CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1L’invention politique de l’environnement ne résulte pas seulement des prises de position technocratiques. Les confédérations syndicales se saisissent progressivement de ces questions au cours des années 1968. L’auteur montre combien la CFTC puis la CFDT se distinguent par la promotion de la notion de « cadre de vie », face à la CGT qui reste longtemps attachée à un modèle globalement productiviste. Au-delà des différences d’approches entre syndicats, on assiste en tous cas à une convergence progressive entre la question sociale et la question environnementale.

2En 2002, en dressant un bilan de l’historiographie de l’environnement en France, Geneviève Massard-Guilbaud notait que « l’histoire du mouvement ouvrier, lorsqu’elle s’intéressait aux conquêtes sociales, se focalisait sur les progrès en matière de durée du travail ou de protection sociale, mais non sur les injustices environnementales dont les ouvriers étaient pourtant victimes au premier chef. Comme la classe politique d’alors, toutes sensibilités confondues, les historiens mesuraient la prospérité à la hauteur des cheminées et à la noirceur du paysage [1] ». Dix ans après ce constat, l’histoire des préoccupations environnementales dans le mouvement ouvrier reste une question peu étudiée [2]. L’étude du mouvement syndical représente malgré tout une porte d’entrée pertinente dans l’histoire environnementale contemporaine, dans la mesure où elle interroge la possibilité de tisser des liens entre les dynamiques constitutives de la notion de développement durable : économiques, sociales et environnementales.

3Aujourd’hui, le récit sur le passé environnemental des organisations de salariés est marqué par une mémoire qui affirme, sans nuances, que « le mouvement syndical s’est historiquement coulé dans la logique productiviste du capital [3] ». La persistance de ce discours est favorisée par les carences de l’historiographie. D’une part, l’histoire du syndicalisme tend à observer les problèmes environnementaux comme des aspects secondaires de l’activité syndicale. D’autre part, l’histoire de la construction de l’environnement comme objet politique s’est focalisée sur les archives produites par les élites politiques, économiques ou administratives. Florian Charvolin a ainsi traité de l’invention de l’environnement en France en étudiant les sources de hauts fonctionnaires, alors que Michael Bess étudie l’essor des préoccupations environnementales dans la société française du second 20e siècle, en se fondant surtout sur les documents de dirigeants d’entreprises ou de personnalités politiques [4]. Par leurs sources, les auteurs tendent à observer le moment d’invention de l’environnement comme une territorialité produite par (et pour) une société a priori homogène. Seul le travail de Daniel Boullet, sur la prise de conscience environnementale des entreprises en France, laisse entrevoir un conflit dans la définition du concept d’environnement [5].

4L’étude de la construction de l’environnement comme objet politique dans les syndicats permet de s’intéresser aux critères spécifiques mobilisés par les organisations de salariés. Ainsi, nous pouvons observer comment s’articulent, dans les discours et dans les pratiques, les missions constitutives de l’action syndicale et les enjeux environnementaux.

5Pour intégrer la pluralité des approches syndicales, une démarche comparative est nécessaire. Cette étude se limite à la situation française [6], en s’appuyant sur les sources issues des deux confédérations majoritaires au cours de la période, qui sont aussi celles qui représentent le mieux la diversité idéologique du mouvement syndical français. Il s’agit d’une part de la Confédération française démocratique du travail (CFDT, Confédération française des travailleurs chrétiens avant 1964) [7] ; et, d’autre part, de la Confédération générale du travail (CGT). À côté de sources exploratoires (la presse syndicale et les textes de congrès), nous avons notamment étudié la correspondance des secrétariats, les supports de formations syndicales, les comptes rendus de réunions des instances internes et des rencontres avec les pouvoirs publics. Cette recherche est donc limitée par le choix de sources, puisque notre champ d’observation se situe uniquement au niveau des confédérations [8].

6Au travers de ces documents, nous verrons que l’environnement ne surgit pas soudainement dans le discours syndical. Si la décennie 1960 ne constitue qu’une phase dans l’évolution des préoccupations environnementales des syndicats, elle revêt une importance particulière dans la mesure où elle est le moment d’une réponse syndicale à l’invention administrative de l’environnement. Le cœur de notre recherche consiste donc à comprendre comment se forme une définition proprement syndicale de l’environnement, à partir de critères qui amèneront parfois les syndicalistes à rejeter ce terme d’« environnement », dont l’usage semble trop connoté par son utilisation administrative. Pour terminer, nous évoquerons plus précisément l’originalité de l’approche de la CFDT, qui entend imbriquer enjeux environnementaux et sociaux.

