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Travailler

2008/1 (n° 19)

  • Pages : 172
  • DOI : 10.3917/trav.019.0059
  • Éditeur : Martin Média

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Le rapport de la psychopathologie du travail à son histoire et, plus particulièrement, les questions posées par la constitution même de son savoir historique n’ont jamais été clairement abordés. On sait, notamment depuis Michel de Certeau (1987, 1975), que tout travail sur l’histoire est situé ; la production du savoir historique s’appréhende aussi à partir de la position de celui qui en fait l’histoire. L’étude de l’histoire de la psychopathologie du travail en France mériterait cet angle d’analyse. Notre propos est plus modeste. Il est centré sur l’ouvrage publié en 2006, Le Drame humain du travail. Essais de psychopathologie du travail[1][1] Louis Le Guillant, Le Drame humain du travail. Essais..., précédé d’un texte d’Yves Clot, « Après Le Guillant : Quelle clinique du travail ? » Nous pensons que cet ensemble de textes « fait l’histoire » sans que soit explicité ce qui relèverait de « l’histoire-légende [2][2] Michel de Certeau, L’Écriture de l’histoire, Gallimard,... » par différence avec ce que nous appellerons « l’histoire-travaillée » de cette discipline, une histoire qui s’écrit ainsi en creux, comme nous voudrions le montrer.

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Dans cet article, il s’agira de mettre en visibilité les tensions qui caractérisent la posture d’un fondateur de la psychopathologie sociale et de la psychopathologie du travail, Louis Le Guillant : à la fois signataire contre la psychanalyse en 1949 [3][3] « Autocritique, la psychanalyse, idéologie réactionnaire »,..., et auteur en 1961 [4][4] Louis Le Guillant, Jeunes « difficiles » ou temps difficiles ?,..., d’un texte se référant en partie à la psychanalyse. Nous allons reprendre ici ce décalage, cet implicite non formalisé du savoir historique de la psychopathologie du travail dont la trace ne cesse de construire les « histoires de la psychologie » du travail [5][5] Yves Clot, Les Histoires de la psychologie du travail..... Michel de Certeau nous rappelait que faire de l’histoire, c’est marquer un rapport au temps, mais l’histoire, laisse-t-il entendre, se définit aussi par ce qu’elle exclut [6][6] Michel de Certeau, L’Écriture de l’histoire, Gallimard,.... C’est dans cette perspective que nous allons tenter d’étudier ce qui, bien que n’apparaissant pas explicitement dans ce recueil de textes, fonde en partie, selon nous, les approches contemporaines de la clinique du travail. Si bien que cet insu marque à la fois l’héritage de la clinique de l’activité et de la psychodynamique du travail, éclairant les écarts entre le sujet de la psychanalyse et du « travailler » et le sujet de la clinique de l’activité.

Quelle histoire ?

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Le Drame humain du travail. Essais de psychopathologie du travail réunit des textes de Louis Le Guillant, pour la plupart signés à plusieurs, faisant partie des textes déjà collectés par Bernard Doray dans Quelle psychiatrie pour notre temps ? Travaux et écrits[7][7] Quelle psychiatrie pour notre temps ? Travaux et écrits,.... Il ne s’agit pas d’un simple assemblage, Yves Clot explique que le « choix a été fait de rassembler des textes presque uniquement consacrés au travail et à ses incidences psychologiques [8][8] Op. cit., Y. Clot, p. 7.. » Ce qui donne les textes suivants : « Incidences psychopathologiques de la condition de “bonne à tout faire” », L’Évolution psychiatrique, janvier-mars 1963 ; « Quelques remarques méthodologiques à propos de la névrose des téléphonistes », L. Le Guillant, J. Bégoin, Les Conditions de vie et la santé, mai 1957 ; « La névrose des téléphonistes », Le Guillant, Roelens, Bégoin, Béquart, Hausen, Lebreton, La Presse médicale, février 1956 ; « Réflexions sur une condition de travail particulièrement pénible : la Vacma », L. Le Guillant, M. Pariente, Mlle Kipman, M. Moscovitz, Communication au Congrès de médecine psychosomatique, Paris, septembre 1966 ; « Répercussion sur la vie familiale », Le Courrier du cheminot, supplément au numéro de juin 1966 ; « Un exemple clinique : Histoire de Mme L. », La Raison, n° 18, 1957 ; Jeunes « difficiles » ou temps difficiles ?, Édition du Scarabée, 1961.

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Ces articles sont des références classiques et l’ouvrage ainsi constitué apparaît désormais incontournable en psychopathologie du travail. Plusieurs notes de lecture ont été publiées ; « Le travail ça se “soigne” », rédigé par Marie-Claire Lamoure pour la revue La Nouvelle Vie ouvrière, en juillet 2006, un article « La souffrance au travail » publié le 21 décembre 2006 dans le journal L’Humanité et une note de lecture de la revue électronique Activité publiée en 2007, écrits par Régis Ouvrier-Bonnaz et un compte-rendu par François Vatin en 2007 pour la revue Sociologie du Travail.

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Le Drame humain du travail est un livre original sur plusieurs points. Original dans sa constitution et original dans sa présentation. Le texte « Après Le Guillant : Quelle clinique du travail ? » d’Yves Clot est plus qu’une simple présentation ou préface, ce texte didactique a vocation d’instruire le lecteur au contenant de l’ouvrage. Toutefois, on peut s’étonner que l’auteur s’abstienne de questionner le rapport entre ces textes et leurs portées socio-historiques. Yves Clot donne à la réédition des textes de Louis Le Guillant le statut d’un événement scientifique [9][9] Ibid., p. 18., mais n’envisage pas Le Drame humain du travail comme un ouvrage historique. Certes, l’objectif de la publication vise à montrer « pourquoi la contribution de Le Guillant reste une force de rappel pour ceux qui s’intéressent aux rapports entre psychologie et travail ». Pour les lecteurs ne connaissant pas véritablement l’ensemble de l’œuvre de Louis Le Guillant, ils en découvriront la richesse [10][10] Le répertoire du Fond 8C de Louis Le Guillant des archives.... Cependant, s’il y a bien une portée historique de ces sept textes, ils sont néanmoins choisis entre plus de cent trente documents, articles, conférences, de Louis Le Guillant. Cela induit une orientation particulière de l’œuvre de Louis Le Guillant, qui met en visibilité sa contribution sur la question du travail, mais en occultant peut-être les conditions historiques de production des textes choisis.

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Le choix de ces sept textes se trouverait justifié parce qu’ils se référeraient au travail et à ses incidences psychologiques, ou presque[11][11] Op. cit., Yves Clot, p. 7.. Pourquoi ne pas avoir choisi d’autres textes [12][12] Louis Le Guillant, Achaintre et Jacquelin, « L’organisation... de Louis Le Guillant, lesquels ont aussi un rapport avec le travail, ou sa manière de travailler et de penser le travail ? Cette absence de mise en perspective fait problème. Les sept textes qui s’étalent sur une décennie, de 1956 à 1966, sont de surcroît accommodés d’une manière particulière. Sans que l’on sache pourquoi, ils sont présentés hors de l’agencement chronologique de leur production (le texte n° 1 : 1963 ; n° 2 : 1957 ; n° 3 : 1956 ; n° 4 : 1966 ; n° 5 : 1966 ; n° 6 : 1957 ; n° 7 : 1961).

