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Vingtième Siècle. Revue d'histoire

2001/2 (no 70)


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Il n’a jamais existé dans l’histoire, entre la France et l’Allemagne, une collaboration aussi vive et étroite que celle, dans le domaine économique, durant les quatre années de l’Occupation [1][1] Bundesarchiv – Abt. Militärarchiv, Fribourg-en-Brisgau....

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Quelle stratégie économique le Reich a-t-il suivie en France de 1940 à 1944 ? Comme tout occupant, l’Allemagne a, bien entendu, pillé le pays et tenté d’exploiter la main-d’œuvre, en l’exilant outre-Rhin. Mais Berlin a également suivi une stratégie originale, en passant – sous des modalités diverses – commande aux industriels français. Ces derniers, semble-t-il, ne se firent guère violence et travaillèrent de bon gré pour l’ennemi, appuyés il est vrai par le régime vichyste. Retour sur une page méconnue de la vie économique durant les années sombres…

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La débâcle de mai-juin 1940, l’armistice et l’occupation de la majeure partie de l’Hexagone furent une surprise complète pour les dirigeants nazis comme pour le camp adverse. Après une première période (été 1940) d’hésitations et d’adaptations à la nouvelle donne, l’occupant mit en place, à partir de l’automne 1940 et grâce à l’orientation collaboratrice de Vichy, un appareil d’exploitation systématique mais encore limitée des ressources françaises placé sous le signe de la poursuite de la guerre. Après l’échec de la guerre éclair devant Moscou et avec l’élargissement mondial du conflit, commença en France une nouvelle étape marquée par l’utilisation systématique des ressources disponibles au profit de l’effort de guerre allemand qui ne s’acheva qu’avec la Libération. À côté de ces trois phases majeures de la politique économique allemande au cours des quatre années de l’Occupation, il est possible de distinguer trois stratégies fondamentales d’exploitation des territoires conquis [2][2]  Ibid., p. 28-40.. Inscrites au cœur des délibérations au sein du régime nazi en été 1940, elles furent appliquées en partie simultanément, en partie successivement en France : la politique classique du pillage pur et simple, – forme la plus primitive de l’approvisionnement du conquérant ; la stratégie plus subtile de relancer la production dans le pays occupé afin d’augmenter à long terme le « rendement » au bénéfice de l’économie de guerre allemande ; l’exploitation physique au sens propre du terme, incluant une stratégie volontariste de chasse à l’homme et la déportation au travail forcé hors du territoire occupé. Répondant à la fois aux impératifs de la poursuite de la guerre et à la politique de collaboration de l’« État français », la deuxième option se trouva au centre de la pratique d’exploitation en France hormis au début et à la fin de l’Occupation où la première prévalut et durant l’intermède de 1942-1943 où ce fut la troisième qui l’emporta. Cette stratégie de relance impliqua, en particulier, le placement de commandes allemandes de fabrication dans les usines françaises [3][3] Jusqu’ici, du côté allemand, on cherche en vain une.... Or ces commandes reflétèrent de façon significative les convergences d’intérêt entre le calcul d’exploitation allemand et le souci français d’assurer la rentabilité de l’industrie en utilisant intégralement la capacité, l’innovation et la compétitivité de l’appareil productif. L’importance réelle du prétendu « transfert des commandes » en France et celle des réserves de capacités industrielles à l’Ouest dans la conduite de guerre nazie se situent par conséquent au cœur de notre interrogation.

? Les tâtonnements allemands au lendemain de l’armistice

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Au début de 1940, les buts stratégiques à court terme du régime se limitaient uniquement au nord et à l’est de la France, dans les bassins miniers de Douai/Lens et de Longwy/Briey [4][4] Cf. le document de Nuremberg n° EC-606 : Note du Chef... avant tout. En outre, les directives du haut commandement de la Wehrmacht (OKW) sur l’administration des territoires à occuper en France, émises la veille même de l’offensive allemande du 10 mai et faisant expressis verbis allusion à la Convention de La Haye, recommandaient simplement de « ménager » la population et de « maintenir » la vie économique du pays. Cependant, fait significatif, Hitler lui-même qui préférait se ménager plusieurs options de politique économique envers la France à envahir [5][5] Sur le contexte général de sa stratégie à l’égard de..., raya la seule phrase portant une restriction explicite dans le projet initial de ces directives en novembre 1939 : « Il faut renoncer à une exploitation des territoires occupés dans l’intérêt unilatéral allemand » [6][6] Staatsarchiv (StA), Nuremberg, Fonds 502 II. Document.... Aussi, les planificateurs économiques de Berlin eurent-ils carte blanche pour préparer systématiquement le pillage délibéré de tous les objets dits rares (Spar- und Mangelgüter). Déjà au cours des opérations militaires, les Détachements économiques (Wirtschaftstrupps) qui eurent à suivre « immédiatement » [7][7] StA Nuremberg, Fonds 502 II, Doc. EC-618 : Note secrète... les troupes de combat, procédèrent à de nombreuses réquisitions de stocks de matières premières et de machines-outils situés tant dans les arsenaux d’État que dans les usines privées. Ils furent chargés de transférer en Allemagne toutes sortes de marchandises et de matériels considérés comme indispensables à la « vie économique nationale » et d’assurer les conditions « de la préservation de la vie et de la conduite de guerre » [8][8] BA-MA, RW 35/301 : Dossier général « Wirtschaft » :....

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Toutefois, dès cette époque, l’OKW signala également son intérêt pour la reprise d’activité des usines d’armement et de produits de base au bénéfice de l’effort de guerre allemand. Ses directives du 13 juin 1940 visèrent déjà les deux leitmotive de l’exploitation de la production industrielle en France : la sous-traitance de commandes allemandes par les usines d’armement et la remise en marche des usines considérées comme vitales pour l’approvisionnement de la population et l’économie des territoires occupés ou susceptibles de « dégager » l’industrie allemande par la « prise en charge de commandes civiles » [9][9] BA-MA, RW 24/2 : Journal de guerre du Wehrwirtschafts-.... En même temps, il renonça d’abord, d’une manière générale, à la reconversion des industries de guerre dans la production d’armes et matériels complets de type allemand. Ce furent donc ces directives qui autorisèrent – en plein combat ! – les nombreuses missions d’officiers et industriels qui examinaient sur place les possibilités de reprise de la production pour le Reich. Effectivement, les quelques industriels français restés à leur poste malgré l’avance allemande ont souvent été convoqués pour examiner en commun, leur nouveau « programme d’activité » [10][10] AN, Paris, 187 AQ/570 (Fonds Schneider & Cie) : Note..., ainsi le 19 juin 1940 les dirigeants des établissements Schneider au Creusot.

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Néanmoins, la tendance générale du simple pillage subsiste au mépris des stipulations de la Convention de La Haye. Göring, qui venait de se faire attribuer par Hitler, comme délégué au Plan de Quatre Ans, la « planification homogène » [11][11] BA-MA, RW 19/1769 : Der Führer und Oberste Befehlshaber... de l’économie de guerre allemande dans les pays récemment occupés, ordonna d’« effectuer le rapatriement des matières premières retrouvées dans les territoires occupés avec une fermeté extrême » [12][12] Doc. PS-1155 : OKW/Wi Rü Amt (Chef Ro) : Geheime Kommandosache..... Les prélèvements tant massifs qu’arbitraires de matières premières et de machines-outils s’imposèrent d’autant plus qu’au lendemain de l’armistice, présumant la guerre gagnée, les dirigeants nazis hésitèrent à s’engager dans une stratégie d’exploitation de plus long terme, qui, en revalorisant l’appareil de production français, contrecarrait les plans de désindustrialisation de la France dans la division du travail prévue dans le cadre du « nouvel ordre » européen. Ce fut dans le sillage de cette planification de la pax germanica que l’inspecteur de l’Armement de Paris insista auprès de ses supérieurs à Berlin :

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« Pour que les Armées choisissent dans les plus brefs délais les machines qu’elles veulent avoir en Allemagne. Je conseille : en grand nombre, car, allant assumer seuls la protection militaire du futur espace économique européen, il n’importe pas seulement que nous obtenions à présent l’équipement nécessaire, mais que nous ayons et gardions, dès le début, une supériorité de capacité dans la fabrication du matériel de guerre de sorte que les autres pays ne puissent nous rattraper dans un proche avenir [13][13] BA-MA, RW 19/Wi I A 3-94, Teil 2 : Télégramme de la... ».

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De plus, les sondages effectués dans le domaine des matières premières montrèrent que « les usines dispos[ai]ent en général de stocks d’un montant inhabituel en Allemagne depuis 1914 » [14][14] BA-MA, RW 24/2 : Journal de guerre du Wi Rü Stab Frankreich,.... Par conséquent, la puissance occupante nazie considéra encore comme possible de laisser les matières premières en France pour honorer les commandes allemandes et les intérêts français « vitaux », tout en envisageant de les transporter en Allemagne. Elle en fut d’autant plus convaincue qu’il apparaissait improbable que l’industrie française pût démarrer dans des proportions identiques à celles qui existaient en Allemagne. Par conséquent, profitant des stipulations délibérément floues de l’artice 3 de la Convention d’armistice (l’exercice de « tous les droits de la puissance occupante » [15][15] Le texte de la convention a été reproduit dans La délégation...), l’OKW ordonna d’accélérer les spoliations de matières premières comme de machines-outils [16][16] StA Nuremberg, Fonds 502 II, Doc. PS-1321 : OKW/Wi.... Mais, simultanément, il prescrivit aux autorités d’Occupation de hâter le recensement des usines d’armement afin d’y placer, comme sous-traitants, « dans la plus large mesure » [17][17] BA-MA, RW 19/Wi I A 3/142 : Circulaire de l’OKW/Wi..., les commandes de la Wehrmacht ou de l’industrie allemande. Début août 1940, ces alternances entre ordres et contrordres de Berlin atteignirent finalement leur apogée. La confusion entre démontage et démarrage régna partout et prit une dimension quasiment surréaliste : « Un service veut enlever, l’autre veut, en même temps, conserver. Tout le monde dit tout et son contraire » [18][18] BA-MA, RW 19/Wi I A 3/94, Teil 2 : OKW/Wi Rü Amt (Stab....

? L’exploitation à long terme : l’industrie au service de l’Allemagne

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La poursuite de la guerre contre la Grande-Bretagne révéla le caractère illusoire des prévisions sur la durée du conflit, sans parler du débarquement lui-même (opération Seelöwe) qui apparut, d’emblée, difficile, sinon impossible. Le régime nazi modifia alors considérablement son programme originel d’armement. Or cette « reconversion de l’armement » (Umsteuerung der Rüstung), afin d’être réalisée dans les plus brefs délais, fut en partie conditionnée par le recours à l’exploitation systématique de l’appareil de production des territoires occupés [19][19] StA Nuremberg, Fonds 502 II, Doc. EC-84 : Rapport très.... Par ailleurs, deux autres facteurs se firent de plus en plus sentir au cours de l’été 1940. D’abord, l’entrée en scène de l’industrie d’armement allemande en France elle-même. Le voyage d’inspection de la fine fleur de la sidérurgie et de la métallurgie allemandes [20][20] Bundesarchiv (BA) Berlin, R 8119 F (Fonds Deutsche... accompagnant, début août 1940, le chef de l’Office de l’armement de l’armée de terre (Heereswaffenamt)[21][21] Le général d’artillerie Emil Leeb. à Paris, permit de nouer des contacts directs et permanents avec les industriels français [22][22] Cf. note 4 et AN 187 AQ/575 (Schneider & Cie), dossier... et d’initier réellement des (sous-)commandes d’armement en France. Ensuite, pour défendre sa souveraineté dans le domaine de la direction de l’industrie en zone occupée [23][23] Sur cette politique française dite de la présence,..., Vichy décida, dès juillet 1940, d’accompagner le flux des commandes allemandes de matériel de guerre complet « à caractère passif ou défensif » et de « pièces détachées de toute nature » [24][24] AN, AJ 41/529, dossier 11 (DSA/Section 8 : Industries.... Certes, l’attitude de l’État français n’eut pas une influence décisive sur la révision de la stratégie allemande. Pourtant, elle put servir d’alibi aux industriels intéressés et favorisa la nouvelle attitude de l’occupant. Car à Berlin, la question de la sous-traitance des commandes de guerre fut tranchée dès la fin juin 1940. Hitler lui-même décida, après l’exposé du chef de l’OKW, de ne se servir, en raison de l’article 3 de la Convention d’armistice, qu’« indirectement » [25][25] Télégramme n? 27 de la commission allemande d’armistice... de l’industrie en France occupée au profit de l’effort de guerre nazi. Ainsi, dans le cas particulier des établissements Schneider, il précisa, le 28 juin, « que le groupe industriel “Le Creusot” continuera[it] sous surveillance allemande, mais à condition de renoncer à la fabrication de matériels de guerre complets[26][26] BA Berlin, R 5/3254, dossier 31 Fa. (Westen) 2 : OKW/.... L’inspection de l’Armement de Paris appliqua les motifs tactiques de cette retenue en ces termes :

