Accueil Revues Revue Numéro Article

Tumultes

2010/2 (n° 35)

  • Pages : 236
  • ISBN : 9782841745357
  • DOI : 10.3917/tumu.035.0199
  • Éditeur : Editions Kimé

ALERTES EMAIL - REVUE Tumultes

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 199 - 214 Article suivant
1

C’est au dernier livre de Freud, L’homme Moïse et la religion monothéiste, que Said a consacré le dernier ouvrage à être publié de son vivant : Freud and the Non-European[1][1] Ce livre a été traduit en français et édité sous le.... Cette rencontre entre le dernier Freud et le dernier Said n’est pas le fruit d’une simple coïncidence. Certes elle répond à la demande faite à Said de prononcer une conférence au Musée Freud de Londres, mais elle est aussi l’aboutissement d’une longue fréquentation par Said des textes de Freud, et en particulier de cet ensemble énigmatique que constitue le Moïse, qui dans un premier moment avait été envisagé par son auteur comme un « roman historique ». Il y a eu de très nombreuses lectures de cet ouvrage éclaté, formé de fragments rédigés dans les circonstances tragiques de la menace nazie, de la maladie et de l’exil. Said les connaît et parfois les cite. Il procède, quant à lui, en mettant ses pas dans ceux de Freud, à la manière du héros de la nouvelle de Borges, Pierre Ménard [2][2] Jorge Luis Borges, « Pierre Ménard, auteur du Quichotte..., qui consacre une grande partie de sa vie à réécrire, mot à mot, les chapitres IX et XXXVIII ainsi qu’un fragment du Don Quichotte de Cervantès. La fiction de Borges nous incite à méditer non pas tant sur l’écriture que sur la lecture. Le commentaire que propose Said, plein de sinuosités et d’apparentes digressions à partir d’une de ses multiples relectures du Moïse de Freud, lui offre aussi l’occasion de parler de lui-même, de ses préoccupations intellectuelles et politiques fondamentales.

Le style tardif de Freud

2

La composition du Moïse est déroutante. Chacun l’a observé. La première et la deuxième partie ont été publiées dans la revue Imago en 1938. Elles auraient dû être précédées d’une introduction qui formulait et explicitait le projet de Freud en termes de « roman historique », un hybride, écrit Freud, comparable à « l’union sexuelle du cheval et de l’âne » qui peut donner naissance tantôt au mulet, tantôt au bardot. « L’association de l’historiographie et de l’invention libre engendre des produits différents qui, sous la désignation commune de “roman historique”, veulent être considérés tantôt comme des ouvrages d’histoire, tantôt comme des romans. » Yosef Yerushalmi qui cite l’ensemble de cette première introduction [3][3] Yosef Hayim Yerushalmi, Le Moïse de Freud. Judaïsme... que Freud n’a finalement pas publiée, explicite les connotations de cette expression de roman historique qui renvoie à la fois à l’histoire mise en fiction et au roman familial. Quand Freud reprend le livre c’est, écrit-il, pour lui donner la conclusion qu’il n’avait pas eu l’énergie de rédiger, et qui donnerait à cet ouvrage la forme et la force d’un testament en le reliant à ses œuvres précédentes. Les chapitres qu’il propose alors, précédés de deux courts avant-propos — l’un écrit à Vienne avant mars 1938 et l’autre à Londres en juin de la même année, et qui situent politiquement, avec la pertinence et l’humour qui ne l’ont jamais quitté, les circonstances de l’écriture et du projet de publication — sont composés d’une manière éclatée, avec des fulgurances, des ruptures, des répétitions qui n’en sont pas, des réflexions politiques déconcertantes mais d’une extraordinaire profondeur. On est là écrit Said devant un exemple presque classique de « style tardif ».

3

C’est sur cette approche des œuvres en termes de « style tardif » que travaillait Edward Said les années qui précédèrent sa mort, la mettant à l’épreuve à propos d’écrivains et de musiciens, avec l’idée que la vieillesse et la conscience de l’approche de la mort inscrivaient leur marque dans l’écriture [4][4] Un certain nombre des manuscrits rédigés autour de.... Stathis Gourgouris [5][5] Stathis Gourgouris, « The Late Style of Edward Said... a émis l’hypothèse d’un style tardif chez Said lui-même, et il en décèle la présence dans la rédaction des Mémoires (Out of Place) publiées en 1999. Les réflexions sur Freud, qui foisonnent dans l’enchaînement et la superposition des idées (en termes psychanalytiques on pourrait presque parler de « condensation »), en sont un témoignage encore plus certain. On a souvent remarqué le caractère musical de l’écriture de Said [6][6] Par exemple Dominique Eddé, dans « Conrad, le “compagnon..., l’usage qu’il fait de la variation et du contrepoint de façon pleinement délibérée, mais qui déconcerte les lecteurs, les commentateurs et les traducteurs. « J’ai toujours été très séduit par les chœurs, par tous les genres d’écriture aussi bien musicale que littéraire [7][7] Gauri Viswanathan (ed.), Power, Politics, and Culture..... » Il superpose les idées et les références comme autant de lignes mélodiques qui peuvent s’harmoniser mais aussi entrer en dissonance. « La puissance négative du dernier Beethoven provient de sa relation dissonante avec le développement énergique et affirmatif de sa musique de la dernière période [8][8] Edward Said, « Adorno : de l’être tardif », Tumultes,... » écrit-il, en reprenant les analyses d’Adorno sur le style tardif (Spätstil). C’est au dernier Beethoven qu’il compare le dernier Freud, un Freud méditatif qui, comme Beethoven, aurait écrit davantage pour lui-même que pour les autres. « Comme les œuvres hérissées de difficultés que Beethoven a produites durant les sept ou huit dernières années de sa vie […], le Moïse semble avoir été composé par Freud pour lui-même, avec peu d’attention portée aux répétitions fréquentes et souvent disgracieuses, sans considération pour l’élégance de l’économie de la prose et de l’exposition [9][9] Edward Said, Freud and the Non-European, Verso, London,.... »