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Le premier texte de Louis Le Guillant présenté dans l’ouvrage est « Incidences psychopathologiques de la condition de “bonne à tout faire” », publié au début de l’année 1963 dans la revue L’Évolution psychiatrique[13][13] Cf. L’Évolution psychiatrique, janvier-mars, 1963.. Pour Louis Le Guillant, la « condition sociale » de la bonne à tout faire illustre les mécanismes psychologiques et psychopathologiques en travail dans des situations de domination et de servitude. Il travaille cette question à partir de la phénoménologie de Hegel en insistant sur les ressorts de la haine du domestique face à son maître et reprend la terminologie de la « psychopathologie sociale » introduite en 1954 [14][14] Le Guillant L., « Introduction à une psychopathologie... : « Il y a déjà plusieurs années, j’ai tenté, devant cette même société, d’introduire l’ébauche d’une “psychopathologie sociale”, de rappeler au moins l’attention du psychiatre, qui, me semble-t-il, s’en tient bien écartée, sur le rôle du milieu (ou des milieux) dans l’apparition et l’effacement des troubles mentaux. Tentative sans grand écho, je dois le reconnaître. Il me paraît même que cet éloignement de la réalité sociale s’est plutôt accru […] ».

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Si le premier texte est daté de 1963, le dernier texte du drame humain du travail est repris du livre Jeunes « difficiles » ou temps difficiles ? publié deux ans plus tôt [15][15] L. Le Guillant, Édition du Scarabée, 1961.. Dans une note de lecture [16][16] André Mathé, Revue française de sociologie, Vol. 3,..., publiée en 1962 par la Revue française de sociologie, André Mathé [17][17] Collaborateur de Louis Le Guillant, Cf. « Incidences... soulignera l’intérêt des prises de position et les thèses que défend Louis Le Guillant. Son ouvrage, et son auteur « courageux [18][18] Ibid., p. 476. » manifestent une « ouverture sociologique [19][19] Ibid., p. 476. », parce qu’il accorde une importance « aux conditions de l’environnement [20][20] Ibid., p. 476. ».

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Selon Louis Le Guillant, sa démarche ne relève ni de l’approche sociologique ni de l’approche individuelle, mais d’un « va-et-vient continuel » entre les histoires individuelles et des données générales comme « la statistique ». Ainsi, « la nature » du social est explicitée à partir d’exemples issus de travaux de Chombart de Lauwe, de Pr Scheldon et d’Eléanor Glueck de « Harvard University ». Et la singularité des histoires de « jeunes » est empruntée à des personnages de Françoise Sagan, et au James Dean de Rebel without Cause. Après un « long détour » sur le problème de la difficulté de la jeunesse, sa violence, « sa crise », Louis Le Guillant questionne « l’éducateur » : Qu’est-ce « qu’il convient d’appliquer à ses diverses formes du trouble de la jeunesse […] aux problèmes qu’il pose dans la pratique de l’éducation » ?

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Pourquoi ce texte, qui ne traite pas directement du travail, figure-t-il néanmoins dans les textes retenus pour Le Drame humain du travail ? « […] je crois, écrit Yves Clot, qu’ici encore Le Guillant peut nous être utile. Il a discuté très élégamment, par exemple, l’apport de la psychanalyse sur la question de la délinquance juvénile dans son texte de 1961. Le concept d’identification lui est apparu comme une “notion neuve et enrichissante” pour comprendre les rapports entre vie sociale et vie subjective chez les jeunes. On remarquera que c’est aussi le cas dans l’étude sur les bonnes à tout faire [21][21] Yves Clot, Le Drame humain du travail, p. 29. ». La suite dans cette citation se propose d’appréhender le rapport entre l’identification imaginaire et l’identification symbolique. Selon Yves Clot, pour Louis Le Guillant l’identification « doit être regardée non plus seulement comme une identification à l’être personnel mais aussi à ce qu’il désigne comme “l’être social” de l’adulte [22][22] Ibid., p. 29. ».

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Ainsi, la ré-édition de Jeunes « difficiles » ou temps difficiles ? procède d’un enjeu scientifique contemporain qui sonne comme un appel ; celui de questionner le rapport de la clinique du travail à la psychanalyse. Par son agencement et par le commentaire qui en est donné, Le Drame humain du travail écrit une histoire où le rapport de Le Guillant à la psychanalyse n’est certes pas d’adhésion, mais n’est pas réductible non plus à un rejet sans condition… Si cette position « élégante » s’apparente… à celle du préfacier contemporain, qu’en est-il, réellement, de la position de Le Guillant ? La référence à la psychanalyse est plusieurs fois abordée rapidement dans certains textes. Il s’appuie sur Hesnard [23][23] A.-M.-L. Hesnard, E. Régis, La psycho-analyse des névroses... par exemple pour discuter brièvement la question du conflit moral dans le texte « Incidences psychopathologiques de la condition de “bonne à tout faire” [24][24] « Incidences psychopathologiques de la condition de... ». L’avant-dernier texte du Drame humain du travail se propose également d’interpeller « l’objet » de la psychanalyse. « L’histoire de Mme L. » s’inscrivait d’abord dans un projet d’ouvrage plus général de Louis Le Guillant qui visait à faire apparaître « le rôle des conditions de vie dans la genèse – la guérison – de certains troubles nerveux et fonctionnels ». Mme L. fut adressée en 1953 à l’hôpital Rothschild pour un glaucome et une hypertension artérielle. Elle a travaillé douze ans comme ouvrière dans une « usine de guerre », puis dans un grand magasin. C’est pendant la dernière guerre, à partir de 1943, que les conditions de vie « qui paraissent à l’origine de l’affection » se sont constituées. Louis Le Guillant relate alors l’histoire de travail de Mme L. en dégageant une clinique du travail. Il remarque que Mme L. s’exprime à plusieurs reprises sur le rapport entre ses troubles oculaires et « son état nerveux et celui-ci à ses conditions de travail » : « Pour moi, docteur, c’est ça la cause ; ce n’est pas seulement ça, mais c’est l’essentiel, parce que le soir j’ai les yeux complètement voilés […] il faut être sous pression, il faut que je sois énervée pour arriver à faire la tâche. C’est cet énervement qui me fait gonfler les yeux. » Le Guillant reviendra sur la question des troubles de Mme L. et il ne s’engagera pas sur la question « psychosomatique » ; « La psychosomatique, […] (assez contestable, me semble-t-il, dans sa propre perspective), demeure intimement inspirée par la psychanalyse et même confondue avec elle. Il n’est pour s’en convaincre que de se référer aux exposés la concernant contenus dans la psychanalyse d’aujourd’hui, analysée dans cette revue [25][25] Histoire de Mme L, dans « Observations cliniques »,... ».

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S’il n’y a pas d’agencement chronologique dans Le Drame humain du travail, alors la présentation des sept textes de Louis Le Guillant nous entraîne dans la linéarité d’une tout autre histoire. Il s’y déploie une mise en scène, avec, comme acteur principal du livre, Louis Le Guillant. Seulement l’absence de positionnement historique induit un double effet. D’une part, cela occulte une partie du sens de l’histoire de l’œuvre de Louis Le Guillant. D’autre part, cette absence de positionnement dans l’histoire engendre une autre histoire de la psychopathologie du travail. L’auteur dit pourtant que Louis Le Guillant nous livre une « œuvre hétérogène » quant à « son engagement très hasardeux dans la croisade pavlovienne de la période stalinienne [26][26] Yves Clot, Le Drame humain du travail, p. 20. ». Mais qu’est-ce que signifie cette « hétérogénéité en héritage [27][27] Ibid., p. 20. » ? Selon l’auteur, il faudrait « se garder des simplifications dans l’interprétation de son travail [Louis Le Guillant] alors même qu’il pousse lui-même à y céder [28][28] Ibid., Le Drame humain, Yves Clot, p. 20. ». En guise d’hétérogénéité, d’un côté, on aurait l’insistance de Le Guillant sur l’aliénation sociale et, de l’autre, son engagement très hasardeux dans la « croisade » pavlovienne de la période stalinienne. Mais l’œuvre de Louis Le Guillant perd de son « hétérogénéité » si celle-ci s’appréhende non pas par ses erreurs, mais à partir des positionnements idéologiques de l’après-guerre, de l’institutionnalisation du socialisme scientifique, la question de la psychanalyse et la conception « du fait mental [29][29] Jean-Christophe Coffin, « Le travail dans les services... », des années cinquante. Son œuvre devient alors « homogène », si on s’autorise à lire cette période de l’histoire en lien avec la question des idéologies ou à partir de l’étude de Serge Moscovici sur la fonction de la propagande, à propos du communisme et de la psychanalyse dans la presse française [30][30] Serge Moscovici, (1961), La Psychanalyse, son image....