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« Je conseille, de toute urgence, de transférer en France la production des matériels n’ayant pas un caractère trop ostensiblement belliqueux, parce que nous avons, ainsi, moins besoin de contrôle et obtenons plus vite des articles de meilleure qualité. Il ne s’agit pas ici d’une question de droit, mais de pure opportunité. Juridiquement, nous pouvons, bien entendu, exiger tout des Français. Mais il est peu habile de subir en retour des actes de sabotage. Nous savons bien depuis 1920-1924, combien ils sont difficiles à déjouer. En outre, il est aussi inopportun de provoquer un mot d’ordre attractif pour des ouvriers communistes qui pourraient, peut-être, s’en servir un jour pour fomenter une grève [27][27] BA-MA, RW 19/Wi I A 3/94, Teil 2 : Télégramme (TGB.... »

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Sous la pression des besoins allemands et après les contacts noués entre industriels allemands et français, le choix opposant « l’enlèvement intégral des marchandises rares », d’une part, et le « démarrage entier de parties essentielles de l’industrie française pour accroître le potentiel d’armement » [28][28] BA-MA, RW 19/Wi I A 3/546, fol. J 015754-761 : Compte..., d’autre part, fut finalement tranché en plusieurs étapes par quatre arrêtés successifs de Göring. Le 14 août 1940, il ordonna, conformément aux directives émises par Hitler et l’OKW en juin-juillet 1940, l’intensification du placement de commandes indirectes de matériel de guerre et la réparation, par les établissements de la zone occupée, du matériel de l’armée française tombé aux mains de la Wehrmacht comme butin [29][29] BA-MA, RW 19/Wi I A 3/94, Teil II : Arrêté secret du.... L’exploitation des usines situées dans les trois départements de l’Alsace-Lorraine, de facto annexés à l’Allemagne, s’effectua déjà selon les consignes réservées aux territoires d’outre-Rhin. Le 26 août 1940, suivit l’arrêté fondamental qui peut être considéré comme la charte du placement de commandes allemandes à l’Ouest pour l’ensemble de l’Occupation. Selon ses auteurs, ce placement ne fut justifié par rien de moins que la raison d’État : « Les exigences de la guerre à venir imposent, du point de vue de la politique d’État, que les capacités industrielles et les matières premières dans les territoires occupés de l’Ouest soient utilisées systématiquement et dans la plus large mesure en faveur de l’allégement de la production d’armement allemande et de l’augmentation du potentiel de guerre » [30][30] BA Berlin, R 26 I/46 : Circulaire n° V.P. 14395 du.... L’arrêté du 26 août fut également l’acte fondateur des Offices allemands de placement de commandes (Zentralauftragsstelle ou ZAST) installés à Paris, à Bruxelles (avec une succursale à Lille) comme à La Haye et chargés, à partir du 15 septembre 1940 [31][31] BA Berlin, R 3101 (anciennement R 7)/839, fol. 40-41 :..., d’examiner et de répartir toute commande de commettants publics ou privés d’un montant supérieur à 5 000 RM (soit 100 000 F. au taux de change imposé). Dans ce contexte, l’approvisionnement de la Wehrmacht dut être traité en priorité par rapport aux autres commandes.

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« Pour garantir l’emploi le plus économique des matières premières rares »[32][32] BA Berlin, R 26 I/41 : Der Reichsmarschall des Groß-deutschen..., Göring décida le 20 septembre 1940 de soumettre les établissements des territoires occupés aux méthodes de production et aux interdictions de fabrication déjà en vigueur en Allemagne. Afin d’empêcher l’approvisionnement en matières premières des productions jugées inutiles tant pour l’économie de guerre que pour les besoins « vitaux » de la population, l’occupant put se servir en France des organismes créés à l’époque par Vichy pour gérer la pénurie, comme l’Office central de la répartition des produits industriels (OCRPI) [33][33] Loi portant organisation de la répartition des produits.... Ainsi, la répartition des matières premières même en zone non occupée se trouva sous l’influence au moins indirecte de l’occupant [34][34] Cf. la reconnaissance officielle de l’OCRPI par l’occupant :.... De fait, l’arrêté du 20 septembre visa surtout « l’utilisation extensive » [35][35] Cf. note 2. des établissements situés en zone non occupée.

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La dernière étape fut marquée par la mobilisation du secteur civil en France. Le 7 octobre 1940, l’opération Seelöwe étant reportée sine die et les programmes d’armement se modelant à une guerre de plus longue durée [36][36] BA-MA, RW 19/823 : OKW/Chef Wi Rü Amt : Aktennotiz..., le délégué au Plan de Quatre Ans exigea de l’industrie allemande la cession de commandes surtout « civiles » aux territoires occupés dans la mesure des capacités industrielles inutilisées. Dans l’exposé des motifs, il souligna que le placement de commandes d’armement stricto sensu représentait un risque en raison du manque de temps, des impératifs du secret et de l’éventualité de sabotages. Inquiets de voir se réveiller la concurrence étrangère, les industriels allemands reçurent l’assurance que les commandes ne porteraient que sur des produits conformes aux normes allemandes. Leurs tentatives de prise de participations dans les firmes françaises [37][37] Sur les prises de participations allemandes dans les... (auxquelles ils durent céder la partie civile de leurs productions) étaient également encouragées. Néanmoins, les entreprises récalcitrantes qui ne respecteraient pas les délais imposés relatifs à cette cession, furent menacées de se voir privées des matières premières correspondant à leur carnet de commandes [38][38] BA Berlin, R 3101/839, fol. 200r.-200v. : Le délégué.... En fait, ce sont les firmes plutôt allemandes que françaises qui mirent des bâtons dans les roues. Fin 1940, tous les observateurs allemands admirent que, grâce au placement de commandes civiles, « la compétitivité de l’industrie française sera[it] renforcée, ce que le côté français [avait] d’ailleurs reconnu et ce qui expliqu[ait] l’attitude relativement positive des patrons français vis-à-vis de cette politique » [39][39] BA-MA, RW 19/Wi I A 3/546, fol. J015714-720 : Compte.... En revanche, le chef d’état-major de l’Économie de guerre et de l’Armement en France se sentit tenu de souligner, à plusieurs reprises, « la nécessité de présenter le placement des commandes par l’industrie allemande sous un jour favorable » (Auftragsfreudigkeit der Industrie) et il énuméra parmi les obstacles les « inquiétudes provoquées par l’éventuelle concurrence française après la fin de la guerre » [40][40] BA-MA, RW 24/2 : Journal de guerre du Wi Rü Stab Frankreich,....

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Nonobstant cette « forte réticence des firmes allemandes » [41][41] BA-MA, RW 35/824 : Rapport final sur l’activité de..., le placement de commandes en France atteignit rapidement une ampleur considérable. Fin novembre 1940, les commandes autorisées par la ZAST s’élevèrent à 610 millions de RM (soit officiellement 12,2 milliards de F) se répartissant entre 246 entreprises de la zone d’Occupation sous l’autorité du commandant militaire en France (Militärbefehlshaber in Frankreich ou MBF) [42][42] Les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais sous..., dont 198 établissements dans la seule région parisienne [43][43] Cf. note 1, fol. J015716.. Cette forte concentration des commandes allemandes constitue un phénomène qui caractérise l’ensemble de la période. Au 1er décembre 1940, par ailleurs, un tiers environ de la valeur totale des commandes placées dans les territoires occupés (1,85 milliards de RM) ne provenait que de la France occupée (Nord/Pas-de-Calais exclus). À cette époque, seuls les Pays-Bas, soumis à une administration civile allemande et plus ou moins directement gérés par les départements économiques de Berlin, dépassèrent légèrement la France (628,5 contre 620,1 millions de RM) [44][44] Cf. Rapport très secret de l’OKW/Wi Rü Amt a/s Umsteuerung.... Dorénavant, le flux des commandes allemandes en France ne cessa de s’accroître, particulièrement à la suite d’un nouveau programme d’armement élargi en vue de l’attaque contre l’URSS, définitivement décidée en décembre 1940. Au 1er mars 1941, la France représentait déjà la moitié de la valeur globale des commandes transférées aux territoires occupés (1,6 milliards sur 3,1 milliards de RM). À cette date, 1 331 entreprises françaises produisaient directement ou indirectement pour la Wehrmacht[45][45] BA-MA, RW 19/2386, fol. 41 : OKW/Wi Rü Amt/Rü II (Geheim) :....

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Du point de vue technique, le placement de commandes allemandes à l’industrie française ne fut possible qu’en raison d’un recensement précis des usines intéressées. Or ce recensement s’effectua en partie grâce à la masse des dossiers établis par le ministère de l’Armement de Dautry durant la drôle de guerre et réquisitionnés par l’occupant en juillet 1940 [46][46] BA-MA, RW 24/15 : Der Chef des Wi Rü Stabes Frankreich.... Cette documentation sur les quelque 12 000 usines ayant travaillé pour l’armée française [47][47] BA-MA, RW 24/18, fol. 40 : Wi Rü Stab Frankreich (Az. 66k/Abt.... est unique et, à maints égards, irremplaçable. Pour exploiter ces données, l’occupant crut compter sur « l’appât du gain du patronat français » [48][48]  Ibid., fol. 80. ainsi que sur l’obligation, pour les travailleurs, de gagner leur vie. Pour arriver à ses fins, il n’hésita pas à jouer la carte du chômage massif qui sévissait dans la France occupée à l’automne 1940 : « La réticence des ouvriers français » à travailler pour l’occupant « fut surmontée en les mettant en concurrence avec le grand nombre de travailleurs étrangers » [49][49] Cf. Rapport très secret de l’OKW/Wi Rü Amt a/s Umsteuerung.... Par la suite, le point de vue des autorités allemandes ne changea pas. S’appuyant sur l’article 3 de la Convention d’armistice, elles furent convaincues que l’Allemagne, exerçant « tous les droits de la puissance occupante », pourrait à son plein gré, au mépris des dispositions de la Convention de La Haye, passer directement des commandes d’armement à l’industrie française : « Le haut commandement de l’armée allemande a le droit de faire appel à l’industrie française sous la forme et dans la mesure qu’exige la lutte contre l’Angleterre » [50][50] Lettre n? 699/40 du président de la CAA au président..., déclara, le 2 septembre 1940, le général Carl-Heinrich von Stülpnagel au général Charles Huntziger. Déjà, les premiers « contrats » conclus entre l’occupant et les industriels français au lendemain de l’armistice suivaient cette logique, comme le démontre l’exemple de la société Penhoët : « Il est prescrit à la Société des chantiers et ateliers de Saint-Nazaire (Penhoët) de poursuivre immédiatement la construction des navires… » [51][51] Service historique de l’armée de terre, Vincennes,.... Les premiers contacts entre le constructeur allemand Auto-Union et la direction des Usines Citroën furent, à cet égard, éclairants : « Tout le matériel fabriqué sera en tout cas remis au Gouvernement allemand qui établira les programmes » déclara le représentant de la firme allemande, en ajoutant : « Si la direction et le personnel français refusaient leur collaboration, l’Allemagne saurait s’en passer » [52][52] AN, AJ 41/2062, dossier 2 : Note n° 98/DSA du ministère.... Mais, comme les délégués de Vichy le soulignèrent à Wiesbaden et à Paris dès septembre 1940, l’occupant dut bientôt reconnaître être, « quant aux résultats escomptés, en partie tributaire de la bonne volonté des industriels et des ouvriers, quelles que soient les pressions exercées » [53][53] Télégramme secret du président de la délégation allemande....