4

Rien ne ressemble moins, en effet, à la sérénité supposée de la vieillesse que les œuvres qui relèvent du style tardif. On y est, au contraire, confronté « à une série de défis et de difficultés presque insurmontables [10][10] E. Said, « Adorno : de l’être tardif », art. cit.,... ». La fragmentation, l’extrême complexité, les ruptures, les apparents défauts de composition, le refus de réconcilier les éléments de l’œuvre apparemment incompatibles, ne sont pas des défauts de finition. La totalité est définitivement perdue. La perspective de la mort entraîne un rapport éclaté à la qualité temporelle du présent qui trouve à s’exprimer dans le style tardif. « Le style tardif est dans et curieusement à l’écart du présent […] Comme l’écrivait Adorno à propos de Beethoven, le style tardif n’admet pas les cadences définitives de la mort ; la mort, au contraire, y apparaît sur un mode réfracté, comme ironie [11][11] E. Said, On Late Style, op. cit., p. 24.. »

5

C’est comme si Freud, écrivant pour lui-même et pour s’expliquer sur ses rapports au judaïsme et à la judéité, avait refusé en pleine connaissance de cause toute résolution et toute réconciliation. Dans une posture intransigeante et transgressive, il a choisi la difficulté et la provocation, en avançant des idées nouvelles et difficiles à intégrer. Said mentionne ici, sans la citer, une note de Freud qui assume pleinement son attitude de défi. « Nous savons, écrivait Freud, qu’en traitant de façon si désinvolte et si arbitraire la tradition biblique, en utilisant seulement ceux de ses textes qui corroborent nos vues, tandis que nous rejetons sans hésiter ceux qui infirment ces dernières, nous nous exposons à voir sévèrement critiquer notre méthode et nous diminuons la force convaincante de nos arguments. C’est là cependant la seule façon possible de traiter un matériel dont l’authenticité, comme on sait, a été sérieusement endommagée du fait de déformations tendancieuses. Espérons qu’une fois ces motifs secrets découverts, justice sera rendue à nos efforts. Il est impossible de parvenir à une certitude et nous prétendons d’ailleurs que d’autres auteurs ont agi comme nous [12][12] Sigmund Freud, Moïse et le monothéisme, traduction.... » La décision de revenir sur l’histoire de Moïse, en la liant à l’épisode plus archaïque du meurtre du père de la horde qui fait l’objet de Totem et Tabou, relève de ce que le style tardif a d’intempestif et d’atemporel. Mais elle marque aussi, comme l’a bien montré Yerushalmi, la force de la réflexion de Freud sur le judaïsme dans un moment de crise extrême, qui est à la fois une crise historique et une crise personnelle. Aux beaux jours des Lumières allemandes, quand Lessing avait pour ami Moses Mendelssohn, avaient été publiés en Allemagne plusieurs ouvrages ou poèmes évoquant Moïse, dont un essai de Herder qui souhaitait qu’un « Hébreu allemand » s’attelle à la composition d’une épopée sur ce thème. « Que la figure de Moïse surgisse devant nous à la fois au brillant commencement et à la sombre fin de l’idylle juive avec la civilisation allemande me paraît emblématique de notre propos [13][13] Yosef Hayim Yerushalmi, Le Moïse de Freud..., op. cit.,.... » Sous ce roman des origines que conte Freud, il est donc également question des rapports des Juifs avec le monde germanophone et avec l’Europe chrétienne.

6

Edward Said choisit de prendre au sérieux le postulat de départ de Freud selon lequel Moïse était égyptien, non pas pour examiner, comme d’autres l’ont fait la (non-)vraisemblance historique de cette affirmation et des arguments sur lesquels elle s’appuie, mais pour se demander quelle interrogation elle recouvre. Au-delà du problème de l’identité de Moïse, c’est la question des éléments de l’identité elle-même, de l’identité juive de Freud, certes, mais aussi de toute identité, qui se trouve posée, ou plutôt celle de l’identité comme question. « L’identité est ce que nous nous imposons à nous-mêmes durant notre vie, comme êtres sociaux, historiques, politiques et même spirituels [14][14] E. Said, On Late Style, op. cit., p. 85. », écrit Said à propos de Jean Genet qui « a été victime d’une identité forcée du fait de sa délinquance, de son isolement, de ses talents et de ses goûts transgressifs [15][15] Ibid. ». Mais il s’y est résolument opposé, en choisissant la cause de l’Algérie quand il écrivait Les Paravents, et surtout celle de la Palestine, dans son dernier livre Le Captif amoureux, et en voyageant à travers les identités. Les engagements à la fois politiques et littéraires de Jean Genet montraient que « l’identité est le processus par lequel la culture la plus puissante et la société la plus développée, s’imposent avec violence à ceux qui, par le même processus identitaire, sont décrétés être un peuple inférieur. L’impérialisme est l’exportation de l’identité [16][16] Ibid. ». En faisant de Moïse quelqu’un qui est à la fois dedans (insider) et dehors (outsider), Freud s’inscrit dans le lieu de cette traversée des frontières, au cœur de la négativité, d’une négativité sans possible dépassement ni conciliation. La négativité indépassable est au cœur de la pensée de Said, héritier en cela d’Adorno, « un des grands penseurs de la modernité qui a dissous l’identité [17][17] E. Said, On Late Style, pp. 86 sq. ». Le pouvoir du style tardif de Freud, comme celui de Beethoven « est donc négatif, ou plutôt c’est la négativité [18][18] E. Said, « Adorno : de l’être tardif », art. cit.,... ». Comment donc s’opère le passage entre Europe et non-Europe ?