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Si l’objet du Drame humain du travail et de son introduction prend la forme d’une autre histoire, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur cette forme de délestage politique de l’histoire de la psychopathologie du travail et sur les biais qu’il introduit.

Naissance de la psychopathologie du travail et de sa sociologie

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« Où va le travail humain ? » est la seconde question – en forme de sous-titre – que pose l’introduction d’Yves Clot. Sont convoqués des auteurs comme Pandariès, Curie, Abécassis, Damon, Joubert, Doray, Le Blanc, Lhuillier, Azkenazy, Canguilhem, etc. C’est à partir du travail dans « les services » que Louis Le Guillant trouverait une place [31][31] Cette idée s’affine dans un article récent d’histoire... à part entière.

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« Où va le travail humain ? » fut d’abord le titre d’un article de Georges Friedmann publié en mai 1949, dans la revue Esprit. Ce fut ensuite celui d’un de ses ouvrages publiés en 1950, après sa thèse intitulée « Problèmes humains du machinisme industriel », de 1946. Georges Friedmann, philosophe de formation, fut une figure tutélaire de la sociologie du travail. Lui-même fut fasciné par l’expérience de la Russie soviétique à l’instar des historiens des Annales[32][32] « Il fut avant la guerre un intellectuel marxiste,.... « Où va le travail humain ? » marque d’abord l’histoire de la sociologie industrielle et la sociologie du travail. La sociologie de Georges Friedmann accorderait « une place centrale au concept de “mentalité historique” pour analyser le lien entre comportement humain et structures sociales [33][33] A. Bidet, T. Pillon, F. Vatin, Sociologie du travail,... ».

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L’œuvre de Georges Friedmann semble associée au mouvement de la psychopathologie du travail en France des années cinquante. Un ouvrage historiographique majeur d’Isabelle Billiard, le seul d’ailleurs sur la psychopathologie du travail en France, retrace les « circonstances » de son émergence [34][34] Isabelle Billiard, Santé mentale et travail. L’émergence.... Nous en reprenons ici un point de vue essentiel : « Pour penser le travail, ces psychiatres ne disposent encore que de fragments de théorie, généralement empruntés à la sociologie de Georges Friedmann, ou à la psychosociologie américaine, et ne peuvent appréhender dans un même mouvement le travail en tant qu’activité sociale et collective, et l’engagement subjectif du travailleur dans l’activité de travail [35][35] Ibid., p. 262. Cf. « Les pères fondateurs de la psychopathologie.... »

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Il semble, à la lecture de l’histoire ainsi retracée de la psychopathologie du travail, que la démarche des pionniers de la psychopathologie du travail nous montre que pour pouvoir « penser le travail », et même peut-être pour qu’ils puissent eux-mêmes travailler, il leur fallait une « théorie sociale ». Ce fut certainement le cas de Paul Sivadon, à qui l’on doit le terme de psychopathologie du travail dans un article de 1952 [36][36] Cité par Isabelle Billiard, 1996, p. 69 ; Cf. Bibliographie,... (I. Billiard, 1996). Quant à Louis Le Guillant, qui inventa en 1954 le terme de psychopathologie sociale, ce serait plus ambigu [37][37] Cf. Isabelle Billiard, 1996, p. 69 ; Cf. Bibliographie,.... En effet, si l’on suit Bernard Doray, il semblerait que Louis Le Guillant suspende la figure du sujet social. Serait-ce entre « La névrose des téléphonistes » de 1956 et « Les incidences psychopathologiques de la condition de “bonne à tout faire” » de 1963 (1961 ?). Après une lecture très serrée des textes de Louis Le Guillant, Bernard Doray écrit « qu’au plan théorique Le Guillant n’ira guère plus loin que la notation fine de ces perversions des sentiments activés par le jeu social le plus convenu. Question sujet social, il a abandonné la figure impersonnelle du (de la) prolétaire protagoniste de la grande Histoire, il parle d’un sujet, en un sens, bien plus profond, mais il lâche la théorie de la forme sociale : il se réfère aux “Études sur Marx et Hegel” de Jean Hyppolite, mais abandonne Marx pour Hegel, et cette régression théorique l’amène, selon moi, à s’enliser un peu dans une dialectique de maître et de l’esclave hors du temps, séparée d’une approche historicisée du lien social [38][38] Bernard Doray, « Un regard sur l’œuvre de Louis Le...».

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Isabelle Billiard nous rappelle cependant que le projet de Louis Le Guillant était de réconcilier la connaissance de l’individu et celle de la société ; lequel « soutient sa fidélité au matérialisme dialectique, et conduit, par des approches successives, à une psychopathologie des faits psychosociaux. Il ne s’agit pas, dit Le Guillant, de défendre une conception sociogénétique générale des troubles mentaux, mais de montrer que “cette perspective peut aussi éclairer leur compréhension, et qu’elle doit toujours être intégrée à celles qui considèrent d’abord l’individu” [39][39] Op. cit., I. Billiard, p. 253. ».

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Si Georges Friedmann semblait occuper une place chez les pionniers de la psychopathologie du travail, néanmoins il n’a pas toujours été soutenu dans le paysage de la psychologie en France quand il ne fut plus « marxiste ». Ainsi, est-il amené à répondre dans le binop[40][40] Dans le numéro 1 de janvier-février 1952 : 34-35. à une note signée M. R. (Maurice Reuchlin) rédigée à propos de Où va le travail humain ?[41][41] Binop de 1951, n° 4 : 119-120.. Il y fait part de son souci de ne pas isoler le milieu technique de son contexte social, point sur lequel Maurice Reuchlin avait accentué sa critique. Autre reproche, son « technicisme sociologique ». Georges Friedmann défendra sa position en disant que les faits techniques se trouvent, par là même, profondément insérés dans le contexte social. Mais surtout, comme l’écrit Georges Friedmann, la question au fond est ici la suivante : « les problèmes humains du travail industriel moderne, les dangers de celui-ci pour l’équilibre physique et mental de l’opérateur, sont-ils ipso facto dépassés par des transformations de structure économiques et sociales, telles qu’elles ont été opérées en Urss et dans les démocraties populaires ? M. R., si j’en juge d’après ce compte-rendu, est de ceux pour qui la question ne doit pas être posée. Pour ma part, tout en en ayant maintes fois affirmé que des modifications de structure ont une considérable influence sur la manière dont se présentent concrètement ces problèmes, je ne possède pas à l’heure actuelle d’informations qui me permettent de trancher dans un sens dogmatique. En particulier, bien que j’aie cherché à me documenter aux sources les plus autorisées, je n’ai pas connaissance de travaux valables étudiants, sous l’angle psychophysiologique, l’augmentation de rendement individuel obtenue par des stimulants politiques, patriotiques, moraux sur l’opérateur : la question, sur ce plan, étant aussi valable pour l’Angleterre des années 1940-1944 que pour le stakhanovisme et ses dérivés. Si des informations de ce genre pouvaient être réunies et publiées dans le Bulletin de l’Inetop, elles seraient précieuses. À leur lumière, je serai, bien entendu, tout prêt à modifier ma position et à me rapprocher de vues qui, dans l’état actuel de nos informations, me paraissent plus mystiques que scientifiques. Je vous prie, etc. [42][42] Binop, n° 1, janvier-février 1952 : 34-35. ».

