en lutte, arrange bien le très brillant et ultraconservateur Jules Lemaître. Quoi de moins lucide, donc de moins dangereux, qu’un troupeau proférant, comme l’écrit de son côté Huysmans, « un lamento des Ténèbres » ! Plus les éloges sont profonds sur une des faces du roman, plus le sens de l’autre face s’occulte. Germinal est à cet égard le meilleur révélateur des mentalités, des idéologies et des talents contemporains.

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À tous, Zola continue de répondre, infatigablement. Pour Jules Lemaître, le 14 mars 1885, il déconstruit l’idée d’animalité. La faim, le désir et la violence ne sont pas étrangers à l’humanité. « Vous isolez l’homme de la nature, je ne le vois pas sans la terre, d’où il sort et où il rentre. » Quant aux personnages de Germinal, « ils pensent autant qu’ils doivent penser, autant que l’on pense dans la vie courante ». Autant que Jules Lemaître, ou Descartes…

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Partout, les organes socialistes demandent à Zola l’autorisation de reproduire Germinal en feuilleton. À chacun d’eux, il fait la même réponse qu’au Peuple de Bruxelles, le 15 novembre 1885 : « Prenez Germinal et reproduisez-le. Je ne vous demande rien, puisque votre journal est pauvre et que vous défendez les misérables. »

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Ne nous laissons donc pas tromper par la relative monotonie d’une vie provisoirement tranquille et rigoureusement réglée. Du fond de sa retraite de Médan, Zola a construit une œuvre dont la massivité, les harmonies architecturales, les polyvalences et les polyphonies, les zones d’ombre et les ambiguïtés intrigueront toujours, cent vingt ans plus tard, les explorateurs de la matière et des formes romanesques, à quelque école qu’ils se rattachent, enfants de Marx, de Freud et de Saussure, praticiens de la structure moderniste ou de la déconstruction « postmoderne ». Il ne fait pas de doute qu’écrire Germinal ne l’a pas laissé indemne. Auteur de l’œuvre, il en a été le premier lecteur, il en a ressenti le premier l’onde de choc. Dans Germinal, le mythe surgit de partout, avec sa dialectique de la damnation, de la révolte, de la répression, et des lendemains en attente. Pour construire un monde nouveau, pour faire germer « les récoltes du siècle futur », il faut détruire « le vieux monde » jusque dans ses fondations. Vision biblique autant que révolutionnaire. C’est ce qu’annonce dans Germinal la cohue des « bouches noires », parmi le « hérissement » des barres de fer et des haches. Et c’est cette sourde inquiétude que confie Zola, à plusieurs reprises. « Le siècle prochain garde son secret, il faut ou que la bourgeoisie cède ou que la bourgeoisie soit emportée [12][12] À un inconnu, 3 février 1885.. »

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Ce tour prophétique est nouveau dans son œuvre. Nous ne sommes encore qu’en 1885, et le naturalisme de constat et d’analyse, amplifié et orchestré en une mythologie de la nausée et de la catastrophe, n’a pas dit son dernier mot. Mais voici qu’on aperçoit les premiers linéaments d’un « évangile », au sens étymologique du terme : l’annonce d’un avenir, l’espoir d’une renaissance et d’un « salut ». On aurait sans doute tort de lier de trop près la transformation du naturalisme noir en naturalisme utopique aux bouleversements que subira la vie privée de Zola à partir de 1888, avec la rencontre d’une jeune femme, Jeanne Rozerot, et avec la naissance de ses deux enfants. À bien lire le finale de Germinal, et beaucoup des lettres de Zola pendant ces deux années 1884 et 1885, on peut se rendre compte que cette métamorphose s’est dessinée, ou du moins préparée plus tôt, et dans une tout autre sorte de rencontre, peut-être moins gratifiante sur le plan des bonheurs intimes, mais non moins déstabilisante : le tête-à-tête de Zola avec le peuple des rudes travailleurs.

Notes

[*]

Ce texte est extrait du deuxième tome de la biographie de Zola par Henri Mitterand : Zola. ii. L’homme de « Germinal » (1871-1893), éditions Fayard.

[1]

Bien avant la fin de la grève, qui durera jusqu’au 17 avril.

[2]

Paul Alexis l’a révélé le 17 février dans une de ses chroniques du Cri du peuple.

[3]

Les journaux locaux, puis certains journaux nationaux, dont les reporters sont venus à Valenciennes attirés par la grève, signalent la présence de Zola dans la ville.

[4]

Émile Basly deviendra plus tard député socialiste.

[5]

Germinal, ive partie, chap. 7.

[6]

Entretien d’Émile Zola avec Maurice Harel, Le Parti national, 22 août 1887.

[7]

Dans le langage local, noté par Zola.

[8]

Au puits de Marles, dans le Pas-de-Calais, près de Bruay-en-Artois, le 28 avril 1866, le cuvelage commença à subir un mouvement de torsion et de déviation. Le personnel remonta du fond. Pendant deux jours, les pièces du cuvelage se brisèrent une à une, laissant place à l’éboulement des terres et à un flot d’eau. La catastrophe gagna le fond et la surface, dont les installations furent englouties. Mais il n’y avait eu ni sabotage, ni victimes.

[9]

Le Figaro, 27 avril.

[10]

C’est ce cri, « Prenez garde ! », qui ouvrira le refrain d’un chant révolutionnaire, La Jeune Garde, chanté dans les grands défilés de la gauche socialiste et communiste, pendant le Front populaire et les années d’après-guerre.

[11]

À David Dautresme, vers le 11 décembre 1885. Cette lettre servira de préface à la publication de Germinal dans Le Petit Rouennais, du 27 décembre 1885 au 15 mai 1886.

[12]

À un inconnu, 3 février 1885.

Résumé

Français

Rapport comparatiste des observations de Zola sur le terrain des mines et des transpositions dans le romanesque. Description des méthodes et des moyens de travail, d’habitation, de salaire. L’auteur met en relief les liens associatifs des travailleurs, la présence de la célèbre grève de Germinal, les manières et les conditions de vie des mineurs de l’époque.

English

SummaryComparatist relation between Zola’s field observations concerning mines and novelistic transpositions. Description of the methods and means of labor, housing and salary within the mines. The author underlines the associative links among workers, the presence of the famous workers’ strike described in Germinal, as well as miners’ living conditions at that time.

Español

Relación comparatista entre las observaciones de Zola sobre el terreno de las minas y las transposiciones novelescas. Descripción de los métodos y medios de trabajo, de vivienda y de salario en la mina. El autor resalta los vínculos asociativos de los trabajadores, la presencia de la famosa huelga descrita en la novela Germinal y las condiciones de vida de los mineros en aquella época.

Plan de l'article

  1. La mine
  2. Une descente au fond
  3. « Prenez garde ! »

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