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À la fin de 1940, le placement de commandes de firmes allemandes en France se développa sur une large échelle. Dès les premières semaines de l’Occupation, les grandes entreprises allemandes d’armement avaient saisi cette opportunité. Pourtant, cette évolution n’empêcha point le régime nazi de poursuivre sa stratégie de pillage. Par la suite, celle-ci fut seulement ralentie mais sans jamais cesser. Sur le plan des matières premières, au 17 juin 1941, 188 000 tonnes de métaux non ferreux (sur les 363 000 recensées fin novembre 1940 [54][54] Cf. le compte rendu de l’Inspekteur für Erfassung und...) furent transportées en Allemagne, dont 164 000 durant les six premiers mois de l’Occupation [55][55] BA-MA, RW 45/5 : Der Generalinspekteur für Erfassung.... Pour l’outillage, sur un parc de quelque 750 000 machines-outils dénombrées par les services de l’armement dans la zone d’occupation placée sous l’autorité du MBF, environ 10 000 furent expédiées en Allemagne [56][56] BA-MA, RW 19/Wi I A 3/546, fol. J015692-699 : Compte.... Certes, la spoliation du matériel fut quantitativement peu importante, mais qualitativement, elle contribua à freiner la reprise du travail en France, car ce furent, dans la plupart des cas, les machines-outils les plus modernes tout juste importées des États-Unis qui furent les plus convoitées par les entreprises d’outre-Rhin [57][57] Cf. Rapport très secret de l’OKW/Wi Rü Amt a/s Umsteuerung.... Toutefois, malgré l’ordre de placer de plus en plus de commandes en France, l’OKW confirma, à nouveau, le 31 janvier 1941, ses directives antérieures. Il « faut continuer le peignage des machines-outils. Aucune machine disponible nécessaire à l’Allemagne ne doit rester en France » [58][58] BA-MA, RW 24/3 : Journal de guerre du Wi Rü Stab Frankreich,.... Les stocks allemands de matières premières s’amenuisant, les énormes quantités retrouvées en France aidèrent largement l’industrie d’outre-Rhin à surmonter la crise d’approvisionnement du printemps et de l’été 1940. Surtout, elles « permirent de réaliser les armements requis dans les quantités nécessaires pendant l’année 1941 » [59][59] Georg Thomas, Geschichte der deutschen Wehr- und Rüstungswirtschaft....

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À cette époque, l’occupant jugea encore réalisable, vu l’abondance relative des ressources matérielles et humaines de la France, la synthèse entre l’exploitation indirecte par le placement de commandes allemandes et l’exploitation directe par l’envoi de travailleurs français en Allemagne [60][60] Sur la politique de Vichy en matière de recrutement.... Mais l’âpreté des débats à Berlin laissait déjà percer les interminables conflits prévalant au sein du régime nazi si la guerre éclair d’aventure tournait mal.

? La guerre totale et le renforcement de l’exploitation

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Le passage à la guerre totale en 1942 marqua un tournant tant pour la vie économique en Allemagne, que pour celle des territoires occupés. S’ouvrit alors une période marquée par l’exploitation intensive des ressources disponibles en faveur de la production de guerre allemande. En France, elle fut essentiellement conditionnée par trois nouveaux facteurs : la soumission de l’industrie française à la planification centrale des départements économiques de Berlin (le ministère de l’Armement de Speer notamment) ; la déportation massive d’ouvriers français dans le cadre des « actions Sauckel » ; l’accord entre Speer et le ministre de Production industrielle de Vichy, Jean Bichelonne, en vue de l’établissement des Sperrbetriebe (usines protégées).

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L’intégration de l’industrie française à la division allemande du travail et sa soumission à la planification centrale de l’économie de guerre s’accomplit en plusieurs étapes. D’abord, dans le cadre de la rationalisation de l’appareil productif décidée entre Laval et Speer à Paris en juin 1942 [61][61] BA-MA, RW 19/1031 : Der Reichsminister für Bewaffnung..., un Bureau allemand d’approvisionnement (Deutsches Beschaffungsamt Frankreich), intégra, à partir du 1er août 1942, l’ensemble des services militaires ou civils d’approvisionnement impliqués dans le placement des commandes allemandes [62][62] BA-MA, RW 19/3360, fol. 68-86 : Deutsches Beschaffungsamt.... Il fut essentiellement chargé de coordonner le processus de concentration et de rationalisation, en liaison étroite et permanente avec le nouveau système allemand d’organisation industrielle – les « Comités » (Ausschüsse) et « Cercles » (Ringe) – d’un côté, les Comités d’organisation de l’industrie française de l’autre [63][63] AN, 72 AJ/1929 : Note anonyme a/s Entwurf einer Geschäftsordnung.... En mars 1943, fut par ailleurs opérée la soumission de l’OCRPI aux Secteurs allemands de Direction (Lenkungsbereiche). Les Offices allemands de répartition (Reichsstellen) furent autorisés à installer leurs propres « agents de liaison » [64][64] BA Berlin, R 4603/3040, fol. 1-5 : Circulaire du Reichswirtschaftsminister... auprès des Sections de répartition de l’OCRPI qui furent désormais placées sous les ordres directs de Berlin. Enfin, au 1er juin 1943, les Allemands imposèrent un contrôle central sur la production. Ce contrôle se fondait sur l’« autoresponsabilité » ; des firmes allemandes devinrent « entreprises de parrainage » (Patenfirmen) ou « entreprises de direction » (Leitfirmen)[65][65] BA Berlin, R 10 III/53, fol. 260-266 : Circulaire (RLA/.... Alors que les Patenfirmen n’encadrèrent qu’une seule entreprise française, les Leitfirmen assumèrent le contrôle soit de plusieurs, soit de toutes les firmes françaises de leur secteur de fabrication sans que les directions de celles-ci fussent dispensées de leur entière responsabilité dans « l’exécution impeccable et ponctuelle des commandes » [66][66] BA Berlin, R 4603/3152, fol. 2-4 : Lettre du Rüstungsobmann.... Jusqu’à la fin de 1943, 222 entreprises allemandes furent nommées Patenfirmen et Leitfirmen pour 710 usines françaises [67][67] BA-MA, RW 24/32, fol. 8 : Rüstungs- und Beschaffungsstab... (dont les grands noms de l’industrie allemande [68][68] BA Berlin, R 4603/3276 : Der Rüstungsobmann Frankreich...). En outre, 18 « délégués nationaux » (Länderbeauftragte) allemands s’installèrent à l’Hôtel Chambord à Paris [69][69] BA-MA, RW 24/31, fol. 13 : Rü Be Stab Frankreich des.... Représentant au total 21 Ausschüsse et Ringe, ils eurent pour mission d’intégrer l’industrie française par l’aval [70][70] Sur cette stratégie allemande développée au début de..., c’est-à-dire par « l’adaptation de l’économie française aux méthodes de rationnement allemand », – la répartition des produits finis et l’ajustement des programmes français de fabrication à la « planification globale européenne » notamment [71][71] Cf. note 4, fol. 264-265.. Avec l’accord de Bichelonne, le système des Patenfirmen et Leitfirmen fut également introduit en zone Sud, désormais occupée par les troupes allemandes et italiennes. La politique allemande visant à placer les commandes « directement de la firme allemande à la firme française » [72][72] BA-MA, RW 24/31 : Journal de guerre du Rü Be Stab Frankreich,... en contournant l’appareil administratif de Vichy, s’élargit ainsi à toute la France.

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Cependant, considérant que l’emploi des ouvriers français en Allemagne était plus productif qu’en France, les autorités centrales de Berlin préférèrent, entre l’été 1942 et le printemps 1943, miser sur le recrutement « volontaire » (voire les déportations) de travailleurs en Allemagne plutôt que d’intensifier le placement de commandes allemandes à l’industrie française et ce, malgré l’opposition du MBF et des services d’armement. Or la chasse à la main-d’œuvre et les déportations en masse d’ouvriers qualifiés dans le cadre des « actions Sauckel », à partir de l’automne de 1942, apparurent bientôt comme un élément perturbateur majeur dans la stratégie visant à renforcer l’exploitation des capacités industrielles en France. D’autant que les services locaux du GBA en France se servirent régulièrement, afin d’atteindre les chiffres exigés à Berlin, du personnel qualifié des établissements classés (environ 1 100 usines d’armement dites Rüstungsbetriebe ou Rü-Betriebe et quelque 4 000 entreprises prioritaires dites Vorzugsbetriebe ou V-Betriebe), dont le contrôle direct par l’occupant facilita largement le recrutement [73][73] BA Berlin, R 4603/1722, fol. 1-90 : Geheim : Stenographische.... En outre, des dizaines de milliers d’ouvriers, frappés à partir de février 1943 par le Service du travail obligatoire (STO), quittèrent les usines devant le « peignage » franco-allemand, s’enfuirent parfois au maquis, dénommé ironiquement par Vichy « l’armée Sauckel ». À l’été 1943, le nombre considérable et sans cesse croissant des réfractaires signa définitivement le fiasco de la politique allemande de la main-d’œuvre en France. Dorénavant, l’antagonisme latent entre la stratégie volontariste de la chasse à l’homme visant le « transfert de travailleurs » en Allemagne, d’une part, et celle plus subtile du « transfert de commandes » en France, d’autre part, devint insurmontable.

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On connaît les convergences politiques qui rapprochèrent, à l’été 1943, Speer et Bichelonne [74][74] Cf. notamment Alan S. Milward, The New Order, op. cit..... Mais, fait moins connu, ce ne furent pas les changements d’avis des dirigeants allemands, à commencer par Speer, mais bien les initiatives de Vichy qui, constatant la répugnance manifeste des patrons français devant la déportation des noyaux qualifiés de leur personnel [75][75] PA-AA, R 102966 : Note du ministère des Affaires étrangères..., furent à l’origine d’une alternative à la stratégie d’économie de guerre du GBA, alors prédominante. En revanche, les planificateurs nazis pour l’armement ainsi que les services du Majestic ne comptèrent aucunement parmi les opposants de principe à la déportation d’ouvriers en Allemagne. Bien au contraire, dans leur calcul pragmatique des frais et profits, ils comprirent enfin, au moment précis de l’échec de la troisième « action Sauckel » (juin 1943), que le prélèvement de main-d’œuvre dans les usines stratégiques – les seules intéressant réellement l’occupant – avait, vis-à-vis du potentiel d’armement allemand, des effets désormais nettement négatifs.

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L’opposition relative du ministère de l’Armement et du MBF à la politique de Sauckel en France fut loin d’être dissimulée à Vichy. Par ordre de Laval, Bichelonne présenta, inlassablement, un nouveau « plan pour l’extension de la production des industries mécaniques et aéronautiques travaillant en France dans l’intérêt de l’économie de guerre européenne » [76][76] BA Berlin, R 4603/1821, fol. 499-501 : Lettre du ministre.... Ce « programme du 15 juillet » ou « programme Bichelonne », prévoyait l’emploi supplémentaire de 215 000 ouvriers dans les usines d’armement ainsi qu’une augmentation de production qui devait atteindre, dans les secteurs intéressés, jusqu’à 128 % (dans le cas des Usines mécaniques d’État en zone sud). Ce plan dépassait encore les prévisions allemandes visant à augmenter les rendements (Leistungssteigerung) de l’économie de guerre en France. Malgré la détérioration sensible de l’approvisionnement de la population française (notamment à la suite de la perte de l’AFN), il constitua la proposition la plus importante de collaboration industrielle jamais présentée à la puissance occupante nazie. Cette offre reflétait l’espoir de Vichy : gagner une place de choix dans l’Europe nazie de l’après-guerre [77][77] AN, 72 AJ/1926 : Lettre du MPIC au Général Heinrich... ; bénéficier des processus de rationalisation et d’innovation jugés profitables pour l’industrie française.

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L’initiative française du 15 juillet prépara largement le terrain sur lequel s’appuya Speer, qui ne renonça qu’en mai 1943 à appuyer la politique du GBA en France [78][78] BA-MA, RW 24/30, fol. 53-59 : Journal de guerre du.... Il sut en profiter d’autant plus que d’autres facteurs, directement liés à l’évolution de la guerre, firent prévaloir sa position, à la fin de l’été 1943, au détriment de celle de Sauckel : la défection de l’Italie, le repli de la Wehrmacht du bassin industriel de l’Ukraine et les raids aériens alliés sur les centres industriels en Allemagne devenant de plus en plus dévastateurs. Ces facteurs entraînèrent une revalorisation sensible de l’appareil de production français. La révision partielle de la stratégie d’exploitation des organismes d’armement allemands fut une condition sine qua non à l’exécution des plans allemands : disperser et remplacer la production de guerre allemande en accroissant substantiellement les commandes de matériel de guerre [79][79] BA Berlin, R 4603/1988 fol. 61 : Arrêté du Führer a/s... et des produits de consommation courante (destinés aux victimes des bombardements aériens) [80][80] Télégramme secret (n° 5898) de l’ambassade d’Allemagne..., en France, principal pays occupé.