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Par ailleurs, il semblerait que Louis Le Guillant ait publié dans le bulletin[43][43] Nous n’avons pas trouvé la référence bibliographique.... une analyse sur la psychologie du travail, « dans lequel celui-ci met en pièces le livre de Friedmann, Problèmes humains du machinisme industriel[44][44] Annick Ohayon, 1999, L’Impossible rencontre : psychologie... ». Pour Annick Ohayon, le Bulletin de psychologie « bénéficie de toute la sympathie de La Raison[45][45] Ohayon, ibid., p. 357. ». Georges Friedmann se défendra, en se citant lui-même : « le machinisme industriel un test géant qui met en pleine lumière le retentissement des facteurs sociaux sur l’activité mentale et morale de l’homme contemporain ». « Certes, admet La Raison, mais Friedmann a changé, il n’est plus marxiste et ne cesse de souligner l’intérêt des procédés de l’human engineering et des expériences les plus typiquement fascistes de l’organisation du travail [46][46] Ohayon, ibid., p. 357. ». Georges Friedmann, en mettant en cause le stakhanovisme et « déclarant ne pas avoir connaissance de travaux valables étudiant, sous l’angle psychophysiologique, l’augmentation de rendement individuel obtenue par des stimulants politiques, patriotiques, moraux » suffit à le condamner ; « “cette phrase incroyable suffit à condamner M. Friedman. Nous préférerions nous être coupé la main que de l’avoir jamais écrite !”, s’exclame La Raison[47][47] Ohayon, ibid., p. 357. ».

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Dans un ouvrage remarquable, intitulé L’Impossible rencontre : Psychologie et psychanalyse en France (1919-1969), Annick Ohayon retrace un mouvement de l’histoire des années cinquante qui s’articule avec notre propos. Dans une perspective plus large, elle expose la plupart des débats, de plus en plus délétères, entre la psychanalyse, la psychologie et la psychiatrie durant « la guerre froide », en France. C’est dans ce contexte que fut posée l’hypothèse d’un lien de causalité entre travail et pathologie mentale. Nous insistons sur le caractère nécessaire de cette hypothèse à cette époque. Mais la piste d’une causalité s’est révélée être une vraie fausse piste de recherche. En adhérant au pavlovisme, ces pionniers de la psychopathologie du travail n’ont pas pu reformuler leur hypothèse de départ et poser la question de la lutte psychique pour tenir au travail. Cette reformulation, qui sera en partie à l’origine du changement d’investigation de la psychopathologie du travail vers la psychodynamique du travail, impliquait, précisément, de travailler avec une conception du sujet formulée à partir de la psychanalyse.

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Bien entendu, de l’autre côté, le projet d’« installer » la psychanalyse à l’université, défendu par Daniel Lagache fondateur de la psychologie clinique, repose sur la thèse de l’« Unité de la psychologie », une psychologie non médicale, ce qui ne facilite pas les débats institutionnels. Annick Ohayon, dans un article récent, écrit à propos de la conférence de Lagache intitulée « Psychologie clinique et méthode clinique » : « Les collègues psychiatres de Lagache se montrent réservés et inquiets. Louis Le Guillant “demande à être informé et rassuré quant aux tâches et aux responsabilités que M. Lagache envisage de confier, dans la pratique, aux psychologues cliniciens” [48][48] Annick Ohayon, « La psychologie clinique en France..... »

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Nous sommes en 1949. À partir de la période 1948-1949, le Parti communiste français condamne la psychanalyse. Auparavant, on ne trouvait que « de brèves critiques, de ton souvent défavorable [49][49] Ohayon, ibid., p. 338. Annick Ohayon reprend le travail... ». C’est au début de l’année 1949 que le journal L’Humanité publie, sous la plume de Guy Clerc, l’article intitulé « La psychanalyse, idéologie de basse police et d’espionnage [50][50] Cf. « Autocritique, la psychanalyse, idéologie réactionnaire »,... ». S’ensuit un article publié dans La Nouvelle Critique « Autocritique, la psychanalyse, idéologie réactionnaire », de juin 1949. Cet article est signé de Serge Lebovici, Lucien Bonnafé, Sven Follin, Jean et Évelyne Kestemberg, Louis Le Guillant, Jules Monnerot et Salem Shentoub. La campagne jdanovienne – la Jdanovtchina – contre la psychanalyse est lancée en France après l’Urss. Daniel Lagache est une cible de choix.

Retour sur La Raison

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L’histoire de La Raison est en partie présentée dans l’ouvrage d’Annick Ohayon. Celle-ci voit le jour en janvier 1951, un peu plus d’un an après la condamnation de la psychanalyse par les psychiatres communistes [51][51] Annick Ohayon, 1999, L’Impossible rencontre : psychologie....

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Nous reprenons ici cette histoire avec quelques commentaires de nos lectures de certains numéros de La Raison. Comme Annick Ohayon l’indique, presque « tous les signataires du manifeste de 1949 s’y rassemblent : Lebovici, Le Guillant, Bonnafé, Sven Follin, Jean et Evelyne Kestemberg… ». Politzer est le père spirituel de cette revue. Et Louis Le Guillant sera le rédacteur en chef jusqu’en 1956. Vingt-deux volumes seront publiés sur huit années jusqu’en 1958. Et plusieurs périodes scandent l’histoire de cette revue. C’est Bernard Foutrier, cité par Annick Ohayon, qui repérera la période début 1951 jusqu’à la fin de 1952 [52][52] Bernard Foutrier, L’Identité communiste, la psychanalyse,.... Cette période est marquée par des orientations pluralistes et l’ouverture à des psychologues et des psychiatres non communistes. La deuxième période de janvier 1953 à février 1956, par le déferlement du pavlovisme et un repli sectaire ; enfin la troisième période, de 1956 à 1958, par un « intérêt » pour la psychanalyse, voire la question du structuralisme [53][53] Ohayon, ibid., p. 364..

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En 1951 est publié le premier numéro de la revue La Raison, Cahiers de psychopathologie scientifique, dont l’éditorial de sept pages a pour objet de dénoncer et d’attaquer la crise de la psychiatrie. « La psychiatrie se trouve menacée par un danger relatif à son usage social : réduire et traduire les problèmes politiques et sociaux en problèmes psychiatriques […]. » Ce qui est visé dans cet éditorial, ce sont « la méthode de tests et toutes les spéculations psychomathématiques, la quasi-totalité des doctrines psychiatriques en vigueur, de la phénoménologie à la psychanalyse » et la psychochirurgie. L’objet de la revue La Raison sera « de poser les bases d’une psychopathologie scientifique fondée sur une conception unitaire et globale de l’homme et de la maladie. Elle s’orientera donc en priorité vers la psychiatrie sociale, […]. Enfin elle souhaite devenir l’instrument d’un vaste échange national d’informations, visant à lever la méconnaissance et l’ignorance du mouvement scientifique en Urss et dans les démocraties populaires [54][54] Ohayon, ibid., p. 352. Cf. Billiard, ibid., p. 270 ». Dans ce numéro, Louis Le Guillant publie « Le psychiatre et l’enfance ».

