CAIRN.INFO : Chercher, repérer, avancer.
« L’imprévu est la seule certitude que nous avons »
Proverbe chinois

Introduction

1Dans le cadre de l’introduction d’une communication présentée fin juin 2011 à l’Université d’Evry, lors d’un colloque consacré au « Gérer autrement », nous indiquions : « Il y a trois ans, lorsque l’on rêvait, encore, de pouvoir faire de Paris, une place financière internationale de premier plan, alors que, comme actuellement, l’indice Dow Jones était aux environs de 12 000 points, le baril de pétrole culminait au-dessus des 100 dollars... La majorité des experts, des économistes, des professionnels et des politiques croyaient encore que la crise était la conséquence des « subprimes » et qu’elle se dénouerait rapidement aux prix de quelques sacrifices marginaux ». Dans son édition des 11 et 12 juillet 2011, les experts financiers interrogés par le quotidien économique Les Echos entretenaient un optimisme prudent et précisaient que « les grandes places boursières avaient bien résisté en ce premier semestre 2011 de tous les dangers ! » Que n’avions-nous point vu. Les temps ont bien changé. La crise bancaire est devenue économique et sociale. Les places financières tentent de se regrouper pour résister au développement des plateformes d’échanges de titres de gré à gré. La recherche académique en Finance s’interroge et hésite entre l’approche mathématique de l’analyse des dysfonctionnements des marchés et la nécessité de se rapprocher de l’ensemble des recherches en sciences sociales pour promouvoir une finance plus responsable, plus proche de l’économie réelle et des entreprises dont elle n’aurait jamais dû s’éloigner. Un nouveau séisme est passé par là et il remet en cause nos repères et nos paradigmes tant sur le plan macroéconomique que microéconomique. sur le premier aspect de nature macroéconomique, le point d’équilibre de l’épargne mondiale s’est déplacé au bénéfice des pays émergents, d’où leurs exigences en termes de représentativité dans les instances internationales et leurs capacités à investir. sur le second aspect de la microéconomie, les business models des firmes de la sphère financière sont remis en cause et le recentrage sur le métier de base redevient, souvent, un des facteurs de pérennisation de ses activités ! Ces quelques constats nous conduisent donc à nous focaliser sur les métiers de la banque et de l’assurance dans son acception la plus large et à nous interroger sur l’actualité donnée à ce questionnement face à un changement de paradigmes. sans dresser une liste exhaustive des multiples interrogations qui nous assaillent, nous sommes en pleine gestion des dilemmes. Tout le monde perd progressivement confiance : les marchés financiers doutent dans la capacité des politiques à faire face à la mondialisation autrement que par la dette ; les Européens doutent sur la nécessaire solidarité à organiser entre eux. Il y a près de 4 ans, personne n’envisageait qu’un établissement bancaire puisse faire faillite, aujourd’hui, les investisseurs s’inquiètent pour les Etats et les collectivités territoriales. Pire, les économies occidentales et émergentes sont confrontées à une crise du soupçon. Trop de décisions politiques annoncées apparaissent déjà comme dépassées, ou pour le moins insuffisantes, y compris les normes prudentielles, tant nos pays sont confrontés, soit à des déficits exorbitants et/où à de nouveaux risques, sociaux en particulier. En 2008, on a empêché la mutation d’un krach financier en récession grâce à la substitution partielle de la dette privée trop risquée par de la dette publique. Trois ans plus tard, c’est l’origine de la nouvelle crise et l’Etat est devenu le problème ! Des Etats dans tous leurs états qui ont perdu leur crédibilité et se voient, toujours contestés par les marchés. Des Etats qui n’arrivent plus à régler leurs problèmes et se contentent de les reporter. « Les G20 successifs sont devenus des sommets incantatoires sans prise réelle sur la montée inexorable de la dette, l’emballement des matières premières, le manque de rigueur de la reprise mondiale » (extrait du communiqué, du 7 juillet 2011, des organisateurs des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence qui avaient pour thème : Le monde dans tous ses états) Il sera donc, probablement, difficile de surmonter rapidement cette situation nouvelle sans un transfert de la richesse des créanciers aux débiteurs. L’argent n’est plus dans les Etats (110 milliards d’euros, c’est le montant du premier plan de soutien insuffisant accordé à la Grèce par la Communauté européenne en mai dernier ; 55 milliards d’euros, c’est le montant des liquidités détenues par Apple ; 28 milliards d’euros, c’est le montant des liquidités détenues par Google...). Dans ces conditions, que reste-t-il comme solutions ? Le capitalisme est-il pour autant condamné ? La réduction des déficits budgétaires se réalisera-t-elle au détriment de la croissance ? Quelle marge de manœuvre pour une politique monétaire face à l’inflation ? Karl Marx avait-il, partiellement, raison quand, il prétendait que la mondialisation et l’intermédiation financière échapperaient à tout contrôle et que la redistribution des richesses tirée du travail au profit du capital conduirait à l’autodestruction du capitalisme ? Même si le socialisme n’a pas apporté de meilleurs résultats, les jours noirs des marchés financiers d’août 2011 (plus de 5 000 milliards de $ de capitalisation boursière volatilisée en un mois...) ont ébranlé nos certitudes et nos repères. La domination, au cours de ces trente dernières années, du dogme de la création de valeur pour l’actionnaire ne serait-elle pas en train de vaciller au profit d’une valeur partenariale plus respectueuse des salariés et de l’environnement ? Mythe ou réalité, une démarche contributive commune pourrait-elle voir le jour à l’approche du « Rio + 20 » en préparation pour 2012 sous l’égide de l’ONU et ce, vingt ans après le Sommet de la Terre de Rio de 1992. Au cours de ces vingt dernières années, malgré des efforts et des réflexions, la situation ne s’est guère améliorée. Crises énergétiques, dégradations environnementales se sont ajoutées à l’évolution démographique et aux deux milliards d’urbains supplémentaires. La responsabilité sociale, le développement durable, obéissent à une logique de coopération sur du long terme. Une rupture économique, une rupture dans la gouvernance ne sont-elles pas de mise pour préconiser une rentabilité sur les usages plus que sur la possession ?