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Dans ce contexte, durant la dernière année de l’Occupation, la stratégie d’intensification des commandes passées en France prévalut à nouveau. Les modalités de l’augmentation de la production industrielle française pour le Reich furent arrêtées lors de la visite de Bichelonne, personnellement invité par Speer [81][81] AN 72 AJ/1926 : Lettre d’invitation du RMRuK au MPIC.... à Berlin (16-19 septembre 1943). Dès la première journée, les deux parangons des « jeunes cyclistes » technocrates s’entendirent, on le sait, sur presque toutes les questions abordées. Les Allemands renonçaient à envoyer outre-Rhin les ouvriers travaillant dans les secteurs stratégiques de l’industrie française ; les Français acceptaient solennellement de mettre « tout en œuvre » sur le plan des ressources humaines et matérielles, afin de « contribuer au succès » [82][82] BA Berlin, R 4603/1821, fol. 544-550 : Der MBF/Der... des programmes à venir ou en cours d’exécution. Ce concours promis constitua l’essentiel de l’accord Speer-Bichelonne. Dans cet espoir, Speer offrit, à la demande expresse de ses interlocuteurs français, la protection des entreprises intéressées contre les prélèvements de main-d’œuvre, non seulement à l’égard des usines classées, mais de toute entreprise intégrée dans un « programme de fabrication » [83][83] Cf. Arrêté relatif à la production des produits finis... étudié en commun entre les comités d’organisation et les délégués des Reichsstellen (respectivement les Länderbeauftragte) à l’OCRPI. D’autre part, Bichelonne garantit que Vichy mettrait tout en œuvre pour recruter les 600 000 hommes et femmes supplémentaires [84][84] 150 000 pour l’exécution des programmes déjà en cours,... nécessaires à l’exécution des programmes convenus tout en y intégrant systématiquement l’industrie de la zone sud. Les deux ministres enfin acceptèrent le principe d’une mobilisation des industries stratégiques à l’échelle européenne, premier pas vers la participation française à la future « économie de grand espace » de l’Europe (Großraumwirtschaft) placée sous la domination du Troisième Reich [85][85] Note (n° 44) du ministre plénipotentiaire de 1re classe....

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La création, le 8 octobre 1943, des Sperr- ou S-Betriebe (c’est-à-dire des entreprises exemptées de tout départ de main-d’œuvre, jeunes classes du STO incluses outre-Rhin) rendit évidente la révision des priorités dans la stratégie d’exploitation allemande en France. Au critère classique d’une partie minimum de la production destinée directement ou indirectement à l’Allemagne qui s’éleva à 70 %, put se substituer, le cas échéant, celui du travail dans le cadre d’un programme de fabrication approuvé à la fois par les autorités françaises et allemandes, par exemple, les productions assurant l’approvisionnement des besoins vitaux de la population [86][86] AN – Centre des archives contemporaines, Fontainebleau.... Cela explique, dans une large mesure, qu’à la fin mars 1944, un nombre considérable d’entreprises industrielles en France – quelque 13 000 comprenant un effectif d’environ 1,4 million de personnes – aient été classées « S » [87][87] BA Coblence, B 120/708 : Mémorandum du Reichsbeauftragter..., catégorie qui, en outre, absorba, à partir de janvier 1944, les anciens Rü- et V- Betriebe[88][88] BA Berlin, R 4603/3040, fol. 26-27 : Arrêté du MBF... . Le maintien du statut S-Betrieb, selon les attestations standardisées des autorités allemandes envoyées aux directeurs d’usines, impliquait les conditions suivantes :

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« Vous devez mettre tout en œuvre pour exécuter votre programme dans les délais prescrits et de façon impeccable en ce qui concerne la qualité. Les insuffisances de rendement ou les troubles dans la production qui résulteraient de la mauvaise volonté ou de l’incapacité de vos collaborateurs ou de votre main-d’œuvre devront être éliminés sans délai par tous les moyens. Il vous appartiendra, le cas échéant, de procéder aux renvois nécessaires, en accord avec les services compétents du travail. Vous êtes entièrement responsable de l’emploi le plus rationnel, des matières premières, du matériel et de la main-d’œuvre. Les ouvriers non indispensables devront être licenciés, soit de votre propre initiative, soit à la demande des commissions ou organismes compétents, ou bien ils devront sinon être mis à la disposition d’autres entreprises où ils seraient employés à titre temporaire [89][89] AN – CAC, versement n° 830589 : article 6, dossier 9/II :... ».

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En raison de leur recrutement (autorisé) de réfractaires, pour faire face aux commandes sans cesse croissantes, les entreprises « S » gagnaient bientôt la réputation significative de « maquis légal ». Sauckel, lui-même, condamna cette pratique en mars 1944 : « Quant à l’emploi de la main-d’œuvre étrangère, il a été entièrement cassé pendant l’automne de l’année précédente » [90][90] Cf. Geheim : Stenographische Niederschrift der 64..... Pourtant, l’emploi supplémentaire dans les entreprises « S » ne s’accrut, même cinq mois après les accords de Berlin, que de 40 000 à 60 000 personnes au lieu des 600 000 prévues [91][91]  Ibid., fol. 73 et 79.. Ainsi, la stigmatisation du système des entreprises « S » comme véritable « pompe aspirante » [92][92]  Ibid., fol. 51. par le GBA se révéla vite fantaisiste.

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Au printemps 1944, les bombardements stratégiques des Alliés, sur le réseau ferroviaire – les gares de triage du nord et de l’ouest de la France notamment – ainsi que les actes de sabotage de la Résistance contre les lignes de chemins de fer, le réseau de télécommunications et les lignes à haute tension, entraînèrent la désorganisation complète de la vie économique en France [93][93] Cf. Alfred Sauvy, « Démographie et économie de la France.... L’effondrement de l’approvisionnement des usines en énergie et matières premières paralysa la production industrielle du pays. En avril 1944, le placement de nouvelles commandes allemandes aux établissements situés au nord de la ligne Maubeuge, Compiègne, Chartres, Le Mans, Angers et Royan fut suspendu « jusqu’à nouvel ordre » [94][94] BA-MA, RW 24/34, fol. 177 : Rü Be Stab Frankreich (Az. 66k20//Gr..... Nonobstant l’intensification de la crise des transports et de l’approvisionnement, les livraisons mensuelles en Allemagne des quelque 1 500 usines d’armement n’atteignirent, dans le cadre des accords Speet-Bichelonne, leur point culminant qu’en mars 1944, avec une valeur totale de 175,3 millions de RM. En juin 1944 encore, elles se trouvaient au même niveau que celui du même mois de l’année précédente [95][95] BA Berlin, R 4603/1769, fol. 21 : Note du chef du Planungsamt.... C’est pourquoi l’occupant fut amené à « reconnaître en particulier » que, « malgré l’invasion et la terreur… les patrons et les ouvriers, hormis quelques exceptions, [acceptaient] d’exécuter les commandes allemandes » et que les destructions de moyens de production et d’équipements industriels par bombardements et sabotages étaient surmontées « grâce à la bonne intelligence régnant entre les services de la Rüstung et les directions d’entreprises », par l’approvisionnement en pièces de rechange ou simplement par « improvisation » [96][96] BA-MA, RW 24/35, fol. 20 : Rü Be Stab Frankreich/ Abwicklungsstab.... Lors de la réunion du 11 juillet 1944 des départements économiques à la Chancellerie du Reich, Speer souligna, en se réclamant d’une décision récente du Führer lui-même, qu’en France également, la production « devrait être maintenue le plus longtemps possible, malgré les difficultés existantes, surtout dans le domaine des communications » [97][97] Doc. PS-3819 : Note de la Chancellerie du Reich (Rk. 5815 C)....

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La percée d’Avranches et le débarquement allié en Provence sonnèrent le glas de la politique d’exploitation des capacités industrielles françaises par le jeu des commandes allemandes. Celle-ci céda de nouveau la place à la stratégie du pillage, avec l’enlèvement du matériel industriel, en particulier de machines-outils « rares » et des matières premières [98][98] BA-MA, RW 35/259 : MBF/Chef der Militärverwaltung :.... Mais la destruction des voies de communication et l’avance rapide des troupes alliées préservèrent l’Hexagone dans une large mesure de la spoliation du matériel encore utilisable par l’industrie d’outre-Rhin. Ce fut seulement le 11 août 1944, que Hitler, sous-estimant entièrement la situation militaire, donna l’ordre de « paralyser » (lähmen) et de détruire, d’une manière systématique, usines d’armement, grandes centrales électriques et usines à gaz en France [99][99] BA-MA, RW 24/35, fol. 209 : Journal de guerre du Rü..., ordre qui, coïncidant avec la retraite de la Wehrmacht, ne fut exécuté que sporadiquement.

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À l’heure de la Libération, on le sait, la production globale de l’industrie française, exceptée peut-être la chute brutale à la suite de la débâcle de 1940, atteignit son plus bas niveau séculaire[100][100] L’indice général de la production industrielle (1938=100).... Mais, fait moins connu, simultanément, la partie de cette production destinée à l’Allemagne, grâce à l’intensification de l’intégration économique de la France à la division allemande du travail et à la rationalisation dans la direction de l’industrie française exercée par les organismes de Vichy, augmenta sans cesse, passant de 34 % au premier semestre 1942 à plus de 40 % au deuxième semestre 1943 [101][101] Centre de la conservation de collections historiques.... Suite au renforcement de l’exploitation via l’extension du système des entreprises « S » et la tripartition de l’économie française (entre les commandes allemandes, les besoins vitaux français et le secteur « libre ») [102][102] AN, F. 12/10157, dossier 221 : OCRPI/Direction des..., elle n’atteignit son point culminant qu’au printemps de 1944, avec un taux approximatif de 45 à 50 % [103][103] Les sections économiques du MBF, elles-mêmes, calculèrent.... Même en tenant compte de la zone sud, où la part de l’occupant dans la production s’éleva, au second semestre 1943, de seulement 8 % (41 % en zone nord), elle atteignit au moins un tiers dans la dernière année d’occupation (été 1943-été 1944), période où intervint l’exécution du programme Speer-Bichelonne [104][104] Cf. note 3, fol. 31, calculs se fondant exclusivement.... Le taux d’exécution (c’est-à-dire la part des livraisons effectuées à l’Allemagne sur l’ensemble des commandes allemandes passées en France) augmenta, selon les statistiques de la ZAST, de 53,3 % pour la période courant de septembre 1940 à décembre 1942 à 70,8 % pour l’année 1943 [105][105] CCCHD Moscou, fonds 1458, inventaire 5, vol. 260, fol. 51-52 :.... Au 30 juin 1944, après quatre années d’occupation, la valeur totale des commandes passées durant cette période en France, s’éleva à environ 10 milliards de RM tandis que les livraisons, elles, atteignirent 6,2 milliards [106][106] BA Berlin, R 24/20 : Note secrète du Planungsamt/Auskunftsbüro.... Ainsi, le taux d’exécution montre que l’industrie française a travaillé non seulement dans une large mesure pour le compte du Reich, mais aussi que la part majeure des commandes allemandes, nonobstant les nombreux obstacles, a été effectivement exécutée et livrée avant la fin de l’Occupation – ce qui laisse l’historien rêveur face aux innombrables récits colportés après coup par les entreprises intéressées d’un sabotage indirect, grâce à un freinage délibéré [107][107] Il suffit de se reporter aux nombreux récits pro domo....

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D’autre part, l’industrie française devint, dans les deux dernières années de l’Occupation, une part indispensable de l’économie de guerre allemande. Pour l’approvisionnement allemand en vêtements pour le front de l’est, en objets de ménage pour les victimes des bombardements ou en pièces détachées « rares » de matériel de guerre, la part de la France oscilla entre 35 % et 50 % [108][108] BA Berlin, R 4603/1821, fol. 310-314 : Note de Hans.... Dans la fabrication de matériels complets pour la Wehrmacht, la France offrit, en 1943, une part supérieure à la moyenne des territoires occupés, en automobiles (11,9 % du total livré par l’économie de guerre, Allemagne incluse), ou en avions (6,5 %). Elle assura à elle seule, pendant la même année, presque la moitié (40 %) de toutes les livraisons industrielles des territoires occupés à l’Allemagne [109][109] StA Nuremberg, Fonds 502 II, Doc. NI-7859 : Rapport....

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La stratégie d’exploitation subtile à long terme, qui s’exprima surtout par le « transfert de commandes », constitua l’un des enjeux majeurs pour la collaboration d’État comme pour les stratégies de compétitivité menées par la grande industrie française. Elle contribua aussi, par la part déterminante de la France dans les livraisons industrielles des territoires occupés à l’Allemagne [110][110] Cf. sur l’importance générale de la « contribution »..., à prolonger la capacité de survie du régime nazi lui-même bien au-delà de la cinquième année de guerre [**][**] Cet article constitue la version longue de la communication....

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?

Notes

[1]

Bundesarchiv – Abt. Militärarchiv, Fribourg-en-Brisgau (BA-MA), RW 35/714 : Projet d’un aide-mémoire rétrospectif des Sections économiques du chef de l’Administration militaire en France (en liquidation) a/s Die Formen des Eingriffs in die französische Wirtschaft, anonyme (sans doute de Elmar Michel), s.l.n.d. (Potsdam, fin 1944), p. 52.