27

Dans le numéro 3, de 1951, est publié un article « Prestiges et méfaits de la sociométrie de M. Moreno » de Pierre Fougeyrollas. Pour celui-ci, Moreno et Freud « sont à ranger dans le même paquet théorique, celui de l’irrationalisme et de l’antimatérialisme, soumis au primat affectif ». Toujours dans ce même numéro, Lloyd L. Brown publie un article « La psychanalyse et le peuple noir », traduit de la revue américaine Masses and Mainstream, « c’est un compte-rendu de l’ouvrage de Abraham Kardiner et de L. Ovesey, The Mark of Oppression, sous-titré Une étude psychosociale du nègre américain. Les auteurs cherchent à comprendre comment s’instaure la “ligne de couleur” [55][55] Ohayon, ibid., p. 355. ». Ce qui est critiqué, ce seraient les usages sociaux de la psychanalyse. C’est aussi l’objet de la publication d’un article « Une méthode psychanalytique au service de la vente » de M. L. Adam. Louis Le Guillant publie dans le numéro 4, de 1952, l’article intitulé « La psychologie du travail ». Le numéro 6 est la charnière entre la période d’un relatif pluralisme et le « déferlement du pavlovisme [56][56] Op., cit., Bernard Foutrier. ». C’est la polémique entre le Bulletin de psychologie et Georges Friedman qui est évoquée. Selon Annick Ohayon, la revue La Raison va donner des nouvelles du front de la psychanalyse. « La psychanalyse, sous de vigoureuses attaques auxquelles nous sommes heureux d’avoir contribué, a généralement opéré un sage repli. Elle ne prétend plus guère, au moins en France, expliquer et résoudre les problèmes sociaux. Elle s’est retirée dans le cabinet du psychothérapeute et limite ses ambitions à l’aide plus ou moins provisoire et empirique qu’elle prétend apporter à certains malades “dans les conditions sociales présentes” [57][57] Ohayon, ibid., p. 357.. » Le numéro 7, de 1953, est un numéro spécial en collaboration avec le Centre culturel France-Urss Travaux soviétiques au Congrès international de physiologie, Montréal 1953. C’est le début du « déferlement du pavlovisme » dans la revue La Raison, jusqu’en 1956.

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L’année 1956 est une année particulière de l’histoire de la pensée sociale française. Elle porte la marque des désillusions engendrées par le rapport Khrouchtchev, des anniversaires et des ruptures. Le numéro 13 de la revue La Raison encore sous-nommée Cahiers de psychopathologie scientifique commence en guise d’introduction par rendre hommage à I.-P. Pavlov ; « Il y a 10 ans, le 27 février 1936, mourait l’un des plus grands physiologistes des temps modernes : Ivan Pétrovitch Pavlov. La Raison qui s’enorgueillit d’avoir tant fait pour la diffusion des travaux et des idées de Pavlov en France rend en cette occasion un hommage reconnaissant à l’homme et au savant […] [58][58] La Raison, Cahiers de psychopathologie scientifique,... ». Dans ce numéro, Louis Le Guillant publie « Pratique du Pavlovisme ». Dans la partie « Analyses et critiques » de ce numéro 13, on trouve un texte de A. Léon, « Travail et psychologie : Évolution de la notion de travail et données de la psychologie et de la sociologie industrielle », et une note sur l’ouvrage de A. Ombredane et J.-M. Faverge, L’Analyse du travail, signé J.-F. Le Ny.

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Louis Le Guillant publie aussi dans le numéro 13 de La Presse médicale, en février 1956, « La névrose des téléphonistes [59][59] Le Guillant, Roelens, Bégoin, Béquart, Hausen, Lebreton,... ». Cette publication, bien sûr rééditée dans Le Drame humain du travail, a pour objet de présenter les premiers résultats d’une étude effectuée chez les standardistes des centraux téléphoniques parisiens et les mécanographes des chèques postaux. Au début de ce texte, les auteurs indiquent que ce travail « nous a été dicté par deux considérations : d’une part, la fréquence inconnue, sans cesse croissante, des troubles mentaux et des troubles “nerveux” mineurs de ces catégories d’employés ; d’autre part, la nature même de leurs activités professionnelles ». C’est le fameux « syndrome » subjectif commun de la fatigue nerveuse. Les standardistes ont une impression de lassitude, de véritable « anéantissement » survenant à la fin de leur travail. Elles disent avoir la tête vide. Elles ne peuvent lier aucune conversation. Elles oublient leurs objets. Elles prennent le métro à l’envers, certaines ont failli se faire renverser par une voiture. Pour lutter contre toutes ces manifestations, elles recourent à plusieurs stratégies. Elles rentrent rapidement chez elles, pour s’allonger et dormir. D’autres éprouvent le besoin de marcher longtemps. Elles disent ne plus savoir organiser leur activité à la maison, se désintéressent des travaux domestiques. Elles disent « Allô, ne quittez pas » lorsqu’on leur adresse la parole. Dès qu’elles entrent quelque part, elles disent « Paris, 380 ». Les auteurs de ce texte disent que 20 % des sujets examinés sont intoxiqués par des phrases professionnelles. Ensuite sont décrits les troubles de l’humeur et du caractère ; autrefois elles étaient calmes, maintenant elles sont irritables ; en sortant du travail, elles ne supportent pas qu’on leur adresse la parole, elles ne supportent pas que les enfants fassent du bruit. Les troubles du sommeil sont aussi décrits chez les sujets ; hypersomnie diurne, insomnie nocturne. Et enfin, le dernier point exposé concerne les troubles somatiques ; durant le travail, les téléphonistes éprouvent des angoisses, des palpitations, des sensations d’oppression thoracique, de « boule à l’estomac ». Les auteurs constateront « que le travail en lui-même – nous voulons dire sa nature particulière parmi les autres activités professionnelles, les opérations ou même les rapports avec les usagers qu’il comporte – est assez peu mis en cause par les employées […] Toutes par contre insistent sur les conditions générales dans lesquelles s’effectue ce travail. […] C’est leur travail, ses conditions matérielles et “morales” qui semblent pour l’essentiel responsables de la névrose des téléphonistes ». Cette névrose correspondrait à la névrose expérimentale issue des travaux de Pavlov. Pour ces auteurs, l’hypothèse de cette névrose rendrait « assez bien compte du tableau clinique ». Les auteurs concluent que « la démonstration de l’existence de cette névrose et de sa pathogénie permettra seule de remédier d’une façon rationnelle aux causes qui la provoquent : les conditions de travail défavorables, et de faire reconnaître comme maladies professionnelles les affections nerveuses et mentales, sans cesse plus nombreuses, liées au surmenage nerveux qu’entraînent les formes nouvelles du travail ».

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Suit en juin 1956 le numéro 14 de La Raison qui s’abstiendra dorénavant du sous-intitulé Cahiers de psychopathologie scientifique. Et pour cause. La ligne éditoriale fait son mea culpa, son « autocritique [60][60] Ohayon, ibid., p. 359. », et reconsidère ses visées critiques sur la psychanalyse. « C’est en ce sens qu’il faut aujourd’hui reconsidérer la critique de la psychanalyse. Les textes parus attaquaient globalement les interprétations psychanalytiques et l’utilisation politique de ces interprétations, en même temps que la pratique clinique des psychiatres s’inspirant de la psychanalyse et traduisant en termes freudiens leur expérience. […] [61][61] La Raison, « Psychologie, Psychopathologie, Psychiatrie »,... ». Cet éditorial ne sera pas signé. Il questionne pourquoi « il n’est pas facile de déceler et de définir les manifestations du dogmatisme dans le passé de La Raison[62][62] Ibid. : 2. ». S’ensuit une longue analyse sur le dogmatisme, le surdogmatisme et le superdogmatisme ; « Incontestablement, certains collaborateurs de La Raison ont eu tendance à exposer et expliquer le marxisme-léninisme à partir du pavlovisme, à la lumière du pavlovisme, plutôt que de la physiologie pavlovienne à la lumière du matérialisme dialectique [63][63] Ibid. : 3.. » Ainsi se dessine une autre politique éditoriale dans la revue La Raison. Dans ce même numéro, Louis Le Guillant, toujours indiqué comme rédacteur en chef, publie « Visages de la psychiatrie soviétique ». Or, c’est en date du 22 avril 1956, lors de la journée d’études où se discute le numéro 14, que Louis Le Guillant démissionne de ce poste. Selon Annick Ohayon, tout le monde « n’est pas d’accord avec la politique de dégel et d’ouverture, et en particulier le père fondateur Louis Le Guillant [64][64] Ohayon, ibid., p. 361. ».