2Sur le plan méthodologique, cette contribution poursuit les travaux amorcés dans nos récents ouvrages et communications consacrés à la gouvernance de la sphère financière et au « Gérer autrement ». En raison de la complexité de la recherche qui affecte des champs, aussi, diverses que la finance, l’économie, la responsabilité sociale, l’étude des comportements individuels et collectifs et les sensibilités, pour ne pas dire les excès de dramatisation de l’actualité par les médias, le choix d’une approche qualitative du terrain a été privilégié. La méthodologie est essentiellement fondée sur la base d’entretiens non directifs conduits auprès d’experts et de professionnels de ces domaines de la banque et de l’assurance. Deux parties structureront ce texte : premièrement, de quelle crise parlons-nous ? Deuxièmement, une démarche prospective (ni prophétie, ni prévision, mais, anticipation et action) s’efforcera d’en cerner les conséquences possibles sur l’évolution des modèles d’affaires de la sphère financière.

1 – De quelles crises parlons-nous ?

3En grec « Krisis » (crise) signifie crible, tamis. Alors, une crise peut-elle être salutaire ? L’histoire se répète-t-elle ? Le modèle de l’oscillateur de Hansen/Samuelson nous dit que l’économie est cyclique. Cette dynamique cyclique que nous connaissons et qui se déroule suivant le processus décrit par Keynes, dans le chapitre XXII de sa théorie générale, à savoir, la conjonction d’un ralentissement de l’investissement et d’un déstockage massif. Tant dans les pays émergents que dans les pays développés, les crises ne font pas exception à des degrés divers et c’est probablement en cela que la crise actuelle se différencie des précédentes. Faut-il pour autant se satisfaire d’un fatalisme qui se limiterait à attendre que cela passe sans autre recherche de solution. Les crises doivent êtres identifiées et anticipées afin d’en limiter les effets négatifs, sachant que certains remèdes sont, parfois, pires que les maux ! Il est courant de dissocier les crises économiques des crises financières. Les premières relèvent, généralement, d’une brusque dégradation temporelle et géographique de la situation économique pouvant affecter un secteur d’activité, une région, un pays ou l’ensemble de la planète. Les causes possibles sont multiples et ne font pas consensus chez les théoriciens de l’économie. Dispositif historiquement inévitable selon Karl Marx (1818-1883) car lié à la surproduction, ce dernier a vu dans le libéralisme et ses conflits d’intérêts entre patrons et salariés le fait générateur de la crise. Pour l’école autrichienne d’économie (école de pensée hétérodoxe du 19e siècle), ce sont les défauts d’ajustements de l’appareil de production à la demande réelle qui génèreraient les crises. Chez les économistes libéraux (Adam smith, 1723-1790), le système comporte la possibilité de s’autoréguler. Le Keynésianisme (Keynes, John Maynard, Lord, 1883-1946) est la principale construction théorique préconisant l’intervention de l’Etat afin de moduler les capacités productives d’un pays. Le terme de crise financière est plus généralement employé pour qualifier un ensemble assez vaste incluant les crises bancaires, les crises boursières et l’évolution de la dette publique. Toute crise financière a des effets néfastes sur l’ensemble de l’économie pouvant s’inscrire dans la durée avec un resserrement du crédit, une baisse de l’investissement et un accroissement des tensions sociales. L’histoire économique et financière est remplie de périodes d’euphories suivies de profondes dépressions. Pour faire simple, au cours des quatre derniers siècles (bien avant, l’Empire romain fut sans cesse à la recherche d’argent), ces périodes de crise se sont succédé par centaines sans que jamais politiciens et économistes ne semblent apprendre de leurs erreurs d’analyse. En février 1637, après plusieurs années de spéculation sur les cours des bulbes de tulipes aux Pays-Bas, les prix s’effondrent brusquement provoquant la ruine de nombreux spéculateurs. Cet épisode est considéré par certains historiens comme le premier exemple de bulle spéculative économique et financière de notre histoire.