[2]

Ibid., p. 28-40.

[3]

Jusqu’ici, du côté allemand, on cherche en vain une étude systématique du problème. Hormis le bref aperçu de Hans Umbreit, « Die Verlockung der französischen Ressourcen : Pläne und Methoden zur Ausbeutung Frankreichs für die kriegsbedingten Bedürfnisse und die langfristigen Ziele des Reiches », dans Claude Carlier, Stefan Martens (dir.), La France et l’Allemagne en guerre (septembre 1939-novembre 1942), Paris, IHAP-IHCC, 1990, p. 435-448, il n’existe qu’un article assez ancien de Harald Winkel, « Die “Ausbeutung” des besetzten Frankreich », dans Friedrich Forstmeier, Hans-Erich Volkmann (dir.), Kriegswirtschaft und Rüstung 1939-1945, Düsseldorf, Droste, 1977, p. 333-374 ; la thèse non publiée de Jörg Raubaum, « Die Entwicklung der Kollaboration zwischen den deutschen und französischen Monopolen in einigen wichtigen Industriezweigen und der Raub von französischen Unternehmungen und Beteiligungen durch deutsche Konzerne in der ersten Phase der faschistischen Okkupation (Juni 1940 bis Juni 1941) », Berlin (Est) 1968 ; l’analyse sectorielle – d’ailleurs très tributaire des tendances apologétiques de l’époque – de Rosemarie Denzel, « Die chemische Industrie Frankreichs unter deutscher Besetzung im Zweiten Weltkrieg », thèse de doctorat, Université de Tübingen, 1959 (coll. « Studien des Instituts für Besatzungsfragen in Tübingen zu den deutschen Besetzungen im Zweiten Weltkrieg », t. 18) ainsi que les approches microéconomiques, illustrées par le cas des relations entre constructeurs d’automobiles allemands et français, de Peter Lessmann, « Industriebeziehungen zwischen Deutschland und Frankreich während der deutschen Besatzung 1940-1944. Das Beispiel Peugeot-Volkswagenwerk », Francia, 17(3), 1990, p. 120-153 et « Ford Paris im Zugriff von Ford Köln 1943. Das Scheitern des Projekts eines europäischen Automobil-Konzerns unter deutscher Leitung », Zeitschrift für Unternehmensgeschichte, 1993, p. 217-233. L’ouvrage classique reste celui d’Alan S. Milward, The New Order and the French Economy, Oxford, Oxford University Press, 1970. Cf., aussi, les travaux non publiés de Simon Mathew Karter « Coercion and Resistance, Dependance and Compliance, The Germans, Vichy, and the French Economy », thèse de doctorat, University of Wisconsin/Madison, Ann Arbor/Michigan, 1976 ; Henry Rousso, « Les comités d’organisation. Aspects culturels et économiques (1940-1944) », mémoire de maîtrise, Paris I, 1976 ; Christine Dufeau-Zobermann, « Les relations économiques franco-allemandes de 1940 à 1942 : Vichy entre le mythe politique et les relations économiques, mémoire de maîtrise, Paris X, 1977 et Raoul Delamare, « L’exploitation des ressources économiques de la France par l’Allemagne (1942-1944) », mémoire de maîtrise, Paris X, 1982. La recherche en France a connu un essor récent avec la synthèse impressionnante de Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie. Histoire d’une conversion 1932-1952, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2 vol., 1991 et les recueils d’articles publiés sous la direction de Dominique Barjot, « Stratégies industrielles sous l’Occupation », Histoire, Économie et Société, 1992, p. 329-535 ainsi que d’Alain Beltran, Robert Frank et Henry Rousso, La vie des entreprises sous l’Occupation. Une enquête à l’échelle locale, Paris, Belin, 1994. En outre, on peut maintenant se référer à quelques études de branches industrielles, ainsi Alain Queruel, Notre chimie à l’heure allemande, Paris, Nouvelles éditions Debresse, 1994 et Dominique Veillon, La mode sous l’Occupation, Paris, Payot, 1990, voire locales, Danièle Rousselier-Fraboulet ; Les entreprises sous l’Occupation. Le monde de la métallurgie à Saint-Denis, Paris, CNRS, 1998 (coll. « Histoire »). En revanche, les livres fort discutables de Richard Charles Vinen, The Politics of French Business 1936-1945, Cambridge, Cambridge University Press, 1991 et des journalistes Renaud de Rochebrune, Jean-Claude Hazera, Les patrons sous l’Occupation, Paris, Odile Jacob, 1995 (coll. « Histoire, hommes, entreprises ») ne font guère avancer la question, mais présentent, par leur méconnaissance des archives allemandes une interprétation remarquablement erronée des motifs et des processus de décision de l’occupant nazi. Cf., aussi, pour une vue d’ensemble sur la période, Philippe Burrin, La France à l’heure allemande (1940-1944), Paris, Le Seuil, 1995 (coll. « L’univers historique »), l’un des très rares exemples d’une analyse réellement comparative, s’appuyant autant sur la documentation allemande que française. La nouvelle étude d’Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers sous l’Occupation. La collaboration économique avec le Reich et Vichy, Paris, Armand Colin, 1999 (coll. « références : histoire contemporaine ») a le mérite incontestable d’apporter une masse de nouveaux détails surtout sur la collaboration industrielle au jour le jour et une exploitation in extenso du fonds du Majestic aux Archives nationales, mais ne dépasse toujours pas, au point de vue de la documentation, l’Hexagone. Or il est quasiment impossible d’analyser plus profondément l’action des services de la Rüstung ou de l’Arbeitseinsatz en France (sans parler du nombre d’autres autorités allemandes présentes sur le terrain ou même des grandes entreprises allemandes) sans tenir au moins compte des documents correspondants conservés aux grands centres d’archives d’outre-Rhin, notamment à Fribourg-en-Brisgau, à Berlin, à Bonn ou… à Moscou. Pour une bibliographie systématique de l’économie française sous l’Occupation, il faut toujours recourir à Henry Rousso, « L’activité industrielle en France de 1940 à 1944. Économie “nouvelle” et occupation allemande », Bulletin de l’IHTP, 38, décembre 1989, p. 25-68, pour une mise à jour, cf. aussi la bibliographie (non systématique) publiée dans Olivier Dard, Jean-Claude Daumas, François Marcot (dir.), L’Occupation, l’État français et les entreprises, op. cit., p. 457-469. Cet ouvrage collectif résume, à côté du livre d’Annie Lacroix-Riz, l’état actuel de la recherche.

[4]

Cf. le document de Nuremberg n° EC-606 : Note du Chef Wehrwirtschafts – und Rüstungsamt (Wi Rü Amt) a/s Besprechung bei Generalfeldmarschall Göring in Karinhall am 30.1.1940. Berlin, 30 janvier 1940, publié dans Der Prozeß gegen die Hauptkriegsverbrecher vor dem Internationalen Militärgerichtshof, Nürnberg 14. November 1945-1. Oktober 1946. Amtlicher Text in deutscher Sprache (IMT), vol. XXXVI : Urkunden und anderes Beweismaterial, Nuremberg, Éditions du Tribunal Militaire International, 1949, p. 580-581.

[5]

Sur le contexte général de sa stratégie à l’égard de la France, cf. toujours Eberhard Jäckel, La France dans l’Europe de Hitler (1966 en all.). Paris, Fayard, 1968.

[6]

Staatsarchiv (StA), Nuremberg, Fonds 502 II. Document PS-1730 : Der Führer und Oberste Befehlshaber der Wehrmacht (Geheime Kommandosache) : Erlass über die Verwaltung der besetzten Gebiete Frankreichs, Luxemburgs, Belgiens und Hollands, novembre 1939, projet non signé. Cf. l’arrêté définitif du 9 mai 1940 dans Akten zur deutschen auswärtigen Politik 1918-1945. Aus dem Archiv des Auswärtigen Amts (ADAP), Série D : 1937-1941, vol. IX, Francfort-sur-le-Main, éd. Keppler, 1962, p. 244.

[7]

StA Nuremberg, Fonds 502 II, Doc. EC-618 : Note secrète du Wi Rü Amt a :s Dienstanweisung für Wirtschaftstrupps, s.d. [début 1940], 4 p.

[8]

BA-MA, RW 35/301 : Dossier général « Wirtschaft » : Oberkommando des Heeres/Generalquartiermeister (OKH/ GenQu) : Allgemeine Wirtschaftsrichtlinien, s.d. [début 1940], signé Müller, p. 21.

[9]

BA-MA, RW 24/2 : Journal de guerre du Wehrwirtschafts- und Rüstungsstab (Wi Rü Stab) Frankreich, t. II : 4 juin – 31 décembre 1940, annexe 4 : Directives de l’Oberkommando der Wehrmacht (OKW)/Wi Rü Amt (Stab Nr. 3008/40 Ia) à l’OKH/GenQu a/s Wirtschaftliche Ausnutzung der besetzten Gebiete. Berlin, 13 juin 1940, signé p.o. Thomas.

[10]

AN, Paris, 187 AQ/570 (Fonds Schneider & Cie) : Note de la direction de l’exploitation a/s du repli des bureaux de Paris et l’arrivée des Allemands au Creusot en juin 1940, s.l. [Paris], s.d. [octobre 1944 ?], anonyme [sans doute de Walckenaer], p. 5. Selon cette source, le jour de l’arrivée des Allemands (19 juin 1940), le directeur français de l’usine a essayé « de les convaincre que l’outillage du Creusot se prêt[ait] particulièrement aux fabrications civiles (locomotives) ».

[11]

BA-MA, RW 19/1769 : Der Führer und Oberste Befehlshaber der Wehrmacht (OKW/WFA/Abt. L-IV 0146/40 geh) au délégué du Plan de Quatre Ans, au commandant en chef de l’armée de terre et au chef de la Chancellerie du Reich. Grand Quartier Général (GQG) du Führer, 16 juin 1940, signé Adolf Hitler, publié dans « Führer-Erlasse » 1939-1945, Édition établie et introduite par Martin Moll, Stuttgart, éd. Steiner, 1997, p. 126.

[12]

Doc. PS-1155 : OKW/Wi Rü Amt (Chef Ro) : Geheime Kommandosache. Aktenvermerk über die Besprechung im Hauptquartier des Generalfeldmarschall Göring v. 19.6.40. Berlin, 20 juin 1940, publié in IMT, vol. XXVII, p. 29-31.

[13]

BA-MA, RW 19/Wi I A 3-94, Teil 2 : Télégramme de la Rüstungsinspektion Paris à l’OKW/Wi Rü Amt. Paris, 27 juillet 1940, signé Schubert (souligné dans l’original). Pour un aperçu général du rôle prévu de la France dans le « nouvel ordre » nazi, cf. notamment Alan S. Milward, The New Order, op. cit., p. 23-44.

[14]

BA-MA, RW 24/2 : Journal de guerre du Wi Rü Stab Frankreich, t. II : 4 juin-31 décembre 1940 : Rapport sur les événements survenus le 17 août 1940.

[15]

Le texte de la convention a été reproduit dans La délégation française auprès de la commission allemande d’armistice. Recueil de documents publié par le gouvernement français (DFCAA), t. Ier, Paris, Imprimerie nationale, 1947, p. 1-8.

[16]

StA Nuremberg, Fonds 502 II, Doc. PS-1321 : OKW/Wi Rü Amt (Rü Vb/Ro Im Nr. 5064/40 g) au Wi Rü Stab Frankreich : Richtlinien für die Rückführung von Rohstoffen und Werkzeugmaschinen aus besetzten Gebieten. Berlin, 16 juillet 1940, signé p.o. Thomas, 5 p.

[17]

BA-MA, RW 19/Wi I A 3/142 : Circulaire de l’OKW/Wi Rü Amt (Rü IIc/Ia Nr. 10489/40) a/s Wirtschaftliche Ausnutzung der besetzten Gebiete Belgien und Frankreich. Berlin, 15 juillet 1940, signé p.o. Thomas.

[18]

BA-MA, RW 19/Wi I A 3/94, Teil 2 : OKW/Wi Rü Amt (Stab Ia) : Aktennotiz über Besprechung [beim] Wi Rü Stab Frankreich mit Oberstleutnant Gutscher, Paris 9.8.40. Berlin, 14 août 1940, signé B[echt].

[19]

StA Nuremberg, Fonds 502 II, Doc. EC-84 : Rapport très secret de l’OKW/Wi Rü Amt a/s Umsteuerung der Wirtschaft. Rédacteur : Lieutenant-colonel Dr. Hedler, achevé fin décembre 1940, 80 p., 2e exemplaire, surtout p. 36.

[20]

Bundesarchiv (BA) Berlin, R 8119 F (Fonds Deutsche Bank), P 03195, fol. 74 : Reiseplan für die Reise in die besetzten westlichen Gebiete unter Leitung des Chefs des Heereswaffenamtes, General der Artillerie Leeb. Pièce jointe à la lettre de Wilhelm Kissel (président du comité de direction de la Daimler-Benz AG) à Emil Georg von Stauß (président du conseil d’administration de la Daimler-Benz AG et administrateur de la Deutsche Bank AG) a/s Reise nach Frankreich. Stuttgart-Untertürckheim, 5 août 1940. À ce voyage prirent part notamment le président de la Reichsgruppe Industrie ainsi que les présidents et directeurs des sociétés Vereinigte Stahlwerke, Fried. Krupp, Mannesmann-Röhrenwerke, Flick, Rheinmetall-Borsig, Bochumer Verein, Dortmunder Hüttenwerke, Röchling’sche Eisen- und Stahlwerke, Daimler-Benz, Carl Zeiss, Dynamit Nobel et Deutsche Waffen- und Munitionsfabriken.

[21]

Le général d’artillerie Emil Leeb.

[22]

Cf. note 4 et AN 187 AQ/575 (Schneider & Cie), dossier « divers occupation », s/d 1 : Relation avec le gouvernement militaire de la région de Paris et divers 1940-1944. Lettre manuscrite du Rüstungsinspekteur Paris au directeur général de la société Schneider & Cie (Vicaire). Paris, 7 août 1940, signé Schubert (général de brigade de l’Air). Cf. ibid., compte rendu de la direction générale de Schneider & Cie sur les entretiens avec le général Leeb et les industriels allemands le 8 août 1940 à 20 heures à l’Hôtel Ritz. Paris, 9 août 1940, 2 p., transmis par lettre du 10 août de A. de Saint-Sauveur (Schneider & Cie) à Léon Noël (DGTO).

[23]

Sur cette politique française dite de la présence, cf. Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie, op. cit., t. 1, p. 503-506.

[24]

AN, AJ 41/529, dossier 11 (DSA/Section 8 : Industries de guerre) : ministère de la Défense nationale/Direction des services de l’armistice : Note au sujet des fabrications de matériel de guerre en zone occupée. Vichy, 19 juillet 1940 (souligné par nous). Cette note, établie sur ordre de Maxime Weygand, a été approuvée en Conseil des ministres le 24 juillet et envoyée le 27 juillet par bordereau n° 1839/DSA (signé Koeltz) à Wiesbaden pour information personnelle de Charles Huntziger. Voir aussi DFCAA, t. Ier, p. 155-156 : Note 2459/I.G. de Huntziger à Weygand. Wiesbaden, 19 août 1940.

[25]

Télégramme n? 27 de la commission allemande d’armistice (CAA) au ministère des Affaires étrangères à Berlin. Wiesbaden, 4 juillet 1940, signé Hencke, in ADAP, série D, vol. X, p. 98.

[26]

BA Berlin, R 5/3254, dossier 31 Fa. (Westen) 2 : OKW/ Wi Rü Amt (Rü IId Nr. 20096/40) au ministre des Communications du Reich (aux bons soins du conseiller ministériel Ebeling) a/s Konzern Schneider-Werke « Le Creusot », « du Breuil » und « Henry Paul ». Berlin, 28 juin 1940, signé p.o. Thomas (souligné par nous). Cf. Politisches Archiv des Auswärtigen Amts, Bonn (PA-AA), R 29607, fol. 206160 : Télégramme n° 1 de la CAA au ministère des Affaires étrangères à Berlin. Wiesbaden, 26 juin 1940, signé Hencke.

[27]

BA-MA, RW 19/Wi I A 3/94, Teil 2 : Télégramme (TGB Nr. 1431/40) de la Rüstungsinspektion Paris à l’OKW/Wi Rü Amt. Paris, 5 août 1940, signé Schubert.

[28]

BA-MA, RW 19/Wi I A 3/546, fol. J 015754-761 : Compte rendu de l’Inspekteur für Erfassung und Einsatz von Rohstoffen in Belgien und Frankreich (Az. IIIa) au Délégué au Plan de Quatre Ans. S.l., 13 septembre 1940, signé Bührmann, surtout fol. J 015755.

[29]

BA-MA, RW 19/Wi I A 3/94, Teil II : Arrêté secret du Reichsmarschall des Großdeutschen Reiches. Berlin, 14 août 1940, signé Göring (copie certifiée conforme par le OKW/ Wi Rü Amt, signé capitaine à la mer Wilhelm Meendsen-Bohlken).

[30]

BA Berlin, R 26 I/46 : Circulaire n° V.P. 14395 du Délégué au Plan de Quatre Ans a/s Planmässige Ausnutzung der Wirtschaft der besetzten westlichen Gebiete für die deutsche Kriegswirtschaft. Berlin, 26 août 1940, signé Göring (souligné par nous).

[31]

BA Berlin, R 3101 (anciennement R 7)/839, fol. 40-41 : OKW/Wi Rü Amt (Rü IId 21300/40)/Der Reichswirtschaftsminister (S 1a/23125/40) : Ausführungsbestimmungen zu der Anordnung des Reichsmarschalls des Großdeutschen Reiches über planmäßige Ausnutzung der Wirtschaft der besetzten westlichen Gebiete für die deutsche Kriegswirtschaft. Berlin, 26 août 1940, signé p.o. Dr. Landfried et Thomas.

[32]

BA Berlin, R 26 I/41 : Der Reichsmarschall des Groß-deutschen Reiches : Planmässige Ausnutzung der Wirtschaft der besetzten westlichen Gebiete für die deutsche Krieg-swirtschaft. Berlin, 20 septembre 1940, signé Göring, 3 p. (souligné dans l’original).

[33]

Loi portant organisation de la répartition des produits industriels. Vichy, 10 septembre 1940, signée Philippe Pétain, René Belin, Yves Bouthillier, Journal Officiel de la République française. Lois et décrets (JO) du 12 septembre 1940, p. 4970-4971. Sur le fonctionnement de l’OCRPI, l’étude la plus détaillée est toujours la thèse de Robert Catherine, Économie de la répartition des produits industriels, Paris, PUF, 1942 ; sur la doctrine du régime en matière de répartition, cf. aussi Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie, op. cit., t. 1, p. 513-518 et 570-579.

[34]

Cf. la reconnaissance officielle de l’OCRPI par l’occupant : Ordonnance concernant l’institution d’Offices de Marchandises pour la réglementation de produits industriels. Du 20 novembre 1940, Verordnungsblatt des Militärbefehlshabers in Frankreich (VOBIF), 18, du 30 novembre 1940, p. 149-151.

[35]

Cf. note 2.

[36]

BA-MA, RW 19/823 : OKW/Chef Wi Rü Amt : Aktennotiz über den Vortrag beim Reichsmarschall am 6.11.40 in Beauvais, s.l., 8 novembre 1940.

[37]

Sur les prises de participations allemandes dans les affaires françaises, cf. surtout Pierre Arnoult, Les finances de la France et l’occupation allemande (1940-1944), Paris, PUF, 1951 ; Henry Rousso, « Vichy face à la mainmise allemande sur les entreprises françaises », dans La France et l’Allemagne en guerre, op. cit., p. 469-487 ; Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie, op. cit., t. 1, p. 631-669 ; Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers sous l’Occupation, op. cit., p. 225-424.

[38]

BA Berlin, R 3101/839, fol. 200r.-200v. : Le délégué au Plan de Quatre Ans (V.P. 16411/5) au ministère de l’Économie du Reich (aux bons soins du sous-secrétaire d’État von Hanneken) a/s Auftragsvergebung an die Industrie in den besetzten Westgebieten. Berlin, 7 octobre 1940, signé Göring.

[39]

BA-MA, RW 19/Wi I A 3/546, fol. J015714-720 : Compte rendu de l’Inspekteur für Erfassung und Einsatz von Rohstoffen in Belgien und Frankreich (Az. IIIa) au délégué au Plan de Quatre Ans, s.l., 15 décembre 1940, signé Witting.

[40]

BA-MA, RW 24/2 : Journal de guerre du Wi Rü Stab Frankreich, t. II : 4 juin-31 décembre 1940, compte rendu des événements survenus le 11 décembre 1940.

[41]

BA-MA, RW 35/824 : Rapport final sur l’activité de la ZAST auprès du Militärbefehlshaber in Belgien und Nordfrankreich pour la période du 1er janvier 1941 au 31 août 1944, s.l.n.d., anonyme, p. 2.

[42]

Les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais sous l’administration militaire de Bruxelles ainsi que les trois départements de l’est annexés de fait se trouvèrent en dehors de cette zone. Pour une vue d’ensemble sur l’organisation de l’administration militaire allemande en France, cf. toujours la thèse de Hans Umbreit, Der Militärbefehlshaber in Frankreich (1940-1944), Boppard, éd. Harald Boldt, 1968 (coll. « Wehrwissenschaftliche Forschungen. Abteilung : Militärgeschichtliche Studien », vol. 7).

[43]

Cf. note 1, fol. J015716.

[44]

Cf. Rapport très secret de l’OKW/Wi Rü Amt a/s Umsteuerung der Wirtschaft, doc. cité, p. 63.

[45]

BA-MA, RW 19/2386, fol. 41 : OKW/Wi Rü Amt/Rü II (Geheim) : Zusammenstellung der nach den besetzten Gebieten vergebenen direkten und indirekten Wehrmachtaufträge. Stand : 1.3.1941.

[46]

BA-MA, RW 24/15 : Der Chef des Wi Rü Stabes Frankreich (Abt Wi Allg. Gr. 2 Br.B.Nr. 534/40 g.) : Lagebericht des Wehrwirtschafts- und Rüstungsstabes Frankreich für die Zeit bis 31.7.40. Paris, 5 août 1940, signé Barckhausen, Ire partie, p. 1.

[47]

BA-MA, RW 24/18, fol. 40 : Wi Rü Stab Frankreich (Az. 66k/Abt. Wi 2c Br.B.Nr. 1877/40 geh.) : Kriegsgeschichte des Wehrwirtschafts- und Rüstungsstabes Frankreich vom 3.7. bis 30.9.1940. Paris, 28 décembre 1940, signé p.o. Gutscher (lieutenant-colonel).

[48]

Ibid., fol. 80.

[49]

Cf. Rapport très secret de l’OKW/Wi Rü Amt a/s Umsteuerung der Wirtschaft, doc. cité, p. 58.

[50]

Lettre n? 699/40 du président de la CAA au président de la DFCAA. Wiesbaden, 2 septembre 1940, signé von Stülpnagel, in DFCAA, t. Ier, p. 215-216.

[51]

Service historique de l’armée de terre, Vincennes, 1 P 7 : Contrat provisoire entre la Société des Chantiers & Ateliers de Saint-Nazaire et l’Oberkommando der Kriegsmarine (OKM). Saint-Nazaire, 28 juin 1940, signé A. Lévy (vice-président, directeur général), Degenhardt (capitaine à la mer, délégué spécial de l’OKM), 2 p. (souligné par nous). Cf. Claude Huan, « La construction navale française 1940-1942 », dans La France et l’Allemagne en guerre, op. cit., p. 197-210, surtout p. 199, qui, malheureusement, retombe dans un plaidoyer pro domo et n’indique nulle part ses sources.

[52]

AN, AJ 41/2062, dossier 2 : Note n° 98/DSA du ministère de la Défense nationale au président de la DFCAA a/s Travail de l’industrie française au profit de l’Armée allemande. Clermont-Ferrand, 2 juillet 1940, signé Weygand (souligné dans l’original). Au bas de la deuxième page de cette note, Maxime Weygand ajouta de sa propre main : « Cette exigence, non formulée dans le texte de la convention, est contraire au droit des nations. Je vais demander à son sujet une décision gouvernementale dont je vous ferai part. » Sur la Société Anonyme André Citroën sous l’Occupation, cf. Jean-Louis Loubet, « La Société André Citroën (1924-1968) », thèse de 3e cycle, Paris X, 1979, p. 332-358 et Citroën, Peugeot, Renault et les autres. Soixante ans de stratégies, Paris, Economica, 1995.

[53]

Télégramme secret du président de la délégation allemande d’Armistice pour l’Économie (Del.Nr. 131) au ministère des Affaires étrangères du Reich. Wiesbaden, 24 septembre 1940, 20 h 10, signé Hemmen, in ADAP, série D, vol. XI, p. 149-150.

[54]

Cf. le compte rendu de l’Inspekteur für Erfassung und Einsatz von Rohstoffen in Belgien und Frankreich (Az. IIIa) au délégué au Plan de Quatre Ans du 15 décembre 1940, doc. cité, annexe 1 : tableau statistique des réquisitions de matières premières en France occupée.

[55]

BA-MA, RW 45/5 : Der Generalinspekteur für Erfassung und Einsatz von Rohstoffen in den besetzten Ostgebieten : Schlussbericht. Berlin, 3 août 1942, signé Witting, p. 11 (tous ces chiffres n’impliquent pas les départements du Nord et du Pas-de-Calais ainsi que les trois départements annexés de l’est).

[56]

BA-MA, RW 19/Wi I A 3/546, fol. J015692-699 : Compte rendu de l’Inspekteur für Erfassung und Einsatz von Rohstoffen in Belgien und Frankreich (IIIa Nr. 17/41 geh.) au délégué au Plan de Quatre Ans, s.l., 1er février 1941, p. 7.

[57]

Cf. Rapport très secret de l’OKW/Wi Rü Amt a/s Umsteuerung der Wirtschaft, doc. cité, p. 69-70.

[58]

BA-MA, RW 24/3 : Journal de guerre du Wi Rü Stab Frankreich, t. 3 : 1er janvier-31 décembre 1941. Rapport sur les événements survenus le 7 février 1941.

[59]

Georg Thomas, Geschichte der deutschen Wehr- und Rüstungswirtschaft (1918-1943/45). Édition établie par Wolfgang Birkenfeld, Boppard am Rhein, éd. Boldt, 1966 (coll. « Schriften des Bundesarchivs », vol. 14), p. 245. Cf. document NID-13844 : Der Vierjahresplan. Vortrag vor der Verwaltungsakademie Berlin am 29. April 1941 gehalten von Staatssekretär Neumann. Rédacteur : Oberregierrungsrat Dr. Donner, p. 21.

[60]

Sur la politique de Vichy en matière de recrutement de la main-d’œuvre française pour l’Allemagne, cf. maintenant Bernd Zielinski, Staatskollaboration. Vichy und der Arbeitskräfteeinsatz im Dritten Reich, Münster, éd. Westfä-lisches Dampfboot, 1995 (coll. « Theorie und Geschichte der bürgerlichen Gesellschaft », vol. 11) et Yves Durand, « Vichy und der “Reichseinsatz” », dans Ulrich Herbert (dir.), Europa und der « Reichseinsatz ». Ausländische Zivilarbeiter, Kriegsgefangene und KZ-Häftlinge in Deutschland 1938-1945, Essen, Klartext, 1991, p. 184-199.

[61]

BA-MA, RW 19/1031 : Der Reichsminister für Bewaffnung und Munition/Rüstungsamt (Az. 43g Westen Nr. 2800/ 42 g) : Aktennotiz über die Besprechung Minister Speer, Ministerpräsident Laval in der Deutschen Botschaft in Paris [am 16. Juni 1942 vormittags], s.l., 19 juin 1942. Cf. le télé-gramme n° 2517 de l’Ambassade d’Allemagne au ministère des Affaires étrangères du Reich avec compte rendu sur l’entretien Speer – Laval. Paris, 16 juin 1942, 22 h 45, ADAP, Série E, vol. III, p. 4.

[62]

BA-MA, RW 19/3360, fol. 68-86 : Deutsches Beschaffungsamt Frankreich (DBA) : Niederschrift der Ansprache des Chefs des Deutschen Beschaffungsamtes in Frankreich Generalmajor Thoennissen bei Gelegenheit der Eröffnungssitzung des Organisationsausschusses beim Deutschen Beschaffungsamt in Frankreich im Hause der Flieger, Paris am 1. September 1942.

[63]

AN, 72 AJ/1929 : Note anonyme a/s Entwurf einer Geschäftsordnung für die Arbeitsausschüsse und Arbeitsringe des DBA, s.l., s.d. (septembre 1942), p. 2 et 9. Au sujet des fonctions des Comités d’organisation, cf. Henry Rousso, Les comités d’organisation, op. cit., et la thèse de Jean-Guy Merigot, Essai sur les comités d’organisation professionnelle, Bordeaux, Imprimerie Delmas, 1943.

[64]

BA Berlin, R 4603/3040, fol. 1-5 : Circulaire du Reichswirtschaftsminister (II L 6239/43) aux Reichsstellen et Reichsvereinigungen a/s Warenbewirtschaftung in Frankreich/Einschaltung der Reichsstellen. Berlin, 27 mars 1943, signé p.o. Kehrl.

[65]

BA Berlin, R 10 III/53, fol. 260-266 : Circulaire (RLA/ CB/I Nr. 460/43 g) du Reichsminister für Bewaffnung und Munition (RMBuM) aux directeurs responsables des Ausschüsse et Ringe. Berlin, 1er juin 1943, signé Speer.

[66]

BA Berlin, R 4603/3152, fol. 2-4 : Lettre du Rüstungsobmann in Frankreich des Reichsministers für Rüstung und Kriegsproduktion (RMRuK) à la société Carl Zeiss (Jéna) a/s Einsatz von Patenfirmen. Paris, 30 septembre 1943. Cf. BA Berlin, R 3101/1166, fol. 78-81 : Compte rendu du RMBuM (RLA/Cb Nr. 534/43g) sur la réunion des Ausschüsse et Ringe du 5 juin 1943 a/s Neuregelung in Frankreich, 10 juin 1943.

[67]

BA-MA, RW 24/32, fol. 8 : Rüstungs- und Beschaffungsstab (Rü Be Stab) Frankreich des RMRuK (Az. 15a 10/ Gr. F/4) : Übersicht über das IV. Quartal 1943, s.d.

[68]

BA Berlin, R 4603/3276 : Der Rüstungsobmann Frankreich des RMRuK : Auftragsverlagerung in Frankreich 1943/44 (7 listes nominatives d’entreprises, octobre 1943 à mars 1944).

[69]

BA-MA, RW 24/31, fol. 13 : Rü Be Stab Frankreich des RMRuK (Az. 15a 10/Gr. F/1) : Übersicht über das III. Quartal 1943, s.d. Le nombre des Länderbeauftragte en France augmenta ensuite. À la fin de l’Occupation, il s’éleva au total à 28.

[70]

Sur cette stratégie allemande développée au début de 1943 cf. Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie, op. cit., t. 1, p. 701.

[71]

Cf. note 4, fol. 264-265.

[72]

BA-MA, RW 24/31 : Journal de guerre du Rü Be Stab Frankreich, t. II : 1er juillet-30 septembre 1943, annexe 11a : Note a/s Besprechung bei Minister Bichelonne am 10. Juli 1943, signé Graf, p. 4 et 6.

[73]

BA Berlin, R 4603/1722, fol. 1-90 : Geheim : Stenographische Niederschrift der 54. Sitzung der Zentralen Planung betreffend Arbeitseinsatz am Mittwoch, dem 1. März 1944, 10 Uhr im Reichsluftfahrtministerium, surtout fol. 60.

[74]

Cf. notamment Alan S. Milward, The New Order, op. cit. p. 151-159 et Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie, op. cit., t. 1, p. 699-707.

[75]

PA-AA, R 102966 : Note du ministère des Affaires étrangères du Reich (Inf. II) a/s Besuch französischer Industrieller 1.-2.11.1942, s.d., signé Lilienthal, 3 p. Cf. Roger Frankenstein, « Die deutschen Arbeitskräfteaushebungen in Frankreich und die Zusammenarbeit der französischen Unternehmer mit der Besatzungsmacht 1940-1944 », dans Waclaw Dlugoborski (dir.), Zweiter Weltkrieg und sozialer Wandel. Achsenmächte und besetzte Länder, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1981 (coll. « Kritische Studien zur Geschichtswissenschaft », vol. 47), p. 211-223.

[76]

BA Berlin, R 4603/1821, fol. 499-501 : Lettre du ministre secrétaire d’État à la Production industrielle et aux Communications (MPIC) au chef des sections économiques du MBF. Paris, 15 juillet 1943, signée Bichelonne, 4 annexes (de 27 p. au total), copie de la trad. allemande.

[77]

AN, 72 AJ/1926 : Lettre du MPIC au Général Heinrich von Stülpnagel, commandant militaire allemand en France. Paris, 26 juillet 1943, signée Bichelonne.

[78]

BA-MA, RW 24/30, fol. 53-59 : Journal de guerre du Rü Be Stab Frankreich, t. 1 : 1er mai-30 juin 1943, annexe I : Note (Az. 11a 10 Gr. F Nr.90/43 g.) a/s Besprechung mit Reichsminister Speer am 8.5.1943. Paris, 12 mai 1943, signé Schmidt.

[79]

BA Berlin, R 4603/1988 fol. 61 : Arrêté du Führer a/s Industrieverlagerung nach dem Protektorat, dem Generalgouvernement und den besetzten Ostgebieten, signé Adolf Hitler, G.Q.G. du Führer, 28 juin 1943, reproduit dans « Führer-Erlasse », op. cit., p. 346-347.

[80]

Télégramme secret (n° 5898) de l’ambassade d’Allemagne au ministère des Affaires étrangères du Reich, Paris, 4 septembre 1943, 14 h 45, in ADAP, série E, vol. VI, p. 483-485.

[81]

AN 72 AJ/1926 : Lettre d’invitation du RMRuK au MPIC. Berlin, 9 septembre 1943, signé Speer.

[82]

BA Berlin, R 4603/1821, fol. 544-550 : Der MBF/Der Leiter der Abteilung Wi II : Notiz über die Schlussbesprechungen anlässlich des Besuches von Minister Bichelonne bei Minister Speer am 17.9. Paris, 20 septembre 1943, signé Jehle. Cf. le compte rendu français qui, nettement plus détaillé, fut établi par l’ingénieur en chef des mines Jacques Charbonneaux, AN, 72 AJ/1926 : MPIC/Service des relations économiques franco-allemandes (JC/GB) : Procès-verbal de la conférence tenue à Berlin le vendredi 17 septembre 1943 dans le bureau de monsieur le ministre Speer, s.l.n.d. [Paris, 27 septembre 1943], notamment p. 4.

[83]

Cf. Arrêté relatif à la production des produits finis industriels, Paris, 17 juin 1943, signé Jean Bichelonne, JO du 20 juin 1943, p. 1688.

[84]

150 000 pour l’exécution des programmes déjà en cours, 250 000 comme supplément dans le secteur de l’armement au titre du plan dit « du 15 juillet » et 200 000 au titre de commandes allemandes civiles.

[85]

Note (n° 44) du ministre plénipotentiaire de 1re classe Karl Schnurre, directeur adjoint du Commerce extérieur au ministère des Affaires étrangères du Reich, a/s Besuch des französischen Produktionsministers Bichelonne bei Reichsminister Speer. Berlin, 22 septembre 1943, in ADAP, série E, vol. VI, p. 574-575. Cf. BA Berlin, R 4603/1738, fol. 28 : Chronik der Dienststellen des Reichsministers Albert, Speer 1943/II. Zusammengetragen von Rudolf Wolters, rapport sur les événements survenus le 16 septembre 1943.

[86]

AN – Centre des archives contemporaines, Fontainebleau (CAC), versement n° 830588/article 6, dossier 9/II : Circulaire du RMRuK (Rü A/Rü I Nr. 17039/43) au Rü Be Stab Frankreich, à la Rüstungsinspektion Belgien et à la Rüstungsinspektion Niederlande a/s entreprises « S » situées dans les territoires occupés de l’Ouest. Berlin, 8 octobre 1943 (trad franç.).

[87]

BA Coblence, B 120/708 : Mémorandum du Reichsbeauftragter z.b.V. et ancien délégué général allemand à l’OCRPI a/s Wi II : Gewerbliche Wirtschaft. Teil III : Deutsche Förderung der französischen Industriewirtschaft insbesondere auf dem Gebiete der Rüstungsproduktion, s.l. [Potsdam], 30 janvier 1945, signé W[eniger], p. 31. Cf. BA Berlin, R 4603/1821, fol. 60-65 : Lettre du GBA (VIL 5780.11/44g) au RMRuK. Berlin, 10 mars 1944, signé Fritz Sauckel.

[88]

BA Berlin, R 4603/3040, fol. 26-27 : Arrêté du MBF (Wi II AL 153/43) a/s S-, Rü- und V-Betriebe. Paris, 17 janvier 1944, signé Jehle.

[89]

AN – CAC, versement n° 830589 : article 6, dossier 9/II : Attestation adressée par le Militärbefehlshaber en France à l’usine de la Cie Électro-Mécanique au Bourget, 23, rue Jean Jaurès. Paris, 20 octobre 1943, signée v. Stülpnagel.