31

Dans le numéro 15 de septembre 1956, selon Annick Ohayon [65][65] Maître de conférences à l’université Paris-viii., Claude Nachin, psychiatre, affirmera « paisiblement que la condamnation de la psychanalyse par les huit psychiatres communistes en 1949 lui paraît une erreur politique et scientifique, “que la psychanalyse n’ait pas bien vu les racines sociales de la névrose et ne se soit pas élevée en général, sous la plume de ses auteurs, au socialisme scientifique ne change rien au fait qu’elle a mieux vu les problèmes des névroses que toutes les écoles antérieures, et qu’elle est encore sans concurrence” ». Dans ce même numéro paraîtra un compte-rendu du premier numéro de la revue La Psychanalyse, de la Société française de psychanalyse. Il y a, comme l’affirme Annick Ohayon, un changement de ton considérable de la revue La Raison.

32

Le numéro 16 est un numéro spécial, rédigé sous la direction de René Zazzo : « Problèmes de défectologie ».

33

En 1957, l’avant-propos du numéro 17 dévoile que : « Le docteur Lucien Bonnafé assurera désormais les fonctions de rédacteur en chef de La Raison, que le docteur Le Guillant, du fait de son état de santé et de l’étendue de ses obligations, a été contraint d’abandonner voici plus d’un an [66][66] La Raison, Cahiers trimestriels, 1er trimestre 1957,.... » Plus surprenante est la présence de comptes-rendus critiques de trente pages sur les chapitres de La psychanalyse d’aujourd’hui, ouvrage publié sous la direction de S. Nacht, Puf, 1956, deux volumes, auxquels participent M. Parienté, Adolfo Fernandez, P. Béquart, Victor Lafitte, S. Follin ; Bernard Muldworf publie « Quelques réflexions à propos d’une publication récente et à l’occasion du centenaire de Freud. La psychanalyse d’aujourd’hui (et celle d’hier) ». Si ce numéro s’ouvre aux questionnements sur la psychanalyse, le comité de rédaction prévient quand même qu’il va revenir ultérieurement sur une critique d’ensemble de la psychanalyse.

34

Le numéro 18, de 1957, sera ainsi marqué par une ligne particulièrement dure à l’égard de la psychanalyse. Il est composé de textes d’Henri Lefebvre, « Georges Politzer et la psychanalyse » ; Georges Politzer, « Psychanalyse et marxisme. Un faux contre-révolutionnaire le : Freudo-Marxisme », initialement publié dans la revue Commune, n° 3, 1933. Avec la Seconde Guerre mondiale, il semble un peu hors du temps et détaché du contexte dans lequel il fut publié la première fois. Aragon était secrétaire de rédaction de la revue Commune à partir de 1933, et militera contre le fascisme et le nazisme. Seulement, après la Seconde Guerre, il défendra les thèses de Lyssenko et de Jdanov en France. Le texte de Georges Politzer revient en seconde vague d’opposition contre la psychanalyse, et ce, bien que le rédacteur en chef soit Lucien Bonnafé. Dans ce même numéro, Lucien Bonnafé publie « Le milieu hospitalier du point de vue psychothérapique ou théorie et pratique de l’hôpital psychiatrique (suite et fin) » ; Claude Nachin, « Essai d’interprétation de l’alcoolisme psychiatrique actuel ». Louis Le Guillant publie « Histoire de Mme L. ». Jean Bégoin est l’auteur d’un compte-rendu critique du travail en miettes de Friedmann qui fera partie de sa thèse de doctorat de médecine, dirigée par Louis Le Guillant ; « Chapitre iii : Nécessité et bases d’une psychologie scientifique du travail [67][67] La Raison, Cahiers trimestriels, 1er trimestre 1958,... », elle-même publiée dans le numéro 20-21 de cette revue. Ce compte-rendu critique reproche à Georges Friedmann sa référence à « la pensée de Freud [68][68] La Raison, n° 18, 1957 : 99. ». Certes, la lecture de Freud par Jean Bégoin fait plutôt corps avec l’ambiance doctrinaire de cette époque ; « le concept freudien de travail équilibrant est bien dérisoire quand il est confronté avec la notion marxiste de travail structurant [69][69] Ibid. : 99. ». Paradoxalement, Jean Bégoin remarquera « en analyste » que « la notion de “relations humaines” semble permettre à chacun d’oublier en toute bonne conscience les réalités du travail pour s’abandonner à l’élaboration des théories les plus abstraites sur les “aptitudes, le degré de maturation émotionnelle”, “les types de personnalité”, “l’élimination des conflits”, la recherche des “motivations”, etc., en général sur tous les facteurs “extra-professionnels” possibles. Du travail lui-même il n’est alors plus du tout question [70][70] Ibid. : 102. ».

35

Le numéro 19, de 1957, présente le centenaire de la naissance d’Alfred Binet, un « texte soviétique récent » d’A. N. Léontiev, problèmes théoriques du développement psychique de l’enfant. Aussi, en 1957, Louis Le Guillant et Jean Bégoin publient dans la revue Les Conditions de vie et la santé, « Quelques remarques méthodologiques à propos de la névrose des téléphonistes [71][71] L. Le Guillant, J. Bégoin, Les Conditions de vie et... ». Ce texte présente une analyse des problèmes soulevés par une recherche concernant la névrose des téléphonistes et des mécanographes. Et il s’agit d’aborder les conditions concrètes à l’origine de la fatigue nerveuse au travail. Plus généralement, Louis Le Guillant et Jean Bégoin souhaitent mettre en question le rapport entre les conditions de vie et de travail et la santé. Selon ces auteurs, il s’établit un rapport dialectique entre « facteurs psychologiques » et fatigue nerveuse. Et c’est la fatigue nerveuse qui dramatise les contradictions et les conflits, les difficultés, les craintes et les mécontentements. Leurs analyses du travail de téléphonistes et de mécanographes concluent que « leur travail n’est insupportable qu’à partir d’une certaine cadence […] ».

36

Le numéro 20-21 sera l’avant-dernier numéro de la revue La Raison. Il présente le travail de Jean Bégoin, sa thèse de médecine « Le travail et la fatigue : la névrose des téléphonistes et de mécanographes ». Enfin, le dernier numéro de 1958 publiera les textes de A. R. Luria, N. Heissler, S. Ehrlich, S. Gordon, A. Barjonet. Les dernières pages sous la rubrique « Chroniques » seront consacrées à une analyse de La Raison dans la Revue Korsakov qui revient sur l’éditorial des n° 14 et n° 15 de La Raison, un texte sur « Le pape et la psychologie appliquée », et le dernier texte, « Un malade parfait ». Le texte de Samuel Gordon, « D’une conception idéaliste des sciences de l’homme » critiquera les positions de Jacques Lacan comme représentant « le moment comique dans le développement de l’anthropologie réactionnaire militante [72][72] La Raison, n° 22 : 74. ». Il conclura par : « Que si l’on s’interroge, comme le fait tout de même le Dr Pontalis à la fin d’un récent article où la critique affleure timidement sous l’admiration pour le bel esprit du Dr Lacan, sur la valeur “heuristique” de cette doctrine, tout ce qui précède montre assez qu’elle est nulle. Cette nouvelle maladie infantile du freudisme décorée par le Dr Pontalis de l’épithète de “super-rationalisme” (ne devrait-on pas entendre plutôt rationalisme pour surhommes ?) est en fait une plate version d’idéalisme kantien accommodée selon le goût du jour de théorie de la communication et de sociologie américaine, le tout transcrit dans un style dont les canons esthétiques ont sans doute été empruntés à la prose de Des Esseintes. La psychanalyse elle-même, dont certains ont espéré que le Dr Lacan allait enfin clarifier les fondements, ne sort que diminuée de cette tentative d’extrapoler sa validité hors de son champ primitif d’application. Elle n’apparaît que davantage comme “une praxis anodine claquemurée dans une chambre”, en dépit de ce que croit le Dr Lacan qui n’emploie ces termes que pour tourner en dérision la doctrine et la thérapeutique d’une certaine école de psychanalyse attachée à la lettre d’un freudisme non repensé [73][73] La Raison, n° 22 : 87.. »

37

Il n’y aura pas de discours officiel pour expliquer l’arrêt brutal de la revue La Raison en 1958 qui finit par mourir à force de s’empêtrer dans ses propres contradictions (Ohayon, 1999, p. 364).