Européen et non européen

7

Quand Said parle du non européen, il veut précisément réfuter l’idée d’une exclusion entre deux territoires géographiques ou symboliques. S’il est possible de passer de l’un à l’autre, c’est parce qu’ils se pénètrent mutuellement : les frontières à traverser sont mouvantes. S’agissant de Freud, Said sait bien qu’il était un homme de son temps et donc très ancré dans des références culturelles internes à l’Europe. Mais, en dépit des théories raciales dominantes, ses héros étaient des marginaux non européens, et, comme on disait alors, des « Sémites », à savoir Moïse et Hannibal. Freud raconte, en effet, dans L’Interprétation des rêves l’importance qu’avait revêtu pour lui le personnage du général carthaginois qui avait tenu tête aux Romains. Hannibal « avait été le héros favori de mes années de lycée ; quand nous avions étudié les guerres puniques, ma sympathie, comme celle de beaucoup de garçons de cet âge était allée non aux Romains, mais aux Carthaginois. Dans les classes supérieures, quand je compris quelles conséquences aurait pour moi le fait d’être de race étrangère et quand les tendances antisémites de mes camarades m’obligèrent à prendre une position nette, j’eus une idée plus haute encore de ce grand guerrier sémite [19][19] Sigmund Freud, L’Interprétation des rêves, traduction... ». En faisant de Moïse un Égyptien, Freud insiste davantage encore sur son caractère « sémite » et donc sur sa non-européanité, qui a été l’une des grandes thèses d’orientalistes comme Renan [20][20] E. Said, L’Orientalisme, Le Seuil, 2005, p. 174 qui... ou d’écrivains racistes comme Gobineau ou Wagner. Les uns comme les autres soulignaient le fait que les Sémites (Juifs et Arabes) étaient des étrangers n’appartenant pas à la seule véritable culture, la culture « gréco-germano-aryenne [21][21] E. Said, Freud and the Non-European, op. cit., p. ... » et pouvaient (ou devaient) être exclus. Freud à la fois profondément européen, mais vivant dans un monde en train de disparaître et héritier d’une tradition mourante, et non européen, refuse implicitement, à la fin de sa vie, d’ériger une barrière entre la civilisation européenne et les non-Européens, même les plus « primitifs », puisque le monde de Totem et Tabou est d’une certaine manière toujours présent en chacun de nous, sous la forme de la prohibition et de l’interdit.

8

Le non européen est de l’ordre de l’appartenance négative. C’est plutôt une non-appartenance. Parlant de son intérêt pour C. L. R. James, militant et écrivain caribéen et auteur des Jacobins Noirs, en même tant que pour l’historien palestinien George Antonius, Edward Said le justifie par son propre passé « non pas ethnique, mais non européen [22][22] Power, Politics, and Culture. Interviews With Edward... ». C’est à partir de là qu’il peut prendre ses distances avec l’Occident, ce que ni Auerbach ni Adorno n’ont pu faire du fait de leur « ethnocentrisme et de l’absence d’intérêt » pour ce monde qui est celui dans lequel Said, il le rappelle, a grandi [23][23] Ibid.. Comme celle de Conrad, l’œuvre de Freud est porteuse d’une « force antinomique [24][24] E. Said, Freud…, p. 26. » qui est elle-même l’expression d’une division interne qui s’exprime, chez Freud, dans le Moïse plus que dans tout le reste. Dans un entretien accordé en 1999, dans lequel Said revient sur l’ensemble de son œuvre et sur son écriture, il dit : « J’ai toujours essayé de développer mes idées en allant toujours de l’avant, dans des voies qui en un sens les rendaient paradoxalement insaisissables et impossibles à paraphraser. J’ai trouvé par exemple plus d’intérêt aux incohérences et aux aspects irréconciliables de l’expérience historique, y compris celle de L’Orientalisme. Il y a des contradictions que j’appelle des antinomies, qui ne peuvent pas être résolues, et il est important de les explorer et de les soumettre à une investigation de plus en plus profonde [25][25] Moustafa Bayoumi and Andrew Rubin (ed.), The Edward.... »