4Quelles ressemblances et dissemblances entre les crises ? Des traits économiques et des traits liés aux comportements individuels et collectifs les caractérisent : la dette publique sort tout droit des dépenses extravagantes induites par les grands conflits ; la surestimation des possibilités de croissance et de profits des dernières années ; la présence de bulles spéculatives où les analyses rationnelles font place à une exubérance irrationnelle, selon l’expression même du Président de la Réserve fédérale, M. Alan Greenspan. La valeur de l’actif n’est plus reliée au réel, mais à sa valeur espérée de revente. C’est la période où la rumeur remplace le fait et la spéculation annihile l’analyse. Les turbulences naissent de certitudes ébranlées. Il y a trois ans, peu d’experts imaginaient encore qu’une banque puisse faire faillite. Aujourd’hui, les investisseurs doutent des monnaies et des Etats. Ce manque de confiance et cet environnement anxiogène contribuent à rendre invisibles les démentis des rumeurs. Les subprimes sont supplantés par les crédits souverains dont la toxicité est peut-être différente !

5« Lorsque le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit avance dans les ténèbres », ce constat d’Alexis de Tocqueville illustre parfaitement les défis de notre économie en quête de repères, de sens et d’anticipations. Cette rupture, source d’incertitudes, est pour certains consécutive à la montée progressive de l’immatériel en lieu et place de l’économie de production. Les entreprises qui vivaient du cycle de renouvellement naturel de leurs produits sont désormais conduites à provoquer le choc de l’offre et confronter à multiplier leurs investissements dans l’immatériel (études, publicité, brevets…). Pour d’autres, force est de constater que les productions de biens matériels ont continué à augmenter en volume dans les pays développés. On a donc complexifié l’économie, on ne l’a pas rendue totalement, immatérielle. Il n’y a pas de séparation, aussi, stricte, entre « l’ancienne et la nouvelle économie ». L’essentiel du surcroît de croissance proviendrait davantage de l’amélioration de l’efficience du capital productif dans l’ensemble de l’économie grâce à la diffusion des NTIC dans les autres secteurs. La « Nouvelle économie » est un terme qui désigne aux États-Unis la hausse de la croissance générée à partir de la fin des années 1990 par les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. La nouvelle économie est encore loin d’être universelle et sa mise en place demeure coûteuse en termes sociaux. Toutefois, il convient de se rendre à l’évidence et l’exploitation intellectuelle conjuguée à la complexité des technologies exacerbent deux logiques, souvent opposées, celle des actionnaires qui attendent un retour rapide et profitable de leur investissement et celle du management qui réclame le temps et l’argent avec pour conséquence immédiate une exposition accrue aux risques : risque de sous-évaluation de la part des investisseurs pour prévenir toute défaillance et risque de sur évaluation pour les marchés, source de réveils douloureux.

6La crise bancaire de 1907 (Panique bancaire américaine aussi dénommée Panique des banquiers, les actions new-yorkaises perdant près de 50 % de leur valeur par rapport à l’année précédente), puis deux guerres mondiales et la crise de 1929 ne sont pas favorables à l’expansion du secteur bancaire. L’expérience prouve que la généralisation des banques centrales « prêteur de dernier ressort », ne garantit pas la stabilité financière. Aux États-Unis c’est près de 10 000 banques qui font faillite avant 1935. Cette situation conduira à la mise en place du Glass-Steagall Act (du nom d’un sénateur démocrate de Virginie, Carter Glass, ancien secrétaire au Trésor, et d’un représentant démocrate de l’Alabama, Henry B. Steagall, président de la commission Banque et Monnaie de la chambre des représentants). Ce Banking Act de 1933 va :