Épilogue

38

« Incontestablement, le lien de Le Guillant avec le militantisme ne peut être passé sous silence [74][74] Jean-Christophe Coffin, « Le travail dans les services.... » Celui-ci ne pouvait pas tenir à lui seul « l’impasse » de la psychanalyse, ce que révèle l’histoire de la revue La Raison. Le rapport équivoque entre la psychanalyse et la psychopathologie du travail s’inscrit dans les controverses de ces années cinquante. Il s’ancre dans les interstices des positions d’alliances idéologiques qui ont marqué cette période. L’avènement de la psychopathologie du travail des années cinquante peut se regarder aujourd’hui à partir de ce qu’il en est advenu. Deux disciplines, la clinique de l’activité et la psychodynamique du travail, lesquelles, comme le soulignait Yves Clot, font vivre à leur manière l’héritage de Louis Le Guillant. Nous sommes sans doute plus avancés dans la connaissance sur le travail, et nos théories du sujet sont beaucoup plus sophistiquées. Pourtant, la thèse de la centralité du travail dans la santé mentale, même si elle a incontestablement gagné du terrain, demeure encore un acquis à défendre, entre approches psychologisantes (harcèlement moral) et approches « expertes » (prévention des risques psychosociaux). Tenir ensemble travail et subjectivité continue aujourd’hui à faire débat.


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Notes

[1]

Louis Le Guillant, Le Drame humain du travail. Essais de psychopathologie du travail, présentés par Yves Clot, Érès, 2006.

[2]

Michel de Certeau, L’Écriture de l’histoire, Gallimard, Nrf, 1975. Cf. François Dosse, « Michel de Certeau et l’écriture de l’histoire », Vingtième Siècle, Revue d’histoire, 78, avril-juin 2003 : 151.

[3]

« Autocritique, la psychanalyse, idéologie réactionnaire », La Nouvelle Critique, n° 7, juin 1949 : 52-73. Cet article est signé de Serge Lebovici, Lucien Bonnafé, Sven Follin, Jean et Évelyne Kestemberg, Louis Le Guillant, Jules Monnerot et Salem Shentoub.

[4]

Louis Le Guillant, Jeunes « difficiles » ou temps difficiles ?, Édition du Scarabée, 1961.

[5]

Yves Clot, Les Histoires de la psychologie du travail. Approche pluridiscipliniare, (sous la direction de Yves Clot), Toulouse, Octarès, 1996.

[6]

Michel de Certeau, L’Écriture de l’histoire, Gallimard, 1975.

[7]

Quelle psychiatrie pour notre temps ? Travaux et écrits, de Louis Le Guillant, Érès, 1984.

[8]

Op. cit., Y. Clot, p. 7.

[9]

Ibid., p. 18.

[10]

Le répertoire du Fond 8C de Louis Le Guillant des archives de l’Histoire de l’éducation spécialisée – 2002067, 8 C 22 - Boîte n° 9. Cnahes (Conservatoire national des archives de l’histoire de l’éducation Spécialisée), 63, rue de Croulebarbe, 75013 Paris. Camt (Centre des archives du monde du travail) (Archives nationales), 78, boulevard du Général-Leclerc, bp 405, 59057 Roubaix, Cedex 1.

[11]

Op. cit., Yves Clot, p. 7.

[12]

Louis Le Guillant, Achaintre et Jacquelin, « L’organisation du travail des malades à l’hôpital psychiatrique », L’Information psychiatrique, novembre 1956, p. 619-663. Louis Le Guillant, « Le travail et la fatigue », La Raison, n° 20-21, 1er trimestre 1958 : 7-29. Louis Le Guillant, Dalle, Retana, « Le travail social dans le cadre d’une expérience de psychiatrie de secteur », Fédération nationale des organismes de Sécurité sociale, Paris, 3e trimestre 1964, p. 1-22. Louis Le Guillant, « Le rôle de l’infirmier dans la psychologie médicale : son perfectionnement », communication faite à la « Société française de médecine psychosomatique », Revue de médecine psychosomatique, Tome i, n° 4, décembre 1959 : 6-15. Louis Le Guillant, « La crise des hôpitaux psychiatriques et la médecine plein-temps », p. 278-288. Louis Le Guillant, Dalle, Retana, « Le travail social des organismes de Sécurité sociale », mai 1964, p. 301-317.

[13]

Cf. L’Évolution psychiatrique, janvier-mars, 1963.

[14]

Le Guillant L., « Introduction à une psychopathologie sociale », L’Évolution psychiatrique, n° 19, 1954. Le Guillant L., « Quelques perspectives nouvelles sur la pathologie du travail », Bulletin du Cercle Claude Bernard, n° 10, 1954.

[15]

L. Le Guillant, Édition du Scarabée, 1961.

[16]

André Mathé, Revue française de sociologie, Vol. 3, n° 4, octobre-décembre 1962 : 476.

[17]

Collaborateur de Louis Le Guillant, Cf. « Incidences psychopathologiques de la condition de “bonne à tout faire” », L’Évolution psychiatrique, 1963 ; Cf., Le Drame humain du travail, p. 38.

[18]

Ibid., p. 476.

[19]

Ibid., p. 476.

[20]

Ibid., p. 476.

[21]

Yves Clot, Le Drame humain du travail, p. 29.

[22]

Ibid., p. 29.

[23]

A.-M.-L. Hesnard, E. Régis, La psycho-analyse des névroses et des psychoses, Alcan, Paris, 1914. « Nul ne peut contester à Angelo Louis Marie Hesnard le titre de premier pionnier de la psychanalyse en France. À condition toutefois d’ajouter qu’il est l’amiral d’une doctrine qui enlève au freudisme l’essentiel de ses hypothèses, faisant de la sexualité un loup-garou trompeur », Cf. Elisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, 1885-1939, Fayard, Tome i, 1994, p. 270.

[24]

« Incidences psychopathologiques de la condition de “bonne à tout faire”, dans Le Drame humain du travail, p. 70.

[25]

Histoire de Mme L, dans « Observations cliniques », La Raison, n° 18, 1957 : 191. Louis Le Guillant affirmera qu’on ne peut saisir « le caractère pathogène de son travail que par rapport à l’histoire de la malade, par rapport à la façon de juger et de se conduire, à la représentation du monde, forgées par cette histoire ».

[26]

Yves Clot, Le Drame humain du travail, p. 20.

[27]

Ibid., p. 20.

[28]

Ibid., Le Drame humain, Yves Clot, p. 20.

[29]

Jean-Christophe Coffin, « Le travail dans les services rend-il malade ? L’analyse du psychiatre Louis le Guillant dans les années 1950-1960 », Le Mouvement social, Les Éditions de l’Atelier, n° 211 : 77.

[30]

Serge Moscovici, (1961), La Psychanalyse, son image et son public, Puf, p. 438. Cf. Le parti communiste face à une science très populaire et non marxiste – que peut-on lire dans une publication communiste ou progressiste ?, p. 403-425. « La formation d’une représentation est une des démarches fondamentales de la propagande. Effectivement, si un groupe veut ou doit agir en tant que tel, en tant que sujet, sur le réel, il est souhaitable qu’il se représente comme son réel propre. Afin que l’univers idéologique du parti communiste garde son unité, il était nécessaire de refaire une représentation de la psychanalyse qui justifie et renforce cette unité […] », p. 440.