Des facteurs de préoccupations environnementales

7Dans l’après-guerre, trois facteurs de définition des préoccupations environnementales imprègnent le discours syndical. En premier lieu, la gestion des ressources naturelles est un souci récurrent. Le mouvement syndical postule qu’une exploitation maximale des ressources permettrait d’améliorer les conditions de vie de la population. Dès 1945, les confédérations évaluent la situation économique du pays à partir du décompte des ressources potentiellement exploitables. Pendant que la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) affirme que « les seules ressources créatrices de richesses sont nos ressources naturelles », la CGT produit un vaste rapport sur l’utilisation effective et potentielle des ressources [9]. Ce document, qui sera ensuite régulièrement actualisé, entend déterminer dans quels délais les niveaux de production d’avant-guerre pourraient être dépassés et quelles seront les répercussions sur l’emploi. Ces discours s’accompagnent d’illustrations valorisant les fumées d’usines ou les grands travaux visant à « asservir la nature [10] », qui reflètent un imaginaire syndical durablement productiviste et prométhéen.

8Le deuxième facteur important de développement des préoccupations environnementales est lié au problème de la santé sur les lieux de travail. Au lendemain de la guerre, malgré leur engagement en faveur de la campagne de reconstruction, les syndicats rappellent que « les travailleurs produisent au détriment de leur santé [11] ». Dans la continuité des débats d’avant-guerre sur l’établissement de services de médecine du travail, des revendications s’expriment toujours en faveur de la mise en place de dispositifs d’aspiration des poussières ou des vapeurs, présentés comme un moindre mal pour protéger les salariés. En outre, par le biais de la presse syndicale, les enjeux environnementaux s’invitent dans les débats sur l’élaboration de la législation du 11 octobre 1946, qui officialise l’existence des services de médecine du travail [12]. Les syndicalistes rappellent régulièrement le rôle du médecin pour identifier et remédier aux nuisances dans le cadre de l’entreprise, notamment lorsqu’il s’agit de poussières ou de fumées toxiques. Cependant, bien qu’ils déplorent la diffusion des pollutions hors des lieux de travail, leurs revendications restent cantonnées dans ces espaces. La pollution industrielle est alors perçue comme le revers empoisonné de la création d’emplois.

9Le troisième facteur de préoccupations environnementales est l’aménagement du lieu de vie des salariés. Au-delà de revendications conjoncturelles, les confédérations forgent des utopies urbaines. En France, ces projets mettent en relief l’opposition entre deux imaginaires syndicaux. D’un côté, la CGT peut inviter les urbanistes français à s’inspirer du « pays qui construit la société communiste fondée sur la science [13] », sur l’exemple de la ville de Rostov, avec une « surface habitable de 26 %, celle des parcs et jardins de 50 %, celle des rues et trottoirs de 24 % ». De l’autre côté, la CFTC fait entendre son rejet des constructions de grands ensembles. En mars 1945, devant l’assemblée nationale consultative, la confédération chrétienne s’oppose à la construction de « cités tentaculaires ». Elle aspire à une déconcentration des logements, pour favoriser la construction de « cités jardins » à l’écart des zones industrielles [14]. De fait, nous verrons que ces utopies s’enracinent dans des pratiques syndicales locales, qui demeurent vivaces.

L’émergence de l’environnement dans la radicalisation de la critique sociale

10Ces trois facteurs de préoccupations persistent au-delà de l’après-guerre, tout en connaissant des mutations au cours de la décennie 1960. Tout d’abord, les mouvements de décolonisation ont un impact fort sur l’approche syndicale des enjeux environnementaux [15]. En France, dès 1950, la presse syndicale publie des textes décrivant une double exploitation coloniale brutale, des travailleurs et des ressources environnementales. Les regards s’affinent au cours de la guerre d’Algérie. Les notes des délégués CFTC au Conseil économique et social attestent de l’attention portée par les syndicalistes aux problèmes liés à l’érosion et au déboisement causés par les travaux de la période coloniale [16]. Quant à la CGT, elle dénonce le « pillage des richesses de l’Algérie », qui contraint les paysans à exploiter des terres peu productives « loin des immenses et riches domaines de la plaine usurpés à leurs pères [17] ». Ces ressources acquièrent peu à peu le statut de patrimoine, qui devraient à ce titre être valorisées au profit de la population.

11En observant le gaspillage qui se produit en contexte colonial, les syndicalistes aspirent aussi à rationaliser l’exploitation des ressources en précisant leurs projets de planification économique. Initialement conçue comme un moyen de favoriser le plein-emploi, la planification est progressivement pensée comme un outil pour optimiser l’exploitation des ressources naturelles au profit de la population.

12Toutefois, cet enthousiasme ne dure pas. D’une part, les études préparatoires aux plans informent parfois les syndicalistes des dégradations environnementales. D’autre part, dès le milieu de la décennie, des militants dressent un constat d’échec sur les expériences de planification, qui donnent lieu à trois critiques. D’abord, toutes les confédérations dénoncent les décisions administratives comme entretenant les inégalités entre régions. Ensuite, la CFTC alerte sur l’incapacité des instances de planification à contrecarrer les pollutions. Enfin, pour cette confédération, les nuisances trouvent leur origine dans les dynamiques d’une économie capitaliste et productiviste. De manière désabusée, les militants cédétistes notent que la planification n’est pas incompatible avec « le développement d’une société de consommation individualiste, générant nuisances et pollutions [18] ».