9

C’est cette sensibilité de Freud à la part non européenne qu’il abritait en lui-même qui permet de comprendre que Frantz Fanon, qui dans la conclusion aux Damnés de la Terre[26][26] Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, La Découverte,... appelait à se détourner de l’Europe qui « n’en finit pas de parler de l’homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde », ait été en même temps l’héritier le plus contestataire de Freud. Quand Fanon cite un professeur de psychiatrie qui, en 1939, développe la thèse que l’indigène nord-africain est un « être primitif dont la vie végétative et instinctive est surtout réglée par son diencéphale » et qui, ne possédant pas de cortex, est un « vertébré [27][27] Ibid., p. 290. inférieur » (donc pas un humain), il ne peut aucunement viser la description faite par Freud de la vie primitive dans Totem et Tabou. Car implicitement, Freud refuse « d’ériger une barrière insurmontable entre les primitifs non européens et la civilisation européenne [28][28] E. Said, Freud and the Non-European, p. 20. », même s’il les différencie nettement. Nous sommes toujours rattrapés par cet ailleurs qui ne cesse de se rappeler à nous sous la forme de traces, d’interdits ou du retour du refoulé.

10

Cela ne signifie pas que Freud ait mis en cause l’idée du primat culturel européen. Comme la plupart de ses contemporains, comme, au siècle précédent, Jane Austen et Karl Marx, il était dans l’impossibilité de se défaire du point de vue de sa propre culture et de son époque, et de prendre en compte d’autres cultures et d’autres peuples. Il ne s’agit donc ni de justifier ni d’attaquer. « J’essaie de les voir d’abord dans leur contexte de la façon la plus précise possible. Puis — parce que ce sont des écrivains et des penseurs extraordinaires dont l’œuvre susceptible de lectures alternatives, en a rendu possibles d’autres, qui ont donné lieu à des développements dont ils ne pouvaient avoir l’idée — je les envisage de façon contrapuntique, comme des figures dont les écrits voyagent, de façon imprévisible, à travers des frontières temporelles, culturelles et idéologiques, pour émerger comme parties d’un autre ensemble qui s’accorde avec l’histoire et les formes esthétiques ultérieures  [29][29] E. Said, Freud…, p. 24.. » On reconnaît ici l’idée de la « théorie voyageuse » que Said a développée puis reprise dans plusieurs essais. S’y conjugue l’exigence de déployer une polyphonie de lectures et d’interprétations des mêmes textes. Said revient souvent, par exemple, sur son rapport à Jane Austen, une écrivaine pour laquelle il éprouve une très grande admiration. Si l’on adopte une lecture qui prend en compte la critique de la colonisation, Mansfield Park a comme arrière-plan l’exploitation (esclavagiste) d’une plantation à Antigua, une île de la Caraïbe. Sur un autre plan, Jane Austen est revendiquée par les féministes. Or le féminisme d’un des personnages importants de Mansfield Park, Fanny Price, « est totalement indifférent à l’esclavage et aux conditions d’exploitation des plantations sucrières [30][30] Power, Politics, and Culture, op. cit., p. 212. ». Ces éléments forment comme l’arrière-plan latent de ce que contient le texte. Said, comme Freud, revendique le droit à une interprétation qui, dans une situation historique donnée, permet de dégager des contenus et des significations qui n’apparaissaient pas d’emblée.

Le latent et le non-dit

11

C’est dans Beginnings, publié en 1975 mais dont la rédaction a été entamée dès 1967, que Said consacre pour la première fois de longues pages à Freud, et avant tout à L’Interprétation des rêves. Mais les citations et les références dont il émaille ses commentaires montrent qu’il a lu une partie non négligeable de l’ensemble de l’œuvre, et déjà le Moïse. Il est encore imprégné de ce que l’on appelle la « théorie française », à commencer par la pensée de Michel Foucault dont il va se démarquer ultérieurement. Cependant, comme il l’a souvent évoqué dans des entretiens ou des articles, ce livre sur les « commencements » marque pour lui un commencement. Il conçoit ce livre tout de suite après la guerre de 1967, qu’il vit comme une coupure radicale. Jusque-là, il avait été deux personnes à la fois : d’un côté, l’enseignant de littérature qui avait mené un cursus classique et qui avait épousé une femme américaine ; de l’autre, quelqu’un qui venait du Proche-Orient où il retournait régulièrement rendre visite à sa famille. C’est ce monde d’un universitaire bien élevé qui s’écroule en même temps qu’échoue son premier mariage. Il prend brutalement conscience de son rapport à la Palestine et au monde arabe. « J’ai commencé alors, raconte-t-il, à m’adapter à la part de mon histoire que j’avais réprimée ou supprimée. J’ai fait plusieurs choses : j’ai commencé à me rendre plus souvent au Moyen-Orient ; je me suis marié au Moyen-Orient avec une femme moyen-orientale ; puis, en 1972-1973, j’ai pris une année sabbatique à Beyrouth, et pour la première fois de ma vie, j’ai entrepris une étude systématique de la philologie et des textes classiques de la littérature arabe [31][31] Power, Politics and Culture, op. cit., p. 237.. » La guerre de 1967 signera aussi la fin de ce que Said, qui rejoindra l’Organisation de Libération de la Palestine peu après sa création, nomme sa période pré-politique.