[31]

Cette idée s’affine dans un article récent d’histoire de Jean-Christophe Coffin qui a ainsi suivi les cheminements qui ont progressivement dirigé Louis Le Guillant vers la question d’une psychopathologie des métiers de service. Cf., Jean-Claude Coffin (2005) « Le travail dans les services rend-il malade ? L’analyse du psychiatre Louis Le Guillant dans les années 1950-1960 », Le Mouvement social, Les Éditions de l’Atelier, n° 211 : 97-81. Jean-Claude Coffin, maître de conférences d’histoire de la médecine à l’université Paris-v.

[32]

« Il fut avant la guerre un intellectuel marxiste, proche du parti communiste et admirateur de la jeune Union soviétique. L’incidence de cet itinéraire politique et idéologique sur sa sociologie du travail n’a jamais fait l’objet d’une analyse systématique. » dans Vatin François, « Machinisme, marxisme, humanisme : Georges Friedmann avant et après-guerre », dans Sociologie du travail, 2004, vol. 46, n° 2, p. 205-223. Rot G. ; Vatin F., « Les avatars du “travail à la chaîne” dans l’œuvre de Georges Friedmann (1931-1966) », Genèses, 2004, n° 57 : 23-40.

[33]

A. Bidet, T. Pillon, F. Vatin, Sociologie du travail, Aes, Montchrestien, 2000, p. 97.

[34]

Isabelle Billiard, Santé mentale et travail. L’émergence de la psychopathologie du travail, La Dispute, 2001.

[35]

Ibid., p. 262. Cf. « Les pères fondateurs de la psychopathologie du travail en butte à l’énigme du travail », dans Cliniques méditerranéennes, n° 66, 2002 : 11-29.

[36]

Cité par Isabelle Billiard, 1996, p. 69 ; Cf. Bibliographie, Sivadon P., 1952, « Psycho-pathologie du travail », L’Évolution psychiatrique, 3.

[37]

Cf. Isabelle Billiard, 1996, p. 69 ; Cf. Bibliographie, Le Guillant L., 1952, « Psychologie du travail », La Raison, n° 3. Le Guillant L., 1954, « Introduction à une psychopathologie sociale », L’Évolution psychiatrique, 19.

[38]

Bernard Doray, « Un regard sur l’œuvre de Louis Le Guillant dans le domaine de la psychopathologie du travail », dans Les Histoires de la psychologie du travail. Approche pluridisciplinaire, sous la direction de Yves Clot, Octarès, 1996, p. 134.

[39]

Op. cit., I. Billiard, p. 253.

[40]

Dans le numéro 1 de janvier-février 1952 : 34-35.

[41]

Binop de 1951, n° 4 : 119-120.

[42]

Binop, n° 1, janvier-février 1952 : 34-35.

[43]

Nous n’avons pas trouvé la référence bibliographique. Il subsisterait une incohérence bibliographique entre Le Bulletin de psychologie et le Binop dans l’ouvrage d’Annick Ohayon.

[44]

Annick Ohayon, 1999, L’Impossible rencontre : psychologie et psychanalyse en France. 1919-1969, La Découverte Poches, 2006, p. 356.

[45]

Ohayon, ibid., p. 357.

[46]

Ohayon, ibid., p. 357.

[47]

Ohayon, ibid., p. 357.

[48]

Annick Ohayon, « La psychologie clinique en France. Éléments d’histoire », dans « La clinique entre théorie et pratique », Connexion, n° 85 – 2006/1. Cf. Annick Ohayon, (1999), L’Impossible rencontre : psychologie et psychanalyse en France. 1919-1969, La Découverte Poches, 2006.

[49]

Ohayon, ibid., p. 338. Annick Ohayon reprend le travail de Serge Moscovici, La Psychanalyse, son image et son public, Puf, 1961. Ce livre dans sa première édition est la thèse de doctorat de Serge Moscovici dirigée par Daniel Lagache.

[50]

Cf. « Autocritique, la psychanalyse, idéologie réactionnaire », La Nouvelle Critique, n° 7, juin 1949 : 52-73. Cet article est signé de Serge Lebovici, Lucien Bonnafé, Sven Follin, Jean et Évelyne Kestemberg, Louis Le Guillant, Jules Monnerot et Salem Shentoub. Il fait suite à celui de Guy Leclerc publié le jeudi 27 janvier 1949 dans le journal L’Humanité, intitulé « La psychanalyse, idéologie de basse police et d’espionnage ». Cet article lança pour ainsi dire la campagne jdanovienne contre la psychanalyse en France.

[51]

Annick Ohayon, 1999, L’Impossible rencontre : psychologie et psychanalyse en France. 1919-1969, La Découverte Poches, 2006.

[52]

Bernard Foutrier, L’Identité communiste, la psychanalyse, la psychiatrie, la psychologie, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 401-451.

[53]

Ohayon, ibid., p. 364.

[54]

Ohayon, ibid., p. 352. Cf. Billiard, ibid., p. 270.

[55]

Ohayon, ibid., p. 355.

[56]

Op., cit., Bernard Foutrier.

[57]

Ohayon, ibid., p. 357.

[58]

La Raison, Cahiers de psychopathologie scientifique, 1er trimestre 1956, n° 13 : 1.

[59]

Le Guillant, Roelens, Bégoin, Béquart, Hausen, Lebreton, La Presse médicale, n° 13, février 1956.

[60]

Ohayon, ibid., p. 359.

[61]

La Raison, « Psychologie, Psychopathologie, Psychiatrie », n° 14, 2e trimestre, 1956 : 3.

[62]

Ibid. : 2.

[63]

Ibid. : 3.

[64]

Ohayon, ibid., p. 361.

[65]

Maître de conférences à l’université Paris-viii.

[66]

La Raison, Cahiers trimestriels, 1er trimestre 1957, n° 14 : 1.

[67]

La Raison, Cahiers trimestriels, 1er trimestre 1958, n° 20-21 : 172.

[68]

La Raison, n° 18, 1957 : 99.

[69]

Ibid. : 99.

[70]

Ibid. : 102.

[71]

L. Le Guillant, J. Bégoin, Les Conditions de vie et la santé, 1957.

[72]

La Raison, n° 22 : 74.

[73]

La Raison, n° 22 : 87.

[74]

Jean-Christophe Coffin, « Le travail dans les services rend-il malade ? L’analyse du psychiatre Louis le Guillant dans les années 1950-1960 », Le Mouvement social, 2005/2, n° 211.

Résumé

Français

L’auteur s’interroge sur l’histoire de la psychopathologie du travail à travers un commentaire de l’ouvrage Le Drame humain du travail. Essais de psychopathologie du travail, recueil de textes de Louis Le Guillant, introduit par Yves Clot. À partir d’un exposé sur la naissance de la psychopathologie du travail en France pendant les années cinquante, l’auteur revient sur l’histoire d’une revue, La Raison, cofondée par Louis Le Guillant.

Mots-clés

  • histoire
  • psychopathologie du travail
  • psychanalyse
  • Le Guillant

English

SummaryIn this paper, Jean-François Rebeyrat studies the history of the psychopathology of work through an extended comment on the book Le Drame humain du travail. Essais de psychopathologie du travail, a collection of texts written by Louis Le Guillant and edited by Yves Clot. Rebeyrat first explains how the psychopathology of work started in France in the 1950s, then he presents the history of a review La Raison, co-founded by Louis Le Guillant.

Keywords

  • Le Guillant
  • La Raison
  • psychoanalysis

Español

El autor se interroga sobre la historia de la psicopatología del trabajo a través de un comentario de la obra El drama humano del Trabajo. Ensayos de psicopatología del trabajo recoge textos de Louis Le Guillant introducidos por Yves Clot. À partir de una exposición sobre el nacimiento de la Psicopatología del Trabajo en Francia en los anos cincuenta, el autor retoma la historia de una reviuta, La Razón, cofundada por Louis Le Guillant.

Palabras claves

  • Le Guillant
  • La Razón
  • psicoanálisis

Plan de l'article

  1. Quelle histoire ?
  2. Naissance de la psychopathologie du travail et de sa sociologie
  3. Retour sur La Raison
  4. Épilogue

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