13C’est précisément sur ce point que s’opère une disjonction entre la CFDT et la CGT. Dans les archives cégétistes, des dossiers compilent un grand nombre d’articles sur les questions environnementales et attestent d’un vif intérêt de la part de dirigeants confédéraux, qui se répercute dans la presse syndicale [19]. Pourtant, ces documents témoignent aussi d’une incapacité à inscrire l’environnement dans les analyses cégétistes : si les nuisances sont dénoncées, elles ne sont jamais comprises comme des symptômes d’une économie productiviste. Cette tension explique les divergences dans les prises de position des confédérations au sujet de la planification. D’un côté, la CGT souhaite accroître l’influence des organisations de salariés dans la réalisation des plans, sans dénoncer le productivisme. De l’autre côté, la CFDT aspire à une réelle reconnaissance des positions syndicales, mais elle entend aussi réorienter les dynamiques économiques favorisées par la planification.

14En affirmant que la cause des nuisances réside dans l’essor des productions induit par l’individualisation des consommations, la CFDT formule progressivement une critique du productivisme et du consumérisme. Elle note que « ce qui caractérise le phénomène de ce qu’on appelle certainement à tort “la société de consommation” c’est surtout l’aspect de compétitivité, la course individuelle à la consommation effrénée [20] », qui constituerait une cause essentielle dans l’essor des nuisances. L’étape franchie est importante : dorénavant, la pollution n’est plus le revers inévitable de la création d’emplois. Elle résulte de choix dans les modes de production et de consommation et c’est à ce titre qu’elle peut être combattue.

15L’alternative proposée consiste dès lors à définir la planification à partir des « besoins réels », tout en tenant compte des pollutions. À un premier niveau, ces besoins se définiraient par leur opposition aux besoins superflus, suscités par les producteurs dans une logique de profit. Ils s’opposeraient à « l’affaiblissement de la valeur d’usage », qui implique une productivité et des nuisances accrues [21]. Conscients des approximations que recèle la notion de besoins réels, la CFDT souligne toutefois que les salariés devraient eux-mêmes déterminer leurs besoins. La planification deviendrait un processus démocratique, par lequel les salariés seraient amenés à réorienter la production. En préparation du congrès de la CFDT en 1970, plusieurs groupes de travail sont formés pour rédiger différents rapports. Parmi ceux-ci, le groupe Solidarité humaine dans une société en développement produit une réflexion pionnière sur les retombées environnementales de la production. Le rapporteur de ce groupe, Frédo Krumnow, indique que :

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« La production [façonne] elle-même […] le modèle de civilisation sans tellement tenir compte des besoins réels des gens. Quand on dit que la production commande le développement du modèle de société, ça veut dire qu’on ne veut pas, pour des raisons de rentabilité, tenir compte de tous les éléments de nuisance autant humains que matériels […] et, en plus, on a la volonté d’individualiser la consommation. […] Nous pensons qu’il faut intercaler une structure de décisions démocratique au niveau du lancement du modèle de société. C’est tout le problème de savoir comment, dans le cadre de la planification démocratique, on arrivera à mettre sur pied une procédure qui permette avant qu’un produit ne soit lancé […] de tenir compte des besoins mais aussi des éléments de nuisance [22]. »

17La solution aux problèmes environnementaux impose donc une remise en cause du fonctionnement économique. Dans le même temps, cette transformation est indissociable d’une implication croissante de la population dans la vie politique et sociale. Les syndicalistes de l’entreprise Sollac, en Lorraine, dressent par exemple une carte des pluies ammoniacales qui perforent les feuilles des arbres de la région. En alertant les municipalités, la préfecture et l’opinion publique, ils contraignent l’entreprise à modifier son processus de production [23]. Les archives syndicales témoignent néanmoins que la prise en compte des enjeux environnementaux n’est pas toujours aussi aisée : plusieurs conflits opposent salariés de la chimie et riverains. Ces événements sont toutefois débattus dans les instances syndicales, ainsi d’une usine chimique de la banlieue de Lille où « une réflexion est engagée de concert entre l’Union régionale interprofessionnelle et l’Union régionale chimie », qui permet à la section d’entreprise de « mieux comprendre les problèmes de l’environnement » [24].

18À l’issue de la décennie 1960, les craintes liées à la protection de l’emploi ne sont donc pas absentes lorsqu’il est question d’enjeux environnementaux. Cependant, au travers de ces faits (qui, rappelons-le, ne sont que ceux qui parviennent aux dirigeants confédéraux), on observe une volonté syndicale d’impliquer les salariés dans la lutte contre les nuisances engendrées par les activités dans lesquelles ils sont employés. Ces prises de position préfigurent l’essor, à la CFDT au moins, d’une forme de « responsabilité sociale et environnementale du mouvement ouvrier [25] ».