12

Au moment de la rédaction de Beginnings, qui est aussi celle de l’élaboration de L’Orientalisme qui s’effectue à peu près à la même époque, l’intérêt de Said pour Freud se situe à deux niveaux : celui de la méthodologie de l’interprétation des textes, mais aussi celui de l’analyse de sa propre histoire. Dans la préface à la seconde édition de L’Interprétation des rêves, Freud reconnaît que cet ouvrage est un morceau d’auto-analyse à laquelle il s’est livré en réaction à la mort de son père. Que cette lecture ait été pour Said à l’origine du besoin d’y voir plus clair en lui-même ou provoquée par lui, ce sont là des hypothèses également convaincantes. Cependant les deux niveaux s’interpénètrent, dans la mesure où L’Interprétation des rêves que Said lit de très près et où un grand nombre des rêves interprétés sont ceux de Freud lui-même, n’est pas vue seulement comme un exposé de la théorie scientifique de l’auteur, mais aussi comme « un texte dont l’intention est de commencer un discours dont l’un des principaux desseins est de contourner consciemment certaines conventions textuelles spécifiques [32][32] E. Said, Beginnings. Intention and Method, Columbia... ». Said va se nourrir de Freud, comme il se nourrit d’autres théoriciens dont il fait aussi « voyager » la pensée. Les œuvres littéraires peuvent être interprétées comme les rêves, énonce-t-il, dans la mesure où ce qui est interprété dans la démarche de Freud n’est pas le rêve tel qu’il s’est déroulé, mais le récit qui en est fait, ou tout au moins les fragments verbaux à travers lesquels il peut être saisi. Du reste Freud lui-même n’établit pas de barrière entre les œuvres littéraires (depuis les tragédies de Sophocle [33][33] Freud n’écrit-il pas, à propos d’Œdipe Roi : « La pièce... ou celles de Shakespeare, jusqu’aux contes d’Andersen) et les rêves, pas plus qu’il ne choisit entre illusion et réalité. « Nous pouvons aisément imaginer que nous substituions le mot de fiction à celui de rêve, le terme de point de vue à celui de déformation, que nous parlions de biographie au lieu de régression et de condensation, de famille romanesque au lieu de parents, etc [34][34] E. Said, Beginnings, pp. 161-162.. » Dans un texte un peu plus tardif Said revient sur cette idée, la reformulant et l’approfondissant suivant le procédé du palimpseste qui lui est cher et dont il considère que Freud l’emploie également. S’interrogeant sur les rapports entre vie et écriture chez Joseph Conrad, il demande : « Peut-on établir une analogie exacte entre les écrits personnels et artistiques d’un auteur d’un côté, et le discours parlé ainsi que les rêves du même homme ? » Et sa réponse, étayée par une référence à Freud, est que les uns ne reflètent certes pas les autres mais qu’ils entretiennent entre eux un rapport placé sous le signe de la (dé)négation. « Nous pouvons aller jusqu’à dire que l’écriture de Conrad essaie ouvertement de se nier elle-même comme écriture […] Pour Conrad, l’écriture et sa négation ont constitué un moyen de s’autoriser nombre de choses qui autrement lui auraient été impossibles. Parmi celles-ci, l’usage de l’anglais, l’utilisation d’expériences tirées de son passé qui sont reconstruites, la plupart du temps, déformées de façon à devenir des fictions, romans et histoires, l’appel à des événements à propos desquels il ne peut y avoir d’explication satisfaisante, si tant est qu’il en soit besoin [35][35] E. Said, The World, the Text, and the Critic, Harvard.... »

13

Said souligne déjà dans Beginnings le fait que Freud ne procède pas d’une manière déductive. C’est lui aussi une espèce de navigateur des mers lointaines. Il s’autorise à emprunter des chemins détournés, à vagabonder. Il ne s’efforce pas de conclure à tout prix, il ne s’embarrasse pas des contradictions, il n’évite pas les doutes. Il ne cesse de revenir sur ce qu’il a déjà écrit. Mais L’Interprétation des rêves est un texte inaugural avant tout en ce qu’il « recueille des traces de l’inconscient dans des formes variées de conduite verbale, à des degrés divers de déformation, et qui occupent des quantités variées d’espace interprétatif [36][36] E. Said, Beginnings, p. 179. ». Ces traces ne se trouvent pas, comme l’ont pensé ceux qui, avant Freud, s’étaient risqués à interpréter les rêves, dans leur contenu manifeste, mais dans leur contenu latent [37][37] Freud, L’Interprétation des rêves, p. 241 et E. Said,.... Ce contenu latent, observe Said, surgit aussi dans les silences, les non-dits, les interstices, comme le montre le récit de l’histoire tragique d’Œdipe [38][38] E. Said, Beginnings, p. 171.. Dans les lectures, ou plutôt les relectures que Said ne cessera de faire, dans L’Orientalisme d’abord, puis dans ses ouvrages ultérieurs, il mettra en lumière des dimensions des œuvres dont leurs auteurs étaient, semble-t-il, inconscients. Ainsi par exemple de Joseph Conrad, dont l’écriture, dit-il, déchiffrée à la lumière de Tayeb Saleh et de V. S. Naipaul, est « animée d’accents et d’inflexions dont il était à l’évidence inconscient, mais que son écriture même autorise [39][39] Ibid., p. 25. ». Freud s’est, de son côté, consacré à cette espèce de fouille archéologique, en partant à la recherche du « passé enfoui, oublié, réprimé et dénié [40][40] Ibid., p. 26. ». Il s’est donc, lui aussi, livré à une série de relectures et de réflexions qui ne cessaient de se réélaborer, et qui concernaient aussi bien les phénomènes individuels que collectifs.