  • instaurer une incompatibilité entre les métiers de banque de dépôt (commercial banking) et de banque d’investissement (investment banking) ;
  • créer le système fédéral d’assurance des dépôts bancaires ;
  • introduire le plafonnement des taux d’intérêt sur les dépôts bancaires.
Battu en brèche depuis le milieu des années 1970 pour inadaptation à la croissance des marchés financiers, il sera abrogé le 12 novembre 1999 par le Financial Services Modernization Act, dit Gramm-Leach-Bliley Act, juste à temps pour permettre la fusion constitutive de Citigroup. En France, pendant la Seconde Guerre mondiale, la loi du 13 juin 1941 réglemente l’activité des banques françaises et met en place des institutions qui seront conservées à la libération après un changement de nom (Commission de Contrôle des banques, Conseil national du crédit…). En 1945, le gouvernement du Général de Gaulle nationalise la Banque de France et les quatre premières banques commerciales possédant un réseau national : Crédit Lyonnais, société générale, Comptoir national d’escompte de Paris et BNCI, ces deux derniers établissements constituant quelques années plus tard la Banque Nationale de Paris en 1967). Cette même loi de nationalisation reprend l’essentiel de la réglementation du gouvernement de vichy et établit une cloison étanche entre les banques de dépôt qui doivent privilégier les emplois liquides et les banques d’affaires qui se consacrent aux financements de long terme. La Banque de France est largement marginalisée au profit du Trésor, comme sanction de sa passivité et de son inefficacité. Progressivement, les familles françaises sont « bancarisées, et ce notamment, à la suite des accords de Matignon en 1968, sous l’effet de la mensualisation des salaires et de leurs versements obligatoires sur un compte. La première crise pétrolière de 1973 se répercute sur les banques françaises qui se trouvent progressivement entrainées dans l’encadrement du crédit. C’est en 1982 que le gouvernement de gauche, issu des élections de l’année précédente, procède à une nouvelle vague de nationalisations concernant tous les établissements bancaires dont le total du bilan est supérieur à un milliard de francs. L’emprise croissante exercée par l’État sur le système bancaire n’empêche guère ce dernier d’évoluer avec une diversification de son offre de produits et services (crédits à l’habitat, épargne logement, produits monétaires, crédit-bail… cartes bancaires…), de se rapprocher des compagnies d’assurance, et de poursuivre ses efforts d’implantation à l’international. Malgré cela, le paysage bancaire et financier des années 1980 ressemble fort à une mosaïque de réseaux disposant chacun de leur propre statut et de leur réglementation particulière, c’est-à-dire un système complexe et archaïque qui prépare mal l’ensemble de notre galaxie financière à affronter les bouleversements des technologies, de la concurrence internationale et les changements de comportements de ses clients.

7Compartimentée, réglementée et dominée par l’État, la banque française va connaître de profondes mutations sous la conjonction de plusieurs facteurs. En particulier, la loi bancaire du 24 janvier 1984 soumet à un cadre juridique commun, l’ensemble des établissements de crédit, quel que soit leur statut et génère un mouvement continu de décloisonnement du crédit et de déréglementation du système bancaire. La libéralisation du crédit instaure les bases d’une véritable concurrence entre les banques et les autres établissements de crédit sur le plan national où les opérations tendent progressivement vers une forme de banalisation. La multiplication des innovations financières depuis quelques années, la complexité croissante des mécanismes monétaires, le développement et l’interconnexion des marchés de capitaux, au plan national aussi bien qu’international, ont considérablement accru le besoin d’information financière. Dans le même temps, l’ampleur et la rapidité des mutations (technologiques, réglementaires, privatisation, mondialisation…) qui affectent les systèmes financiers suscitent un peu partout des interrogations sur leur solidité et sur leur avenir. L’enseignement principal que l’on peut tirer de ces trente dernières années de mutations et d’innovations tient en une phrase : ce qui posait problème dans les années 80 n’en pose plus véritablement, mais ce qui ne posait pas problème à cette époque en pose d’incontestables et de graves aujourd’hui. La crise actuelle de la zone euro est un cercle vicieux, amplifiée par les atermoiements des politiques. Preuve en est donnée avec les conclusions de l’Eurogroupe (réunion des 17 pays européens ayant adopté l’euro) du 16 septembre 2011 qui s’est tenu à Wroclaw et ce, malgré la présence du secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner, qui n’a pas ménagé ses hôtes en les invitant à parler d’une seule voix ! A cette occasion, les Européens ont refusé d’augmenter la dotation du FESF (Fonds européen de stabilité financière doté de 440 milliards d’euros pour aider les pays européens et leurs banques en péril). Ils ont reporté en octobre le déblocage d’une nouvelle tranche de prêt à hauteur de 8 milliards d’euros pour la Grèce et différé la mise en place du futur mécanisme européen de stabilité (MES) destiné à prendre le relai du FESF. En attendant, que va devenir la Grèce ? Si le défaut de paiement est envisagé, il reste à en fixer le niveau. Mais, accepter le défaut de paiement sans répondre à la question qui paie, est un non-sens : les Etats, les banques ? Et après, quelle incidence sur les pays de l’Eurogroupe les plus fragiles (l’Italie, l’Espagne, le Portugal…) ? Le manque de transparence et l’imprécision des engagements précis détenus par les établissements bancaires français sur la Grèce sont édifiants. Le même jour du mois de septembre, cinq grands quotidiens français traitaient de cette évaluation avec des estimations variant de plus de 30 %. Qu’en est-il pour les autres Etats fragilisés. Pour l’Italie, par exemple, où les engagements de ces mêmes banques françaises seraient quatre fois supérieurs à ceux détenus en Grèce ?