« Cadre de vie » contre environnement technocratique

19Ces réflexions sont approfondies au moment où le gouvernement amorce une définition administrative de l’environnement. La CFDT aboutit alors à une approche originale de l’environnement, avec la notion de cadre de vie. La première occurrence du terme se trouve en 1965, sous la plume d’un médecin. La CFDT revendique alors un plan de santé publique fondé sur une prévention globale. On lit ainsi que : « La réalisation d’une usine à Lorient aurait permis à plus de mille travailleurs d’avoir du travail […], de demeurer sur leur terroir, avec leur famille, leur parenté, de conserver leurs habitudes, leurs traditions, leur église, ou leur cellule, leur cinéma, leur cimetière […], leurs places en un mot, tout ce qui fait leur cadre de vie [26]. » Le cadre de vie n’est pas uniquement un milieu biologique, il est d’abord le lieu où se structure le tissu social et a un impact sur la construction psychique des individus.

20Il faut attendre janvier 1968 pour voir le terme réapparaître, dans un texte publié par un architecte et un urbaniste. Ils plaident pour que les usagers soient associés à la réflexion sur la construction du cadre de vie, en partenariat avec des professionnels. Quelques mois plus tard, le terme est chargé d’une connotation plus subversive. Les usagers ne sont plus simplement associés, ils doivent dorénavant occuper le rôle de décideurs. La CFDT ne parle plus d’une amélioration du cadre de vie, mais d’une démocratisation [27]. Lors du congrès de 1970, ce thème devient un axe revendicatif à part entière. Il fait l’objet de débats, de formations syndicales et une commission confédérale lui est entièrement consacrée.

21L’élaboration de cette notion suit un rythme particulier et trouve son origine dans plusieurs causes. Tout d’abord, la notion s’enracine dans la critique de l’invention administrative de l’environnement. La CFDT insiste sur l’ambiguïté du terme : « depuis qu’il est beaucoup question de “la dégradation de l’environnement”, il ne s’agit plus que de la lutte contre les nuisances […]. Il convient toutes les fois que nous en avons l’occasion de dénoncer la mystification ; les belles formules masquent la volonté de ne rien faire qui soit contraire aux objectifs d’industrialisation poursuivis par le gouvernement [28] ». Cette réduction de l’environnement aux nuisances est perçue comme une volonté de rechercher des solutions techniques à des problèmes politiques, de mobiliser des experts plutôt que de favoriser l’implication de la population dans la vie politique. L’autorité des expertises est contestée, au nom du refus de la transformation d’enjeux politiques en questions techniques.

22La remise en cause de cette logique appelle néanmoins la construction d’autres modalités de compréhension de l’environnement. Afin de favoriser une implication croissante des salariés dans la vie politique et sociale, les syndicalistes entendent revaloriser l’expérience propre des salariés. Pour la CFDT, dans la mesure où les salariés « ressentent les nuisances quotidiennes [29] » et développent une connaissance de l’environnement liée à l’expérience directe d’un cadre de vie, ce sont eux qui seraient les plus aptes à le réorganiser.

23Cette orientation s’affirme plus nettement dans l’après-Mai 68. Michel de Certeau constatait que « l’outillage mental » et les sources de légitimité des savoirs avaient été remis en cause par ces événements [30]. De fait, la CFDT s’appuie sur ces transformations pour réhabiliter la parole des salariés. Localement, les syndicalistes (CGT comme CFDT) sont parfois amenés à prendre part à ces luttes pour l’amélioration du cadre de vie. Ainsi, au cours de la décennie 1960, la CGT proteste contre le projet de Grand Paris, rejetant la possibilité d’éloigner les industries potentiellement polluantes du cœur de la capitale. L’union régionale mobilise autour du mot d’ordre de refus d’un « Paris sans les ouvriers [31] », en proposant « une approche globalisante du territoire [32] ». De son côté, la CFDT proteste contre le « choix de la bagnole contre le bonhomme [33] ». Cette dénonciation s’enracine dans une participation aux conflits locaux. À Cholet, l’union locale alerte la municipalité sur le fait que « l’automobile est utilisée d’une façon anarchique et la conséquence est que peu à peu la ville, loin de s’améliorer, se dégrade [34] ». En banlieue de Grenoble ou dans la Sarthe, des unions locales prennent position pour que le tracé des routes ne nuisent pas à leur qualité de vie et revendiquent des « transports collectifs presque gratuits [35] ».

24En préparant son congrès de 1970, la CFDT soulève l’existence de ces « mouvements sentimentaux [36] », en citant notamment les mobilisations sur l’urbanisme, la pollution de l’air et de l’eau. Elle déplore toutefois le caractère éphémère de ces mobilisations, qu’elle attribue au fait que les acteurs perçoivent leur action comme l’expression de ressentis individuels sans portée politique.