14

Said s’appuie sur sa lecture de Freud et même la revendique, pour proposer une lecture qui, écrit-il, « dramatise ce qu’il y avait de latent dans une figure ou une forme antérieure, et qui va soudain illuminer le présent [41][41] E. Said, Freud, p. 25. ». Il veut ainsi éclairer, ajoute-t-il, des situations que Freud lui-même, de son vivant, n’aurait jamais conçues, même en rêve. Dans Beginnings, ce qui dans Freud intéresse Said, c’est avant tout la dimension de l’inconscient qui fait de l’homme non un objet de connaissance objective mais un problème « qui tout au fond de nous résiste à l’instruction [42][42] Nietzsche, Par delà bien et mal, traduction de Cornelius... » comme l’écrit Nietzsche, rapproché ici de l’auteur de L’Interprétation des rêves. Le Moïse permet cette fois à Said de se réclamer de sa lecture de Freud pour développer et argumenter une critique de l’identité, particulièrement de l’identité nationale, et à partir de là étayer son projet politique d’État binational pour les Juifs et les Palestiniens.

Freud : un juif non juif

15

Dans son étude sur Le Moïse de Freud, l’historien Yosef Hayim Yerushalmi qui cherchait aussi à cerner en quoi pouvait consister l’identité juive de Freud, et qui pour cela avait lu de très près sa correspondance ainsi que les témoignages de ses amis et contemporains, établit une distinction entre judaïsme et judéité. Les juifs qui ont rompu avec la pratique religieuse mais qui gardent un rapport avec le fait d’être juifs, peuvent être appelés « juifs psychologiques » ou mieux « juifs laïcs ». Freud était de ceux-là, et il insistait de façon obstinée, écrit Yerushalmi, à se définir « via negationis », de façon négative. « Il n’est juif, ni par la religion, ni par le nationalisme, ni par la langue […], et pourtant il se sent profondément juif [43][43] Y. H. Yerushalmi, op. cit., p. 48.. » Said préfère voir en Freud un « juif non juif », selon la formule devenue célèbre d’Isaac Deutscher [44][44] Dans « The non-Jewish Jew » (in Essais sur le problème..., qu’il applique à ces hérétiques juifs qui transcendent le judaïsme mais participent de la tradition juive, et qui ont eu entre autres pour noms Spinoza, Heine, Marx, Rosa Luxemburg, Trotski et Freud. Deutscher part d’une histoire qu’il a lue quand, enfant, il étudiait le Talmud : « J’y découvris une histoire et la description d’une scène qui séduisirent mon imagination ; c’était l’histoire de Rabbi Meir, le grand saint, sage entre les sages, pilier de l’orthodoxie mosaïque et co-auteur de la Mishnah, qui se faisait donner des leçons de théologie par un hérétique, Elisha ben Abiyuh, dit Akher (l’Étranger). Un jour de Sabbath, Rabbi Meir se trouvait avec son maître et ils entamèrent comme d’habitude une discussion savante. L’hérétique allait à dos d’âne, et Rabbi Meir, qui ne pouvait pas utiliser une monture un jour de Sabbath, marchait à côté de lui, si absorbé par les perles de sagesse qui tombaient des lèvres hérétiques qu’il n’eut pas conscience d’avoir atteint la frontière rituelle, infranchissable pour les Juifs ce jour-là. Le grand hérétique se tourna vers son élève orthodoxe et lui dit : “Vois, nous avons atteint la frontière… à présent, il faut nous séparer ; tu ne peux pas m’accompagner plus avant. Rentre chez toi !” Rabbi Meir regagna la communauté juive tandis que l’hérétique continuait son chemin… et dépassait les limites du judaïsme [45][45] Ibid., pp. 35-36.. » Comme l’hérétique qui franchit la frontière, le juif non juif est « à la fois en dedans et en dehors de son milieu, membre de son milieu et étranger à lui [46][46] Ibid., pp. 37-38. ».

16

Tous ces penseurs critiques qui, comme l’écrivent Deutscher et avec lui Said, concevaient la réalité comme quelque chose de dynamique et non de statique, croyaient à la force de la connaissance et à la solidarité humaine, libérés qu’ils étaient de toute orthodoxie et de tout nationalisme. Freud l’affirme dès le premier paragraphe de son Moïse : « Aucune considération ne saurait m’induire à négliger la vérité au nom d’un prétendu intérêt national [47][47] Freud, Moïse et le monothéisme, op. cit., p. 8.. » S’il s’est toujours reconnu comme juif, sur le mode négatif décrit par Yerushalmi, Freud s’est tenu à l’écart du nationalisme juif et donc du sionisme. Ou alors, il faut lui prêter, comme le fait Jacquy Chemouni, « un sionisme sans nationalisme, un sionisme sans frontière [48][48] Jacquy Chemouni, Freud et le sionisme, Solin, 1988,... ». C’est qu’en lisant le Moïse comme le fait Said, on perçoit que les identités historiques autour desquelles se nouent les appartenances, loin d’être pures, sont au contraire composites et même antithétiques. Ce sont ces éléments composites que Freud entend mettre en évidence, à travers son « roman » d’un Moïse égyptien, qui transmet aux tribus juives le monothéisme d’Akhenaton. L’histoire racontée par Freud ne s’arrête pas là, on le sait, puisque le monothéisme sera d’abord refusé par les Hébreux qui le reconstitueront, après maints accidents (dont le meurtre de Moïse, refoulé dans la mémoire collective) et de multiples rencontres et échanges avec les tribus arabes voisines de la région où ils s’installeront. En même temps, écrit Freud dans les pages où il cherche à expliquer l’antisémitisme, les Juifs ne sont pas, comme le prétendent leurs ennemis, des Asiatiques de race étrangère. Ils ne diffèrent de leurs « hôtes » que « par quelques traits de caractère propres aux peuples méditerranéens de la culture desquels ils ont hérité [49][49] Freud, Moïse, p. 123. ».