[90]

Cf. Geheim : Stenographische Niederschrift der 64. Sitzung der Zentralen Planung, doc. cité, fol. 6.

[91]

Ibid., fol. 73 et 79.

[92]

Ibid., fol. 51.

[93]

Cf. Alfred Sauvy, « Démographie et économie de la France au printemps 1944 », dans Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale (dir.), La Libération de la France. Actes du colloque international tenu à Paris du 28 au 31 octobre 1974, Paris, CNRS, 1976, p. 281-303.

[94]

BA-MA, RW 24/34, fol. 177 : Rü Be Stab Frankreich (Az. 66k20//Gr. F./1 Nr. 4422/44g.) : Lagebericht für den Monat April 1944, Paris, 31 Mai 1944, signé Stud.

[95]

BA Berlin, R 4603/1769, fol. 21 : Note du chef du Planungsamt (00/230/31.7.44 PLA) pour le ministre du Reich Speer a/s Lieferung der ca. 1500 Rüstungsbetriebe nach Deutschland im Wege der echten Verlagerung im Gebiet Frankreich. Berlin, 31 juillet 1944, signé Hans Kehrl (chiffres sans Nord/Pas-de-Calais mais zone sud incluse).

[96]

BA-MA, RW 24/35, fol. 20 : Rü Be Stab Frankreich/ Abwicklungsstab Dresden (Br.B.Nr. 5468/44) : Darstellung der rüstungswirtschaftlichen Lage und Tätigkeit der Rüstungsdienststellen in Frankreich nach Beginn der Invasion. Dresde, 18 octobre 1944, signé Stud.

[97]

Doc. PS-3819 : Note de la Chancellerie du Reich (Rk. 5815 C) a/s Chefbesprechung am 11. Juli 1944. Berlin, 12 juillet 1944, in IMT, vol. XXXIII, p. 190.

[98]

BA-MA, RW 35/259 : MBF/Chef der Militärverwaltung : Die Tätigheit der Gruppe Wirtschaftstransporte (Wi I/4) der Militärverwaltung in Frankreich 1940-1944, s.l.n.d. [Potsdam, début 1945], p. 89. Cf. BA-MA, RW 24/35, fol. 126 : Journal de guerre du Rü Be Stab Frankreich, t. VIa : 1er juillet-30 septembre 1944, rapport sur les événements survenus le 5 août 1944.

[99]

BA-MA, RW 24/35, fol. 209 : Journal de guerre du Rü Be Stab Frankreich, t. Vla : 1er juillet-30 septembre 1944, annexe 3 : Ordre du Oberbefehlshaber West (Abt. Ia T Nr. 1752/44 g.Kdos.) au Rü Be Stab Frankreich a/s Lähmungen und Zerstörungen im Westen. G.Q.G., 12 août 1944, signé p.o. Cullmann.

[100]

L’indice général de la production industrielle (1938=100) tomba, pour l’année entière de 1944, à 41. Cf. Annuaire statistique. Sous la direction de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), Direction de la Statistique générale, vol. LVII : Résumé rétrospectif (1946), Paris, Imprimerie nationale, 1947, p. 100.

[101]

Centre de la conservation de collections historiques et documentaires (CCCHD), Moscou, fonds 1458, inventaire 5, vol. 62, fol. 31 : Note du MBF/Chef der Militärverwaltung/ Wi I/3 (Statistik) a/s Die französische Industrieproduktion und ihr Absatz für deutsche Rechnung seit 1942. Paris, 24 avril 1944. Un photostat incomplet et en grande partie illisible de ce document se trouve au Centre de documentation juive contemporaine (Paris) sous la cote VI-136.

[102]

AN, F. 12/10157, dossier 221 : OCRPI/Direction des services techniques : Vue sur l’industrie française. N° 1 – Situation au 15 juin 1944, p. 5, transmis par lettre DR/YB CR 6.354 au secrétaire général à la Production industrielle. Paris, 30 juin 1944, signé Raymond Dreux. Cf. Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie, op. cit., t. I, p. 711.

[103]

Les sections économiques du MBF, elles-mêmes, calculèrent déjà la part allemande dans le second semestre de 1943 (industrie du bâtiment incluse) à 50 % environ. AN, AJ 40/413, dossier 10 : Mémorandum secret du MBF/Der Chef der Militärverwaltung a/s Der Beitrag des französischen Raumes zur Kriegswirtschaft. Zahlen und Schaubilder. Paris, avril 1944, signé Dr. Michel, p. 18.

[104]

Cf. note 3, fol. 31, calculs se fondant exclusivement sur la base des données de 85 départements. Le chiffre d’affaires de l’industrie française pour le compte allemand se répartit, en décembre 1943, selon cette source, d’ailleurs assez fiable, à 93 % pour la zone d’occupation du MBF et seulement à 7 % pour la zone sud. Cependant, celle-ci représentait à l’époque 35 % de l’effectif global de l’industrie et même 28 % du chiffre d’affaires total. Cf. ibid., fol. 8. À cause des variations des stocks, le chiffre d’affaires et la production peuvent, dans certains cas, être assez différents. Or, vu l’épuisement considérable des stocks depuis le milieu de 1941, il est possible d’interpréter le chiffre d’affaires portant sur une période plus longue (comme le dernier semestre de 1943) approximativement comme la production.

[105]

CCCHD Moscou, fonds 1458, inventaire 5, vol. 260, fol. 51-52 : Aide-mémoire de la ZAST Frankreich (Nr. 189/44) au ministère de l’Économie du Reich (aux bons soins du conseiller ministériel von Boeckh). Paris, 30 mai 1944. À noter que tous ces chiffres représentent uniquement les commandes enregistrées sans le bâtiment et le Nord/Pas-de-Calais.

[106]

BA Berlin, R 24/20 : Note secrète du Planungsamt/Auskunftsbüro der Zentralauftragsstellen und Referat Statistik der Besetzten Westgebiete (Pla 471/5.12.) a/s Die Auftragsverlagerung nach Frankreich in Mill. RM (Nach der Statistik der Zentralauftragsstelle Frankreich). Berlin, 5 décembre 1944. Ces chiffres représentent uniquement les commandes enregistrées sans le bâtiment et le Nord/Pas-de-Calais.

[107]

Il suffit de se reporter aux nombreux récits pro domo rassemblés dans les dossiers de procédure correspondants de la cour de justice de la Seine (AN, Z 6) ainsi que ceux du Comité national interprofessionnel d’Épuration (CNIE, ibid., F 12/9562 à 9645) pour se faire une idée du phénomène.

[108]

BA Berlin, R 4603/1821, fol. 310-314 : Note de Hans Kehrl pour le ministre du Reich Speer a/s Bedeutung der Wirtschaftskraft der besetzten Westgebiete (und Italiens) für das deutsche Rüstungspotential. G.Q.G. du Führer, 3 janvier 1944.

[109]

StA Nuremberg, Fonds 502 II, Doc. NI-7859 : Rapport très secret de l’OKW/Feldwirtschaftsamt a/s Wehrwirtschaftliche Erkenntnisse von 5 Kriegsjahren. Rédacteur : Oberregierungsrat Dr. Walter Tomberg, achevé novembre 1944, 158 p., 1er exemplaire, surtout p. 113.

[110]

Cf. sur l’importance générale de la « contribution » des territoires occupées à l’effort de guerre allemand l’ouvrage de référence de Dietrich Eichholtz, Geschichte der deutschen Kriegswirtschaft 1939-1945, t. 2 : 1941-1943, Berlin (Est), Akademie-Verlag, 1985 (coll. « Forschungen zur Wirtschaftsgeschichte », t. 1/II), p. 509.

[**]

Cet article constitue la version longue de la communication présentée à Besançon, au colloque international « L’Occupation, l’État français et les entreprises » organisé par l’Université de Franche-Comté (Laboratoire des sciences historiques) et le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon les 24, 25 et 26 mars 1999 et dont les actes viennent d’être publiés : Olivier Dard, Jean-Claude Daumas, François Marcot (dir.), L’Occupation, l’État français et les entreprises, Paris, Association pour le développement de l’histoire économique (ADHE), 2000, p. 11-24. Pour une approche approfondie portant sur les deux dernières années d’Occupation, cf. Arne Radtke-Delacor, « Verlängerte Werkbank im Westen : Deutsche Produltionsaufträge als Trumpfkarte der industriellen Kollaboration in Frankreich (1942-1944) », dans Stefan Martens, Maurice Vaïsse (dir.) : Frankreich und Deutschland im Krieg (November 1942-Herbst 1944) Okkupation, Kollaboration, Résistance. Akten des deutsch-französischen Kolloquiums « La France et l’Allemagne en guerre (novembre 1942-automne 1944). Occupation, Collaboration, Résistance ». Veranstaltet vom Deutschen Historischen Institut Paris und dem Centre d’Études d’Histoire de la Défense, Vincennes in Zusammenarbeit mit dem Institut für Zeitgeschichte, München und dem Institut d’Histoire du Temps Présent, Paris-Cachan. Paris, 22. und 23. März 1999, Bonn, Bouvier, 2000 (coll. « Pariser Historische Studien », t. 55), p. 327-350.

[*]

Né en 1963, Arne Radtke-Delacor, après des études menées à l’université de Göttingen puis à Paris I, a étudié, dans divers articles, la collaboration industrielle franco-allemande et la politique sociale du régime de Vichy.

Résumé

Français

La débâcle de mai-juin 1940, l’armistice et l’occupation de la majeure partie de l’Hexagone furent une surprise complète pour les dirigeants nazis comme pour leurs ennemis. Après une première phase (été 1940) d’hésitations et d’adaptations à la nouvelle donne, l’occupant mit en place, à partir de l’automne 1940 et grâce à l’orientation collaboratrice de Vichy, un appareil d’exploitation systématique mais encore limitée des ressources françaises sous le signe de la poursuite de la guerre. Avec le passage du Troisième Reich à la guerre totale, avec l’échec de la guerre-éclair devant Moscou et l’élargissement mondial du conflit, commença en France, au début de 1942, une nouvelle étape, marquée par l’emploi intensif des ressources disponibles au profit de l’effort de guerre allemand. Cette phase ne s’acheva qu’à la Libération. Au cours de ces trois phases majeures de la politique économique allemande des quatre années d’Occupation, trois stratégies fondamentales d’exploitation des territoires conquis furent mises en place. Inscrites au cœur des délibérations au sein du régime nazi à l’été 1940, elles furent appliquées simultanément ou successivement en France : politique classique de pillage pur et simple, stratégie plus subtile de relance de la production dans le pays occupé afin d’augmenter à long terme le « rendement » au bénéfice de l’économie de guerre allemande, exploitation physique incluant la stratégie de la chasse à l’homme et sa déportation au travail forcé hors du territoire occupé. Répondant à la poursuite de la guerre et à la politique de collaboration de « l’État français », la deuxième option se trouvait au centre de la pratique d’exploitation en France, à de brèves exceptions près (début et fin de l’Occupation, intermède de 1942-1943).

English

Produce for the ReichGerman Orders to French Industry (1940-1944) The May-June 1940 debacle, the Armistice and the Occupation of most of the Hexagon were a total surprise for the Nazi leaders as well as for their enemies. There was a first plan (summer 1940), full of hesitations and adaptations to the new situation, and then the occupier put in place, as of fall 1940 and thanks to Vichy’s collaboration, a limited but systematic organization of exploitation of French resources for the continuation of the war. When the Third Reich declared total war after the failure of the surprise war in Moscow and the now world-wide war, a new stage began in France at the beginning of 1942, marked by the intensive use of resources that helped the German war effort. This plan didn’t end until the Liberation. Next to these three major phases of German economic policy during the fours years of the Occupation, there were three basic strategies of the exploitation of the conquered territories. They were at the forefront of the Nazi regime’s discussions in the summer of 1940 ; some were implemented simultaneously and some successively in France : First, the classic policy of pure and simple rape and plunder, the most primitive way of supplying the conqueror. Second, the more subtle strategy of stimulating production in the occupied country itself in order to increase the yield in the long run to the benefit of the German war economy. Thirdly, the physical exploitation in the real sense of the word, including the strategy of going after men and deporting them to hard labor outside of occupied territory. Among these three choices, in response to the continuation of the war and the policy of collaboration of the “French state”, the second option was at the heart of the practice of exploitation in France with some few exceptions (beginning and end of the Occupation, the interlude 1942-1943.)

Plan de l'article

  1. ? Les tâtonnements allemands au lendemain de l’armistice
  2. ? L’exploitation à long terme : l’industrie au service de l’Allemagne
  3. ? La guerre totale et le renforcement de l’exploitation

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