2 – Conséquences de la crise sur les modèles d’affaires de la sphère financière

8Notre époque semble caractérisée par l’incertitude et la défiance. Incertitude sur l’avenir, défiance envers les institutions, la politique, les experts qui ont perdu le sens de l’anticipation. Au moment où nous rédigeons cet article, les lundis, les mardis… et les vendredis « noirs » se succèdent à la bourse et Moody’s vient d’abaisser la note de la Société Générale et du Crédit Agricole. Les établissements français et européens défendent leur solidité, mais la conjoncture morose et la crise de la dette pèsent sur leurs cours (depuis le début de l’année 2011, le cours de l’action de la Société Générale a, déjà, perdu, mi-septembre, près de 60 %). Le discrédit des banques se poursuit et le rapport des Français à l’argent demeure complexe. La France déprime, sans doute, au-delà du raisonnable et de la réalité de la situation, sous influence de la grande misère médiatique. L’immédiateté prime au détriment de la réflexion. La paupérisation des classes moyennes et le recours aux crédits en qualité de substituts à l’augmentation des salaires, la titrisation, les subprimes, le contournement de la réglementation, la faiblesse de la régulation, l’absence de crédibilité des agences de notation représentent bien les principaux éléments facilitateurs, sans constituer une liste exhaustive de facteurs explicatifs, de la crise financière qui a débuté en 2007 [1]. Dans ce contexte turbulent, les banques doivent redécouvrir les vertus des métiers de base, des métiers d’intermédiation. Depuis la décennie 80, leurs « business models » se sont évertués à innover sur les marchés financiers afin de mieux créer de la marge et de répondre aux exigences macroéconomiques de déréglementations, de décloisonnements et de désintermédiations. Les banques européennes ont suivi, dans une moindre mesure, leurs consœurs américaines dans cette financiarisation de l’économie avec le séisme que l’on déplore aujourd’hui et la défiance enregistrée à leur encontre. L’importance des pertes des banques pour les années 2007-2008, et plus partiellement 2009, pose la question de la légitimité du modèle économique sur lequel est fondée l’activité de marché. Le métier de l’intermédiation est remis au goût du jour car il génère, certes, un moindre produit net bancaire (c’est la différence entre les produits et les charges d’exploitation bancaire, ce n’est pas un chiffre d’affaires, il s’apparente à la valeur ajoutée des entreprises industrielles et commerciales dans l’analyse des soldes intermédiaires de gestion), mais assure une récurrence de résultats fondés sur de la marge et non sur une plus-value incertaine. L’activité de la banque de détail est de nature à rétablir le climat de confiance, cette confiance qui ne se décrète pas, mais se mérite et s’entretient.

9Les turbulences ne sont pas terminées, entre les banques qui ont facilité les contorsions de certains États pour dissimuler la réalité de leurs finances publiques puis ensuite, organisé la spéculation sur les obligations publiques de ces mêmes États, entre celles qui tentent d’expliquer que les aides gouvernementales au secteur bancaire ne doivent pas être retirées trop prématurément au risque de fragiliser un semblant de reprise économique et celles qui ont à justifier publiquement leurs rôles pendant la crise financière et parfois se sont les mêmes, il y a lieu de rester vigilant dans la surveillance et la régulation des systèmes bancaires nationaux et internationaux. Comment réguler pour mieux anticiper sans toutefois succomber à la mode, à la tendance ? Le coût des nouvelles dispositions qu’impose la leçon tirée par les régulateurs, tant en Amérique du Nord, qu’en Asie et qu’en Europe, peut être conséquent pour les intermédiaires bancaires et leurs clients, mais, il faut s’interroger sur sa capacité à prévenir les crises de demain ! Éviter les crises n’est pas chose facile. Pour s’en convaincre, il suffit de voir les récents désaccords des ministres des Finances du G20 sur les meilleurs moyens d’imposer au secteur bancaire des contributions à la stabilité financière mondiale et les difficultés du Président Obama dans l’application de ses réformes du système financier américain. Tous les établissements bancaires ont-ils su tirer les enseignements de la crise ? Des statistiques tenteraient d’apporter une réponse affirmative, le montant des émissions mondiales d’obligations adossées à des crédits, ce que l’on appelle communément la titrisation, serait passé de 480 milliards de dollars en 2007 à 4,2 milliards en 2009 ! Est-ce convaincant ? D’autres innovations financières arrivent, par exemple : « le dark pool » new-yorkais ou marché des liquidités opaques ; les ordres cachés du London Stock Exchange…; le rôle croissant des fonds souverains des pays d’Asie et du Moyen-Orient qui se sont offert des participations de choix à des cours exceptionnellement bas et gèrent près de 3 000 milliards d’euros en 2010. En quoi l’alourdissement de la contrainte prudentielle sur les opérations de banques d’affaires (Bâle III censé s’appliquer en 2013) incitera à accroitre les financements intermédiés aux entreprises ?

10L’entreprise financière pour être pérenne doit se doter d’un véritable « capital » confiance. L’entreprise de demain, toujours soumise à des impératifs d’efficacité, pour être « durable », doit, en plus, répondre en matière de contribution au mieux vivre, aux attentes de ses salariés, de ses partenaires et de l’opinion publique. Ces nouvelles priorités définissent la nouvelle croissance et consistent : à aller “vers une économie de la connaissance et/ou du green business”, à préférer l’emploi à l’assistance et à sensibiliser l’Etat à la maîtrise de la dépense publique. Son nouveau pilotage repose davantage sur un projet ou une vision partagée par tous !