17

L’établissement d’un État juif en Palestine après le déferlement de l’antisémitisme en Europe, et la création de l’État d’Israël, est allé directement à l’encontre de cette ouverture « de l’identité juive à son arrière-plan non européen [50][50] E. Said, Freud.., p. 44. ». Depuis l’usage de l’archéologie jusqu’à l’ensemble des lois qui constituent en étrangers ceux qui habitaient la terre de Palestine avant 1948, puisqu’ils sont privés de tout droit d’y revenir s’il sont réfugiés ailleurs, comme ils le sont du droit de propriété du sol. Ce que lit finalement Said dans le dernier Freud, c’est un refus des tentatives d’établissement d’identités collectives pures, enracinées dans un sol et s’excluant les unes les autres. Ce refus ne vaut pas seulement pour l’identité juive telle qu’elle s’est figée en s’identifiant à un État-nation. Il concerne toutes les autres identités closes et comme emmurées. Or c’est en assumant les aspects multiples, déstabilisateurs et diasporiques des appartenances collectives qu’il est possible de tenir un autre discours politique, qui met du lien et réinsère dans une histoire commune.

18

Edward Said conclut son essai en associant Freud à l’appel à l’établissement d’un État binational réunissant Israël et la Palestine. Il a lui-même défendu cette idée, en particulier dans les articles écrits pour la presse, après avoir constaté l’échec des accords d’Oslo et à la lumière de l’expérience sud-africaine [51][51] Voir E. Said, D’Oslo à l’Irak, traduction de Paul Chemla,.... Cette position était et continue à être partagée par des militants et des intellectuels palestiniens, israéliens et juifs [52][52] Voir Sonia Dayan-Herzbrun, « Quitter l’ère des nationalismes.... Au raisonnement politique qu’il développe dans ses articles, Said superpose dans cet essai une réflexion théorique, comme si Freud et lui parlaient d’une même voix. On est même en droit de penser que Said commentant Freud parle de lui-même. Cela lui a d’ailleurs été reproché [53][53] En particulier par Richard H. Armstrong, dans « Last.... Mais il le revendiquait. Dans une interview donnée en 2000 au journal israélien Haaretz dans laquelle il parlait, une fois de plus, de son aspiration à un État binational et de son absence de goût pour les retours aux origines et à une prétendue pureté, il concluait par une boutade devenue célèbre : « Je suis le dernier intellectuel juif. Vous n’en avez plus d’autre. Ceux qui restaient sont devenus de petits châtelains de banlieue. Depuis Amoz Oz jusqu’à tous ceux que nous avons ici en Amérique. Donc je suis le dernier. Le seul véritable disciple d’Adorno. Je peux le dire autrement : je suis un juif-palestinien [54][54] Power, Politics, and Culture…, p. 458.. » Autrement dit un juif-non juif, à la manière d’Isaac Deutscher, ou plutôt un non-juif-juif, c’est-à-dire un véritable intellectuel, comme le concevait le même Deutscher quand il écrivait : « Le rôle des intellectuels — qu’ils soient juifs ou non […] est de protester éternellement : de s’opposer aux pouvoirs en place, de militer contre les tabous et les conventions, de lutter pour une société dans laquelle le nationalisme et le racisme relâcheront enfin leur emprise sur l’esprit humain [55][55] « The Non-Jewish Jew », pp. 74-75.. » C’est à peu près mot pour mot ce qu’écrivait ailleurs [56][56] E. Said, Des intellectuels et du pouvoir, Le Seuil,... Edward Said, ce qu’il a mis en pratique tout au long de sa vie, et ce qu’il a lu chez Freud, en faisant revivre le Moïse, à la manière d’un palimpseste.

Notes

[1]

Ce livre a été traduit en français et édité sous le titre Freud et le monde extra-européen (Le Serpent à Plumes, 2004). Traduire Said est une tâche ardue. Ce titre ne rend pas compte de la complexité de sa pensée qui, comme on le verra, envisage ici le non européen dans l’européen.

[2]

Jorge Luis Borges, « Pierre Ménard, auteur du Quichotte », traduit par P. Verdevoye, Fictions, Folio, 2010, pp. 41-52.

[3]

Yosef Hayim Yerushalmi, Le Moïse de Freud. Judaïsme terminable et interminable, traduit de l’anglais par Jacqueline Carnaud, Gallimard, 1993, pp. 52-53.

[4]

Un certain nombre des manuscrits rédigés autour de ce thème par Said (ou des articles publiés dans différentes revues) a été rassemblé de façon posthume dans Edward Said, On Late Style, Music and Literature Against the Grain, Pantheon Books, New York, 2006.