Le cadre de vie, un élément intégré à un projet syndical global

25À ce stade, la CFDT s’interroge : « Comment arriver à ce que ce réflexe inconscient de mise en cause de la société et de ses absurdités devienne une réflexion consciente, voire une action ? » Elle apporte une piste de réponse : « L’un des premiers éléments d’une stratégie de lutte contre les disparités, c’est d’administrer la preuve de l’absurdité du système [37]. » Dès lors, les syndicalistes doivent fournir les éléments pour démontrer que les nuisances causent des préjudices sanitaires réels, ou que l’étalement urbain et l’allongement des temps de transport favorisent l’apparition de nouvelles fatigues. Le rôle de la Confédération est de faire connaître et de généraliser ce type de problématiques. Le thème de la prise de parole s’en trouve précisé. Il ne s’agit pas d’encourager un mouvement symbolique et désordonné, mais d’accumuler des expressions individuelles en leur donnant une forme politique collective. Frédo Krumnow le dit ouvertement : « Il faut que cette contestation, je dirais inconsciente, notre stratégie syndicale arrive à la transformer en volonté de lutte de transformation, donc en volonté d’un modèle de société différent, un modèle démocratique, humain et socialiste [38]. » Pourtant, on peut s’interroger : la volonté de mettre en avant les ressentis peut-elle s’articuler avec un projet cohérent du cadre de vie, qui puisse être qualifié de socialiste ?

26Parmi les propositions concrètes, on peut citer la volonté de la CFDT de transformer les politiques d’urbanisme. Pour empêcher la désintégration des liens sociaux, elle défend une appropriation collective des espaces verts. À Nantes, un communiqué de l’union départementale dénonce « le scandale de l’Erdre. En effet, les bords de cette magnifique rivière constituent un site naturel remarquable et donc propriété publique, or toute approche, soit par terre, soit par l’eau, est interdite [39] ». La CGT n’est pas en reste, puisqu’en appelant à protéger la forêt de Fontainebleau, elle affirme qu’il « faudrait que soient considérées comme sacrées les forêts qui subsistent près des agglomérations [40] ». Au cours de ces mobilisations, la notion de patrimoine prend une importance croissante pour légitimer les revendications. Toutefois, ces mesures ne suffisent pas aux yeux des syndicalistes, qui constatent que « l’urbanisation traduit la société et est marquée par ses règles ». À terme, certaines fédérations proposent donc de remédier au problème foncier par « la collectivisation du sol urbain » [41].

27Pourtant, la CFDT se distingue en insistant sur un fait : « c’est la production qui commande le développement du modèle de société [42] ». Pour transformer la société ou le cadre de vie, il faudrait transformer le rapport à la production. Ceci devrait se faire à l’échelle de l’entreprise par la mise en place de structures à base d’autogestion [43]. Mais « quand la CFDT se bat pour la démocratisation de l’entreprise […], ce n’est pas pour laisser l’arbitraire et le profit régner hors de l’entreprise. La démocratisation du cadre de vie et sa mise en autogestion relèvent du même combat [44] ».

28Le cadre de vie est donc aussi l’échelle à laquelle doit être réalisée la réorganisation de la production, en vue de permettre à la population de définir et de satisfaire ses besoins. En approfondissant la notion de démocratisation du cadre de vie, la CFDT projette alors la construction d’équipements collectifs par quartiers. En se fondant sur l’expression démocratique des besoins des usagers, ces infrastructures répondraient tout d’abord aux besoins réels. Dans le même temps, elles tiendraient compte à la fois des préoccupations féministes (par la prise en charge collective du travail domestique) et environnementales (par la réduction des nuisances, qui serait permise par la collectivisation d’une partie des consommations) [45].

29Malgré le relatif enthousiasme de ses militants, la CFDT reste prudente. Les formateurs syndicaux alertent sur le fait que si « les choix [des équipements] sont faits avec nos mentalités actuelles résultant d’une expérience passée, et non en fonction de ce que nous souhaitons pour l’avenir, les équipements réalisés freineront les évolutions nécessaires à la réalisation du type de société et de rapports humains pour lesquels nous luttons [46] ». Cette apostrophe inquiète témoigne d’un poids historique, celui du productivisme du « socialisme réellement existant » :

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« Même dans les pays socialistes, cette primauté de la production intervient dans le renouvellement accéléré des produits qui caractérise la croissance de la consommation de masse […]. Les mêmes problèmes de marchés et de consommation y apparaissent sans qu’aucun d’eux n’ait trouvé une façon originale et socialiste de les aborder, encore moins de les surmonter [47]. »

31Cette observation nous renvoie au clivage du mouvement syndical. Face à une CGT soupçonnée de vouloir trop simplement prendre exemple sur le modèle soviétique, la CFDT rappelle sa volonté de transformer jusqu’aux structures politiques et économiques de la société. Le discours cédétiste insiste sur la nécessité de lier préoccupations environnementales et enjeux sociaux pour définir un socialisme émancipé des dynamiques productivistes et fondé sur la satisfaction des besoins réels.

Une convergence entre le social et l’environnemental

32L’observation historique de la mutation des préoccupations environnementales dans les syndicats au cours de la décennie 1960 fait apparaître une histoire sensiblement différente des analyses sociologiques qui opposaient d’emblée le mouvement syndical au mouvement écologiste. Les préoccupations environnementales des syndicats (en France comme cela semble être le cas dans d’autres pays) n’attendent pas la fondation d’un ministère pour s’exprimer : au contraire, elles s’ancrent dans des missions propres à ces organisations. De ce fait, l’action syndicale tend à invalider les divisions entre enjeux sociaux et environnementaux. Alors que Daniel Boullet observe que « les responsables de l’industrie n’auront de cesse de réduire l’environnement aux nuisances [48] », les syndicalistes effectuent l’opération inverse. En refusant de limiter les réponses aux problèmes environnementaux à des mesures techniques, ils insistent sur la nécessité de promouvoir une réponse démocratique. Cette approche se construit aussi en opposition à « l’installation technocratique » de l’environnement dans les administrations publiques [49].

33En deuxième lieu, si la notion de cadre de vie traduit une approche originale de l’environnement, il faut situer cette démarche dans le contexte historique d’une période de radicalisation de la critique sociale. Au cours de la même période, on assiste à la mise en place de politiques environnementales par les administrations. À ce stade, ce qui distingue alors la démarche cédétiste dans le mouvement syndical français, c’est son analyse des implications économiques et sociales des problèmes environnementaux. Ce constat engendre une remise en cause des dynamiques productivistes, qui n’a pas d’équivalent à la CGT. L’approche cédétiste gagne à être analysée dans une démarche comparatiste. En effet, les préoccupations de la Confédération des syndicats nationaux au Québec [50], pourtant extrêmement proches de la CFDT, ne connaissent pas le même tournant. La Confédération française se distingue alors par l’appui qu’elle prend sur les événements de Mai 68. De fait, le 35e congrès de la CFDT en 1970 apparaît, à juste titre, comme un moment singulier dans l’histoire du mouvement syndical [51]. L’axe revendicatif portant sur l’amélioration du cadre de vie s’inscrit dans ce contexte : si c’est essentiellement la minorité représentée par Frédo Krumnow qui le porte initialement, il devient une activité confédérale à part entière dans les années suivantes. La comparaison nous permet alors de mieux situer ce congrès historiquement, en rappelant le rôle de ses acteurs qui ont la volonté, consciente et assumée, d’intégrer les dynamiques et les aspirations populaires de l’après-1968. C’est cette revalorisation de la parole des salariés, permise par la portée des mobilisations, qui offre effectivement un fondement à la Confédération pour légitimer la notion de démocratisation du cadre de vie.

34Enfin, ces observations apportent un éclairage nouveau sur l’histoire de la construction de l’environnement comme objet politique au 20e siècle. En effet, les sources syndicales conduisent à remettre en cause les analyses de l’histoire des préoccupations environnementales comme un processus uniforme dans une société française homogène, analyses qui se fondent sur les discours des élites et politiques et économiques. Les groupes sociaux s’inscrivent de manière différenciée dans leur milieu et usent différemment des ressources dont ils disposent. En contestant l’idée d’une approche de l’environnement homogène dans l’ensemble d’une société, il s’agit aussi de rompre avec la proposition latente d’un progrès linéaire et régulier dans l’essor des préoccupations environnementales, dont la construction dans la société française n’est pas prédéterminée. Celles-ci résultent d’une série de décisions et de conflits, au cours desquels s’imposent certaines manières de penser l’environnement, pendant que d’autres approches sont marginalisées. Faire l’histoire de ces projets passés et restés au stade de virtualités (telles la démocratisation du cadre de vie ou la planification en fonction des besoins réels) peut finalement permettre, comme nous y invitait Ian McKay, de « refaire l’expérience du passé afin d’anticiper de nouveau notre futur [52] », sans accréditer l’idée que notre définition actuelle de l’environnement serait historiquement figée.

Notes

  • [1]
    Geneviève Massard-Guilbaud, « De la “part du milieu” à l’histoire de l’environnement », Le Mouvement social, 200, 2002, p. 64-72. En ligne
  • [2]
    Nous devons toutefois noter l’existence de travaux de sociologues américains : Brian Mayer, Blue-Green Coalitions : Fighting for Safe Workplaces and Healthy Communities, New York, Cornell University Press, 2009 ; Brian Obach, Labor and the Environmental Movement : The Quest for a Common Ground, Cambridge, MIT Press, 2004.
  • [3]
    Fédération syndicale unitaire et Union syndicale solidaires, La Crise écologique, une question syndicale, Paris, FSU/Solidaires, 2010, p. 3.
  • [4]
    Michael Bess, The Light-Green Society : Ecology and Technological Modernity in France, 1960-2000, Chicago, University of Chicago Press, 2003 ; Florian Charvolin, L’Invention de l’environnement en France : chroniques anthropologiques d’une institutionnalisation, Paris, La Découverte, 2003.
  • [5]
    Daniel Boullet, Entreprises et environnement en France de 1960 à 1990 : les chemins d’une prise de conscience, Genève, Droz, 2006.
  • [6]
    Cet article reprend des éléments de notre mémoire de master, « Syndicalisme et environnement en France et au Québec entre 1944 et 1970 », réalisé sous la direction de Geneviève Massard-Guilbaud (EHESS) et avec les conseils de Michèle Dagenais (Université de Montréal), 2010. L’approche québécoise ne sera pas directement analysée ici. Nous remercions Pablo Corral Broto, Stéphane Frioux et Vincent Lemire pour les relectures et commentaires de cet article.
  • [7]
    Concernant l’évolution de la CFDT, nous renvoyons aux travaux de Franck Georgi, L’Invention de la CFDT, 1957-1970, Paris, L’Atelier, 1995.
  • [8]
    Les pratiques locales que nous évoquerons ne sont mentionnées que dans la mesure où elles sont connues des instances confédérales. En l’état actuel de nos recherches, il nous est impossible de proposer un panorama plus approfondi des pratiques syndicales locales.
  • [9]
    Syndicalisme hebdo (périodique de la CFDT), 4 mars 1948 ; Archives CGT, 20CFD1, rapport de Robert Bothereau au Comité confédéral, 27 mars 1945.
  • [10]
    La Vie ouvrière, 15 juin 1946.
  • [11]
    Syndicalisme hebdo, 18 mai 1946.
  • [12]
    Voir la synthèse de Stéphane Buzzi, Jean-Claude Devinck et Paul-André Rosental, La Santé au travail, 1880-2006, Paris, La Découverte, 2006.
  • [13]
    La Vie ouvrière (hebdomadaire de la CGT), 13 juillet 1950.
  • [14]
    Syndicalisme hebdo, 17 mars 1945, 5 janvier 1946.
  • [15]
    Plusieurs historiens ont étudié l’évolution des préoccupations environnementales dans le contexte colonial. On pense notamment à la thèse de doctorat de Christophe Bonneuil, « Mettre en ordre et discipliner les tropiques : les sciences du végétal dans l’Empire français, 1870-1940 », Université Paris-VII, 1997. De la même manière, concernant l’influence du contexte colonial sur l’évolution idéologique du mouvement syndical, on peut renvoyer à Frederick Cooper, Decolonization and African Society : The Labor Question in French and British Africa, New York, Cambridge University Press, 1996.En ligne
  • [16]
    Archives CFDT, 6H8, notes de Gérard Espéret lors des auditions sur l’Algérie, séance du groupe de travail sur la situation économique et sociale de l’Algérie du 23 février 1955. Le délégué CFTC note que les solutions aux problèmes mentionnés seraient « le reboisement avec l’aide des intéressés eux-mêmes », ainsi que la réalisation de travaux d’irrigation.
  • [17]
    La Vie ouvrière, 14 février 1956.
  • [18]
    Syndicalisme hebdo, 26 mars 1970.
  • [19]
    Archives CGT, deux dossiers non référencés et non datés, de 1975 probablement. Ils sont constitués d’articles parfois annotés et issus de divers journaux quotidiens, de magazines ou de revues scientifiques. On retrouve dans La Vie ouvrière de longs articles sur les nuisances : le 7 décembre 1960 sur les déchets nucléaires, le 21 décembre 1960 sur la pollution des océans, le 1er février 1961 sur « L’air que nous respirons », etc.
  • [20]
    Archives CFDT, 7H262, rapport préparatoire au congrès, « Lutte contre les inégalités », octobre 1969.
  • [21]
    Ibid.
  • [22]
    Syndicalisme hebdo, 24 juillet 1969. Frédo Krumnow intervient ici en tant que rapporteur d’un groupe de travail confédéral, et non en tant que représentant de la position minoritaire du congrès de 1970, dont il sera l’un des principaux leaders.
  • [23]
    Syndicalisme hebdo, février 1970.
  • [24]
    Archives CFDT, 8H1457, lettre de l’UR-CFDT Nord au secteur confédéral cadre de vie, 18 décembre 1971.
  • [25]
    Verity Burgmann, « The Social Responsibility of Labour versus the Environmental Impact of Property Capital : The Australian Green Bans movement », Environmental Politics, 9 (2), 2000, p. 78-101.En ligne
  • [26]
    Syndicalisme hebdo, 9 janvier 1965.
  • [27]
    Syndicalisme hebdo, 4 janvier 1968 et 25 juillet 1968.
  • [28]
    Archives CFDT, 7H520, notes sur le thème d’études de l’École normale ouvrière (ENO) de 1970.
  • [29]
    Ibid.
  • [30]
    « Quelque chose de tacite s’est remué, qui invalide l’outillage mental élaboré en fonction d’une stabilité. » (Michel de Certeau, La Prise de parole : pour une nouvelle culture, Paris, Desclée de Brouwer, 1968, p. 11)
  • [31]
    La Vie ouvrière, 9 novembre 1966.
  • [32]
    Selon l’expression de Danielle Tartakowsky, « La CGT, du hors travail au “cadre de vie’” », in La CGT de 1966 à 1984 : l’empreinte de Mai 1968, actes du colloque de l’IHS-CGT, Montreuil, mai 2008, http://www.ihs.cgt.fr (24 octobre 2011).
  • [33]
    Syndicalisme Hebdo, mars 1970.
  • [34]
    Archives CFDT, 8H1457, rapport du congrès de l’union départementale du Maine-et-Loire, novembre 1971.
  • [35]
    Archives CFDT, 8H1457, note « L’U2 à Grenoble » du 6 novembre 1971 ; compte rendu du congrès de l’union départementale de la Sarthe du 15 novembre 1969.
  • [36]
    Archives CFDT, 7H262, rapport préparatoire au congrès, « Lutte contre les inégalités », octobre 1969.
  • [37]
    Ibid.
  • [38]
    Syndicalisme hebdo, 24 juillet 1969.
  • [39]
    Archives CFDT, 8H1457, communiqué de l’UD-CFDT Loire-Atlantique, 10 juin 1971.
  • [40]
    La Vie ouvrière, 15 avril 1964.
  • [41]
    Syndicalisme hebdo, 25 juillet 1968.
  • [42]
    Syndicalisme hebdo, 24 juillet 1969.
  • [43]
    Franck Georgi, op. cit., p. 451-475 et 587-588.
  • [44]
    Syndicalisme hebdo, mars 1970.
  • [45]
    Archives CFDT, 7H262, rapport préparatoire au congrès, « Lutte contre les inégalités », octobre 1969.
  • [46]
    Archives CFDT, 7H520, notes sur le thème d’études de l’ENO de 1970.
  • [47]
    Archives CFDT, 7H262, rapport préparatoire au congrès, « Lutte contre les inégalités », octobre 1969.
  • [48]
    Daniel Boullet, op. cit., p. 214
  • [49]
    Florian Charvolin, op. cit., p. 10.
  • [50]
    La Confédération des syndicats nationaux (CSN) est l’une des deux grandes confédérations québécoises. Comme la CFDT, elle se situe dans la filiation intellectuelle de la doctrine sociale de l’Église, se déconfessionnalise au début de la décennie 1960, puis participe activement aux mouvements sociaux de cette décennie. Elle entretient en outre des relations avec la CFDT. Voir Jacques Rouillard, Histoire de la CSN, 1921-1981, Montréal, Boréal, 1981.
  • [51]
    Nicolas Defaud rappelle que « la crise de 1968 ouvre aussi une fenêtre d’opportunités inespérée pour des changements dans la distribution du pouvoir au sein de la centrale ». L’invention de l’axe revendicatif du cadre de vie, et le fait qu’il soit porté par la minorité lors du congrès de 1970, doit donc aussi être située dans ce contexte d’oppositions internes à la Confédération. Voir Nicolas Defaud, La CFDT (1968-1995) : de l’autogestion au syndicalisme de proposition, Paris, Presses de Sciences Po, 2009, p. 37.
  • [52]
    Ian McKay, Rebels, Reds, Radicals : Rethinking Canada’s Left History, Toronto, Between The Lines, 2005, p. 93.
Français

Résumé

Le mouvement syndical français a longtemps été présenté comme indifférent aux enjeux environnementaux. Or, dès l’après-guerre, les archives syndicales attestent d’une préoccupation, qui se manifeste au travers de sujets aussi divers que la gestion des « ressources naturelles », la santé au travail ou l’aménagement urbain. Ces préoccupations diffuses se précisent au cours des décennies 1950 et 1960, lorsque les syndicalistes sont confrontés à différentes situations de dégradation de l’environnement, notamment en contexte colonial. Les confédérations approfondissent alors leurs projets de planification économique, en intégrant progressivement les enjeux environnementaux. Dans le même temps, des actions syndicales de lutte contre les pollutions se déroulent sur les lieux de vie et de travail des salariés. Ancrée dans ce contexte, une réflexion sur la notion de cadre de vie émerge peu à peu. Cette notion devient la contrepartie syndicale de « l’invention technocratique de l’environnement ».

Mots-clés

  • environnement
  • syndicalisme
  • pollution
  • productivisme
  • ouvriers
Renaud Bécot
Renaud Bécot, École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Centre Maurice Halbwachs, CNRS, 75014, Paris, France.
Doctorant à l’EHESS et allocataire du R2DS (région Île-de-France), Renaud Bécot prépare une thèse de doctorat sous la direction de Geneviève Massard-Guilbaud. Ses travaux portent sur l’essor des préoccupations environnementales dans le mouvement syndical en France, dans le second 20e siècle. (renaudbecot@gmail.com)
Mis en ligne sur Cairn.info le 17/01/2012
https://doi.org/10.3917/vin.113.0169
Pour citer cet article
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