11D’autres, encore, sont allés plus loin et n’hésitent pas à privilégier le temps plutôt que l’argent en apprivoisant « une indépendance et une pauvreté individuelle » fondées sur moins de consommation et plus d’éthique. Entre utopie et vie précaire, il s’agit des ardents défenseurs de « la décroissance » ! Certains qualifiés de « khmers verts » parlent « d’acroissance » pour rompre avec le totalitarisme de la croissance. Après les « néo-ruraux » de 1968, ils mêlent les idées de réduction de la consommation avec des préoccupations écologiques et un choix de vie plus conforme à des convictions visant à rejeter tous systèmes (éducatif, travail…). Mais, décroître jusqu’où ? Quel universalisme pour cette approche de l’économie et comment la partager avec les pays pauvres ? Alors, croissance ou décroissance pour les années à venir ? Quelles conséquences pour la croissance globale qui génère des différences de potentiel de richesse entre pays riches marqués par des rigidités réglementaires et la frénésie de création des pays émergents encore peu soucieux d’environnement et de dimensions sociales ? D’autres, une quarantaine d’organisations européennes représentant plus de 300 ONG, syndicats et organisations de consommateurs ou d’épargnants tentent, dans le débat public, de répondre aux arguments des professionnels de la banque. Finance Watch, « le Greenpeace » de la finance a ainsi vu le jour fin juin 2011 avec une triple mission : apporter une contre-expertise indépendante aux propositions de l’industrie financière ; alimenter le débat public ; assurer un lobbying permanent auprès des instances de Bruxelles. Le principal objectif de cette nouvelle ONG réside dans le renforcement des règles prudentielles pour les banques et les agences de notation, le renforcement de l’encadrement de la distribution des prêts immobiliers et des produits dérivés avec à la clé, l’instauration d’une taxe européenne sur les transactions financières…

12Quand la spéculation financière conduit au séisme économique actuel et que le pouvoir bancaire redécouvre les vertus de l’État providence, alors, il y a lieu de s’interroger sur les évolutions et le rôle de la finance ! Après la banque de financement et d’investissement qui avait concentré toutes les accusations liées aux crises et nécessité l’intervention massive de l’argent publique en faisant exploser la dette des États, la banque de détail pourrait à son tour être conduite à supporter les conséquences de la crise sociale à travers ses risques domestiques et par conséquence accroître le coût de ses financements. Pour combattre la méfiance et le discrédit ambiants, il convient alors de bien distinguer : le rôle des banques de détail et des banques de financement ; les spécificités des modèles de banque (banque de type capitalistique et banque de type coopératif) ; les modèles hybrides comportant à la fois des structures cotées en bourse et des coopératives… lesquelles font preuve de plus de résilience dans les crises actuelles, de liquidité, économique et/ou sociale ? Parfois dans la précipitation, tout le monde souhaite revoir la gouvernance des établissements bancaires et financiers. Ainsi, l’exigence du renforcement des fonds propres et de leurs qualités, prescrit par le Comité de Bâle, le CEPS (Center for European Policy Studies mandaté pour formuler des recommandations à la Commission européenne), le FMI, le G20…, est, généralement adossé au statut de la société anonyme et à son véhicule, l’action. Comment alors définir le noyau dur des fonds propres d’une banque coopérative au travers de ses parts sociales sans droit sur l’actif et souvent assimilées à des instruments de dette. Le Comité de Bâle et les régulateurs admettraient l’exception d’un traitement adapté en raison des sommes en jeu, plus de 40 milliards d’euros. D’autres incertitudes pèsent, également sur le secteur mutualiste : le traitement des réserves, la nomination des administrateurs (question de l’indépendance des administrateurs… Parfois stabilisateurs, parfois ambitieux, le poids économique des établissements bancaires coopératifs, en Europe, ne peut cependant laisser indifférent : il y a 4 200 banques coopératives sur un total de 7 000 banques avec 60 millions de membres et près de 200 millions de clients. Dans une économie européenne continentale intermédiée à 70 % (les crédits se font par les banques), ils financent plus du tiers de PME. En France, les trois grands groupes bancaires coopératifs Crédit Agricole, BPCE, Crédit Mutuel) assurent près de 60 % de l’activité de la banque de détail (crédit et épargne). « Les banques coopératives se trouvent, en raison de la crise, plus encore que jamais, à la croisée des chemins. Soit, elles retrouvent leurs racines et elles sont susceptibles de participer activement à la sortie de crise. Soit, elles réitèrent certaines de leurs erreurs passées… et il est alors à craindre que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, elles risquent d’aller, à vitesse accélérée, dans le mur »… Encore faut-il que les banques coopératives retrouvent leur pleine et entière identité et qu’elles ne se lancent pas dans une stratégie suicidaire du type on va se refaire. Ou pire encore, qu’elles ne se replient pas, frileusement, dans le – faux - confort de la clientèle de proximité »[2]. Entre banalisation et reconquête identitaire, tel est le dilemme !

13Le sens de l’anticipation doit s’imposer entre le carcan contre-productif du tout réglementé et du tout libéral. La distinction entre entités cotées et fonds « privés » n’a plus la pertinence qu’elle pensait avoir eue L’ensemble des acteurs du marché, quel que soit leur statut, doit être soumis à plus de transparence et à une limitation des risques. Mais, il n’y a pas que le modèle économique dit « structurant » du capitalisme, il convient de composer avec le modèle social et ses principes de solidarité, s’il répond à une efficacité d’ensemble. « La dépendance de l’économie postindustrielle vis-à-vis de l’éducation et des talents garantit le besoin de jugement de l’homme et de la créativité dans le travail… »[3]. Qu’ont en commun le rachat de ses propres actions par une entreprise, le rôle croissant des fonds de pension et le développement de la micro finance. Tous ces thèmes, a priori sans lien évident, posent la question centrale de l’accès des entreprises au capital et de la séparation entre financeurs et décideurs Dans ces conditions le modèle mutualiste conserve toutes ses chances car il est susceptible de faire aussi de l’économie autrement ! Apportera-t-il des réponses à la finance autrement ? Au moment où l’on prend conscience d’une telle nécessité pour l’économie d’être au service de l’homme, la finance virtuelle n’a jamais été aussi puissante ! Les idées peuvent être à la mode sans se traduire forcément dans les faits. Le développement durable dans sa trilogie économique, sociale et environnementale en est semble-t-il une illustration ! Mythe ou réalité ? Un courant de pensée se développe actuellement dans l’affirmation que l’entreprise devrait être plus sociale et plus humaine (l’homme avant le profit), un ensemble hétéroclite où le respect de l’idéal se heurte souvent à la réalité. A l’autre extrémité du débat, en 1970, Milton Friedman rappelait que la seule responsabilité de l’entreprise, c’est de faire du profit. Il insistait, en particulier sur le fait que la firme n’est pas responsable, car ce sont les hommes et non les structures qui sont responsables. Peut être par ce qu’elle a la brutalité d’une forme d’évidence, cette déclaration interpelle et soulève l’indignation. Comment passer alors de la valeur ajoutée à la valeur mieux partagée. Il convient de ne pas se tromper ni de tromper les gens sur le rôle de l’entreprise : c’est le lieu privilégié d’expression du travail et de la création de richesse. L’impact de son activité sur son environnement, la responsabilité sociétale ne rentreraient-ils pas dans le champ des externalités et des choix politiques relevant des seules prérogatives de l’Etat ? Jean-Marc Daniel, Professeur d’Economie à l’ESCP-EAP rappelait (page 40 dans Enjeux les Echos, septembre 2011) que pour schumpeter, l’entrepreneur et l’entreprise sont inexorablement voués à l’envie. « Dès lors, la mission des entreprises n’est pas de courir après une illusoire popularité, mais d’assumer leur fonction de création de richesse ».Dans le contexte actuel est-ce vrai pour les banques ? L’image positive de la firme n’est pas dénigrée par les Directions des Ressources Humaines dans la perspective d’attirer de jeunes talents ! Probablement plus que cette éternelle question du nécessaire profit, c’est sa répartition qui est cause de divergence.

14Quelles évolutions, quels scénarios envisager ? La réforme des agences de notation, en situation actuelle d’oligopole, semble constituer une priorité. L’exclusivité et la brutalité injustifiées des abaissements de notes, tant pour les firmes que pour les Etats, entrainent paniques et soupçons de collusion avec les spéculateurs. Porteuses de conflits d’intérêts, il y a néanmoins lieu de se poser la question si « le thermomètre dissipe la fièvre » ? L’obsession de la note (Shanghai pour les universités, les agences de notation pour les firmes…) est, aussi, de la responsabilité des Etats qui ont trop facilement accepté et encouragé le système. Faut-il, pour autant créer une nouvelle agence adossée au FMI ou à la BCE ?

15Comme le présentaient, O. Pastré et M. Castel, d’abord dans un n° 96 de janvier 2010 de la REF, puis dans un article, pp.29-30 de la Revue Banque n° 730/731 de décembre 2010, puis à nouveau O. Pastré seul, dans l’ouvrage « La Banque de détail », Ed. ESKA : « 2020 : quel paysage bancaire en Europe » ; « BNP Paribas sous contrôle indien, des banques allemandes qui font faillite… les établissements européens pourraient connaître le pire dans les années qui viennent. Mais, le meilleur n’est pas exclu, à certaines conditions : une esquisse de gouvernance économique pour l’Europe ; la création d’un superviseur européen pour les 20 plus grands groupes… Du rêve à la réalité économique, il ne manque généralement que la volonté politique… ». Tôt ou tard, le paysage financier va se recomposer. Quand un groupe comme APPLE détient 75 milliards de $ de liquidité et que la capitalisation boursière de banque comme la Société générale est tombée à 25 milliards de $, les industriels, les services pourraient fort bien s’intéresser à la banque dans le cadre d’une stratégie de diversification !

Conclusion

16Chaque crise apporte son lot de ruptures. Mais, chaque crise stimule l’innovation. A rebours de la sinistrose ambiante, ces quelques propos se sont efforcés d’en explorer quelques modestes aspects. Il convient de rester lucide et vigilant. De nombreuses interrogations subsistent, mais il y a nécessité de s’attaquer aux maux qui ruinent le modèle financier occidental : le toujours plus associé au toujours plus vite ; l’utopie d’une maîtrise absolue des risques. Si la crise peut se montrer révélatrice, elle ne change pas instantanément la nature humaine et ses comportements. Courage politique et solidarité dans les efforts à accomplir sont de mise dans un contexte d’incertitudes. La sphère financière n’échappe pas à ces défis. Un modèle de banque de gestion privée, mais de mission collective et/ou publique, pourrait peut-être s’avérer pertinent, à mi-chemin du système libéral anglo-saxon et du système plus étatique français doté d’un interventionnisme éclairé. Dans le cas France, il y a peut-être aussi, à réconcilier prioritairement, les Français et l’argent, les Français et le goût d’entreprendre (les 500.000 auto-entrepreneurs apparus depuis janvier 2009 ne traduisent qu’une vue partielle et partiale d’une nécessaire dynamique pour l’investissement et la croissance !).

Notes

  • [1]
    Pour une analyse précise de la crise financière, nous renvoyons le lecteur aux numéros de « Documents et débats » de la Banque de France : le numéro 2 publié en février 2009 et le numéro 3 paru en janvier 2010.
  • [2]
    Extrait de la préface d’Olivier Pastré dans l’ouvrage « La banque Coopérative en Europe, Stratégies et défis ».
  • [3]
    Propos tenus par Francis Fukuyama, dans le cadre des rencontres économiques d’Aix en Provence qu’organise, chaque été, le Cercle des économistes. Le thème de ces rencontres des 6, 7, 8 juillet 2007 était : « Fin de l’histoire économique ? Triomphe final du capitalisme anglo-saxon ? ».
Français

Résumé

Les économies occidentales et émergentes sont confrontées à une crise du soupçon. En 2008, on a empêché la mutation d’un krach financier en récession grâce à la substitution partielle de la dette privée, trop risquée, par de la dette publique. Trois ans plus tard, c’est l’origine de la nouvelle crise et l’Etat est devenu le problème ! Un nouveau séisme est passé par là et il remet en cause nos repères et nos paradigmes, tant sur le plan macroéconomique que microéconomique. Au plan macroéconomique, le point d’équilibre de l’épargne mondiale s’est déplacé au bénéfice des pays émergents, d’où leurs exigences en termes de représentativité dans les instances internationales. Au plan microéconomique, les business models des firmes de la sphère financière sont remis en cause et le recentrage sur le métier de base redevient, souvent, un des facteurs de pérennisation de leurs activités ! Ces quelques constats nous conduisent donc à nous focaliser sur les métiers de la banque et de l’assurance dans son acception la plus large, et à nous interroger sur l’actualité donnée à ce questionnement face à un changement de paradigmes.

Mots-clés

  • impact des crises
  • modèles de banque
  • nouveaux paradigmes
English

Abstract

The Western and emerging economies face a crisis of suspicion. In 2008, the transfer of a financial crash in recession has been prevented by the partial substitution of a too risky private debt by public debt. Three years later, this is the origin of the new crisis and the state became the problem! A new earthquake has been there and it challenges our benchmarks and our paradigms both macroeconomic and microeconomic. At the macroeconomic level, the balance of world savings has shifted in favor of emerging as their requirements in terms of representation in international bodies. At the microeconomic level, the business models of the financial firms is being challenged and refocusing on core business becomes often a factor in sustainability of their activities! These observations lead us to focus on the areas of banking and insurance in its broadest sense and to wonder about the relevance of these questions facing a paradigm shift.

Keywords

  • impact of crises
  • banking models
  • new paradigms

Bibliographie

  • Aglietta, M., (2008), La Crise – pourquoi on en est arrivé là ? Comment s’en sortir ?, éd. Michalon, Paris.
  • Guider H. et Roux M., (2009), La banque coopérative en Europe, Edition Revue Banque.
  • Richez-Battesti, N., (2008) « Rapport Moral sur l’Argent 2007, Les entreprises de l’économie sociale en question », Association d’Economie Financière, REF, Paris, pp.103-115.
  • Roux M., (2005) « Finance éthique, structures, acteurs et perspectives en France », édition Revue Banque, Paris.
  • Roux M., (2009) Les sociétés mutuelles d’assurance : un statut à l’épreuve du développement, édition ESKA, Paris.
  • Roux M., (2010) La banque de détail, sous la direction de, Collection Master, Edition ESKA.
  • Roux M., (2011) A nouvelle croissance, finance autrement, ou comment gérer les paradoxes ?, dans Crise de la dette et financement de la nouvelle croissance, volume 6, pp. 81-87, Paris, Centre des Professions financières.
Michel Roux
Université Paris 13
Mis en ligne sur Cairn.info le 04/05/2012
https://doi.org/10.3917/vse.189.0061
Pour citer cet article
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