[5]

Stathis Gourgouris, « The Late Style of Edward Said », in Edward Said and Critical Decolonization, Alif, n°25, 2005, The American University in Cairo Press.

[6]

Par exemple Dominique Eddé, dans « Conrad, le “compagnon secret” de Said », Tumultes, n°24, mai 2005, pp. 215-223.

[7]

Gauri Viswanathan (ed.), Power, Politics, and Culture. Interviews With Edward Said, Vintage Book Edition, 2002, p. 77.

[8]

Edward Said, « Adorno : de l’être tardif », Tumultes, n°17-18, 2002, p. 334.

[9]

Edward Said, Freud and the Non-European, Verso, London, 2003, p. 28.

[10]

E. Said, « Adorno : de l’être tardif », art. cit., p. 330.

[11]

E. Said, On Late Style, op. cit., p. 24.

[12]

Sigmund Freud, Moïse et le monothéisme, traduction de Anne Berman, Idées/Gallimard, 1967, p. 37.

[13]

Yosef Hayim Yerushalmi, Le Moïse de Freud..., op. cit., p. 39.

[14]

E. Said, On Late Style, op. cit., p. 85.

[15]

Ibid.

[16]

Ibid.

[17]

E. Said, On Late Style, pp. 86 sq.

[18]

E. Said, « Adorno : de l’être tardif », art. cit., p. 330.

[19]

Sigmund Freud, L’Interprétation des rêves, traduction de I. Meyerson, Paris, P.U.F., 1980, p. 174.

[20]

E. Said, L’Orientalisme, Le Seuil, 2005, p. 174 qui cite Renan : « En toutes choses, on le voit, la race sémitique nous apparaît comme une race incomplète par sa simplicité même… ».

[21]

E. Said, Freud and the Non-European, op. cit., p. 16.

[22]

Power, Politics, and Culture. Interviews With Edward Said, op. cit., p. 128.

[23]

Ibid.

[24]

E. Said, Freud…, p. 26.

[25]

Moustafa Bayoumi and Andrew Rubin (ed.), The Edward Said Reader, Vintage Books, 2000, pp. 423-424.

[26]

Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, La Découverte, 2002, p. 301.

[27]

Ibid., p. 290.

[28]

E. Said, Freud and the Non-European, p. 20.

[29]

E. Said, Freud…, p. 24.

[30]

Power, Politics, and Culture, op. cit., p. 212.

[31]

Power, Politics and Culture, op. cit., p. 237.

[32]

E. Said, Beginnings. Intention and Method, Columbia University Press, New York, 1975, pp. 162.

[33]

Freud n’écrit-il pas, à propos d’Œdipe Roi : « La pièce n’est autre chose qu’une révélation progressive et très adroitement mesurée — comparable à une psychanalyse… » (L’Interprétation des rêves, op. cit., p. 228) ?

[34]

E. Said, Beginnings, pp. 161-162.

[35]

E. Said, The World, the Text, and the Critic, Harvard University Press, 1983, pp. 107-108.

[36]

E. Said, Beginnings, p. 179.

[37]

Freud, L’Interprétation des rêves, p. 241 et E. Said, Beginnings, p. 179.

[38]

E. Said, Beginnings, p. 171.

[39]

Ibid., p. 25.

[40]

Ibid., p. 26.

[41]

E. Said, Freud, p. 25.

[42]

Nietzsche, Par delà bien et mal, traduction de Cornelius Heim, Folio, 1992, p. 151, cité par E. Said dans Beginnings, p. 159.

[43]

Y. H. Yerushalmi, op. cit., p. 48.

[44]

Dans « The non-Jewish Jew » (in Essais sur le problème juif, traduction d’Elisabeth Gille-Nemirovsky, Payot, 1969).

[45]

Ibid., pp. 35-36.

[46]

Ibid., pp. 37-38.

[47]

Freud, Moïse et le monothéisme, op. cit., p. 8.

[48]

Jacquy Chemouni, Freud et le sionisme, Solin, 1988, p. 104.

[49]

Freud, Moïse, p. 123.

[50]

E. Said, Freud.., p. 44.

[51]

Voir E. Said, D’Oslo à l’Irak, traduction de Paul Chemla, Fayard, 2005.

[52]

Voir Sonia Dayan-Herzbrun, « Quitter l’ère des nationalismes et sortir de l’impasse », Naqd, n°21, Alger, 2005.

[53]

En particulier par Richard H. Armstrong, dans « Last Words : Said, Freud, and Traveling Theory » (Alif, n°25, 2005), qui écrit : « En somme, Said s’identifie très fortement avec le mandarinat fugitif de l’intelligentsia juive » (p. 137).

[54]

Power, Politics, and Culture…, p. 458.

[55]

« The Non-Jewish Jew », pp. 74-75.

[56]

E. Said, Des intellectuels et du pouvoir, Le Seuil, 1994.

Plan de l'article

  1. Le style tardif de Freud
  2. Européen et non européen
  3. Le latent et le non-dit
  4. Freud : un juif non juif

Pour citer cet article

Dayan-Herzbrun Sonia, « Edward Said avec Sigmund Freud. D'un bon usage du palimpseste », Tumultes, 2/2010 (n° 35), p. 199-214.

URL : http://www.cairn.info/revue-tumultes-2010-2-page-199.htm
DOI : 10.3917/tumu.035.0199


Article précédent Pages 199 - 214 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback